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Château de Puycalvary

Absent des grandes séries de textes sur l'Agenais de la seconde moitié du XIIIe siècle, le "cassel" de Puycalvary est mentionné pour la première fois en 1288, dans un acte de partage entre les frères Palazols : à Guillaume revient la "tor", divisée en "doas cambras autas et bassas", à Raymond-Guillaume la "sala". Le texte réglemente précisément les rapports de mitoyenneté et prévoit l'édification d'un mur isolant les lots. S'ils s'interdisent mutuellement de percer des "traucs" et des "buscades", chacun peut à sa guise "obrar le mur velh", c'est-à-dire l'enceinte commune. Ce bloc tour-salle correspond au type de résidence seigneuriale répandu au XIIIe siècle dans le Sud-Ouest, tenu en coseigneurie. Du bâtiment originel subsiste une tour quadrangulaire tronquée, attenante à un corps moins élevé, séparés du plateau par un profond fossé. Le document de 1288 révèle l'existence d'une petite agglomération castrale, puisqu'il mentionne une "rueta communal", ainsi que plusieurs "maios et mainals", et "la maio en que e el escola". Le château moderne, reconstruit au début du XVIe siècle pour le sénéchal d'Agenais Antoine de Raffin, a vraisemblablement occupé la totalité de l'espace de l'ancienne basse-cour, et rejeté les maisons villageoises au-delà de l'enceinte, sur les pentes du versant sud du "pech" ; c'est en tout cas dans ce secteur, au pied de l'enceinte, que la chapelle castrale fut édifiée. Personnage de premier plan en Agenais, Antoine de Raffin entreprend un vaste projet de reconstruction, tout en laissant subsister l'ancienne maison forte. Le nouveau château comporte trois ailes organisées sur une cour intérieure carrée ; l'aile sud, ouvrant côté cour par des arcades à arêtes vives, paraît légèrement postérieure, peut-être contemporaine de François de Raffin, également sénéchal, décédé en 1572. Les modifications apportées au château durant le XVIIe siècle sont minimes : une échauguette est simplement greffée à l'aile ouest afin de mieux défendre l'entrée, et une loggia est adossée à l'aile est, peut-être pour la famille de Guiscard pour qui Puycalvary est érigé en comté en 1696. Seul le percement de la porte sur la terrasse sud, précédée d'un escalier, appartient clairement à des travaux du milieu du XVIIIe siècle. Des réaménagements intérieurs ont été aussi effectués à cette époque, notamment le décor en bois de l'oratoire dans la tour nord-ouest. Des écuries adossées au plateau à l'ouest, dont ne subsistent que le départ des voûtes d'arêtes et des colonnes, auraient été édifiées en 1744, selon De Cousseau de Beaufort. Durant la Révolution, la sculpture du fronton de la tour d'escalier ainsi que celle de quelques fenêtres sont bûchées. Le domaine est vendu en 1815 à Pierre Souilhagon de Bruet, ancien conseiller référendaire au Parlement de Bordeaux et membre du collège électoral du Lot-et-Garonne. C'est probablement pour lui que le portail d'accès extérieur a été édifié. Le cadastre de 1830 montre des bâtiments adossés à l'aile sud, vraisemblablement des communs, dont ne subsistent plus que des fours et un puits isolé au milieu de la terrasse. L'ensemble a été restauré durant le quatrième quart du XXe siècle.

 Le château de Puycalvary couronne un coteau aux pentes escarpées, dominant la vallée du Boudouyssou au sud et, dans le lointain, la vallée du Lot vers le nord-est. L'aile nord avec ses tours circulaires sur les angles, comporte six niveaux, dont trois en soubassement occupés par des caves voûtées en berceau. Le rez-de-chaussée des tours est percé de canonnières, ainsi que l'étage de la tour nord-ouest, dirigée vers l'entrée. Cette aile s'articule avec l'aile est par une tour d'escalier à pan-coupés dans l'angle de la cour. L'aile ouest, dans laquelle est ménagée l'entrée, double la tour médiévale et le corps de bâtiment qui lui est attenant. Elle ouvre sur la cour au rez-de-chaussée, par deux arcades plein-cintre chanfreinées, donnant accès à une galerie voûtée d'arêtes. L'aile sud, adossée à la construction médiévale, est soutenue par des arcades à arêtes vives : la travée ouest, murée, est affectée aux cuisines, alors que la travée est, ajourée, forme un corps de passage vers la terrasse. La chapelle est située sous le château, avec lequel elle communique par un escalier qui conduit dans des tribunes aménagées dans le mur, au niveau du départ des voûtes. Choeur à pans. Chapelle seigneuriale sur croisées d'ogives. Porche de la fin du XVe à colonnettes et choux frisé, dans le tympan duquel se voit une niche avec coquille... 

 Éléments protégés MH : le château de Puycalvary en totalité : inscription par arrêté du 30 décembre 1925. 

 château de Puycalvary 47140 Dausse

 

Château Prieural

Village édifié sur un éperon dominant la confluence de la Lémance avec le Lot, autour d'un prieuré restauré vers 1130 par les moines de l'abbaye Saint-Géraud d'Aurillac. Première mention du castrum en 1259, les droits étant partagés entre les Durfort et le prieur, qui détenait probablement la haute justice. Le castrum dépendait de la baillie de Penne en 1271. Morphologie du village médiéval repérable sur les plans, par la fossilisation du parcellaire, ainsi que sur le terrain par la subsistance d'édifices des XIIe, XIIIe et XIVe siècles. Structure bipolaire : premier noyau organisé autour du prieuré, correspondant au "fort" recelant l'habitat aristocratique, protégé par une enceinte. Subsistance de plusieurs maisons à angles arrondis dans le secteur oriental et méridional, caractéristiques des tours de chevaliers du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle des castra du Fumélois. Second pôle de peuplement situé à l'est dans le prolongement du coteau, séparé du "fort" par un fossé. Développement de l'habitat au XIIIe siècle selon un urbanisme dirigé, sur un parcellaire laniéré organisé de part et d'autre d'un axe central, et fortifié depuis le XVe siècle au moins. Maisons du XIIIe et XIVe siècle (39 rue de la République, accolée à l'ancienne porte de ville dite de Monségur), du XVe siècle. Vestige d'un hôtel particulier du XVIe siècle dont il ne subsiste plus qu'une tour circulaire (23 rue de la République). Maisons construites aux XVIIe et XVIIIe siècles appuyées contre les fortifications à l'est. Extension de l'habitat à l'extérieur de l'enceinte villageoise le long de l'avenue reliant Monsempron à Libos. 

Le prieuré est installé dans la seconde moitié du XIe siècle sur un éperon rocheux dominant trois vallées. Cette position lui permet de bénéficier de fossés naturels sur trois côtés et de contrôler les échanges commerciaux des vallées. Les parties les plus anciennes du bâtiment actuel laissent penser qu’il a été reconstruit au cours du XIIe siècle, au moment où le plan de l’église est modifié. Dans la deuxième moitié du XIIIe siècle, un logis est élevé au dessus du monastère pour le prieur. Un étage est édifié sur l’aile nord ainsi que sur les ailes ouest et est. La galerie du cloître est reconstruite à la même période. Vers la fin du XVe siècle suite aux conflits franco anglais, le prieuré est modernisé dans le style de la Renaissance cadurcienne. Après les guerres de Religion, de nouveaux remaniements ont lieu entre la fin du XVIe siècle et le début du siècle suivant. Le château prieural, vendu comme bien national pendant la Révolution, fut en partie démoli (aile ouest disparu). Par la suite, le lieu sert successivement de presbytère, d’école de filles ou d’habitation. 

 Éléments protégés MH: L'ancien prieuré en totalité, avec l'ancienne aire de cloître et sa galerie néo-gothique vitrée à l'ouest : classement par arrêté du 20 janvier 2009 - Les sols avoisinant le prieuré (parcelles) ainsi que l'aile des communs du 18e siècle s'étendant à l'ouest de ce prieuré : inscription par arrêté du 20 janvier 2009 

 château Prieural 47500 Monsempron-Libos 

 Téléphone : 05 53 71 11 56

 

Château de Poudenas

Mentionné au XIIIe siècle comme contrôlant le péage sur la route de Mézin à Montréal-du-Gers, le château domine le village et la rivière Gélise. Assiégé en 1369, il est reconstruit en 1372 pour le comte d'Armagnac par le maçon Baudry, l'enceinte, le corps de bâtiment nord et l'ouvrage d'entrée peuvent dater de cette campagne, sur une assiette qui semble plus ancienne. Le corps de bâtiment nord est ouvert par des croisées au début du XVIe siècle. Il passe par mariage à Jean du Bouzet de Roquepiné en 1581. Jean du Bouzet et son fils Pierre Gaston, pour qui le château de Poudenas est érigé en marquisat, rénovent l'édifice dans la seconde moitié du XVIIe siècle, aile ouest des écuries par Duplan en 1664, nouvelle aile dans la cour en 1686 avec un escalier et un portique. Acquis par la marquise de Narbonne Pelet, le comte de Digeon en hérite, puis Stéphanie de Virieu qui réalise des décors et les escaliers de la terrasse au XIXe siècle. Il affirme le charme méridional de la petite cité édifiée à flanc de coteau, avec l'église et le campanile bordés de cyprès.

