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Château de Largentière

Le château de Largentière est une masse carrée à plusieurs étages, aux tours couronnées de beaux mâchicoulis. Son histoire est intimement liée à celle des comtes de Toulouse et des évêques de Viviers qui étaient loin de vivre en bons voisins. Leur mésintelligence ne venait pas seulement de leurs droits respectifs de suzeraineté sur le château de Largentière mais aussi et surtout parce qu’il y avait, dans ce coin vivarois, autre chose de plus intéressant, de plus précieux. La région enfermée entre la rivière de Ligne et son affluent, la Lande, était connu dès le moyen-âge comme un des bassins argentifères les plus riches du pays et qui portait alors le nom de Sigalières. M. Léon Védel, dans la Revue du Dauphiné et du Vivarais, donnait d’intéressantes notes sur Largentière, et comme notre intention n’est pas de faire ici l’histoire de cette ville et de son château, nous citerons seulement les traditions curieuses que rapporte cet auteur dans son article: "D’après la tradition, vers le VIIIe siècle de notre ère, une colonie sarrazine vint s’établir dans l’étroite vallée qu’arrose la Ligne et jeta les premiers fondements de la ville de Largentière. Ils s’y livrèrent à l’exploitation des mines d’argent et furent chassés, un siècle après, par Charlemagne, à la suite d’un combat livré à Rosières, petit bourg à deux heures de marche de Largentière. Rosières, le petit bourg, théâtre du combat, était une colonie sarrazine, et tire son nom d’une distillerie de Roses, qu’y avaient établie ses possesseurs. Mais cette tradition ne repose que sur deux faits insuffisants pour lui donner droit d’entrée dans l’histoire: l’appellation d’un quartier de Largentière du nom de Sarrazine, et l’existence dans cette ville d’une maison que certains archéologues s’obstinent à reconnaître pour une construction arabe. En réalité l’histoire de Largentière ne commence guère qu’au XIe siècle, époque à laquelle on trouve le nom de ses premiers suzerains et propriétaires indivis des mines d’argent; ce sont les comtes de Toulouse". Les évêques de Viviers, les seigneurs d’Anduze, sous la suzeraineté desdits évêques, en leur qualité de comtes du Vivarais, accordé par Charlemagne. Pendant de longues années les comtes de Toulouse et les évêques de Viviers furent en guerre. Au commencement du XIIIe siècle Raymond VI, le fauteur de l’hérésie des Albigeois, eut à faire à plus forte partie et dut se soumettre malgré ses préparatifs belliqueux. Il avait acquis, dans ce but, des châteaux et des forteresses, en construisit de nouveaux sur les points qu’il voulait conserver et défendre. C’est de cette époque que date le château de Fanjeau qu’il fit bâtir au sommet d’une élévation qui domine à pic la ville en face de la Tour épiscopale, sur les ruines d’un vieux temple de Jupiter. Une croisade s’organisa contre le prince convaincu d’hérésie. Il dut faire amen de honorable et remettre cette forteresse qu’il venait de faire construire ainsi que six autres places. Largentière resta dans le domaine des évêques de Viviers. Puis la fille de Raymoud VII, ayant épousé un prince du sang, les rois de France succédèrent aux droits des comtes de Toulouse sur le Vivarais. En 1307, Philippe-le-Bel établit sa suzeraineté sur toute la contrée, et la bannière de France flotta sur les hautes tours de Fanjaux. Vers 1320, la ville de Largentière passa sous la juridiction royale qui s’y établit définitivement. Vers le commencement du XVIe siècle (1510), Monseigneur Claude de Tournon donne une nouvelle enceinte de remparts à la ville. Enceinte qui réunit trois forteresses: la tour carrée, le donjon situé au centre de l’édifice appartenaient aux évêques de Viviers, les deux tours rondes accolées par un balcon, aux seigneurs d’Anduze et de Poitiers, et la grosse tour ronde, aujourd’hui détruite et qui leur faisait face, était la propriété des comtes de Toulouse. En 1730, l’évêque François Renaud de Villeneuve vendit au marquis François de Beauvoir du Roure de Brison, le château et la baronnie de l'Argentière, qui était une des douze baronnies donnant entrée aux Etats de la Province. Du produit de cette vente, l’évêque de Viviers fit construire son magnifique évêché. A la Révolution, la municipalité pétitionna pour acquérir le château de "l'émigré Brison". On y installa le tribunal, les prisons et la gendarmerie. Sous le Consulat, il fallut rendre aux émigrés les biens qui n'avaient pas été vendus, et les du Roure de Brison récupérèrent leur château vers 1802. Ce fut pour l'affermer au département pour 1100 francs par an jusqu'en 1845, date à laquelle la commune acheta l'édifice pour en faire un hôpital local jusqu'en 1996 et connaît nombre de bouleversements. Celui-ci n’a été que très récemment désaffecté. Le château de Largentière est bâti, au nord-est de la ville, sur un pointement rocheux dominant d’une cinquantaine de mètres la Ligne. Le cœur du château est un donjon carré construit en bel appareil régulier de grès. Celui-ci a conservé toute sa hauteur d’origine, mais il a été complètement englobé dans des constructions postérieures qui le masquent pour l’essentiel. Le donjon comporte trois niveaux voûtés et un quatrième couvert d’un toit à quatre pentes. Les étages sont desservis par un escalier à vis édifié dans l’épaisseur du mur. La tour est au centre d’une enceinte quadrangulaire de taille très réduite. L’enceinte est renforcée sur trois de ses angles par des contreforts. Les niveaux de sol ayant été très fortement exhausses, la porte est actuellement invisible. Ce château primitif homogène, et datable de la fin du XIIe ou du début du XIIIe siècle, correspond sans doute au "château vieux" de Largentière mentionné à la fin du XIVe siècle. À la fin du XVe siècle, le château est considérablement agrandi. Le "château neuf" absorbe totalement le château préexistant, fossilisant en quelque sorte celui–ci. 

 Éléments protégés MH: le château de Largentière en totalité : inscription par arrêté du 31 mai 1927. 

 château de Largentière 07110 Largentière

 Téléphone : 04 75 36 83 44

   

Château de Versas

Le château de Versas fut la demeure des seigneurs de Montbrison au temps de la paix. Il est situé au midi et plus bas que celui de Brison, ayant été construit au milieu du XVe siècle, avant la destruction de Brison. Louise de Montbrison, héritière de sa famille, dame de Montbrison, Versas, la Bastide de Vielprat épousa Claude-Laurent de Rochessauve et en secondes noces, en 1529, Victor Bermond de Combas, gouverneur du Bourg-Saint-Andéol. De leur huit enfants il ne survécut qu’une fille, Michelle de Montbrison, dame de Versas, la Bastide, etc. qui épousa, le 27 juin 1562, Dominique de Bernard, seigneur de Parignargues, dont les enfants formèrent la deuxième maison de Montbrison, obligés par le testament de ladite dame Louise de prendre les noms et armes qui étaient "De sable, à la tour d’argent". Cette nouvelle maison de Montbrison fit sa résidence au château de Versas, jusqu’en 1703. Au XIe degré, Henri de Bernard de Montbrison, né au château de Versas, épousa, en 1680, Blanche Brun de Fourchades, et, à cette occasion, il rentra dans le giron de l’église catholique. Il testa, en 1713, instituant pour héritier son neveu, Scipion-Guillaume de Bernard de Montbrison, qui forma la branche passée en Alsace et existant encore au commencement du XXe siècle. Jacques de Bernard, seigneur de Versas, frère aîné d’Henri, n’eut qu’une fille, qui épousa, en 1669, Jacques de Tardivon, dont la fille aînée, mademoiselle Judith de Tardivon, dame de Versas, épousa, en 1702, François de Belin, seigneur de Colombier-le-Jeune. N’ayant pas d’enfant, elle céda, par voie d’échange, en 1703, sa terre de Versas et partie de celle de Vielprat, au marquis du Roure de Beaumont-Brison. Versas nous offre encore de beaux restes, et la tour d’escalier, au centre de la façade du château, est assez bien conservée pour nous donner une idée de ce que pouvait être celte habitation à l’époque où seigneurs et gentes dames l’animaient. Aux trois étages de la tour nous trouvons de belles fenêtres à meneaux moulurés. De jolies corniches les encadrent jusqu’au meneau. Certaines ouvertures dans le corps du logis sont jumelées et le long des meneaux courent des boudins entrelacés aux angles. Ces grandes fenêtres éclairaient une vaste salle qui occupait toute une aile du château. Au faîte de la tour octogone de l’escalier, terminée par un toit pointu, nous apercevons les supports, en belle pierre de taille, d’une couronne de mâchicoulis. A l’un des angles du château, une élégante guérite est encore debout. A en juger par les restes qui se présentent à nous, Versas fut certainement une demeure luxueuse qui à l’intérieur comme à l’extérieur devait être parfaitement soignée. Nous avons tiré cette notice, en partie, de la monographie sur Sanilhac par le vicomte de Montravel, et nous remercions M. le curé de Sanilhac qui nous a très aimablement fourni quelques notes intéressantes et des vues de Versas et de Brison. 

