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Château de Saint Victor la Coste

C'est sur l'emplacement d'un ancien oppidum que le château fort fût construit dès le VIIIe siècle. Favorisé par une position défensive naturelle il fut en outre protégé par un système de fortifications remarquable. Ainsi Saint Victor fut-il choisi par les premiers seigneurs de Sabran comme capitale de leur vaste domaine. Le village et son chateau fort se trouvent à l'origine d'une des familles les plus illustres de la noblesse française, les Sabran. Leur chateau, un des plus forts du midi de la France était environné d'une triple enceinte fortifiée comprenant douze tours et une partie du village. Les comtes de Sabran remplissaient auprès du comte de Toulouse, alors fort puissant, la charge héréditaire de connétable. Plus tard les Sabran, faisant cause commune avec leur suzerain, prirent le parti des Albigeois, battus à Muret, ils furent contraints à rendre hommage à Louis VIII. Ee 1226 ayant pris part au soulèvement, après la défaite ils firent hommage au roi de France pour la ville de Bagnols et le chateau de Saint Victor. Après le soulèvement de 1248, Rostaing de Sabran fut puni et contraint de demander au sénéchal de Beaucaire la destruction des fortifications du chateau. Au XIVe siècle la seigneurerie passa par alliance dans la maison des Montlaur. Louis de Montlaur fut le compagnon de Jeanne d'Arc qu'il accompagna dans les mauvais jours et jusqu'au sacre de Reims. Anne de Poitiers apporta en mariage la seigneurie à Charles de Poitiers. Jehan de Poitiers vendit en 1501 la seigneurerie à Jean de Nicolaï, chancelier du royaume de Naples. Son fils Aimar la vendit en 1541 à Thomas de Gadagne riche banquier florentin. Il légua ses biens à son neveu Thomas surnommé le magnifique. La seigneurerie de Saint Victor passa dans la famille des Domergue. En 1768 Thérèse de Domergue épousa de Rippert d'Alauzier marquis du Barry. Le dernier seigneur de Saint Victor fut Eugène Louis Prosper marquis d'Alauzier qui mourut en 1887. Le 27 janvier 1845 ce dernier vendra le Castellas et tous ses biens sis à saint Victor par acte de Auguste Morel notaire à Pont saint Esprit, à Gabriel Maurice Mathon.

Le castellas de Saint-Victor-la-Coste peut se comparer à ceux de Fressac, de Montalet à Molières-sur-Cèze, de Gicon à Chusclan ou même à l'arque de Baron ou au château de Lédenon (avant les travaux de restauration) pour ne citer que quelques édifices dans le Gard (aussi le castellas d'Aumelas dans l'Hérault). Tous ces châteaux fortifiés du Moyen-Age marquent fortement le paysage de leur silhouette déchiquetée se détachant sur le ciel et régnant sur un territoire assez vaste. En effet, ils dominent tous des collines envahies de végétation et sans aucune habitation (à l'exception de celui de Lédenon qui domine le village) et certains comme c'est le cas ici ont été inscrits comme sites pittoresques. Du premier château, il ne resterait que la chapelle, datable du Xlle siècle et les fortifications, détruites vers 1250, furent reconstruites au cours des XlIIe et XlVe siècles. A Saint-Victor-la-Coste, toutes les enceintes sont visibles et l'on retrouve non seulement l'enceinte principale du château et celle qui protège l'avant-cour mais aussi celle qui relie le castellas au nord du village, celle qui longe l'ancienne église et enfin la dernière qui forme le rempart du vieux bourg et dont trois tours médiévales subsistent, l'une dans une maison privée, l'autre pour porter le clocher de l'église et une autre à moitié en ruines. Cependant, ces tracés ne sont pas visibles en continu ni sur le terrain à cause de la végétation, ni sur le cadastre. Pour ce château, la commune a engagé une procédure d'expropriation pour acquérir le castellas, une stricte délimitation s'impose entre le castellas lui-même et ses diverses enceintes fortifiées qui restent difficiles à délimiter avec précision (à l'exception de la dernière enceinte qui forme le rempart du village et qui est très lisible sur le cadastre). 