 Établi sur des fondations très anciennes, le château est un assemblage de bâtiments dont la majeure partie paraît dater du XVIIe siècle. Une double enceinte protégeait le château qui surveillait la vallée de la Gélisse et le vieux pont qui la traverse. La partie du château qui domine le village présente des terrasses à balustres Louis XIV en partie refaits au XIXe siècle. La partie nord présente une grosse tour carrée du XVe siècle, et un corps de logis à fenêtres à meneaux aux encadrements moulurés du XVIe siècle. La partie s'ouvrant sur la cour intérieure est un bel exemple de construction du XVIIe siècle, avec terrasse et balustres d'époque. Porche d'entrée du XVIIe avec piliers surmontés de flammes du XVIIIe siècle dans le parc.

 Éléments protégés MH: les façades et les couvertures, sauf celles classées : inscription par arrêté du 26 mai 1952. Les façades et les toitures du donjon et des bâtiments entourant la cour principale, y compris le portique et les galeries ; la façade Sud avec sa galerie et ses terrasses et la toiture correspondante ; la terrasse devant la façade du château ; l'escalier de pierre à mur d'échiffre et à volées droites ; la cheminée du grand salon et de la salle de réception ; le mur d'enceinte : classement par arrêté du 22 août 1984. 

 château de Poudenas 47170 Poudenas 

 Téléphone : 06 76 96 37 34 / 06 80 01 27 42 / 06 62 00 13 02 

Château de Pomarède

De la route de Nérac à Condom, dans la large vallée de la Baïse, on aperçoit beaucoup de grandes demeures sur la plaine alluviales ou nichés dans les coteaux. Le château est l'une d'entre elles. Acquis par Etienne Dupré, écuyer, en 1681. Construction des dépendances nord abritant chais et pressoir en 1717. Construction du logis durant le premier quart du XVIIIe siècle (dates portées 1724 et 1725), les dépendances sud et le colombier datent du dernier quart du XVIIIe siècle. Aménagement du chemin et des deux pavillons d'entrée à la fin du XVIIIe ou au début du XIXe, à la suite de l'aménagement de la route de Bordeaux à Auch dans les années 1770. Un projet de restauration a été dessiné par Léon Drouyn en 1883 pour l'élévation ouest : seule la tour d'angle sud-ouest sera réalisée, la crise du phyloxera ayant réduit les revenus du domaine. Reconstruction à la fin du XIXe siècle de la remise au sud du logis et du logement en pendant. Bâtiments couverts en tuile creuse, sauf le pigeonnier couvert d'un toit conique en tuile plate et la tour d'angle du 19e siècle couverte d'un toit en pavillon en tuile plate. 

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures de l'ensemble des bâtiments et du pigeonnier ; l'escalier intérieur avec sa rampe en fer forgé : inscription par arrêté du 31 janvier 1969. 

 château de Pomarède 47600 Moncrabeau 

 Téléphone : 05 53 65 43 01

 

Château de Perricard

 
L'Agenais, éprouvé, ruiné plus que tout autre pays par les guerres de religion du XVIe siècle, n'est pas riche en monuments de la Renaissance. Pour construire de somptueuses résidences, même pour bien décorer un modeste logis, les sculpteurs se payant cher, il est bon d'avoir argent en poche et d'être assuré du lendemain. Or, sous les règnes des trois derniers Valois, il manquait aux Agenais tout à la fois l'argent et la sécurité. Nous devons étudier avec d'autant plus de soin les quelques œuvres datant de cette époque qu'elles sont plus rares. Le château de Perricard, de second ordre et d'apparence bourgeoise plutôt que féodale, figure parmi les plus intéressantes. Lors d'une première visite à Perricard, qui remonte à plus de vingt ans, l'un de nous remarqua sur deux pierres de démolition fort effritées, qui se raccordaient, l'inscription: Antoine de Raffin, sieur de Perricat, MDLXV (1565). Depuis lors ces deux pierres ont disparu. Les documents nous apprennent qu'Autoine de Raffin était bien seigneur de Perricard à la date indiquée et cette date est évidemment celle de la construction. Chez nous, à partir du milieu du XVe siècle, on a édifié bon nombre de châteaux sur un plan rectangulaire, lorsque l'emplacement se prêtait à la symétrie. Le type est fort simple: quatre corps de logis soudés à angle droit et cour intérieure. Le château de Perricard, ainsi établi, reproduit en réduction ce que l'on voyait en grand dans les demeures féodales des d'Albret à Nérac, des barons de Duras et de Pujols dans les seigneuries de ce nom. Des tours flanquent, selon l'usage, les angles du quadrilatère. Elles sont rondes et fort saillantes, sauf à l'angle sud-est, où se voit une tour engagée dans œuvre, sur plan carré. Nous donnerons la raison probable de cette disparate. Le château est exactement orienté et sa façade regarde le sud. Les clôtures intérieures du corps de logis au nord, la moitié du logis à l’ouest et la tour d'angle au nord-ouest ont été démolies à des époques peu éloignées de nous. Le logis à l'est, qui était voûté, a beaucoup souffert. Il ne reste de bien conservé qu'à peine une moitié des bâtisses.

 Ces constructions sont peu soignées au point de vue du choix et de la taille des moëllons; toutefois le mortier, mélangé de cailloux, est assez résistant. On a donné aux tours une grande épaisseur. Elles n'ont pas moins de quatre où cinq étages de feux, y compris le rez-de-chaussée et le couronnement. L'ébrasement des meurtrières dans le sens de la largeur répond à l'emploi des armes à feu. Cet appareil défensif ne peut faire illusion. La position n'est pas fort dépourvu de fossés, le château de Perricard est accessible de tous côtés; enfin les plus courtes échelles permettaient d'atteindre les nombreuses fenêtres largement ouvertes. Dans ce logis, on était à l'abri des coups de main; on pouvait résister à des sommations d'huissier ou braver une bande de pillards; il n'était pas possible de soutenir un siège sérieux. La tour carrée de la façade, engagée dans la construction, n'est pas exactement du même appareil que les corps de logis. Une de ses fenêtres, ouverte à l'est, à cintre brisé, est munie d'un remplage en style flamboyant. Une meurtrière dans l'étage supérieur a son ébrasement dans le sens de la hauteur. Aucune de ses particularités ne se retrouvant dans le reste du château, cette encoignure est, selon toute apparence, antérieure à la construction exécutée par Antoine de Raffin, mais de combien, de trente ans ou d'un siècle? C'est fort difficile à trancher. Dans l'Agenais, les architectes ont été constamment en retard sur ceux des provinces du nord et du centre pour tout ce qui touche à la décoration des édifices. Sur les terres de Perricard, qui constituaient le fief des Raffin, une tour s'élevait qui fut utilisée dans la construction du milieu du XVIe siècle: voilà tout ce que l'on peut constater.

 Une porte cochère s'ouvre au midi, à proximité de cette tour ancienne. Un passage, voûté en deux compartiments de croisées d'ogives, aboutit à la cour intérieure, assez étroite, dans une encoignure de laquelle se voit un large puits. Il faut tourner à gauche pour se trouver en face d'une seconde porte qui dessert le rez-de-chaussée et correspond à un escalier à vis, par lequel on accède au premier étage. Cet escalier, de grandes dimensions, est logé à peu de distance de la tour ronde de la façade. Il a son prolongement dans une petite tourelle en porte à faux liée à la tour. Réduit à partir de ce point aux dimensions qui suffisent pour le passage d'un homme, il aboutit à la plateforme supérieure de la tour. Dans les corps de logis, les chambres sont en enfilade; ce qui gène et complique la circulation. Il devait y avoir un escalier secondaire dans les parties du château qui sont détruites. De nos jours, on a tout simplifié en changeant la destination d'une fenêtre de premier étage, dont on a fait la porte desservie par une montée extérieure. De la sorte, deux propriétaires différents ont pu s'installer dans le château avec des issues indépendantes. La cuisine, dans la partie qui se voit entre l'escalier moderne et la tour ronde, est large et recouverte de voûtes d'arète en deux compartiments. L'ampleur de sa cheminée fait rêver à de grosses pièces de venaison rôtissant à des brasiers de troncs d'arbre. Il serait inutile de dénombrer les pièces et d'en rechercher la destination, d'autant plus que la plupart sont simplement des chambres à coucher.