 Éléments protégés MH: la tour du château de Versas : inscription par arrêté du 31 mai 1927. 

 château de Versas 07110 Sanilhac

   

Château de Montréal

En 1206, Burnon, évêque de Viviers, accorde à Guigue de Châteauneuf un délai pour prêter hommage du château de Montréal. Accord entre l’Église de Viviers et le comte de Toulouse Raymond VI en 1210. L’évêque de Viviers et les chanoines se plaignaient de ce que le comte de Toulouse avait fait construire sur leur domaine le château de Fanjau et ils prétendaient que comme construit sur leur terrain il leur appartenait. Ils se plaignaient encore que le comte avait fait plusieurs acquisitions dans leurs fiefs et notamment la tour de Pierre de Vernon à Montréal. Hommage rendu en 1213 à l’évêque de Viviers par Pierre de Vernon pour sa tour et son château de Montréal. Guigue de Châteauneuf et son neveu, autre Guigue de Châteauneuf, se partagent le castrum vetus de Montréal en 1255. Permission accordée en1299 par les consuls de Largentière à Béraud, seigneur de Montréal, de détourner les eaux de la Ligne pour les amener à son moulin. Reconnaissance en 1329 par Pons d’Antraigues, de Largentière, à l’abbé des Chambons et à noble Guillaume, seigneur de Montréal, pour des vignes dans la paroisse de Largentière. En 1363, hommage par Louis de Joyeuse au roi de France de la troisième partie du chasteau viel de Montroyal. La seigneurie de Montréal a appartenu pendant plusieurs siècles à la famille de Balazuc, la plus puissante du bas-Vivarais au moyen-âge. Pons de Balazuc prit part à la première croisade et fut tué au siège d’Archos, après avoir collaboré à l’histoire de cette première expédition écrite par le chanoine Raymond d’Agiles. Les Balazuc laissèrent une longue lignée de vaillants chevaliers qui jouèrent un rôle glorieux dans les guerres religieuses du Vivarais. Deux d’entre eux méritent une mention spéciale, ce sont Jean de Balazuc, au XVIe siècle, et son fils Guillaume, au XVIIe siècle. Tous deux se distinguèrent par leur courage et leur énergie, non moins que par leur dévouement à la cause royale et catholique. Jean de Balazuc fut, avec le comte de Montlor et le comte de Tournon, l’un des plus ardents soutiens de la ligue en Vivarais. Ces trois personnages, dont l’influence dominait le pays, ne firent leur soumission qu’après la conversion d’Henri IV. Le traité par lequel ils s’engagèrent au service du nouveau roi fut signé, le 3 septembre 1594, dans une assemblée des Etats du Vivarais, tenue à la Voulte. Son fils Guillaume, sous le nom de Sanilhac, enleva par une surprise hardie, en 1587, la ville d'Aubenas aux protestants. On trouve encore ce vaillant capitaine au siège de Privas, commandant une partie des troupes. Il mourut la même année. Il avait épousé Françoise de Beauvoir du Roure dont il eut un fils, Jean de Balazuc, et une fille, Anne, qui épousa le fameux Merle de La Gorce et convertit son mari. Jean n’eut qu’une fille, Marie de Balazuc, qui épousa Gabriel de Hautefort, marquis de Lestrange, et lui porta la seigneurie de Montréal. M. Mazon ajoute "Notons, à ce propos, à la date du 18 avril 1708, le mariage de Jeanne de Hautefort avec Pierre Fayolle, un simple marchand de Montréal. Ils eurent une fille appelée Marie, et l’on voit figurer à son baptême comme parrain noble François de Rochier, de Joanas, et comme marraine, Louise de Beaumont-Brison. Noble Christophe d’Agrain est parmi les témoins. Ces alliances, très fréquentes entre la bourgeoisie et la noblesse, prouvent que celle-ci était loin de constituer, comme on le croit généralement, une caste fermée aux classes inférieures. Il serait même, croyons-nous, facile de prouver par une foule de faits authentiques, que la distance entre les classes sous l’ancien régime était beaucoup moindre qu’elle ne l’est entre les simples citoyens de nos jours et la noblesse d’argent et de spéculation véreuse qui occupe une si large place dans la nouvelle société républicaine". En 1769, Charlotte de Lestrange, héritière de sa famille, épousa son cousin, Urbain de Merle de La Gorce, et c’est leur fils, Emmanuel, marquis de La Gorce et de Montréal, mort sans enfant après la Révolution, qui fut le dernier seigneur de Montréal. Implanté sur une hauteur, le village de Montréal domine la vallée de la Ligne et la route départementale D5, à quelques kilomètres au sud-ouest de Largentière. Montréal est un bourg d’origine castral. Le cœur du village actuel, dont de nombreuses maisons ont conservé des caractères architecturaux médiévaux et modernes, s’est développé autour de deux châteaux immédiatement voisins. Ces deux châteaux ont pour origine, comme il est fréquent dans le Midi, une coseigneurie ; celle-ci est attestée dès la première moitié du XIIIe siècle. L’état de conservation des deux châteaux de Montréal est assez dissemblable : pour l’un, qui correspond peut-être au "château vieux" mentionné en 1255, il ne subsiste pour l’essentiel qu’un donjon ; en revanche, le second est un ensemble complexe dont le noyau originel du XIIIe siècle a été transformé et agrandi jusqu’au XXe siècle. Le château de Montréal, le "château neuf", encore habité aujourd’hui, est un édifice très bien conservé, dont les évolutions successives depuis la fortification d’origine sont nettement perceptibles. Le château est implanté à l’extrémité nord-ouest du village sur un socle rocheux. Il présente actuellement un plan hexagonal à l’intérieur duquel on distingue le donjon et des bâtiments répartis entre quatre ailes entourant une cour centrale. Du XIIIe siècle à nos jours, divers états peuvent être reconnus. Appartiennent au premier état du château, un haut donjon quadrangulaire, une étroite chemise maçonnée ainsi qu’un logis que l’on peut aisément interpréter comme une aula. L’ensemble, remarquablement préservé et d’un intérêt exceptionnel, fournit un exemple tout à fait significatif de ce que pouvait être un château au début du XIIIe siècle en Vivarais et plus largement en France méridionale. Ce château primitif est tout à la fois modeste quant à son emprise au sol et imposant par sa masse et la verticalité de son donjon ainsi que par la qualité de ses maçonneries de grès. Le donjon, qui présente des élévations parfaitement homogènes en appareil à bossage, mesure 10 m de côté pour une hauteur conservée de 23 m ; ses murs possèdent une épaisseur constante de 2 m. Cette tour compte quatre niveaux. Le rez-de-chaussée est une basse-fosse en partie creusée dans le rocher. Presque aveugle, elle est éclairée par un seul jour. Postérieurement, ce niveau a été utilisé comme citerne ; le premier étage, qui est le plus riche en éléments de confort et d’habitabilité, était séparé de la basse-fosse par un plancher. L’accès au donjon se faisait à ce niveau par une porte surmonté d’un arc très légèrement brisé. La pièce est éclairée par quatre jours, un par côté, très étroits en façade mais très ébrasés à l’intérieur. Dans le mur est, sous le jour, sont aménagées deux niches ; l’une avait fonction d’évier. Dans le mur nord, se trouve l’orifice d’un conduit porte-voix ménagé dans l’épaisseur du mur et correspondant avec l’étage supérieur ; le second étage repose sur une voûte. Le passage du premier au second niveau se fait par un escalier de pierre ménagé dans l’épaisseur du mur ; du dernier et troisième étage, qui reposait sur un plancher, ne sont conservées que l’arrivée de l’escalier de pierre venant du second niveau et quelques assises des murs périmétraux. Dans le courant du XIVe siècle, sans doute dans la seconde moitié de ce siècle, le château connaît une phase de travaux importants qui se traduit par la construction d’une seconde enceinte, plus étendue que la première tout en reprenant le plan de celle-ci, et par la construction d’un grand bâtiment en L accolé aux courtines de cette seconde enceinte. Au XVe et au XVIe siècles, le château de Montréal connaît d’importantes modifications qui, tout en préservant le noyau originel, vont profondément transformer le plan et les élévations du château (réorganisation du château autour de quatre ailes s’élevant désormais sur trois niveaux, construction d’une tour d’escalier, création de galeries de circulation extérieure, etc.). Il acquiert alors pour l’essentiel l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui : ces modifications en font une demeure d’apparat plus confortable et plus fonctionnelle tout en mettant en œuvre de nouveaux éléments de défense active (mâchicoulis, ouvertures de tir pour armes à feu, échauguettes). Les aménagements des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles se caractérisent essentiellement par le percement de nouvelles ouvertures, par la construction d’annexes (hangars, remises) et d’escaliers. 

 Éléments protégés MH: le château, y compris l'emprise foncière de la cour dite "verger" au nord et de l'avant-cour au sud, ainsi que la tour : inscription par arrêté du 28 décembre 2000. 

 château de Montréal 07110 Montréal 

Téléphone : 04 75 89 91 81

 