 Éléments protégés MH : les ruines du château : inscription par arrêté du 27 mars 1991. 

 château de Saint Victor la Coste 30290 Saint-Victor-la-Coste 

 Téléphone : 06 73 23 96 12

 

Château de Saint Privat

En remontant le cours du Gardon, à partir du Pont du Gard, on suit pendant une demi lieue, le fond d'une vallée étroite dont l'aspect, au dire des artistes et des voyageurs, offre une ressemblance frappante avec les plus beaux sites du Péloponèse. Cette vallée débouche vis-à-vis du château de Saint-Privat, vieille construction dans laquelle on retrouve des vestiges de toutes les époques. Le château est situé dans une position romantique, sur la rive droite de la rivière. En face, sur le bord opposé, se dresse une sorte de falaise de deux cents pieds de haut, splendidement colorée des teintes du couchant, falaise qui porte le nom de Roque-Soumagne ou Mal-Pas. Le château de Saint-Privat, construit sur les ruines de l'abbaye du même nom, a été de tout temps renommé pour les agréments et la beauté de sa situation. Ce lieu a dû même être habité par des familles romaines, ainsi que le témoignent l'existence de quatre pierres sépulcrales et d'une pierre votive, dispersées autour de l'habitation, et plusieurs colonnes provenant d'un édifice romain; ces dernières furent employées, par les fondateurs de l'abbaye, à l'ornementation de leur église, dont il ne reste que la crypte qui sert aujourd'hui de cave. Deux de ces colonnes sont actuellement placées à droite et à gauche de la grille d'entrée; deux autres sont gisantes dans la cour, et leurs chapiteaux ont été dispersés dans le jardin. S'il fallait en croire M. Rivoire, le poète Sidoine Apollinaire, qui fut évêque de Clermont dans la seconde moitié du Ve siècle, aurait dans ses lettres, fait mention de Vers et de Saint-Privat, en ajoutant que ces lieux faisaient de son temps, les délices des familles romaines qui les habitaient. Cette affirmation ne repose sur aucune preuve. Sidoine Apollinaire, dans sa correspondance, cite en effet, pour l'avoir vue et habitée, une maison de plaisance que son parent, Tonance Ferréol, préfet des Gaules de 450 à 453, possédait sur les bords du Gardon. Cette maison de campagne, appelée Prusianum, était située sur la grande voie de Nîmes à Clermont, au pied des Cévennes, à l'endroit désigné aujourd'hui sous le nom de Brésis, sur le territoire et dans le voisinage d'Alais.

 Un diplôme de l'année 1156, concédé à Raymond de Sabran ou de Posquières, évêque d'Uzès, par le roi de France Louis VII le Jeune, confirme les possessions de l'évêché d'Uzès, en les désignant nominativement. Dans cette énumération sont compris le domaine ou tènement de l'Estel; tout le lieu de Valliguières et celui de Melmont et ses dépendances; l'abbaye de Saint-Privat du Gard; le prieuré de Saint-Nicolas de Campagnaco; le lieu ou hameau de Saint-Eugène; etc. Dans le même diplôme, Louis VII confirme les concessions faites par ses prédécesseurs, Raoul et Louis IV, à l'église d'Uzès et reconnaît à ses évêques des droits d'usage et seigneuriaux sur le lieu de Vers. Les évêques d'Uzès ont conservé la seigneurie de Vers jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, mais le domaine de Saint Privat ne tarda pas à tomber en des mains séculières. Nous trouvons, en effet, un Raymond de Saint-Privat parmi les vassaux que Raymond V, comte de Toulouse, donna pour caution de sa promesse le 1er juin 1163, lorsqu'il prit sous sa protection le jeune Bernard Athon VI, vicomte de Nîmes, et qu'il conclut la paix avec Trencavol, oncle paternel du vicomte. Le marquis d'Aubais cite pourtant un Raymond, abbé de Saint-Privat en 1164. On trouve encore dans les chartes Pons de Saint-Privat, le 1er octobre 1180; Rostaing de Saint-Privat, au mois de mars 1190, le 12 juillet 1210 et le 15 des kalendes d'août de la même année; et un autre Pons de Saint-Privat, au mois de mars 1243. Au reste, l'existence d'une famille noble du nom de Saint Privat, occupant le château et ses dépendances sous la suzeraineté des évêques d'Uzès, s'explique parfaitement et ne présente aucune contradiction. On lit dans la Statistique du Gard, que vers 1187, les chrétiens ayant été chassés de Jérusalem par les musulmans, les chevaliers du Temple se répandirent en France, qu'ils y reçurent de Bertrand, évêque d'Uzès, plusieurs dotations, entre autres celle de Saint-Privat et qu'ils conservèrent ce domaine jusqu'au commencement du XIVe siècle, où leur ordre fut supprimé.