 Nous connaissons peu de choses sur les premiers seigneurs de Perricard. Ils semblent provenir de la branche aînée des Raffin, originaires du Rouergue. En tous cas ils portaient les mêmes armes: d'azur à la fasce d'argent, surmontée de trois étoiles d'or. Pierre de Raffin, damoiseau, qualifié vers 1400 de seigneur de Perricard en Agenais, avait épousé en secondes noces Catherine de Cuzorn, qui peut-être lui apporta la terre de Perricard, non éloignée de celle de Cuzorn. Perricard, dont le nom s'écrivait primitivement Pech-Ricard, Puy-Ricard, se trouve en effet sur un pech élevé de la rive gauche du Lot, commune de Montayral, canton de Tournon, Lot-et-Garonne. De son premier mariage avec Carlie de La Malterre, Pierre de Raffin eut plusieurs enfants. Son fils aîné, Amanieu, seigneur de Perricard, épousa Bernarde de Parazoles et en eut un fils Armand, qui, par son union avec Jeanne de la Tour de Reyniès, dame de Puycalvary, devint seigneur de Puycalvary et fut le chef de la branche des Raffin de ce nom. C'est d'elle que sortirent, au XVIe siècle, les deux sénéchaux de Raffin, dont le rôle fut considérable dans l’histoire du pays. Le fils aîné d'Armand fut en effet cet Antoine de Raffin, plus connu sous le nom de Pothon, qui, le 15 décembre 1520, faisait dans la ville d'Agen, en qualité de sénéchal de l'Agenais et escorté des principaux seigneurs de la contrée, une entrée des plus brillantes. Le souvenir en a été conservé par un procès-verbal, déposé aux Archives municipales, et dans lequel nous voyons qu'il lui est attribué une somme de 2.000 livres. Son fils, François de Raffin, lui succéda et fut investi de la même dignité dès 1553. Lui aussi entra solennellement dans Agen, le 14 mai de cette année, et depuis cette époque, fut mêlé à toutes les affaires des guerres de religion.

 En 1561, à la requête des Consuls et de l'avis de Monluc, il arrête "qu'il est défendu d'admettre aux charges du Consulat de la ville d'Agen et aux assemblées de la Jurade des personnaiges nottés d'aulcungs vices ni de relligion défférentes"; ce dont les Consuls prennent acte, conformément à la coutume de la ville, "qu'est très saine, catholique et chrétienne, escripte et confirmée par les feus Roys de France de bonne mémoire". Nous le voyons remplir très scrupuleusement ses fonctions, et, à plusieurs reprises, imposer pour de fortes sommes les habitants et la sénéchaussée d'Agen. François de Raffin mourut en 1572, laissant de son mariage avec Nicole Le Roy une fille Antoinette, qui épousa Guy de Lusignan de Saint-Gelais et apporta dans cette dernière famille la terre de Puycalvary. Antoine et François de Raffin, sénéchaux d'Agenais, ne possédèrent jamais la seigneurie de Perricard. Elle resta l'apanage du second fils d'Armand de Raffin, Armand II, lequel devint de ce fait le chef de la branche des Raffin de Perricard, qui seule nous intéresse ici. Armand II de Raffin, seigneur de Perricard, épousa l'héritière de La Salle de Pilles, dans les premières années du XVIe siècle. Il en eut, entre autres enfants, un fils Antoine, à qui revint la terre de Perricard. C'est cet Antoine de Raffin, dont le nom est resté mentionné, à la date de 1565, sur une pierre du château. C'est donc lui qui dût, sinon bâtir à neuf, du moins restaurer le vieux manoir de ses ancêtres, l'agrandir considérablement et décorer ses portes, ses fenêtres, son escalier, ses cheminées de ces fines et délicates moulures, dans le style si pur de la Renaissance, qui en font encore l'ornement et le principal attrait. Antoine de Raffin épousa l'héritière d’Ossel, dame de Lafontade, dont il eu Philippe qui suit; 2° Pothon, chevalier, seigneur de Lafontade; 3° Raymonde, épouse de Pierre de Faudoas, seigneur de Cabanac.

 Le rôle joué par Philippe de Raffin dans les évènements qui vont suivre, relatifs aux vicissitudes qu'eut à subir le château de Perricard, est trop important pour que nous ne rapportions pas tous les faits connus de son existence mouvementée. Philippe de Raffin, seigneur de Perricard, épousa le 24 juin 1570 Quitterie de Grossolles de Flammarens, dont il eut quatre enfants dont Jean; 2° Guy, sieur de Garrigues; 3° Marguerite, mariée le 16 octobre 1594 à Antoine de Rozet, seigneur de La Garde, qui reçut en dot 5,000 écus d'or, plus deux robes, l'une de velours cramoisi violet, l'autre de damas noir; 4° François, seigneur de Meure. Très intéressé, d'un caractère difficile, Philippe de Raffin est engagé de bonne heure dans de nombreux procès. En 1596, le Présidial d'Agen le condamne à payer seize écus qu'il doit à Jean Ségurel, marchand de Puy-l'Evèque. Par contre, la même année, il obtient du même tribunal le paiement des cens, rentes et droits seigneuriaux que lui doivent quatre de ses tenanciers. En 1601, le seigneur de Perricard est condamné à rembourser aux sieurs Dambier et Vilars la valeur des pailles de la dîme de la cure de Montayral. Puis, ce sont des menaces de saisie par deux de ses voisins, Antoine de Montalembert, seigneur de Monbeau et Jean de la Poyronie. Enfin, il n'est pas de fait, pour aussi minime qu'il soit, qui ne donne lieu à quelque revendication de sa part; témoin le procès qu'il intente en 1603 au sieur Tartary et par lequel il l'assigne "en condempnation de la valeur légitime de certain oyseau de proie", etc. On comprend que la vie quotidienne n'était guère facile avec un personnage de cette trempe. C'est le sentiment qu'éprouva sa belle fille, Anne de Bezolles, lorsqu'elle fut devenue veuve et qui la poussa à entamer contre lui ce long et si curieux procès, sur lequel nous croyons devoir revenir.

 Si nous le rappelons ici et nous nous permettons de le résumer aussi sommairement que possible, c'est que nous croyons ne pouvoir laisser nos lecteurs dans l'ignorance de faits intéressant à un si haut degré l'histoire du château de Perricard. Le fils aîné de Philippe de Raffin, Jean, épousa le 4 juillet 1597, Anne de Bezolles, fille de Jean de Bezolles, seigneur de Bezolles, Beaumont, Cauderoue, etc, l'un des personnages les plus en vue du Condomois, et de Paule de Narbonne. Le contrat fut signé au château de Beaumont, Philippe de Raffin donnait à son fils la seigneurie et place de Meure, des rentes sur la terre de Puy-l'Evèque et le tiers de tous ses biens. Sa mère, Quitterie de Grossolles lui faisait don également "de la tierce partie de tous ses; biens et droits auxquels elle pouvait prétendre sur la maison et le château de Perricard", etc. La future apportait, de son côté, 5,000 écus de dot. Un an s'était à peine écoulé que Jean de Raffin mourait tragiquement, tué en duel, le 2 octobre 1598, par Louis de Brunet, seigneur de l'Estelle et baron de Pujols. Il laissait un fils Paul-Philippe, qui de ce fait, héritait de son père. Mais cet enfant étant mort à son tour huit mois après, toute la fortune passa sur la tête de la jeune veuve, Anne, qui se mit en devoir de la revendiquer à ses beaux-parents. Ceux-ci firent la sourde oreille et un procès fut intenté contre eux. Anne de Bezolles demandait à Philippe de Raffin et à sa femme "le paiement de ses cinq mille écus de dot, de deux mille écus représentant le gain de survie, de la moitié de la pension de deux cent cinquante écus sol qu'ils devaient faire au jeune ménage depuis le mariage jusqu'à la mort de Jean, la paisible possession et usufruit de la place de Meure et les rentes de Puy-l'Evêque. De plus, elle réclamait la moitié des chevaux, armes, habits et équipages, appartenant à son mari au moment de son décès ou sa légitime valeur". La Cour Présidiale d'Agen lui donna raison, et pour obtenir satisfaction immédiate, Anne fi saisir la terre de Perricard. A cet effet, le 2 juin 1600, le sergent royal afficha les armes et panonceaux royaux "tant à la porte dudit château qu'aux autres endroits plus apparents desdits lieux".