Château de Vogüé

En 1912 un livre vivarois sortait des presses de la maison Michel Pigelet, de Sancerre. Superbe joyau pour notre histoire que le marquis de Vogüé offrait aux bibliophiles du Vivarais. Épopées glorieuses, pieux souvenirs, amour du vieux clocher et du nid ancestral, chaque page, chaque ligne nous fait revivre, dans un cadre pittoresque et sauvage, au milieu des événements qui se déroulèrent dans notre pays. Depuis le moyen-âge jusqu’au XIXe siècle "Une famille vivaroise" nous montre la vie d’une illustre maison dont le but principal fut de servir Dieu et son pays. Nous la suivons pas à pas, dans l’histoire, et nous la trouvons sur la brèche, fidèle à sa foi, malgré les terribles assauts que la Réforme donna à l’Eglise. Tandis que, dans la plus grande partie du Vivarais, la ruine, sous toutes ses formes, dans toute son horreur, morale et physique, faisait d’ineffaçables ravages, quelques rares maisons surent mettre à l’abri de ces horreurs leurs sujets et leurs terres. Les de Vogüé furent du nombre. En tête de son beau livre, le marquis de Vogüé retrace admirablement dans une belle pensée l’état d’âme de ses ancêtres en exprimant le sien à ses enfants: "Je fais peu de cas de la noblesse, dit-il, lorsqu’elle n’est pas soutenue par la vertu dont j’aimerais bien mieux laisser des exemples à mes enfants, que de vains titres qui ne serviraient qu’à les déshonorer s’ils n’y répondaient par leurs sentiments et par toutes leurs actions". Nous ne chercherons pas à analyser ici l’ouvrage de notre très distingué compatriote, la place que nous avons est trop limitée pour nous le permettre. Nous ne pouvons que donner notre impression de touriste, ou plutôt de pèlerin car, pour étudier son passé et recueillir les souvenirs laissés par les aïeux, comme dans un pieux pèlerinage... Au pied d’une haute falaise de calcaire, l’énorme masse du château de Vogüé, flanqué de grosses tours circulaires, est entourée d’un bourg que longe à l'est la rivière de l’Ardèche. Parmi les maisons plus ou moins importantes du bourg, certaines offrent un véritable attrait pour l’archéologue. Ce sont de fort jolis hôtels particuliers, propriétés de riches bourgeois ou de non moins riches emphythéotes qui vivaient heureux au voisinage de leurs suzerains et sous leur protection. A quelle époque fut construit le premier château de Vogüé, il ne nous est pas possible de le préciser, mais dès l’an 1064, Vogüé possédait plusieurs coseigneurs: Les Vogüé, seigneurs de Rochecolombe; les Rochemure, seigneur du Besset, et les Beaumont. Il est probable que même avant 1064, Vogüé avait son château. Les Rochemure lui donnèrent le nom de du Besset. Bouillet dit que cette maison possédait les seigneuries de Rochemure et de Besset en Auvergne et Gévaudan. Le 23 décembre 1498, Jeanne d’Ancezune, femme de Louis de Rochemure, donne un prix-fait pour de grosses réparations à faire en son château sis à Vogüé. (Rochette, notaire). Le marquis de Vogüé nous dit qu’en 1498, Louis de Rochemure avait aménagé une grande salle au rez-de-chaussée de l’angle sud-ouest, percé, pour l’éclairer, dans la courtine extérieure, des fenêtres qui sont parvenues intactes jusqu’à nous. La vieille chapelle était contiguë à cette salle. Le 5 mai 1622, Melchior de Vogüé, par son testament, dote Vogüé d’un Hôtel-Dieu où seront reçus les pauvres mendiants. Fondation que son père avait autrefois voulu faire, à Rochecolombe, mais qui n’avait pu subsister. Le 29 août 1623, Melchior de Vogüé, seigneur de Rochecolombe, et Joachim de Beaumont, seigneur et baron de Beaumont, passe un accord par lequel Melchior de Vogüé possédera désormais tout ce qui faisait partie des paroisses de Saint-Germain, Baissac, Lavilledieu, la Chapelle, Souveplantade, ainsi que le lieu de Vogüé. Devenu possesseur du château du Besset qui se composait d’une haute enceinte quadrangulaire flanquée d’une tour ronde à chaque angle et renfermant le logis seigneurial. Ce logis n’occupait qu’une partie de l’enceinte, appuyée aux murailles que perçaient ça et là un petit nombre de fenêtres ouvertes au XVe siècle. Melchior de Vogüé fit construire un corps de logis adossé à la muraille du nord. Un large escalier de pierre, aux révolutions quadrangulaires, suivant la mode du jour, conduisait à deux étages de grandes salles. Deux séries de larges fenêtres, surmontées d’une ligne d’œils-de-bœuf, percées dans les murs d’enceinte et dans les tours, éclairaient ces appartements. Une grande porte, dont le style accuse l’époque Louis XIII, s’ouvrait sur le dehors; une autre sur la cour intérieure. Le 24 avril 1634, il est donné un prix-fait pour la démolition du chastellet de Vogüé, appartenant aux seigneurs de Rochecolombe, tours et bâtiments d’icelui, conformément à l’ordonnance de Noseigneurs les Intendants de Languedoc et des commissaires à ce députés par Sa Majesté. (Rimbaud, notaire). Au début du XXe siècle le château, propriété du marquis de Vogüé, servait de résidence aux écoles libres. Les bonnes sœurs sécularisées y donnaient, avec l’art de lire et d’écrire, celui bien précieux de servir Dieu et son pays, comme jadis s’y appliquaient seigneurs et vassaux. Le site de Vogüé est implanté au pied d'une des premières falaises calcaires dominant le cours moyen de l'Ardèche. L'hommage rendu en 1206 par les coseigneurs de Vogüe à l'évêque de Viviers mentionne trois tours et un château vieux: tout ceci est toujours bien visible aujourd'hui (voir photos en bas de page). Outre l'enceinte du bourg, cinq points forts, tous antérieurs, au moins pour partie, au XIVe siècle, sont présents à Vogüé. Le premier, la Tour de Viallaure est accroché à mi-hauteur de la falaise dominant le village. Le second ensemble castral est englobé dans l'actuel château de Vogüé qui occupe la partie haute du bourg. Ce château, du XVe siècle, comprenait primitivement trois corps de logis en U flanqués de tours circulaires de même époque, il a ensuite été très remanié au XVIIe siècle. Mais lors des travaux du XVe siècle ont été conservés au cœur du nouveau château les vestiges d'un château précédent: c'est-à-dire la base tronquée d'un donjon carré, bâti en moellons de calcaire bien équarris, et peut-être, à l'ouest, une partie de la chemise qui lui était associée. Les nombreuses pierres à bossage en réemploi dans le château du XVe siècle proviennent très vraisemblablement de ce premier château. Un autre donjon, La Tourasse, de même type, s'élève en contrebas du château des XVe-XVIIe siècles. Seule sa partie sommitale émerge d'un ensemble de maisons au centre duquel il se trouve englobé. Enfin à l'entrée sud de Vogüé, a mi-hauteur des falaises, se dressent les ruines d'une dernière fortification médiévale. Le château vieux et peut-être plus sûrement le château qui a précédé l'actuel château de Vogüé ont entraîné le développement d'un habitat. Il apparaît à la fin du Moyen-Âge protégé par une enceinte, qui prenait au nord et au sud appui contre la falaise jusqu'à l'Ardèche dont elle suivait ensuite le contour. 

Éléments protégés MH: les façades et les toitures du château : inscription par arrêté du 12 septembre 1969. 

 château de Vogüé 07200 Vogué 

Téléphone : 04 75 37 01 95

 

Château d'Alba-la-Romaine

En 1170, Géraud d’Ucel cède à Jocerand de Saint-Romain à titre provisoire, en raison d’une dette de 152 marcs d’argent, tout ce qu’il a dans le castrum d’Allier et dans les paroisses de Berzème et de Saint-Martin. Parmi les témoins figure G. d’Alps. En 1202, l’abbé de Mazan passe un accord à propos des pâturages d’Aps (Alba) avec Pons de Douchanet et sa mère, qualifiée de domina d’Aps et d’Aubignas. En 1240, donation par Guillaume de La Tour à Pons de Douchanet, seigneur d’Aps, de la 6e partie du château de La Roche d’Aps (Alba). En 1250, Pons de Douchanet rend hommage à l’évêque de Viviers pour Aps. En1253, Baudoin d’Ucel, Pons Bardofis, Bertrand de Rochessauve, Silvion de Saint-Pons et Etienne Armand reconnaissent tenir, en fief franc et noble, de Pons de Douchanet tout ce qu’ils ont dans les castra et mandements d’Aps, Aubignas et Sceautres. En 1267, Pons de Douchanet se met sous la sauvegarde royale pour tous ses biens dans le diocèse de Viviers, dont Aps. En 1281, Pons de Douchanet accorde une charte de franchises aux habitants du castrum d’Aps. Charte confirmée en 1290 par sa femme Gaufrida. En 1283, hommage de Giraud Adhémar, seigneur de Grignan, à Aymar de Poitiers pour le château d’Ajoux. Confirmation de son épouse, héritière de son oncle Pons de Douchanet, seigneur d’Aps. En 1291, Hugues de Montauroux reconnaît tenir de Gaudefrida, domina d’Aps, et de Giraud Adhémar, seigneur de Grignan et d’Aps, mari de Blonde, nièce et héritière de noble Pons de Douchanet, 12 deniers viennois de cens prélevés dans la paroisse de Saint-Maurice. En 1296, le prieur de Saint-Pons reconnaît tenir en fief franc de Giraud Adhémar, seigneur de Grignan et d’Aps, recevant l’hommage en son nom et au nom de sa femme Blonde de Douchanet, domina d’Aps, une pièce de terre joignant la grange de Saint-Pons. En 1319, Pons de Mirabel, coseigneur de Mirabel, et son fils Pierre, reconnaissent tenir en fief franc et noble de Giraud Adhémar, seigneur de Grignan et de la baronnie d’Aps, le tènement de Saint-Nazaire-en-Coiron. (1) Au XVIIe siècle, avec Georges de la Baume de Suze, promu comte d’Aps et baron de la tour du Vivarais par Louis XIII, la demeure seigneuriale est considérablement modifiée. C'est là que se réunissent les États Généraux du Vivarais en 1620. Vers 1880, le docteur Gaillard, enfant du pays, réunit la propriété et entreprend des restaurations. Après la mort du docteur Gaillard en 1904 plusieurs propriétaires se succèdent jusqu'en 1974, date à laquelle le Docteur Magdeleine Frimat prend en charge d'importants travaux de restauration. L'édifice se compose de deux ailes en retour, avec pavillon dans l'angle interne sur cour. Le gros-oeuvre en moellons de basalte se confond avec le rocher, mais une partie de la façade antérieure du pavillon est bâtie en pierres calcaires assisées. Le calcaire en pierre de taille est employé pour les chaines d'angle, bandeaux d'étage et encadrements de baies. La toiture composée de toits à long pans, avec croupes et noues, est couverte de tuiles creuses, sauf les tours couvertes en terrasse. 

 Éléments protégés MH: le château d'Alba en totalité : inscription par arrêté du 27 décembre 1939. 

 château d'Alba 07400 Alba-la-Romaine 

Téléphone : 04 75 52 42 90

 

Château des Moines

Dominant de son impressionnante silhouette le village médiéval abandonné, mais dont on s'efforce de consolider les ruines, le château abbatial formait au Moyen Âge une puissante forteresse qui servit jusqu'au XVIIe siècle de refuge aux religieux pendant les périodes troubles. Véritable succursale de l'abbaye, il est construit autour d'une chapelle romane transformée au XIVe siècle en un formidable donjon par l'adjonction de tourelles d'angle, de bretèches et de mâchicoulis, couronnés de créneaux... 

 L'ensemble du domaine se compose du château, de sa chapelle inférieure, avec l'aile abritant la petite chapelle, la courtine du front nord, et la tour carrée : ils font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 3 septembre 1912. 

 Château des Moines 07350 Cruas

   