 M. Rivoire est, à ce que nous croyons, le seul auteur qui soutienne cette opinion, et il ne cite pas les documents sur lesquels il s'appuie pour avancer ce fait. Nous devons avouer que toutes nos recherches nous ont conduit à admettre, au contraire, que, dans le courant du XIIIe siècle, le domaine de Saint-Privat fut régi par des seigneurs laïques, et Ménard, lui-même, garde le plus profond silence sur l'occupation de Saint-Privat par les Templiers. Quelques-uns croient pouvoir se fonder, pour accepter cette version comme vraie, sur ce que Saint-Privat était un des patrons des chevaliers du Temple. Les faits qui suivent démentent cette opinion. Le 13 janvier 1205, Odol et Ponce de Gaujac, fils de Guilhorme de Gaujac, chevalier du château ou fort de Remoulins, font hommage à Bormond, seigneur d'Uzès et d'Aimargues, du château de Saint Privat, de ses dépendances et de l'île Garonie ou Coasse, située au-dessous du Pont-du-Gard. Par un acte de reconnaissance daté des ides de mars 1248, Arnauld de Saint-Privat confesse tenir de Decan, seigneur d'Uzès, tout ce qu'il possède dans la ville de Vers et son tènement, sous l'albergue de deux chevaliers et ce qu'il tient à titre de fief franc et honoré dans le lieu de Saint Privat. Aux ides de mars 1258, Raymond de Masmolène fait aussi hommage à Decan de tout ce qu'il possède à Saint Privat. Le 6 octobre 1273, Amalric de la Roche, au nom de dame Raymonde, sa femme, reconnaît tenir du même Decan, à titre de fief franc et honoré, la ville de Saint-Privat et ses appartenances. Le 7 des ides de juin 1289, Raymond de la Roche, fils d'Amalric, fait à Jean de la Roche, son frère, donation de la moitié du château de Saint-Privat, sauf réserve des droits du vicomte d'Uzès, suzerain dudit château. Le 16 des kalendes de juillet 1293, Raymond Milon, seigneur de Saint-Privat, baille à titre de nouvel achat ou emphytéose perpétuelle, à Raymond d'Aramon, damoisel, consul des nobles, et Guillaume Auriol, consul des non nobles de Remoulins, agissant au nom de la communauté, une montagne et plaine contiguës appelées la Coasse et situées au-dessous du Pont du Gard.

 Ce qui selon nous, confirme le plus l'opinion que Saint Privat n'a jamais été occupé par les Templiers, c'est que le 3 janvier 1303, à la mort de Milon, sans doute, et six ans avant la suppression de l'ordre du Temple, le tènement de la Coasse tomba en main-morte, fut saisi et passa entre les mains du roi; de sorte que les consuls de Remoulins voulant, plus tard, en obtenir main-levée, durent le 24 mai 1371, payer au sénéchal la somme de cinquante livres pour droit d'amortissement. Cinq ans après la saisie du tènement de la Coasse, nous retrouvons la famille de la Roche investie de la seigneurie de Saint-Privat. En effet, le 19 octobre 1308, certains particuliers de Remoulins et de Vers font, au profit de Brémond de la Roche, seigneur de Saint-Privat, diverses reconnaissances pour quelques pièces de terre situées la plupart dans l'île Garonie ou Coasse. Le 10 octobre 1324, Hermengaud, damoisel et coseigneur de Saint-Privat, fait hommage à Robert, vicomte d'Uzès, de tout ce qu'il possède à Vers sous l'albergue de deux chevaliers et de tout ce qu'il tient à fief franc et honoré dans le lieu de Saint-Privat et dans l'île Garogne (Garoyna), autrement appelée Coasse. Hermengaud avait dû sans doute, après la mort de Brémond de la Roche, épouser Peyronne Raimbaud, veuve de Brémond, car il intervint, avec cette dernière, comme administrateur des biens de Borland de la Roche, damoisel, fils de feu Brémond, dans l'acte de fiançailles de Raymonde de la Roche, soeur dudit Bertrand, avec Guillaume Rabasse, damoisel de Remoulins. Bertrand de la Roche, beau-frère de Guillaume Rabasse eut par la suite une fille, Delphine de la Roche, qui épousa Alzias (Auzias ou Eléazar), vicomte d'Uzès. Le domaine de Saint-Privat devint ainsi la propriété de la maison d'Uzès, qui l'inféoda à Guy de Prohins vers le milieu du XIVe siècle. Guy de Prohins, seigneur de Saint-Privat, était sénéchal de Beaucaire en 1366. Il fut employé contre les Grandes Compagnies et prit part à une action contre les Routiers, le 14 août 1366, près de Montauban. Les troupes royales furent défaites et Guy de Prohins blessé et fait prisonnier.