 On devait s'y attendre, Philippe de Raffin protesta énergiquement. Il argua que l'argent réclamé, c'est-à-dire la dot, servait actuellement à poursuivre le meurtrier de son fils et que l'affaire était pendante. Le même Présidial ne l'entendit pas ainsi, et le 20 novembre 1600, il prononçait en faveur d'Anne de Bezolles l'adjudication de la place de Perricard. Une enchère ayant été mise, cette dernière s’en rendit de nouveau adjudicataire pour la somme de 40,000 livres, et le 22 janvier 1603, le Parlement de Bordeaux la mit en pleine possession de cette propriété. Mais ici commencèrent les difficultés. Devant la résistance toujours croissante des châtelains de Perricard, le Parlement commit le sieur Géraud Sarran, conseiller du Roi en la Cour de la Sénéchaussée de Gascogne, au siège de Condom, afin qu'il fit exécuter la sentence rendue. Arrivés devant la porte, Dupleix donne lecture de l'arrêt d'adjudication et requiert son exécution. Mais la porte reste barricadée, et personne ne répond aux injonctions réitérées faites par les gens du dehors. Acte est alors dressé et Anne de Bezolles proclamée châtelaine de Perricard. Il en fallait davantage pour que Philippe de Raffin se soumit à sa belle-fille. Cette dernière, ne pouvant venir à bout de son entêtement, obtint, en janvier 1605, un nouvel arrêt du Parlement de Bordeaux qui lui permettait "de faire briser et rompre les portes dudit château". Elle revint à Perricard avec le vice-sénéchal Nadau, suivie cette fois d'archers. Mais elle ne fut pas plus heureuse, "à cause des rebellion et forteresse de ladite maison noble et chasteau de Perricard, estant les portes d'ycelle maison garnies de grilhes de fer". Loin de se décourager, la jeune châtelaine supplie de nouveau la Cour, à la date du 13 mai 1605. Comme toujours, ce dernier n'en tint aucun compte et persista dans sa rébellion.

 Il ne restait plus à Anne de Bezolles qu'à s'adresser au gouverneur de la province, qui était alors le maréchal d'Ornano. Le maréchal délégua à cet effet Michel Lepotier, seigneur de Beauboys, prévôt général de maréchaussée de France, qui, le 7 août 1605, arriva escorté de six archers devant la grande porte du château de Perricard. Ils investirent subitement le château et se mirent en devoir de démolir le grand portail. Voyant que toute ressource était épuisée, Philippe de Raffin se décida alors à comparaître en personne. Il donne l'ordre d'ouvrir toutes les portes et présenta les clefs à M. de Beauboys. Ce dernier prit solennellement possession de Perricard au nom de la dame de Bezolles; il y séjourna huit jours avec ses archers; et, quand sa cliente se présenta, le 23 août 1606, suivie d'une nombreuse escorte, il lui remit officiellement les clefs du château. Victorieuse sur toute la ligne, l'opiniâtre Gasconne comprit qu'il était peu prudent de séjourner à Perricard sans protecteur attitré, ses ennemis, les Raffin, s'étant retirés au lieu de Nicques, près de Montayral. Aussi s'empressa-t-elle de convoler en secondes noces et d'épouser noble Nicolas de Chayrieix, écuyer, seigneur de Boisse. Bien lui en prit. Car moins de trois ans après, durant une de ses absences, Philippe de Raffin et ses deux fils Guy et François se présentèrent tout à coup, le 27 juin 1609, armés juequ'aux dents, devant Perricard. Ils s'emparèrent du château "et grandement battirent et offensèrent les serviteurs de la maison, les chassèrent et menacèrent d'homicide tous ceulx qui s'y présenteraient pour prendre les fruicts, voire même le blé que l'on coupe journellement". Ce fut l'objet d'une nouvelle instance, au cours de laquelle Anne de Bezolles requit le Parlement. Les sieurs de Raffin furent violemment expulsés, les fils poursuivis et punis, et Anne de Bezolles définitivement réintégrée avec son mari dans le susdit château. Ce dernier incident se passa vers la fin de juillet 1609.

 Maîtresse absolue de sa nouvelle demeure, Anne de Bezolles y effectua d'assez nombreuses réparations et elle l'aménagea dans le goût du temps. Elle tint à signer, de son propre nom, la création d'une chapelle dans l'intérieur du château. Devenue veuve une seconde fois, Anne de Bezolles épousa en troisièmes noces Jean du Lac, seigneur de La Pérède, qui, ainsi que nous le trouvons qualifié dans une sentence rendue le 3 août 1611 par le Présidial d'Agen contre Michel Contenson, marchand, et Guy de Raffin, seigneur de Guarrigues, devint par ce fait seigneur de Boisse et de Perricard. Ils eurent un fils, Mathieu Paul du Lac de La Pérède, qui, à la mort de son père, hérita de Perricard. Nous le voyons, avec le titre de baron de ce lieu, assister comme témoin au mariage de sa sœur Paule du Lac avec Brandelys de Cugnac. La cérémonie se fit, le 12 septembre 1630, au château même de Perricard. Lui-même épousa peu après Suzanne du Maine. De ce dernier mariage naquit une fille Anne du Lac de La Pérède, qui épousa fort jeune, le 16 mars 1646, au château de Perricard et assistée de son aïeule Anne de Bezolles, ses père et mère étant morts à cette époque, Messire Pons François de Salignac-Fénelon, fils de Pons de Salignac, comte de Fénelon et d'Isabeau d’Esparbès de Lussan. Anne de Bezolles testa cette même année 1647 au château de Perricard. Elle fondait trois messes par mois dans sa chapelle privée et laissait toute sa fortune à sa petite-fille, Anne du Lac. C'est ainsi que cette dernière apporta Perricard à la famille des comtes de Fénelon. Mais cette terre ne fit que passer entre leurs mains, François de Salignac, d'accord avec sa femme, l'ayant vendue peu après à la famille de Bosredon. Ce fut vers 1667 que François de Bosredon, seigneur de Bajon, acquit du comte de Salignac-Fénelon le château de Perricard. D'une ancienne famille originaire d'Auvergne, le nouveau propriétaire paraît appartenir à la branche des Bosredon de Bessannes. Il semble être le troisième fils d'Henri de Bosredon, seigneur de Bessannes et de La Garenne et de Madeleine de Fumel. La proximité des deux châteaux de Fumel et de Perricard pourrait expliquer cette acquisition.

 François de Bosredon avait épousé Catherine de Bonnafous. De ce mariage était née une fille Anne-Marguerite, qui se maria à Messire François de la Goutte et qui, devenue héritière de son père, apporta à son mari la seigneurie de Perricard. En moins de cent ans, cette terre avait donc appartenu aux Raffin, aux Bezolles, aux du Lac de La Pérède, aux Salignac-Fénelon, aux Bosredon, enfin aux La Goutte de La Pujade. Poètes et guerriers, les La Goutte de La Pujade ou La Poujade, seigneurs du Buscon en Bruilhois, de Cours, d'Anthé, de la Duguie en Agen de Prats, de Gironde, de Castanède, de Monclara en Périgord et en Quercy, étaient depuis longtemps célèbres dans le pays, lorsque à la fin du XVIIe siècle, ils devinrent propriétaires de Perricard. Leur principale résidence était le château de La Poujade sur la rive gauche du Lot, paroisse de Saint-Vite-de-Dor. À peine en possession de sa nouvelle seigneurie, François de la Goutte, chevalier, seigneur de La Poujade, du Buscon, de la Duguie, second fils de Jean de la Goutte, et de Paule de Bezolles, fit ériger Perricard en marquisat. Ses armes, que nous trouvons accolées à celles des Raffin sur le manteau d'une des plus belles cheminées du château et qu'il fit enregistrer le 21 février 1698, étaient écartelé aux 1 et 4 d'azur, au chevron d'or accompagné de trois étoiles de même; aux 2 et 3, de gueules à la tour crénelée d'argent. Par la mort de son frère aîné Jean, survenue avant le 2 octobre 1695, François de la Goutte devint marquis de La Poujade, de la Roque-Bernard, vicomte de Cours, etc, réunissent sur sa tête tous les titres de ses ancêtres. Les deux époux vivaient encore en 1720, partageant leur temps entre leur maison d'Agen, leur petit château du Buscon près d'Estillac, ou plus encore leurs résidences d'été de La Poujade et de Perricard. De son mariage avec Anne-Marguerite, François laissa trois enfants dont Henri, qui suit; 2° Jean-Armand, chevalier de Saint-Louis à la date du 9 mai 1743; 3° Françoise, mariée à Antoine de Pontajon, sieur de la Chapelle-Trenteils.