Château de Crussol

Excelsior !... N’est-ce pas le cri de cet audacieux qui éleva son donjon au faîte de cette falaise inaccessible. Au nord-ouest du château, dans une pente rapide de la montagne, sont venues se grouper les maisons des vassaux. Plusieurs enceintes existent encore avec leurs portes fortifiées. Crussol, dans une position bien faite pour défier les plus braves, commandait au pays environnant: à la vallée du Rhône, à plusieurs défilés de nos montagnes, et à la ville de Valence elle-même qui, vue de ce nid d’aigle, paraît être son humble vassale. De très loin, on aperçoit ces ruines qui se dressent et se découpent dans le ciel. Le sire de Bastet plaça si haut son donjon, et son courage était si réputé à cent lieues à la ronde que le puissant comte de Poitiers le trouva digne de sa fille Béatrix. M. Henri Chevalier, dans le Cartulaire de l’abbaye de Saint-Chaffre du Monastier, fait mention du château de Crussol dans une charte de 936. Le plus ancien seigneur de Crussol connu était Giraud Bastet, sa femme se nommait Agnès, il avait un frère, Guillaume Bastet de Crussol, et eut pour descendant Guy et Adalbert. Guy eut pour fils Giraud Bastet. Jean Bastet, qui testa en 1337, fut marié à Béatrix de Poitiers. Leur petit-fils, Giraud (1412-1463), eut plusieurs enfants et, entre autres, Galienne et Louis qui fut grand panetier de France, gouverneur du Dauphiné. Louis de Crussol avait épousé, en 1461, Jeanne de Lévy ou Lévis. Il écartela ses armes de celles des Lévis, qui sont: d’or, à trois chevrons de sable. Son fils Jacques 1er de Crussol lui succéda et fut sénéchal de Beaucaire et de Nîmes. Il se trouva à toutes les guerres d’Italie avec Charles VIII et Louis XII. Blessé à la bataille de Fornoue, il mourut en 1524. Il avait épousé, 14 juin 1486, Simone d’Uzès, fille unique et héritière de Jean, vicomte d’Uzès, et de Jeanne de Brancas, qui lui avait apporté en dot le vicomté d’Uzès, à la condition formelle qu’il prendrait désormais le nom et les armes d’Uzès, écartelées de celles de Crussol. Armes des Crussol-d'Uzès: Ecartelé: aux 1 et 4 fascé d’or et de sinople de six pièces; aux 2 et 3, de gueules, à trois bandes d’or (qui est d’Uzès). Le vicomté d’Uzès fut érigé en duché, en mai 1565, et en pairie, le 17 janvier 1572, par Charles IX. Depuis cette époque, les ducs d’Uzès abandonnèrent leur nid d’aigle pour se fixer dans leur nouvelle résidence. Charles, fils de Simone d’Uzès et de Jacques de Crussol, succéda à son père dans sa charge de grand panetier de France et de sénéchal de Beaucaire et de Nîmes. Il fut de plus gouverneur du Languedoc. Il épousa Jeanne de Genouillac, fille de Jacques de Genouillac, grand maître de l’artillerie du royaume, sénéchal d’Armagnac et de Quercy, et grand écuyer de France. A la suite de ce mariage, les armes des Crussol-d’Uzès furent: Ecartelé: aux 1 et 4, partie au 1 de Crussol, au 2 de Lévis; aux 2 et 3 contre-écartelés; aux 1 et 4 d’azur, à trois étoiles d’or en pal (qui est de Galiot); aux 2 et 3 d’or, à trois bandes de gueules (qui est de Gourdon-Genouilhac); et sur le tout: de gueules, à trois bandes d’or (qui est d’Uzès). Jacques de Crussol et son fils Charles avaient, comme sénéchaux de Beaucaire et contrairement à l’usage suivi par leurs prédécesseurs, refusé de prêter serment entre les mains des évêques. Antoine, fils aîné de Charles de Crussol, n’avait pas abandonné ostensiblement le catholicisme, mais Jacques II de Crussol, son frère et son successeur, embrassa ouvertement la Réforme. Il fut d’abord l’un de ses chefs les plus redoutés, jusqu’au moment où il en devint, après la bataille de Moncontour, où il fut fait prisonnier, un des plus violents antagonistes. Antoine de Crussol, chevalier d’honneur de Catherine de Médicis, fut, comme son père, gouverneur du Languedoc et aussi de Provence et du Dauphiné, et sénéchal de Quercy. Il épousa, le 10 avril 1556, Louise de Clermont-Tonnerre, veuve de François de Bellay, prince d’Ivetot, dame d’honneur de la reine-mère et gouvernante de Charles IX. Jacques II de Crussol, frère d’Antoine, et deuxième duc d’Uzès, épousa, le 28 août 1568, Françoise de Clermont-Tallard, fille de Françoise de Poitiers et d’Antoine II de Clermont, frère de Bernardin. Les descendants de cet illustre audacieux, auteur du château de Crussol, marchèrent sur ses traces, et sa lignée se divisa en plusieurs branches: celles des comtes d'Amboise, des marquis de Florensac, des marquis de Montausier, de Saint-Sulpice et de Monsalez. La branche aînée est seule actuellement représentée. La maison de Crussol-d'Uzès a donné trois grands-pane tiers de France; des lieutenants-généraux, maréchaux de camp et officiers supérieurs de terre et de mer; des chevaliers de l’ordre et des ordres; des conseillers et des chambellans de nos rois; des sénéchaux, gouverneurs, lieutenants-généraux de provinces et sept ducs et pairs. Au début du XXe siècle cette illustre maison était représentée et restait l’une des plus considérables de France. Les vestiges du château de Crussol occupent le point le plus haut du site. Sont principalement visibles aujourd’hui les ruines d’un grand logis du XIVe ou XVe siècle, en grande partie détruit au milieu du XIXe, ainsi que, au voisinage même du logis, la base d’un petit donjon carré (environ 6,50 mètres de côté) des XIIe ou XIIIe siècles. Sur les pentes que domine le château s’est développé un vaste ensemble villageois enserré dans une et peut-être même deux enceintes successives. La dernière et la plus vaste de ces enceintes (plus de 330 m de longueur) semble avoir été bâtie à la fin du XIVe siècle dans le contexte de la Guerre de Cent Ans et avoir connu de nombreux remaniements lors des Guerres de Religion des XVIe et XVIIe siècles, notamment, au sud, près du château. De nombreuses ruines de maisons se dressent encore à l’intérieur de l’espace villageois, on y remarque aussi la présence de plusieurs citernes collectives. Au XVe siècle, le bourg castral de Crussol s’est pour l’essentiel vidé au profit d’habitats établis dans la plaine du Rhône. Depuis plusieurs années, le site fait l’objet d’intenses campagnes de restauration.

 Éléments protégés MH: les ruines du château de Crussol : inscription par arrêté du 31 mai 1927. 

 château de Crussol 07130 Saint-Péray 

Téléphone : 04 75 81 00 51 

 

Château de Thorrenc

Entre Peyraud et Annonay, dans une vallée verdoyante, Thorenc jouit d’une splendide vue sur la vallée du Rhône, la plaine du Dauphiné et les Alpes. Monsieur Emmanuel Nicod, dans la Revue du Vivarais (1893) nous don ne de ce château la pittoresque et poétique description que voici: "Au bord du sentier que suivaient, au plus court, les mules, autrefois, s’élève, sur un renflement de terrain, sur un thor, le château de Thorenc. Son haut donjon, d’où le veilleur apercevait le Rhône, son grand mur de l’époque féodale, sa tour massive, sa jolie tourelle renaissance, ses constructions de tous âges qui suivent la circonvallation naturelle des rochers, sa petite chapelle dont une terrasse ombragée forme le parvis, les lierres noirs, seuls aujourd’hui à monter à l’escalade des épaisses murailles, les pauvres maisons accroupies et serrées tout autour du château, tout cet ensemble, gracieusement pittoresque, éveille les souvenirs lointains de l’histoire". Monsieur Nicod nous permettra de résumer ici son intéressant article paru dans la Revue du Vivarais. Notre savant compatriote nous dit que ce n’est guère qu’au XIIIe siècle que l’histoire des seigneurs de Thorenc se précise un peu. Les comtes d’Albon possédaient en toute souveraineté le château de Thorenc. Ces comtes Albon durent l’inféoder en même temps qu’Annonay à Aymar de Roussillon-d’Anjou, probablement le premier des seigneurs particuliers de cette baronnie, vers 1236. Celui-ci concéda des privilèges aux habitants d’Annonay et aux tenanciers du mandement de Thorenc. Il mourut le 6 juin 1271, en laissant la baronnie d’Annonay à son cousin Guillaume de Roussillon et vraisemblablement sa part de la coseigneurie de Thorenc à la branche cadette de Roussillon-Anjou. Briand de Lavieu, ayant, le 29 mars 1332, confirmé aux habitants de Thorenc les privilèges qu’ils tenaient du sire d’Annonay, Aimar de Roussillon-d’Anjou pût s’offenser de cet acte qui portait atteinte à ses droits et envoya à Thorenc Hugues de Mauvoisin et Hugues de Guichard qui pénétrèrent chez Briand de Lavieu, brisèrent les coffres et mirent tout au pillage. Aymar de Roussillon-Annonay et Aymar de Roussillon-Anjou suivirent la politique du roi de Navarre. Leurs terres de Peyraud et de Thorenc furent confisquées, et le cardinal de Colombier, alors à Paris, se fit donner ces deux seigneuries. Il entra en possession de la seigneurie de Peyraud le 29 juillet 1354, et de celle de Thorenc le 6 août 1356. Mais, des lettres de rémission ayant été accordées, en juillet 1358, par le Dauphin Charles à Aymar de Roussillon-d'Anjou. A la suite d’une transaction, le cardinal rendit à Aymar la seigneurie de Peyraud et conserva celle de Thorenc qu’il donna à son neveu Pierre de Monestier, par son testament, du 5 juillet 1361. Le 15 décembre 1384, une transaction passée à Annonay entre Pierre de Monestier et Marguerite de Montchal réglait les droits respectifs des deux parties sur la seigneurie de Thorenc. Marguerite de Montchal pouvait y nommer un juge, un capitaine et un notaire; le seigneur de Monestier, un châtelain et un sergent. Pierre de Monestier n’ayant pas d’enfant laissa (1406) tous ses biens à son neveu Antoine-François de Saint-Priest-Monestier-Apinac, fils de Guichard. La part de la seigneurie de Thorenc venant du cardinal de Colombier resta dans la maison de Monestier jusqu’en 1530. A la mort de Jean d’Apinac, son fils François vendit la part des d’Apinac à Jean de Saint-Chamond, son coseigneur, en se réservant la facilité de rachat. En décembre 1521, Marguerite d’Apinac de Monestier, femme de Jean de Vernon, seigneur du Besset, et sa sœur Claude d’Apinac, épouse de Jean Faure, seigneur d’Oriol, héritières de François, leur frère, ayant racheté en vertu de la clause de réméré, furent troublées dans l’exercice de leurs droits par les officiers du seigneur de Saint-Chamond. Jean de Saint-Chamond acheta à Marguerite et Claude d’Apinac, moyennant 400 escus d’or, leur part dans la juridiction de Thorenc et du mandement. Falcon de Thollas partageait avec Aymar d’Annonay la seigneurie de Thorenc. Sa fille Guillelmine vendit à Briand de Lavieu, chanoine sacristain de Lyon, un très grand seigneur, les droits qu’elle possédait à Thorenc, Andance et Saint-Désirat. La petite nièce de Briand de Lavieu, Catherine de Lavieu, fut mariée à Hérard de Sénecterre qui prit le nom de Lavieu. Leur fils aîné, Jean de Lavieu, épousa Marguerite de Montchal et celle-ci, devenue veuve, se remaria avec Guichard de Jarez de Saint-Priest, seigneur de Saint-Chamond, qui confirma, le 9 octobre 1396, les privilèges concédés par Aymar d’Annonay aux habitants de Thorenc. Christophe de Saint-Chamond fut le dernier seigneur de ce nom de la terre de Thorenc. Sa fille, Gabrielle de Saint-Chamond, porta les biens de sa maison à Jacques Mitte de Chevrières, qu’elle épousa, le 15 avril 1577. Jacques de Chevrières fut un vaillant capitaine et se trouva aux batailles de Jarnac et de Moncontour, aux sièges de la Rochelle, d’Issoire et de La Mure, reçut, en 1588, le brevet de maréchal de camp et fut décoré de l’ordre du Saint-Esprit en 1598. Thorenc passa ensuite aux de Serres, aux des Mazel de Monteiller, aux Guignard de Saint-Priest, aux Desfrançais dont l’héritière le porta à M. Louis Béchetoille, puis la fille de celui-ci à M. Pierre Marthoret. Cette seigneurie était au début du XXe siècle la propriété de M. Charles-Emile Mignot qui descend de M. Desfrançais-de-Lolme. Revue du Vivarais, 1893: Le château de Thorenc, ses origines et ses possesseurs, E. Nicod. Le castrum de Thorrenc forme un îlot isolé au sein de la forêt recouvrant les flancs de la vallée très encaissée du Torrenson. (Commune de Thorenc, canton de Serrières). L'élément central du château est un haut donjon rectangulaire. L'accès se fait au premier étage et seules quelques rares ouvertures éclairent l'intérieur du bâtiment dont les étages étaient entièrement planchéiés. Cette tour semble datable du XIIe ou du début du XIIIe siècle. Un vaste bâtiment en L, flanqué d'une tour circulaire et d'une tourelle, a été construit au nord-est du donjon à la fin du Moyen Âge et un corps de bâtiment occupe l'espace existant entre le donjon et les constructions du bas Moyen Âge. Sur les pentes que domine le château s'est développé un petit bourg castral, celui-ci possédait une église dédiée à Saint-Georges, établie à proximité même du donjon.