 Amédée des Baux remplaça Guy dans sa charge de sénéchal de Beaucaire. Guy de Prohins dut rester prisonnier pendant plusieurs années, puisque nous voyons que le 4 octobre 1369, les consuls de Remoulins présentèrent pour bannier de la Coasse, à dame Gailharde de Durfort, épouse de Guy de Prohins, le nommé Jean Christol de Castillou, "ne pouvant le présenter audit seigneur Guy à cause de son absence". La dame de Saint-Privat ayant consulté messire Durand, abbé d'Aniane, et messire Guy de Sarraguac, chevalier de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem, accepta ledit bannier. Il fut convenu dans l'acte que le mas de la Coasse étant détruit, il n'était pas sûr, à cause des troubles du royaume et des hasards de la guerre, de déposer dans ledit mas le montant des gages ou bans perçus par le garde, et que l'argent qui en proviendrait serait porté à Remoulins. Guy de Prohins était de retour à Saint-Privat en 1375, puisqu'il y reçut le 30 octobre de cette année, le serment d'un autre bannier nommé Jean Jacot. Vers l'année 1380, Raymond de Prohins, fils de Guy de Prohins et de Gailharde de Durfort, avait succédé à son père comme seigneur de Saint-Privat. Raymond de Prohins était un pauvre gentilhomme campagnard, n'ayant pour tous revenus que ceux de quelques maigres terres à Remoulins et du domaine de Saint-Privat, qui devait alors être bien minime. Ruiné comme la plupart de ses pareils, tant par de folles dépenses que par les extorsions des mandataires de la royauté, il se mit à la tête d'une bande de révoltés, désignés sous le nom de Tuchins. Au printemps de 1383, Raymond de Prohins, que Ménard appelle Mondon de Prohins, prit de force et par escalade le village de Lédenon et y mit cent lances de garnison, après avoir commis dans ce lieu toutes sortes d'inhumanité, de violences et de pilleries. Maître de cette position, il faisait enlever tout ce qui lui tombait sous la main sur la route de Nîmes, jusqu'aux portes de cette ville et, soutenu par les vicomtes de Turenne et d'Uzès et le bâtard du Cailar, faisait transporter son butin à Beaucaire.