 Henri de la Goutte, seigneur de La Poujade, devint à la mort de son père marquis de Perricard. Il épousa sa cousine, haute et puissante dame Paule de la Goutte, fille unique de François de la Goutte et de Louise de Baratet. Il était déjà mort en 1753, date où sa femme Paule, dans son Lestament fait à Bordeaux au couvent des dames Minimettes le 22 novembre de cette année, se dit veuve et institue pour héritière universelle sa fille Louise, mariée au comte de Montalembert. Héritière de tous les biens des La Goutte, la fille du dernier seigneur de La Poujade, marquis de Perricard, Louise, épousa, par contrat du 13 juin 1739, haut et puissant seigneur Charles Gratien de Montalembert, seigneur comte de Montalembert, Monbeau, le Terrail et autres lieux, fils de Jean de Montalembert et de dame Jeanne Blanche de Pierre Bufière, marquise de Lostanges. Capitaine, comme son père, au régiment de Normandie, Charles Gratien de Montalembert testa le 18 décembre 1748. Il instituait héritière sa femme Louise de La Goutte et mourait, pou de temps après, laissant d'elle quatre enfants dont Henri-Ignace; 2° Charles, lieutenant-colonel, mort sans postérité; 3° Jeanne; 4° Marguerite. Henri-lgnace, comte de Montalembert, marquis do Monbeau, continua la race. Il épousa en première noces une demoiselle de Raffin, dont la fille, Marie-Thérèse, s’allia au marquis de Campels; puis, en secondes noces, Mademoiselle de Marbotin, qui le rendit père de Frédéric de Montalembert, époux de Mademoiselle de Lamure, de Maximilien, mort célibataire, et d'une fille Marie-Florentine, religieuse hospitalière. Il garda la terre de Monbeau, tandis que son frère Charles prenait en partage de famille le domaine de Perricard. Mais il ne le conserva pas longtemps.

 Suivant acte du 27 novembre 1779, au rapport de Maître Paganel, notaire à Villeneuve-sur-Lot, Charles de Montalembert, seigneur de Perricard, vendit en effet cette seigneurie, à cette même date, à Messire François de la Fabrie de la Sylvestrie, pour le prix de 121,000 livres. Originaire, croyons-nous, des environs de Prayssas en Agenais, la famille de La Fabrie acquit, vers le milieu du XVIIe siècle, la terre de la Sylvestrie près de Villeneuve, et s'y installant en prit le nom. Dans la liste des membres de la noblesse aux cahiers de 1789 on trouve François de La Fabrie, seigneur de La Sylvestrie et autres lieux. C'était le nouveau propriétaire du château de Perricard. Détenteur de ce domaine au moment de la Révolution, il le transmit à sa mort à son fils Jean-François de la Fabrie, cité également dans le même cahier de 1789, puis fait chevalier de Saint-Louis, finalement élu député du Lot-et-Garonne sous la Restauration, du 14 novembre 1820 au 1er octobre 1821. Mort sans héritier direct, M. de la Sylvestrie laissa toute sa fortune à son neveu, M. de Neymet. Ce dernier devint donc à son tour détenteur de Perricard. Louis-Jean-Marie-Henri de Neymet, né en 1798, épousa Mademoiselle Roussel de Goderville, dont il eut deux fils jumeaux, tous deux brillants officiers dans l'armée du second empire, promus capitaines, le même jour de 1864, pour leur belle conduite au Mexique, et dont l'un, Henri, trouva une mort glorieuse à Gravelotte, le 16 août 1870. Depuis longtemps Perricard ne leur appartenait plus. Le 7 avril 1837, c'est-à-dire peu de temps après en avoir hérité de M. de La Sylvestrie, M. Henri de Neymet avait aliéné ce domaine à Monsieur François Laffargue, qui se partagea le château avec son fils. Il garda pour lui la partie occidentale, c'est-à-dire la grosse tour et quelques salles avoisinantes, portion qu'il a cédée à son gendre Monsieur Carles; tandis qu'il abandonnait à son fils la partie orientale, comprenant une des grandes salles du premier étage, la cour intérieure, le portail principal, les écuries, en un mot, le côté le plus ancien du château. Ce dernier conserva sa part jusqu'en 1866. Par acte du 1er janvier 1868 il la vendit définitivement à M. Louis Moussac, lequel, avec sa famille, la détenait et l'habitait encore à la fin du XIXe siècle. En moins de 300 ans, Perricard a donc appartenu à douze familles différentes.

 Éléments protégés MH : le château de Perricard : inscription par arrêté du 22 février 1927. 

 château de Perricard 47500 Montayral

 

Château de Pech-Redon

Témoin régional essentiel de la transition entre le Moyen Age et la Renaissance. Construit vers 1480 par Vincent Bilhonis, vicaire général de l'évéché d'Agen, la demeure, juchée sur une colline, comporte divers bâtiments disposés autour d'une cour fermée. Le corps de bâtiment conserve, à l'intérieur, des éléments très intéressants (salles voûtées...). 

 Éléments protégés MH : le logis, les communs, la cour intérieure avec ses murs de clôture et le portails, les sols et les terrasses et la parcelle d'assiette du somme du "Pech", les puits : inscription par arrêté du 19 mars 2008.

 château de Pech-Redon 47270 Puymirol

   

Château de Noaillac

L'emplacement a dû connaître une occupation très ancienne, et peut-être avoir un bourg médiéval. A l'ouest, une première enceinte barrait le plateau en s'appuyant sur l'écurie actuelle. Devant la façade nord, une seconde cour était délimitée par un mur tiré entre les deux tours carrées du nord faisant saillie. Le château présente une masse à deux niveaux, couverte d'un toit brisé en tuiles. Un donjon ancien, du XIIIe siècle, constitue le noyau central. Une salle voûtée plein cintre est accolée au nord, au pied du donjon. Elle a sans doute été complétée au XVIIe siècle d'un étage. A l'extrémité nord-ouest de ce bâtiment une tour carrée a été bâtie en hors-oeuvre pour surveiller l'ancienne entrée. A l'est une seconde tour carrée complète ce premier dispositif. A la Renaissance, une tour hexagonale est créée dans l'angle formé par la saillie des bâtiments pour loger un escalier à vis. A l'est, s'appuyant contre le donjon, est élevé un corps de bâtiment qui s'ouvrait sur la terrasse. Au sud et à l'ouest, la construction contourne l'ancien donjon et comporte des pièces à plafond à solives apparentes. Plus au nord se trouve la chapelle castrale. Un bâtiment couvert de tuiles canal fait suite à l'église et s'appuie sur deux tours rondes. Une tour carrée avec des pièces intérieures primitivement en coupoles ferme la première enceinte au nord ouest. En contrebas, un pigeonnier rectangulaire en pans de bois et briques, construit sur huit colonnes en pierre. A l'ouest, les anciennes écuries ferment l'esplanade. 

 Éléments protégés MH: Façades et toitures du château proprement dit ; escalier d'entrée à vis de la tour Nord ; ancienne chapelle ; remparts subsistants ; pigeonnier ; anciennes écuries voûtées : inscription par arrêté du 24 décembre 1990 

 château de Noaillac 47140 Penne-d'Agenais

 

Château de Nérac

Certains historiens notent que, vers 1020, Raymond Arnaud avait doté les Bénédictins de son "château de Nérac". Mais on ne trouve aucun document, aucun vestige qui révèle que là ait existé un château à cette époque. Même la "maison particulière" d’Arsinus d’Obion, que ce dernier donna, en même temps que sa seigneurie, aux religieux de l'Abbaye de Condom, n’a pu être située. Il est à supposer qu'il s'agissait là d'une demeure pouvant se distinguer des autres par sa forme, ses dimensions ou son confort intérieur, mais que rien ne pouvait lui donner l'apparence d’un "château", puisque le donateur ne la désignait que sous le nom de maison. Tout porte donc à croire que le soi-disant château de Nérac, objet de la libéralité de Raymond Arnaud, était la primitive construction, sorte de fortin sans doute, qui par des transformations successives, devait devenir le château de Nérac, et dont il ne reste plus que l'aile septentrionale. Sa position, du reste, sur un point élevé de la rive gauche justifiait sa dénomination. On sait que, plus tard, un Amanieu d’Albret se reconnut vassal des Bénédictins pour le château de Nérac lorsque, en 1286, il rendit hommage au roi d'Angleterre. Mais c’est d'Amanieu VI qu'il s’agit là. Il ne peut donc y avoir aucun doute, c'est bien l'embryon du futur château des rois de Navarre que les Bénédictins reçurent de Raymond Arnaud, au XIe siècle, château qu'ils mirent aux mains des sires d’Albret moyennant un cens annuel, et dans lequel s'installa le premier en date des Amanieu. Voici donc un sire d’Albret, petit seigneur originaire de Lapret ou Labret, aujourd’hui Labrit, commune du département des Landes, installé dans le château dont les Bénédictins avaient été dotés. Son premier soin fut d'y marquer son empreinte et d’en faire le berceau de sa puissance. Le geste des religieux, abandonnant le cens qui devait leur être servi, eut comme conséquence l'autorisation pour eux de fonder un second prieuré sur la rive gauche, et c’est sur les vestiges de ce monastère que, plus tard, furent édifiées les tanneries encore existantes.