Éléments protégés MH: les ruines du château de Thorrenc : inscription par arrêté du 28 décembre 1950. 

 château de Thorrenc 07340 Thorrenc

   

Château de la Voulte-sur-Rhône

Comme celui de Tournon, ce château fut le fief de très hauts et très puissants seigneurs. Autour de lui s’étaient groupées les habitations de nombreux vassaux: nobles, bourgeois et artisans. Ils trouvaient près de leurs suzerains une sécurité bien précieuse, surtout aux XVIe et XVIIe siècles où notre pauvre pays fut si souvent mis à feu et à sang. Ce château, comme ceux de Peyraud et de Tournon, domine le Rhône, et de sa terrasse, la vue est aussi belle, aussi étendue. Dans un article fort documenté M. Anatole de Gallier donnait, Revue du Dauphiné et de Vivarais, d’intéressantes notes sur les seigneurs de La Voulte. Nous les analyserons ici. Au XIIIe siècle le territoire de La Voulte était partagé entre plusieurs grands feudataires, au nombre desquels nous trouvons les Pagan, les Roussilon, les Tournon, la maison de La Mastre, les Poitiers, les Agrain des Ubas, les archevêques de Vienne, les évêques de Valence, ceux de Viviers et les Bermond d’Anduze. En 1151, la seigneurie de la Voulte appartenait à Silvion de Clérieu, auquel l’Empereur Conrad confirma des droits de péage sur le Rhône, audit lieu. Vers le commencement du XIIIe siècle, la Voulte fut apportée en dot par la fille de Roger de Clérieu dans la maison de Fay. Cette seigneurie passa ensuite dans la maison de Poitiers par le mariage de Philippa de Fay avec Aimar 1er de Poitiers, comte de Valentinois, qui légua cette seigneurie, en 1246, à Roger de Bermond d’Anduze, second fils de sa fille. L’abbé Expilly, dans son Dictionnaire des Gaules et de France, nous donne les premiers degrés de la maison d’Anduze qui remonte, suivant cet auteur, à Pierre 1er d’Anduze qui, en 943, donna à l’église de Nîmes le château de Saint-Martial et fut père de Bernard 1er , qualifié marquis et prince d’Anduze. En 1294, lettre de Philippe le Bel au sénéchal de Beaucaire et de Nîmes. Il rappelle qu’à la suite d’une guerre qui s’était déclarée entre Roger d’Anduze, seigneur de La Voulte, et l’évêque de Valence et de Die en raison de divers contentieux, une trêve avait pu être établie entre eux. Pour renforcer cette trève, l'évêque avait remis entre les mains des arbitres un "castrum seu fortalicium" construit sur les rives du Rhône. Cependant, durant la trêve, Bermond, fils de Roger et des hommes de La Voulte brûlèrent et détruisirent le château. Ils firent prisonniers les deux hommes du prieur de Saint-Esprit commis à la garde du château et les emmenèrent à La Voulte. Le roi condamne Roger d’Anduze à reconstruire le château détruit. Roger-Bermond d’Anduze, fils de Pierre-Bermond VII d’Anduze et de Josserande de Poitiers-Valentinois, tenait de son aïeul les terres de La Voulte, Chomérac, Boffre, Pierregourde et Montregard. Il avait épousé Andys de Crussol, fille de Géraud Bastet, premier du nom, seigneur de Crussol, qui reçut en dot 1500 livres viennoises et quelques terres à Loriol et Livron. Antoinette d’Anduze, dame de La Voulte et de plus de trente paroisses en Vivarais, reçut, le 31 mai 1416, l’hommage de Pierregourde, seigneur dudit lieu. Elle avait épousé, le 19 juin 1395, Philippe IV de Lévis, vicomte de Lautrec, baron de Roche-en-Regnier, Annonay, Montagut-en-Boutières, Pradelles et comte de Villars, en Bresse. Geneviève de Lévis-Ventadour apporta la Voulte dans la maison de Rohan-Soubise par son mariage, du 19 février 1694, que nous relevons aux archives départementalesde l’Ardèche: Registres d’Insinuations: "Mariage de très haut et très puissant prince Monseigneur Hercule-Mériadec de Rohan, gouverneur et lieutenant général pour le roi aux provinces de Champagne et de Brie, assisté de Monseigneur François de Rohan et de dame Anne Chabert de Rohan, ses père et mère, avec très haute et très puissante princesse, Madame Anne-Geneviève de Lévy-Ventadour, veuve de Monseigneur Louis de La Tour-d’Auvergne, prince de Turenne, assisté de Monseigneur Louis-Charles de Lévy, duc de Ventadour, pair de France, prince de Montbuisson, et de dame Charlotte-Eléonore-Madeleine de Lamotte de Houdancourt, père et mère de ladite princesse de Turenne, en présence et de l’agrément de très puissant et magnanime monarque Louis XIV, roi de France, en présence aussi de Monseigneur le Dauphin de France, des Princes de Bourgogne, d’Anjou et autres princes, princesses et notabilités de la cour qui ont signé ledit contrat à Versailles, et les autres parties et assistants à l’hôtel de Ventadour, rue de Tournon à Paris, le 14 février 1694". En 1789, les biens que la maison de Lévis-Ventadour possédait en Vivarais étaient indivis entre le prince de Guéménée et le duc de Bourbon-Condé. Après la Révolution, la terre de La Voulte, dépouillée de ses droits féodaux, était encore dans l’indivision entre la maison de Bourbon-Condé et la maison de Rohan, transportée en Bohême. Le château et le castrum de La Voulte appartiennent à la longue série de sites jalonnant le coteau rhodanien en surplomb du lit majeur du Rhône. Le château de La Voulte est établi sur une plateforme rocheuse dominant le bourg. Ce château existe sans doute depuis le XIe siècle, mais du premier château des XIe-XIIIe siècles, qui s’élevait vraisemblablement à l’extrémité orientale du relief portant le site, il ne reste apparemment rien. Le château actuel est composé aujourd'hui de trois corps de bâtiment de différentes époques. Dans l'enceinte du château, la cour intérieure, délimitée par des arcades, porte une multitude de motifs sculptés sur ses voussoirs et des écussons sur les clés de voûte. Les étages sont éclairés par des fenêtres à meneaux, surmontées alternativement d'un fronton et d'un arc en anse de panier. A gauche dans la cour le grand escalier d'honneur mène à la terrasse. 

 Éléments protégés MH: la chapelle dite des Princes (y compris la décoration intérieure) : classement par arrêté du 16 août 1923. Le château : inscription par arrêté du 31 mai 1927. 

château de La Voulte sur Rhône 07800 La Voulte-sur-Rhône 

tel. 04 75 62 44 36

   