 La première aile fut l'aile occidentale, celle qui ornait l'entrée principale avec pont-levis, précédée d'une petite place. Peu à peu, des constructions s’édifièrent autour du prieuré, gagnant la partie haute de la ville, comme si elles voulaient se rapprocher du château qui les protégeait. De ces constructions il ne reste que de rares vestiges, simples soubassements sur lesquels, au furet à mesure que le château s’agrandissait, d’autres maisons se sont posées; mais celles-ci, venues bien plus tard, attestent, par les restes encore debout, le XVe, le XVIe et le XVIIe siècle. Le bâtiment septentrional du château, celui qui existe, fut construit assez longtemps après l'aile occidentale puisque les clefs de voûte portaient l’écusson d’Albret écartelé de France. La partie orientale, qui faisait face à la Baïse, vint ensuite, affichant des progrès dans la sculpture et dans l'architecture. Et enfin, le bâtiment sud, dans lequel Henri IV enfant eut son lit, fut l’œuvre d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret. Telles furent les quatre étapes successives que parcourut le château de Nérac au cours de sa construction. Avant de rappeler les quelques particularités qui se rattachent à chacune d’elles, disons qu’à partir du moment où Amanieu d’Albret bâtit le corps de logis occidental, la vie et le développement de Nérac se divisent en deux périodes: la première limitait la ville entre les Petites-Allées et la rivière; la seconde reculait les remparts jusqu'aux portes de Fontindelle de Marcadieu et de Condom. Or donc, le bâtiment sud n'existant pas encore au temps du premier des sires d’Albret, et le château se trouvant défendu à l’est par la Baise, au midi par un fossé et à l'ouest par un autre fossé sur lequel était jeté le pont-levis de l'entrée principale, la ville fut circonscrite dans des murs qui s’amorçaient à la tour nord de l'aile occidentale, suivaient la ligne des maisons qui forment aujourd'hui un des côtés du cours Romas, descendaient les Petites-Allées, la rue Cujon, (aujourd’hui prolongement du Cours Victor Hugo), et se terminaient à la Baise.

 Ainsi le château de Nérac s'agrandissait et subissait d'importantes transformations. Pour en suivre la marche, nous n'avons maintenant qu’à descendre la généalogie des d’Albret. Nous avons vu que l'aile occidentale du château fut construite la première par Amanieu d’Albret, dont le chiffre (double AA) ornait les clés de voûte des appartements. Le bâtiment qui vint ensuite fut le bâtiment nord; c'est celui qui existe. Sa construction vint longtemps après celle du bâtiment occidental; elle paraît devoir être attribuée à Charles II d’Albret, fils de Charles 1er qui fut tué à Azincourt en 1415, mais qui déjà, depuis 1389, avait obtenu le droit, par un privilège que lui avait accordé le roi de France Charles VI, d’écarteler des armes de France son écusson. En outre, certaines parties de l'édifice auraient, au dire de quelques auteurs, porté le chiffre de Charles II (deux CC entrelacés). Il serait difficile d'en retrouver la trace. Les armoiries sculptées sur les clefs de voûte ou sur les portes d'appartements, et qui servent de guide dans l’étude des transformations successives du château, pourraient prêter à confusion si l’on ne savait que les sires d’Albret, dans leur rapide ascension furent comtes, connétables, chevaliers de Saint-Michel, rois de Navarre; si l’on ne savait qu'à chaque dignité nouvelle ils en ajoutaient la marque à leurs écussons; si l’on ne savait, enfin, qu'au fur et à mesure de l'attribution qui leur était faite d'une province par mariage, ils ajoutaient à leurs armes celles de leurs femmes. C’est ainsi qu’il n’était pas rare de trouver dans le même corps de logis les armoiries ou chiffres particuliers à plusieurs générations. Dans l'aile septentrionale qui subsiste, un exemple en est frappant. En effet, dans une vaste pièce du rez-de-chaussée très bien conservée, on remarque au centre du plafond construit sur arcs de pierre en ogive quatre grands écussons disposés en carré, et sculptés en fort relief. Deux de ces écussons portent le double AA d'Amanieu, en témoignage assurément de la fondation de la première aile du château; les deux autres portent un A barré au sommet: c’est le chiffre d'Alain d’Albret, qui fut étranger à la construction de ce corps de logis, pour la bonne raison que deux générations le séparaient de Charles II, mais à qui est attribuée la galerie en saillie construite postérieurement.

 A défaut donc de documents plus précis, puisque les archives de Nérac disparurent dans l’incendie qui consuma l'Hôtel de Vilie le 7 janvier 1641, toute vraisemblance peut être accordée à l’assertion que nous donnons, par laquelle il apparaît que des armes ou chiffres successifs ont pu s’accoler ou se juxtaposer sur les écussons à mesure que la généalogie des d’Albret se poursuivait par succession ou par mariage. Car, ici, une controverse se pose. Un auteur très érudit, à la science archéologique de qui nous rendons hommage, a cru devoir attribuer à Antoine de Bourbon le chiffre des double AA entrelacés. Il à fait erreur; Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, étranger à la lignée, n’a surgi dans la maison de Navarre que lorsqu'il épousa à Moulins, le 20 octobre 1548, Jeanne d’Albret qui fut la mère de Henri IV, par conséquent près de 80 ans après Alain, qui avait épousé en 1470 Françoise de Bretagne. C’est bien à Antoine de Bourbon et à Jeanne d’Albret qu’on doit attribuer la construction de l'aile méridionale disparue pendant la tourmente révolutionnaire, laquelle fut bâtie avec les pierres des églises et monastères démolis en 1560, mais aucun document n'indique par quel chiffre le "mari de la reine" avait marqué son empreinte sur ce corps de logis qui était son œuvre. Pour lui attribuer le double AA qui rayonne dans des ors bien conservés à la clef de voûte de la salle dont nous parlons, il faudrait admettre une réfection de cette salle bien postérieure à sa construction; mais alors, comment y trouverait-on l'A simple, barré au sommet, d'Alain d’Albret? Culte du souvenir rendu par Antoine de Bourbon à ses prédécesseurs? Nous ne le pensons pas. Nous persistons donc à croire qu’il est plus logique d’admettre la succession des armoiries dans l’ordre généalogique des d'Albret, les armes nouvelles s'ajoutant aux armes précédentes pour conserver au château, œuvre d’une même famille, la marque d’origine.

 Et cette succession, nous la relatons à nouveau très brièvement comme suit: la partie occidentale, bâtie par Amanieu d’Albret, dont l’écusson ne portait pas de pièces d’armoiries. La partie septentrionale, bâtie par Charles II, dont l’écusson était écartelé de France. Charles II mourut en 1474. La partie orientale, bâtie par Alain d’Albret, dont l’écusson, écartelé de France, s’entourait du collier de l’ordre de Saint-Michel. Alain fut en effet chevalier de Saint-Michel. La partie méridionale, bâtie, comme nous venons de le dire, par Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret. Dans la salle sise au rez-de-chaussée de l'aile nord existante, et que la tradition populaire a toujours dénommée "Salle des Gardes", des Sociétés locales y tenaient récemment encore leurs répétitions de chant et de musique. C’est à croire que le corps de logis avait conservé, à travers les âges, sa prédestination. C'est dans ce bâtiment nord, en effet, que la Cour de Navarre avait rayonné de tout son éclat, au temps de sa splendeur. Pendant que l'aile orientale, campée au-dessus de la Baïse comme une sentinelle vigilante, semblait chargée de dominer la vallée et d'interroger l'horizon, l'aile septentrionale ouvrait ses portes aux tournois littéraires, recevait les beaux esprits qui venaient s’enflammer dans l'air que respirait la première des Marguerites, et servait d'asile aux apôtres de la Réforme. La galerie saillante en demi-voûte, aux colonnes torses du pur style renaissance, cette galerie historique qui vit défiler dans la pénombre de ses arceaux les intrigues des grands et les complots d'amour, cette galerie enfin qui vit des couples royaux jeter inconsidérément leurs démêlés conjugaux en pâture aux épigrammes, va voir rajeunir son architecture. En effet, il a été dit que cette galerie, construite postérieurement au corps de bâtiment contre lequel elle se trouve appliquée, était l’œuvre d'Alain d’Albret, qu'on surnomma Alain le Grand, le même qui fit bâtir l'aile orientale qui faisait face à la Baise.