Château de Tournon

Assis sur son rocher, l’énorme donjon se dresse menaçant et barre la vallée. Il sera difficile à la barque de passer inaperçue et à plus forte raison aux lourds chalands qui descendent ou remontent le Rhône, car, de sa terrasse crénelée, le guetteur surveille le fleuve. De tout temps ce rocher, situé près du confluent de la rivière de l’Isère était indiqué pour être un poste important. Aussi, d’après la tradition, château et ville remontent-ils aux temps les plus reculés de la féodalité. C’est, dans tous les cas, un des ouvrages les plus intéressants que nous ait laissé l’architecture militaire du moyen-âge. L’imposante masse qui domine la ville est bien l’image de ces puissants suzerains, vaillants guerriers et souvent aussi habiles et sages administrateurs. La maison qui prit ou donna son nom au château de Tournon est certainement une des plus illustres du Vivarais. Tournon devint non seulement la résidence de très hauts et très puissants seigneurs mais aussi un centre intellectuel, très florissant par les lettres et les arts qui trouvaient dans cette petite ville de grands protecteurs. Le château sert, au début du XXe siècle, d’Hôtel de ville, de Palais de Justice et de prison. On y remarque encore son intéressante chapelle gothique et à l’extérieur des fenêtres à meneaux aux fines sculptures, une belle terrasse et des tours massives qui conservent au château tout son cachet féodal. Nous avons montré dans les éNotes sur l’art à Tournoné, parues dans la Revue du Vivarais, avec quelle sollicitude ces hauts et puissants seigneurs embellissaient leur ville, l’ornaient et la dotaient. Ils rassemblaient dans le château et les églises les chefs-d’œuvre de la peinture, des objets d’art d’une réelle valeur, rapportés des pays étrangers ou dus au burin de nos meilleurs maîtres. Grands seigneurs par leur naissance, les Tournon l’étaient peut-être plus encore par la noblesse de leurs idées et la largeur de leur vue, comme aussi par leur inépuisable générosité pour tout ce qui touchait à la gloire de la ville dont ils portaient le nom. (Revue du Vivarais, 1905). Ceci est encore attesté par le vieux collège fondé, en 1536, par le cardinal de Tournon. Nous ne donnerons pas ici la généalogie de cette illustre maison, elle est trop connue pour cela. Depuis le XIe siècle son nom se rencontre mêlé aux principaux événements, non seulement de notre histoire locale mais aussi de l’histoire de France, ayant donné au royaume nombre d’hommes remarquables à l’armée, à l’Eglise et à l’Administration. Le premier personnage de cette maison dont la filiation est suivie, est Gilbert, seigneur de Tournon, cité dans les annales de Pons de Ralazuc, parmi les seigneurs qui prirent part à la première croisade, en 1096. J.-A. Poncer (Mémoires historiques sur le Vivarais) donne l’état des terres et baronnies qui dépendaient des seigneurs de Tournon en l’année 1570. Il cite le nom de 34 seigneuries parmi lesquelles nous relevons ceux de Tournon, Roussillon, Beauchastel, Le Bousquet, Désaignes, Ay, Colombier-le-Vieux, Colombier-le-Jeune, Vocance, Durtail, Saint-Victor, Vion, Mahun, Satillieu, Serrières, etc. Pour montrer comment ces hauts et puissants seigneurs administraient leurs nombreuses seigneuries, nous ne saurions mieux faire que de donner ici quelques passages de la Charte de Guigon de Tournon (1211), Revue du Vivarais, 1905, par M. A. Mazon. "Au nom du Seigneur J. C. Amen. Soit chose connue de tous présents et à venir, qu’en l’an de l’Incarnation de Notre Seigneur, 1211, quand Philippe était roi de France et Humbert de Mirabel, évêque de Valence, moi Guigon, seigneur de Tournon, j’ai juré et promis de maintenir et donner, pour une bonne fin, les bons usages et les bonnes coutumes que mes prédécesseurs avaient donnés et maintenus aux hommes de Tournon, avec Guillaume, le père de Guillaume Astorg, père d’Odon, et Odon, fils de Guillaume Astorg, mon père. Faisons savoir à tous ceux qui verront cette Charte, qu’aux hommes qui sont maintenant à Tournon ou qui y seront à l’avenir, aucune taille ne doit être faite sur leurs biens, ni aucune prise de corps. Les biens et ceux qui les ont apportés au château et au mandement doivent être saufs. Et si on leur met une taille à l’occasion d’une guerre pour moi ou pour mes amis, le droit de l’homme qui sera au château pour cette circonstance sera maintenu du mieux que je pourrai. S’il meurt à l'improviste, ayant femme et enfants, c’est à eux que reviennent ses affaires et ses biens. S’il n’a pas d’enfants, ils vont au plus proche de ses parents, s’il n’a pas de parents, cousins germains ou plus proches, le tiers de ses affaires et de ses biens appartient au seigneur et les deux autres tiers aux héritiers du mort. Si le cousin germain est étranger et ne peut venir se présenter au château, le seigneur a pour gage au château, sa maison, et le cousin germain doit avoir payé un gage sur la maison, la chose doit être réglée dans quinze jours. Tout homme qui habite au château est franc, et si, en se disputant, un homme en qualifie un autre de serf, celui-ci aura à s’arranger avec l’autre et il donnera au seigneur vingt sols. Tout homme qui vient au château pour faire un marché est sauf, lui et ses biens. S’il est engagé vis-à-vis d’un homme du château ou son débiteur, il aura à s’arranger avec lui, afin d’être sauf, lui et ses biens". Nous regrettons de ne pouvoir donner ici cette charte in-extenso car elle est toute intéressante et nous montre en détail la vie et les us et coutumes de nos pères au XIIIe siècle. Par ses alliances et les emplois considérables qu’elle remplit à la cour, la maison de Tournon peut compter parmi les plus distinguées du Royaume. Elle n’est plus représentée par les hommes et s’est éteinte en Vivarais en la personne de Mademoiselle Camille de Tournon, décédée le 16 mai 1908, mariée le 26 juillet 1906 à Félix, vicomte de Conny, dont une fille. A Montmelas, en Beaujolais, elle est représentée par Madame la comtesse de Chabannes-la-Palice et ses enfants. (1) Le château de Tournon que l’on peut voir aujourd’hui date pour l’essentiel des XIVe-XVIe siècles. Toutefois, le premier noyau médiéval du château apparaît nettement sur deux vues anciennes de Tournon, l’une de la fin des années 1590 et la seconde de 1706. Ces deux représentations sont certes très légèrement discordantes (au XVIIIe siècle, des plates-formes crénelées semblent curieusement avoir remplacé les toitures visibles à la fin du XVIe siècle), mais elles permettent néanmoins de se faire une idée assez précise de l’architecture de ce premier ensemble castral. Celui-ci apparaît tout à fait caractéristique des fortifications des XIe-XIIIe siècles en Vivarais: un haut et étroit donjon de plan carré est associé à une chemise quadrangulaire. À l’intérieur de celle-ci, et en appui contre elle, se sont établis (sans doute dans un second temps) différents corps de logis, comme en témoignent les ouvertures visibles sur les deux vues. Cet ensemble est démoli totalement avant 1771. Son emplacement est actuellement occupé par le jardin jouxtant la chapelle, dans la portion sud-ouest du château actuel. Cette chapelle, construite par Jacques II de Tournon dans la seconde moitié du XVe siècle, pourrait avoir été précédée par la première chapelle du château de Tournon, dédiée à Saint-Vincent et attestée dès les années 1280. Au pied du relief portant le château s’est développé un important habitat castral. Celui-ci a possédé au Moyen Âge trois enceintes successives. La première (XIe ou XIIe siècle), de taille restreinte, englobe un premier noyau d’habitat développé immédiatement au pied du château, dans une basse-cour en forme de demi-lune. Puis l’habitat s’est considérablement étendu vers le sud-ouest, ce qui a amené la construction, à la fin du XIIIe siècle, d’un second rempart. Enfin, une dernière enceinte est venue englober, au milieu du XIVe siècle, les deux précédentes et un nouveau faubourg au nord, de part et d’autre de la route du Rhône. L’église Saint-Julien est restée hors des deux premières enceintes. À la fin du Moyen Âge, Tournon est, après Annonay et Aubenas, le troisième pôle urbain vivarois. 

Éléments protégés MH: les façades et les toitures : classement par arrêté du 12 juillet 1927. L'intérieur (a l'exception des parties occupées par le tribunal et du logement du gardien) : classement par arrêté du 28 mars 1938. La porte cloutée en chêne de la poterne : classement par arrêté du 1er mars 1960. 

 château de Tournon 07300 Tournon-sur-Rhône 

Téléphone : 04 75 08 10 30

 

Château de Ventadour

Le château de Meyras appelé château de Ventadour depuis le XIXe siècle, est un ancien château fort fondé au XIe siècle, et remanié aux XVe et XVIe siècles. Endommagé au cours de la guerre de Cent Ans puis remanié, le château joua un rôle pendant les guerres de Religion, puis fut progressivement abandonné au XVIIe siècle. Vers 1700 il semble être démantelé avant de tomber en ruine et depuis 1968 une association travaille à sa restitution complète. 

 Le château est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 4 mai 1937. 

 Château de Ventadour 07380 Meyras 

 Téléphone : 04 75 38 00 92

   

Château de Maisonseule

Situé près de la ville de Lamastre, à 850 mètres d’altitude, Maisonseule domine la région et de sa terrasse on jouit d’une des plus belles et plus intéressantes vues du Vivarais. Nous empruntons en partie à M. Régis Tartary la pittoresque description qui va suivre. "Les spécimens de forteresses militaires des temps passés deviennent de plus en plus rares. L’œuvre du temps, ce grand destructeur de toutes choses, et la pioche inintelligente des démolisseurs ont bientôt fait disparaître ces témoins si intéressants. On aime à voir, au coucher du soleil, la silhouette des vieux manoirs et la frondaison des grands arbres se détacher sur le ciel, une tour en ruines se dresse altière ou bien campée au milieu d’un site pittoresque. Ces pans de murs portent en eux l’empreinte de tout un passé que l’on imagine volontiers mystérieux, et où chaque génération disparue a laissé sur les murs un peu d’elle-même. Le château de Maisonseule, dans le Haut Vivarais, est un exemple de ces vieilles demeures féodales construites pour la défense, modifiées par la nécessité des temps, mais ayant conservé dans l’ensemble, l’aspect imposant de la destination primitive. Le château de Maisonseule, près de la ville de Lamastre et non loin de l’église de Saint-Basile, sur une croupe dominant toute la vallée du Doux. Le panorama que l’on découvre des terrasses qui ceinturent le vieux manoir, est un des plus remarquables de notre beau Vivarais. Au couchant, nous apercevons, dessinée sur l’horizon, la silhouette du Gerbier-des-Joncs, le massif du Mézenc et d’autres pics de cette région volcanique. A nos pieds se déroule la vallée de Sumène, dans laquelle on aperçoit le tracé sinueux de la voie ferrée qui relie la vallée du Doux à celle de l’Erieux, en passant sur le col des Nonnières. De la terrasse du nord, la vue s’étend jusqu’à Saint-Agrève, Saint-Jeure-d'Andance et les montagnes de Saint-Bonnet. On domine la vallée du Doux depuis le confluent de la Sumène jusque vers Rochepaule. On distingue très bien les châ teaux de Bel-Air et du Verger, des multitudes de mas éparpillés aux flancs des montagnes parmi les pins noirs, les champs de seigle ét les châtaigneraies. Puis viennent les ruines de Rochebloine, la montagne du Sargier, et au-dessous le massif de Pecheylard qui est bien rapetissé à côté des montagnes voisines. Plus à droite, de la belle terrasse qui domine les anciens jardins, la vue s’étend par l’échancrure de la vallée du Doux jusqu’aux montagnes du Dauphiné, au-dessus de Saint-Donat. Beaucoup plus près, nous découvrons les clochers d’Empurany, d’Arlebosc, d’Etables, de Lemps, le massif gueissique de Gilhac, les bois du château d'Urbillac et en fin le Serre de la Roue. Nous voyons par cette description l’importance stratégique de cette position. Les signaux de la vallée du Rhône pouvaient être transmis avec rapidité jusqu’au pays d’Auvergne et de là vers le Nord. On peut donc supposer, avec assez de certitude, que Maisonseule a dû avoir une certaine importance comme poste d’observation à l’époque gallo-romaine et plus tard sous la domination des premiers comtes de Valentinois. Cette demeure primitive, Domus sola, poste d’observation, villa gallo-romaine, mai son forte ensuite, a dû être détruite puis reconstruite au XIIIe siècle. Cet édifice de forme rectangulaire, mesurant, hors d’œuvre, 12 mètres de longueur sur 9 mètres de largeur, a des murs de 1,50 mètre d’épaisseur. (1) La pièce essentielle est le donjon entouré sur deux de ses faces d'une véritable ceinture de bâtiments dont les mâchicoulis d'un chemin de ronde primitif, rompu en plusieurs endroits, atteignent près de cent mètres de longueur. Ce donjon "de Saint Louis" remonterait au XIIIe siècle. Au rez-de-chaussée, une voûte en berceau forme une cave occupant tout l’espace. Il n’y avait point d’escalier. Les donjons servaient de refuge et on accédait aux étages supérieurs par des échelles. Les défenseurs gagnaient successivement les étages supérieurs et ne se rendaient qu’à la dernière extrémité. L’étage supérieur est couronné d’une plate-forme crénelée, avec chemin de ronde et quatre tourelles ou échauguettes aux quatre angles, dont une subsiste encore à l’angle de la cour intérieure. Du XIIIe siècle, il servira de garnison jusqu'au XVIe siècle où il est transformé en résidence. Les plus anciens seigneurs connus sont les Sahune, au XIVe siècle l'héritière de Balthazard de Sahune est sa fille, Phélise d'Asséné, dame de Maisonseule, qui épouse Guillaume de La Gruterie en 1550. En 1551, Alexandre de Maisonseule, époux d'Antoinette de la Mothe-Brion, y ajouta des fenêtres à meneaux et des cheminées Renaissance, et transforma les archères en meurtrières à couleuvrines, par adjonction d'ouvertures cylindriques au bas des archères. À l'origine une aile enveloppante, aujourd'hui en mauvais état, fut construite au nord et poursuivie ultérieurement. En 1624, Jean de Maisonseule, époux de Judith de la Tour-Gouvernet, fille cadette de la "belle Paule de Chambaud" remariée à Claude de Hautefort-Lestrange apporta embellissements et confort au château: larges baies à double meneaux, escalier de refend, cheminées monumentales sous plafonds français peints. Maisonseule revint aux Chevrier, et en 1759 au marquis de Grollier qui fut guillotiné en 1793 et le château vendu comme bien national. En 1820, l'abbé Furster en fait un établissement d'enseignement (Congrégation des Basiliens). Après avoir abrité une colonie de vacances, il a été laissé à l'abandon avant d'être acquis et restauré par M. Yves Lecoq. Une étude héraldique sur les nombreux écussons groupés en frise: Maisonseule, la Gruterie, Sahune, Chambaud, etc. permettrait l'identification des anciens écussons. 