 Cet Alain, qui fut sire d’Albret de 1471 à 1522, avait épousé en 1470 Françoise de Bretagne. Sur certaines colonnes, les chapiteaux s’ornaient des hermines de Bretagne, mais sur les sculptures de l'une d’elles il est une particularité digne d’être remarquée: on y voit un moine, environné de lapins, qui présente un papier déroulé à un dogue qui le menace, et qu’il cherche à apaiser. La tête du moine a disparu, mais le corps penché sur l'animal est nettement dessiné. Si nous décomposons l'analyse du motif, nous y voyons une allusion à l’humble soumission des Bénédictins devant un sire d’Albret dont l'autorité pesait sur eux. Ce motif se trouve sur la troisième colonne en partant de la tour saillante contiguë à la nouvelle salle des Fêtes. C'est à la même époque qu'Alain entreprit la construction de l'aile orientale qui se distingua des autres par plus de finesse dans les sculptures, par des détails d'architecture plus épris d'art. Elle comportait deux étages, le deuxième étant mansardé, et chacun de ces étages avait cinq fenêtres sur la façade intérieure, celle qui donnait sur la Cour. Les fenêtres du rez-de-chaussée étaient carrées et à meneaux; celles du premier étage étaient très hautes et à double meneau; enfin, celles du second n'étaient qu'à un seul meneau, mais plus hautes que celles du rez-de-chaussée et surmontées de sculptures de grand style. Partout, les armoiries d’Alain y figuraient, entourées du collier de l’ordre de Saint-Michel. Au centre de cette façade, et faisant saillie sur la cour, il existait une petite tour carrée, dont la porte d'entrée permettait l'accès d’un vestibule communiquant avec la façade extérieure, celle qui regardait la Baïse. Là, un escalier adossé au mur, en forme de perron, permettait de descendre jusqu’au terre-plein sur lequel se trouvait la tour ronde servant de cavalier pour défendre l'entrée du château. Dans l'intérieur de cette tour était l'escalier qui descendait jusqu’au pont-levis, après lequel un pont jeté sur la Baïse facilitait la sortie sur la campagne.

 Cet état de lieux a duré jusqu’à la période révolutionnaire, mais l'aile méridionale n'existait pas encore, puisqu’elle ne fut bâtie par Antoine de Bourbon et Jeanne d’Albret qu'après la démolition, en 1560, des édifices consacrés au culte catholique. Le château n'avait donc que trois corps de bâtiment, après qu'Alain le Grand eût construit l’aile orientale. Il conserva cette disposition sous Jean Second, à qui Catherine de Foix apporta en dot le comté de Foix, la souveraineté de Béarn et le royaume de Navarre, et sous Henri 1er, qui épousa la sœur du Roi de France. Du côté sud, des terrasses s’étageaient, descendant jusqu’à des murs dont les contreforts prenaient pied au bord de la rivière. Marguerite d'Angoulême s'éteignit au château d’Odos, près de Tarbes, et Henri 1er rendit son âme en 1555, laissant pour héritière sa fille Jeanne d'Albret. Mais déjà en 1548, un an avant la mort de Marguerite, Jeanne avait épousé Antoine de Bourbon, duc de Vendôme. Trois mois après le décès d'Henri 1er, soit le 18 août 1555, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, dans une cérémonie qui eut lieu au château de Pau, prêtèrent serment comme souverains de Béarn, et le même jour ils furent couronnés rois de Navarre. Cinq ans plus tard, emportée à son tour vers les idées de la Réforme, Jeanne d'Albret proscrivit le culte catholique, et fit démolir les églises et les monastères. Ce fut avec les pierres de ces monuments que le roi et la reine firent édifier la quatrième aile du château, l'aile méridionale dont le fossé donna lieu, après la Révolution, à des travaux de déblai pour permettre d'aboutir au pont sur la Baïse. C'est dans la partie méridionale du château que fut établie la salle des Gardes du corps. Cette salle, très spacieuse, occupait presque entièrement toute cette partie sud du monument, à l’exception d’une pièce aménagée à son extrémité orientale, prenant jour par trois côtés, sur la cour, sur le fossé et sur la Baïse. C'était là l'appartement d'Antoine de Bourbon, et plus tard la chambre d'Henri IV enfant. C'est également dans cette pièce que fut placée plus tard la "Chambre des Comptes" de Nérac, ainsi que la "Chambre de l’Edit de Guienne" établie par Henri IV à Nérac en 1598. Mais l’accès n’en était facile ni pour les Juges ni pour le public. Pour remédier à cet inconvénient, un large escalier de pierre fut établi extérieurement prenant sa base sur la terrasse qui faisait face à la rivière. Au haut de cet escalier fut gravé le millésime 1600. 

 Couronnés donc en 1555 rois de Navarre, Antoine de Bourbon et Jeanne d’Albret se préoccupèrent aussitôt d’embellir et d'agrandir la ville. Le premier soin du roi se porta tout d’abord sur le parc du château. Pour se clôturer chez lui, en même temps que pour enclore ses sujets chez eux, Antoine s’empressa de rétablir le mur d’enceinte, qui subsista jusqu'en 162, date à laquelle Louis XII fit démanteler la ville. De leur mariage Antoine et Jeanne eurent un premier enfant, un garçon, né au château de Coucy, avec pour prénom Henri, pour titre duc de Beaumont et pour parrain le Roi de France. Élevé dans un appartement constamment surchauffé, l'enfant languit vite et mourut à vingt-trois mois. Le couple royal ne fut pas plus heureux avec un second fils né au château de Guillen, en Normandie. Par la maladresse de la nourrice qui s'amusait près d’une fenêtre, l'enfant tomba; il mourut trois jours après. Enfin, pour la troisième fois, Jeanne mit au monde, à Pau où le 14 décembre 1553, un gros garçon qui fut Henri IV. Nous ne croyons pas nécessaire de suivre dans son évolution l'enfance de ce prince, vrai petit diable, à qui les ardeurs de son tempérament firent donner le nom de Vert-Galant. Nerac se transformait, mais le règne du roi de Navarre touchait à sa fin. Blessé au siège de Rouen, Antoine de Bourbon mourut le 17 novembre 1562, âgé de 44 ans, laissant deux enfants: Henri, qui allait devenir roi de Navarre après la mort de sa mère, et une fille, Catherine de Bourbon, née à Paris le 7 février 1559. Catherine de Bourbon fut régente de la Navarre et de l'Albret à l’avènement de son frère Henri IV au trône de France. Elle mourut cinq ans après, à l'âge de quarante-cing ans. Jeanne d’Albret, après la mort d'Antoine, fut l'éducatrice de ses deux enfants. Quand le jeune prince Henri eut atteint sa dix-neuvième année, il fallut songer à le marier, et c’est dans ce but qu’un voyage à Paris fut décidé au commencement de 1572 pour y traiter le mariage avec Marguerite de Valois, sœur de Charles IX. Par quelle cause, Jeanne y mourut-elle le 10 Juin? L'opinion prétendit qu’elle y avait été empoisonnée, nous ne pouvons l'affirmer.

 Henri, roi de Navarre avait épousé Marguerite de Valois le 18 août 1572. Nous passerons sur les événements politiques et les luttes religieuses, la Ligue, les Etats Généraux de Blois, les hostilités sans cesse suspendues et reprises. Tout cela est du domaine de l'Histoire Générale. Reprenons tout simplement Henri IV cinq ans après son mariage, et constatons que déjà il était brouillé avec sa femme, et que Catherine de Médicis avait le désir de réconcilier les deux époux, mais sans succès. Après une séparation définitive, Marguerite de Valois quitta Nérac pour aller s'installer à Agen où elle donna la mesure de ses goûts débridés. Nous ne la suivrons pas à travers ses aventures qui finirent par la faire enfermer au château d’Usson où sa captivité dura près de vingt années. Pendant ce temps, Henri continuait à mener de front les affaires d'Etat et ses affaires d'amour, sous l'œil amusé de ses compagnons et de Sully. Henri IV assassiné en 1621 eu pour successeur au trône de France son fils le Dauphin, né le 27 septembre 1601 au château de Fontainebleau, devenu ensuite Louis XIII. Après avoir succombé devant les forces de Mayenne, la cité de Nérac avait été puni pour avoir pris les armes contre les troupes royales, avait perdu, de ce chef, la Chambre de l'Edit de Guienne qu’Henri IV avait établie dans la ville en 1598. Cette Chambre de l'Edit fut transportée à Agen, et c’est le 3 Juin 1624 que le duc de Rohan, au nom du roi Louis XIII, chassa de Nérac les conseillers catholiques de ladite Chambre. Le 20 mars 1651 Louis XIV cédait au seigneur Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, le duché d’Albret avec Nérac, la baronnie de Durance, les Justices haute, moyenne et basse de Nogaro, Barcelone, Riscle, Aignan et Plaisance. Et dix ans plus tard, au profit du même duc de Bouillon, en 1661, l’Albret était érigé en duché-pairie.