 Éléments protégés MH: les façades et les toitures du château : inscription par arrêté du 21 mars 1983. 

 château de Maisonseule 07270 Saint-Basile 

Téléphone : 04 75 06 49 06

Château de Balazuc

Sur son rocher, Balazuc se dresse au-dessus de la rivière de l’Ardèche. Nid d’aigle d’une de nos plus remarquables maisons du Vivarais. Depuis le XIe siècle jusqu’au XVIIe siècle, époque où elle s’éteignit dans celle des Hautefort de Lestrange, cette famille donna nombre de chevaliers sans peur et sans reproche. Les restes de sa demeure sont encore solides et paraissent profondément enracinés dans le sol vivarois, symbolisant cette race de soldats dont le souvenir ne s’efface pas. Le premier connu est une de ces nobles figures, chevalier illustre dont le nom s’attache aux ruines qui se dressent fièrement devant nous. C’est Pons de Balazuc qui prit la croix et, non content de se signaler parmi les plus vaillants capitaines de son temps, collabora à l’histoire de la première croisade. Nous avons relevé dans le riche chartrier du château de Vaurenard, si obligeamment mis à notre disposition par Monsieur Louis de Longevialle, une généalogie manuscrite dont nous donnons ici les premiers degrés: "Noble et puissant seigneur Gérard de Balazuc, seigneur de Saint-Montan et de Lamas, reçoit hommage en fief franc et noble, de noble de Petronit, damoiseau de Saint-Montan, le 10 septembre 1077, pour certains cens et domaines de sa mouvance, reçu par Me Etienne Dessex, notaire". C’est le premier auteur connu de la maison de Balazuc, toutefois on pourrait peut-être en découvrir de plus anciens dans les archives des maisons de Vogüé, de La Fare, de Borne et d’Hautefort, auxquelles les plus notables biens de cette maison illustre ont passé par succession ou par vente. Gérard de Balazuc laissa un fils, Pons II, noble et puissant seigneur, chevalier de Balazuc, qui fit son testament, le 4 janvier 1090, en faveur de Jordan de Balazuc, son fils, et de dame Jacquette de Trévenc, sa femme; il se qualifie fils de Gérard. C’est le même Pons qui fut aux Croisades et dont l’histoire de Languedoc parle en ces termes: "Pons de Balazuc, chevalier du diocèse de Viviers, fut un des premiers qui prit la croix et, non content de se distinguer dans l’expédition de la croisade par divers faits d’armes, il écrivit l’histoire de Raymond de Saint Gilles, comte de Toulouse, conjointement avec Raymond des Agiles, chapelain de ce comte, qui fut aussi du voyage en 1095. Il fut tué d’un coup de pierre au siège de Tripoly, l’année 1099. Jordan de Balazuc, épousa, en 1120, Agniète de Jalseu, dont: Pierre de Balazuc, noble et puissant seigneur qui reçoit, le 7 mars 1140, les hommages des terres de Montréal et Josac, à cause de son château et seigneurie de Balazuc, reçu par Paul de Rias, notaire dudit seigneur de Balazuc. Il était marié, en 1165, à Sismonde d’Elas, dont il eut: Pierre de Balazuc, noble et puissant seigneur, marié, le 5 des calendes de septembre 1189, à dame Catherine de Vierne, reçu Florent Derias, notaire. Trois maisons se sont succédées dans la possession de la terre de Balazuc et en ont porté le nom. La première race des seigneurs de Balazuc s’éteignit au milieu du XIIIe siècle en la personne de Noble et puissant seigneur messire Guillaume de Balazuc de Sarras qui reçut, en 1252, l’hommage d’Audibert de Vogüé, seigneur de Rochecolombe, et n’était plus de ce monde, en 1256; il était mort sans postérité, peut-être même sans alliance. Une sœur à lui avait épousé Gérenton des Eperviers. Leur fils, Guillaume des Eperviers, ayant, à la mort de son oncle, hérité de la terre et château de Balazuc, en prit le nom, et en décembre 1256, donna une investiture comme seigneur de Ba lazuc, bien qu’étant alors mineur et sous la tutelle de son père. Le fils de ce Guillaume des Eperviers de Balazuc, messire Albert de Balazuc, laissa deux fils de Pétronille de Johannas: Giraud, qui continua la maison de Balazuc et Albert, auteur de la branche de Montréal. Deux siècles plus tard, Antoine de Balazuc, seigneur de Balazuc, épousait, vers 1450, demoiselle Jeanne de Roquefeuille, puis mourait, ne laissant d’elle qu’une fille unique. Demoiselle Gabrielle de Balazuc, dame et baronne de Balazuc qui, en 1464, épousa un gentilhomme auvergnat, Amalric de Salle (plus communément appelé Malrigon), auquel elle porta les biens de sa maison, dont il adopta le nom et les armes. Ils n’eurent que deux filles. L’aînée, Jeanne de Balazuc, épousa, vers 1480, noble Pierre de Brunier, gentilhomme savoyard, à qui elle porta tous les biens de sa maison, de laquelle leurs descendants portèrent le nom et les armes. Leur arrière-petit-fils, Léon de Balazuc, mourut jeune encore et sans laisser d’enfants de sa femme, Martine d’Urre, qu’il institua son héritière et qui, s’étant remariée, vers 1560, à François de Borne, seigneur de Logères, lui porta la terre de Balazuc. Cette illustre maison donna plusieurs gouverneurs du Vivarais et joua un rôle très important pendant les guerres de religion. Guillaume de Balazuc, marié, le 15 janvier 1580, à demoiselle Françoise du Roure, fille d’Antoine Grimoard du Roure, chevalier et baron de Brisac, et de dame Claude de La Fare, marcha sur les traces de son père durant les troubles et guerres civiles, en tenant avec fidélité et courage le parti du roi, qui lui en marqua son contentement par une lettre très honorable, du dernier jour de juillet 1586. Le seigneur de Montréal, Guillaume de Balazuc, n’était pas seulement estimé et connu dans le royaume par les grands hommes de son temps tels que les Montmorency, Lesdiguières, Ventadour et Tournon, mais les princes étrangers en faisaient aussi grand cas et ne dédaignaient pas de rechercher ses bonnes grâces, ainsi qu’on le voit par deux lettres que lui écrivit le duc de Savoie. Guillaume de Balazuc, seigneur de Montréal, Lanas, Chazeaux, Joanas et autres places, fut gouverneur pour le roi de Villeneuve de Berg et Maréchal des camps et armées de Sa Majesté. Au XVIe degré, Gaspard de Balazuc, seigneur de Lanas, commandait pour Sa Majesté Louis XIII le château de Chomérac. Il réunissait, à une valeur et un courage héréditaire, l’amour de la paix et de la tranquillité qu’il procura à toute la contrée tant protestante que catholique. Cette famille s’éteignit dans la région de Chomérac vers le milieu du XIXe siècle, après avoir donné à l’armée de nombreux officiers généraux, des gouverneurs du Vivarais, des gentilhommes de la chambre du roi, etc. Nous avons vu que les divers seigneurs de Balazuc avaient adopté le nom et les armes des premiers seigneurs et qui, d’après plusieurs auteurs, étaient: "Palé d’argent et de sable de six pièces; au chef de gueules, chargé de trois étoiles d’or". Quelques documents des XIIIe, XVIe et XVIIe siècles donnent à cette maison: "D’azur, au demi vol d’or". Ces armes sont attribuées à Jean de Balazuc, marié à Anne de Borne, en 1546. Les preuves de demoiselle Gabrielle de Balazuc de Montréal, octobre 1694, Bibliothèque Nationale, manuscrits français, lui donnent: "D’azur, au demi vol d’argent posé en pal". Le sceau d’une charte de 1246, émanant de Guillaume de Balazuc, donne un écu chargé d’un demi vol. On notera, par ailleurs, la présence d’un lieu-dit "Chastel Vieilh" à environ 25 mètres de l’église Sainte-Madeleine. Une ruine et un chasal notamment sont mentionnés en ce lieu dans les Estimes de 1464 pour la paroisse de Balazuc. En face du village de Balazuc, sur la rive droite de l’Ardèche, au confluent de celle-ci avec le ruisseau de Pierre Froide, se dressent une tour circulaire et les vestiges d’un rempart. Cette construction, de taille modeste, paraît appartenir à une défense avancée du castrum de Balazuc et date vraisemblablement de la fin du XIVe siècle. 