 Nérac n’échappa point aux troubles qui menacèrent la tranquillité publique en 1791. Le marteau de la Révolution abattit trois côtés de l'important Monument. L’aile nord montre les traces de successives transformations, mais elle possède encore dans ses principales dispositions intérieures des vestiges très précieux de sa construction primitive. Il faut dire que le château, longtemps avant sa destruction, se trouvait dans un état assez complet de délabrement. Déjà, lorsque le duc de Bouillon en fit faire le constat, l'officier ministériel chargé de ce soin, le sieur Dannanges, greffier, constata partout des vitres cassées, des portes endommagées, des pans de maçonnerie effritée, des boiseries dont les panneaux avaient sérieusement souffert. Une copie du procès-verbal de ce constat, ne contient pas moins de vingt pages manuscrites d'une écriture assez errée et sans alinéas. Et maintenant, en se plaçant en face de cette aile nord, nous voyons tout d’abord, à gauche, dans le toit une large section, comme si le château avait été coupé en deux, laissant une brèche de sept mètres environ. Dans ce vide énorme, une construction ne remontant pas à une date très reculée s'est enchâssée et a servi d'habitation à divers particuliers. Au-dessous du toit, la galerie en bois que l’on aperçoit entre deux colonnes limitait un étage également habité; au-dessous encore, l'étage avait ses locataires; enfin, au rez-de-chaussée, une famille y à gardé pendant plus de trente ans son domicile. De sorte que si nous prenons le monument au pied, nous voyons qu'à cet endroit la façade est restée intacte jusqu'aux cariatides des colonnes, mais que l’intérieur du château s'est trouvé évidé. Fort heureusement les colonnes sont restées debout avec leurs arceaux. Dans la brèche en question, de modestes logements furent établis au cours des temps ils formaient donc trois étages, outre le rez-de-chaussée; là quatre ménages ouvriers y ont vécu. Au centre de la façade du château, une petite porte s'offre au visiteur; cette porte ouvre sur un couloir. A droite, en entrant, un escalier descend dans un souterrain dirigé vers la droite, et qui est muré à dix mètres plus loin; ce souterrain tournait à droite sous l'aile orientale et allait desservir la "tour cavalier" en cas d'alerte; la tour, à son tour, par son colimaçon intérieur, approvisionnait les berges de la Baïse de troupes suffisantes pour la défense.

 À gauche du couloir, en entrant, est un arceau muré; c'était l’entrée du souterrain qui allait rejoindre l'aile occidentale et aider à la défense de l'entrée principale du ehâteau. Au reste, les souterrains avaient des entrées et des sorties nombreuses, parfois dissimulées et servies par des escaliers très étroits; ces souterrains aboutissaient tous, par ramifications, à un rond-point central situé au milieu du sous-sol de la cour; de là, ils partaient dans plusieurs directions, dont trois principales: une ligne allait vers le portail de Condom, une autre vers le portail de Marcadien, la troisième vers le portail de Fontindelle. Entre ces lignes, d’autres moins importantes s’embranchaient pour former l'éventail et concouraient ainsi à une défense rapide des murs de fortifications. Enfin, au fond du couloir, une porte à droite fait accéder à une grande chambre dont la voûte en ogive est sur nervures de pierres; deux pièces plus petites y sont accolées, voûtées également sur nervures, éclairées par des jours étroits, épousant le demi cintre de la galerie, et donnant sur la cour. À chaque angle de ces pièces est une cariatide supportant la nervure, tantôt usée par le temps et impossible à déchiffrer, tantôt très bien conservée. Ce qui frappe le visiteur qui observe ces cariatides, c’est leur diversité; toutes ont leur signification, et chacune d’elles rappelle un âge différend dans la généalogie des anciens maîtres du lieu. A gauche du Monument et contigu au Théâtre, est un avant-corps empiétant sur la cour et ayant l'entrée latérale; lorsqu'on franchit cette entrée, qui est très basse, on se trouve dans un réduit, sorte de couloir très étroit fermé en face de soi par un mur, ouvert à droite par une porte donnant accès dans une pièce vaste et superbe, dont la voûte repose sur douze nervures rejoignant des écussons en relief, au chiffre d’Amanieu, et offrant un grand style de construction. Une large et haute cheminée de pierre tient presque tout le côté gauche de la pièce. Auprès de cette cheminée est la porte qui communiquait avec le passage couvert.

 Cette pièce, une des plus belles du rez-de-chaussée par l’ensemble de ses nervures, n’avait d'autre entrée que la porte que nous venons de signaler au fond de ce petit couloir qui s'offre à droite quand on franchit le seuil latéral de l'avant-corps; mais le mur que l’on a devant soi, n’existait pas à l’origine; ce mur cache aujourd’hui l'emplacement où se trouvait un escalier de pierre accédant à la galerie; cet escalier n’est plus; sur ses vestiges s’est établi, au cours du temps, un escalier en bois en partie détruit par l'humidité. De la galerie, un autre escalier de pierre, en colimaçon et moins large, conduisait aux combles. La porte extérieure que l’on remarque du côté du théâtre, vint, par la suite, ouvrir sur la grande pièce aux douze nervures dont nous parlons plus haut; elle date seulement de la construction de la galerie; quand on l’examine du dedans, on voit que pour pratiquer cette entrée on dut sectionner la belle moulure de pierre qui court, sur les quatre côtés, à la base de la voûte. Ici, comme dans les autres chambres, les cariatides supportant les nervures sont diverses. Une autre porte extérieure faisant pendant à celle de gauche, se trouvait à droite, près de la tour existante: mais celle-ci a disparu, et à sa place se voit une large ouverture servant d'entrée pour une pièce qui a longtemps tenu lieu de dépôt de marchandises ou de matériaux. Enfin, tout près de la petite porte située au centre de la façade est l'entrée de la chambre dont il a été parlé, et à la voûte de laquelle se voient les chiffres d’Amanieu et d'Alain d’Albret. Tel est l’état actuel de l'aile nord. Ce sont ces vestiges restaurés que Nérac offrira à la visite des touristes. Il reste de l'ancienne demeure royale une galerie, dira-t-on. C'est vrai, mais une galerie qui forme, à elle seule, tout un côté du beau Monument qui vit resplendir une Cour des plus brillantes. Quelque infime que soit le vestige qui rappelle une gloire, le Présent se doit à lui-même de le disputer aux morsures du Temps et de le transmettre aux générations qui suivent. Nérac conservera un coin de son château. Et quel coin ! Celui qui abrita le mouvement littéraire de la Renaissance. 

 Éléments protégés MH: le château de Henri IV en totalité : classement par liste de 1862. 

 château Henry IV 47600 Nérac 

 Téléphone : 05 53 65 21 11

 

Château de Nazelles

Demeure édifiée à la fin du XVIIe siècle. Le château se compose d'un corps de logis cantonné de pavillons. Le décor de l'édifice est simple, conformément aux règles architecturales de la fin du XVIIe siècle, la porte d'entrée est entourée de deux pilastres de faible saillie. Ces pilastres soutiennent un entablement dorique surmonté, à l'origine, d'un fronton circulaire. Les pavillons disposent chacun de deux lucarnes à fronton triangulaire. Le vestibule a conservé son décor fait d'arcades en plein cintre, rythmées de pilastres cannelés à chapiteaux corinthiens. Commun sud daté de 1825. Pigeonnier de plan carré sur arcades. Du jardin qui s'étendait à l'est, subsiste un bassin circulaire. Le ruisseau est enjambé par deux ponts en brique. 

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures du château ; le pigeonnier ; la grande allée divisée en deux parties par la voie communale no 10, avec les quatre piliers de ses anciens portails : inscription par arrêté du 24 mars 1997. 

 château de Nazelles 47220 Caudecoste

 

Château de Muges

Édifice mentionné comme château, à Meuges, sur la carte topographique de la Guyenne de Belleyme, vers 1763-1764. Le château fut probablement construit au début du XIXe siècle. Il fut construit perpendiculairement aux deux de corps de bâtiments qui datent de la même période de travaux. Un troisième logis, probablement de la fin du XVIIIe siècle, ou début XIXe siècle, a été conservé à l'est du château. Le corps de bâtiment est rectangulaire, flanqué de deux ailes légèrement saillantes. L'élévation antérieure est à neuf travées ordonnancées. Le corps central a un étage carré et un étage sous comble, tandis que les ailes latérales sont constituées de deux étages carrés en pierre de taille, couvertes d'un toit en croupe brisée en ardoise. L'ancien logis à l'est se trouve dans le prolongement du château. Il est en moellon et brique enduit, partiellement. Il a un étage et couvert d'un toit à longs pans et tuile creuse. Les parties agricoles sont en moellons, briques et galets en assises alternées. L'ensemble est partiellement enduit et à un étage, couvert d'un toit à longs pans et tuile creuse. 

 Éléments protégés MH : le logis avec les communs en retour d'équerre et leur cour intérieure ; l'ancienne orangerie parc paysager avec les aménagements hydrauliques et les tombes familiales qu'il contient ; le pigeonnier du commun oriental : inscription par arrêté du 8 décembre 2008. 

 château de Muges 47160 Damazan

 

Châteaux les plus consultés

(IMH) = château inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, (MH) = château classé Monument Historique


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