 Éléments protégés MH: le château de Balazuc en totalité : inscription par arrêté du 31 mai 1927. 

 château de Balazuc 07120 Balazuc 

Téléphone : 09 51 39 92 11

   

Château de Chambonas

Une église du XIIe siècle sous le vocable de Saint Martin et l'obédience de l’abbaye de Saint-Gilles, succédant peut-être à une autre plus ancienne dans le voisinage de la Commanderie de Jalès et de la chapelle de Thines, possession avancée en Vivarais de l'abbaye du Monastier, la tradition d'antiques chemins, voie essentielle conduisant pèlerins et marchands du Languedoc en Velay, sur Notre-Dame du Puy; le cañon du Chassezac et, malgré l'audace du passage, un pont du XIVe siècle sans doute, et le château de Chambonas le commandant; tout cela en raccourci est plus qu'un décor grandiose; c'est une suite rare de jalons historiques, bi-millénaires, dont l'importance médiévale nous échappe. Ces facteurs interdépendants forment un tout auquel le château de Chambonas apporte une pierre de choix. L'ampleur du paysage accentue la masse imposante du château dont les premières dates nous échappent. XIIIe, XVIIe et XVIIIe siècles, voici, croit-on avec certaines énigmes, les plus certaines de sa construction, en quadrilatère cantonné de quatre tours rondes. Une porte à bossages (XVIIe siècle) ouvre sur un escalier à balustres de même époque et très belles proportions. Une salle voûtée d'arêtes à peintures analogues à la salle dite "italienne" de l'Evêché de Viviers (XVIIIe siècle) conduit au grand salon réaménagé au XIXe siècle. Dans une suite d'autres pièces également proportionnées, un salon très important avec cheminée monumentale aux armes des Chanaleilles. Telle fut sous les hautes toitures du corps central et ses tours en poivrières, jusqu'en 1808, la demeure des La Garde-Chambonas, issus des seigneurs de la Garde-Guérin; elle leur doit la plupart de ses embellissements intérieurs et extérieurs sur les jardins français, dont les eaux jaillissantes ajoutent au charme du lieu. Le marquis de Chanaleilles au début du XIXe siècle, puis le Comte de Marcieu; et avec eux les fastes du brave Crillon dont un portrait par Porbus et de nombreux objets d'arc, enrichirent le château de précieux souvenirs. Cette description trop elliptique devrait susciter des visites nombreuses au cœur de ce pays des Vans, centre touristique aussi varié que prometteur. L’illustre maison qui fit construire ce château était d’origine chevaleresque, venue de La Garde-Guérin, antique forteresse située en Gévaudan, sur les confins du Vivarais. Elle s’établit dans notre province dès le XIIIe siècle et forma les branches des Chambonas et de Malbosc. La filiation de cette maison est suivie jusqu’à nos jours, depuis Raymond de La Garde, seigneur de La Garde-Guérin qui figure dans un acte de vente fait à Bertrand de Molette, le 18 des calendes de janvier 1237. Il avait épousé Sibille de Beauvoir du Roure, fille de Guillaume et d’Alasie de Planchamp. Louis-François de La Garde, fils d’Antoine de La Garde, seigneur de Chambonas et de Cornillon, avait épousé, le 19 août 1629, Charlotte de La Baume-Suze, fille de Rastaing, comte de Suze, seigneur d’Eyrieu et Montfrin, bailli des quatre bailliages du Dauphiné, et de Catherine de Grolée. Il eut deux fils dont Louis-François et Charles-Antoine, né en 1635. Ce dernier fut longtemps grand vicaire de Louis de Suze. Il fut appelé, en 1671, au Siège épiscopal de Lodève. Il fut sacré à Paris, le 15 novembre 1671, par son oncle, assisté des évêques du Mans et de Comminges. Il continua néanmoins ses fonctions de grand vicaire de Viviers, avec le titre de coadjuteur de l’évêque qui était fort âgé, et c’est en cette qualité qu’il rédigea, en 1684, un mémoire en faveur des habitants de Privas, pour prier le roi de les laisser "se relever de l’état pitoyable où ils sont réduits, principalement pour avoir moyen d’employer leurs biens et leurs vies pour Sa Majesté". Il ne cessa d’aller de paroisse en paroisse, consolant les uns, secourant les autres, arrêtant la fureur des soldats et obtenant la grâce de nombreux coupables. Damville, se rendant en Vivarais, en 1689, l’avait fait venir de Lodève afin de l’accompagner dans le diocèse de Viviers, "parce que son dessein était d’employer plutôt la voie de la douceur que celle de la force, et il savait que ce prélat, avant ces désordres, avait travaillé efficacement pour la religion dans ce pays en la place du vieil évêque, son oncle, qui, à cause de son grand âge, était incapable d’agir". Louis-François, frère aîné de l’évêque, avait obtenu, en 1683, l’érection de la terre de Chambonas en marquisat. Il épousa, en 1695, Charlotte de Fontanges, dame d’honneur de la duchesse du Maine, et mourut, en 1729. Quand la duchesse du Maine fut emprisonnée, en décembre 1718, lors de la conspiration de Cellamare, Madame de Chambonas "demande en grâce, quelques jours après, d’aller se renfermer volontairement avec elle". Scipion-Loui s-Joseph de Chambonas, fils du précédent, se distingua dans la carrière militaire, et le duc de Luynes, dans ses mémoires nous apprend que mécontent de n'avoir pas été fait maréchal de camp, il quitta le service, en 1746. Il mourut en 1765. Il avait épousé en secondes noces une Beauvoire du Roure et en eut un fils, né vers 1750. Sa vie fut celle d’un original débonnaire qui mourut en 1807, dans un état voisin de l’indigence. Il vendit le château et le marquisat de Chambonas au marquis de Chanaleilles, revenu comme lui de l’émigration. Le marquis Guillaume de Chanaleilles, qui en fit l’acquisition, était un officier de marine déjà remarqué avant la Révolution. Plus tard, il obtint le grade de capitaine de vaisseau. Il siégea pendant quarante ans au Conseil général de l’Ardèche et fut créé pair de France, en 1837. Son fils, Sosthènes, avait été lieutenant-colonel du 4e chasseur à cheval. Il a vécu dans une sorte de retraite, depuis 1853, après la mort de son fils. Il n’a laissé qu’une fille, mariée au marquis de Marcieu. Les Chanaleilles sont actuellement représentés par Paul-Aimé-Henri-René de Chanaleilles, marquis de La Saumée, chef de bataillon au 117e régiment territorial d’infanterie, marié, le 11 février 1885, à Jeanne Germon de Malmusse, dont Marie-Joseph-Roger-Sosthènes, né le 22 octobre 1891, 2 rue de Chanaleilles, château de par Saugues (Haute-Loire).

Éléments protégés MH: les façades et les toitures : inscription par arrêté du 2 avril 1963. L'ensemble du parc, le grand escalier intérieur, le salon italien du rez-de-chaussée, le grand salon faisant suite au salon italien, le petit salon situé dans une tour : classement par arrêté du 16 septembre 1963. 

 château de Chambonas 07140 Chambonas

   

château de Montlaur

La ville perché sur un rocher calcaire est dominée par le château. Cette position a été l’objet d’une rivalité entre les évêques de Viviers et ceux du Puy. L’évêque du Puy l’emporte au XIe siècle et en 1084 inféode cette place aux seigneurs de Montlaur. Le château est aux XIIIe et XIVe siècles à la famille Allard, vassaux des sires de Montlaur, qui récupèrent ensuite la seigneurie. Ils ont fait allégeance au roi Philippe le Hardi en 1272 pour leurs possessions en Vivarais. Ils ont des biens importants en Velay, Gévaudan et Uzège. Le château est dominé par un haut donjon carré, muni de poivrières aux angles, remontant probablement au XIIIe siècle. L’enceinte urbaine est construite au XVe siècle par Louis, le dernier des Montlaur. A sa mort la baronnie revient à sa fille épouse d’un dauphinois le sire de Maubec : les Maubec de Montlaur poursuivent l’embellissement (tour d'escalier du château) de 1441 à 1551. A cette date le seigneurie passe par mariage aux de Mourmoiron, barons de Modène jusqu’en 1611. Les arcades de la cour datent de cette époque, mais ville et château sont pris et repris au cours des guerres de Religion: ils sont en triste état à la fin du XVIe siècle. Marie de Modène Montlaur apporte Aubenas à son époux Jean-Baptiste d’Ornano, fils aîné du maréchal Alphonse d’Ornano, d’origine corse, gouverneur du Dauphiné sous Henri IV. La carrière du jeune Ornano sera courte; en 1626 il est nommé maréchal de France, mais est compromis dans les intrigues de Gaston d’Orléans frère de Louis XIII et arrêté: il meurt en prison. Des d'Ornano datent la terrasse de l’ouest, le portail à bossages de la façade et les échauguettes du donjon. La veuve de Jean Baptiste, la maréchale d’Ornano fait établir un mausolée pour son mari et elle-même à Aubenas, sous le dôme Saint-Benoit, à l’époque chapelle de bénédictines. Elle promeut les eaux de Vals et lègue Aubenas à sa nièce Anne d’Ornano et épouse de François de Lorraine-Elbeuf comte d’Harcourt. Un de leurs descendants vendra Aubenas aux Voguë qui font établir les portes jumelles de la façade, l’escalier et les boiseries des salons. Le château fut déclaré bien national et pillé le 13 octobre 1792. La ville d'Aubenas parvint à le protéger et y installa la mairie dès 1810. On pénètre dans le château par la porte sud-est percée au XVIIIe siècle; on entre dans la cour intérieure, laissant vers l'est l'ancienne entrée murée aujourd'hui, ainsi que la salle Marcel-Gimond, vaste et claire. Après un examen des murailles, de la tour des Maubec et d'une fenêtre à croisée percée dans le donjon à l'époque des d'Ornano, on pénètre dans le donjon élevé sur le rocher et on peut voir l'arbre généalogique des Montlaur. On visite ensuite le donjon avec ses différents étages, la terrasse et les échauguettes d'angle. L'escalier d'accès est taillé dans l'épaisseur du mur, puis on redescend dans la cour et on s'engage dans le grand escalier au pied duquel se trouvait jadis le mausolée des Ornano, aujourd'hui déposé dans le dôme saint Benoît tout proche. Dans les salons: trois pièces avec des portraits des d'Ornano et des Vogüé. Dans l'une d'elles dormit le général de Gaulle quand il vint à Aubenas. 

 Éléments protégés MH: le château de Montlaur en totalité : classement par arrêté du 2 mars 1943. 

 château de Montlaur 07200 Aubenas 

Téléphone : 04 75 87 81 11

 

Châteaux les plus consultés

(IMH) = château inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, (MH) = château classé Monument Historique


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