 Les consuls de Lédenon en donnèrent avis à la Cour du Pape. Raymond fut excommunié. Au commencement de décembre de la même année, la bande que dirigeait Raymond et qui s'était établie dans le château de Saint-Quintin près d'Uzès, vint faire des courses dans le territoire de Nîmes, et passa au pied du prieuré de Saint-Nicolas-de-Campagnac, sans en faire le siège. Le pillage et les rapines ne contribuèrent pas à enrichir le seigneur de Saint-Privat, car on le voit à diverses reprises, avoir recours à des expédients pour se procurer les ressources indispensables. En 1383 il intente un misérable procès à la commune de Remoulins, au sujet des limites du droit de pêche sur le Gardon. Le 4 mars 1392, un arrêt du siège présidial de Nîmes le condamne pour avoir enfreint l'acte emphytéotique de 1293, en vendant à divers particuliers de Bezouce les herbages du tènement de la Coasse. Le 20 décembre 1392, Raymond convertit en vente définitive, au profit des habitants de Remoulins, moyennant une somme de 60 livres tournois, le bail perpétuel consenti par Raymond Milon en 1293. Cependant la détresse du seigneur de Saint-Privat était loin de s'amoindrir, car nous le trouvons, le 6 mai 1396, occupé de nouveau à arracher un lambeau de son domaine au profit des habitants de Vers, comme il l'avait fait quatre ans auparavant, au profit de ceux de Remoulins. Les faibles ressources que ces diverses ventes avaient procurées à Raymond furent bientôt absorbées et le mauvais drôle, poursuivi à l'instance de Hugues de Laudun, seigneur de Montfaucon, et de Blanche d'Uzès, sa femme, dont il était le principal débiteur, fut condamné par sentence de la Cour apostolique du Camérier de Rome, de la Cour du petit scel de Montpellier, du Parlement de Languedoc et du Châtelet de Paris, à payer aux époux de Laudun la somme de 212 florins d'or. Poussé jusque dans ses derniers retranchements, Raymond promit, par acte du 6 juillet 1399, de s'exécuter dans un délai fixé; mais le terme arriva, les jours et les mois se passèrent et le seigneur de Saint-Privat trouvait toujours quelque prétexte dilatoire pour éluder les sentences qui pesaient sur lui et retarder le paiement exigé par sa condamnation, et répondait par des insolences aux sommations du Saint-Siège.

 Le chambellan de la Cour apostolique se vit donc obligé, par une ordonnance du 16 février 1400, appuyée par des lettres du sénéchal de Nîmes en date du même jour, de faire procéder à la vente à l'encan de tous les biens que le condamné possédait dans la juridiction de Remoulins. Cette vente eut lieu le 24 mai suivant; Robin de Laye, sergent d'armes de Bezouce, se porta acquéreur des biens de Raymond, pour le compte sans doute, de Jean Folcherand, seigneur de Lussan et lieutenant du sénéchal, car il les lui remit immédiatement après, et ce seigneur se trouva ainsi possesseur, à Remoulins, des biens qui avaient autre fois appartenu à la famille d'Aigremont, et de quelques menus droits sur le port et la juridiction de Remoulins, cédés ensuite aux Rabasse, et qui de là passèrent à la seigneurie de Fournès. La condamnation de Raymond entraîne la confiscation de la terre de Saint-Privat, laquelle retourne à la maison d'Uzès, de qui Raymond et son père la tenaient en fief; Raymond de Prohins, Gailharde de Durfort, sa mère, qui vivait encore, et Guillaume de Prohins, son fils, disparaissent du pays, et dès la première année du XVe siècle, nous trouvons Robert d'Uzès portant, avec ses autres titres, celui de seigneur de Saint-Privat. La terre de Saint-Privat fut l'objet de plusieurs mutations dans le courant du XVe siècle. Robert d'Uzès la vendit le 14 mai 1411 à noble dame Isabelle Reynaud, fille de feu noble Arnaud Reynaud de Montpellier et épouse de Guillaume Sachet, chambellan de très illustre prince le duc de Berry et d'Auvergne, pour le prix de 1.200 écus d'or, chaque écu valant 22 sols 6 deniers tournois, monnaie courante du royaume de France, et sous réserve de l'hommage et serment de fidélité et du baiser de paix dû au seigneur d'Uzès. On mit aussi pour condition que la dame Isabelle ou ses successeurs pourraient céder et bailler, à titre de nouvel achat ou emphytéose, les terres situées dans la juridiction de Saint-Privat, excepté à des clercs, chevaliers, personnes religieuses ou communautés. 

 Cette vente fut ratifiée le 16 mai 1411 par Delphine de la Roche, mère de Robert, par Egidia (Gilette) de Présimac, sa femme, et Pierre d'Uzès, son frère. Raymond de Campis, damoisel de Remoulins, châtelain et bailli de Saint-Privat pour le vicomte d'Uzès, fut remplacé dans ses fonctions par Raymond de la Combelle, qui en prit possession au nom de la dame Isabelle Reynaud. Le domaine ne tarda pas à passer en d'autres mains: le 5 septembre 1423, la dame Sachet, devenue veuve et représentée par noble Jean de Saint-Michel, son procureur fondé, revendit la terre de Saint-Privat à Jean Planterose, vicomte de Pont-Audemer, en Normandie, et à Jean Henry, receveur de Bayeux, moyennant la somme de neuf cents florins, monnaie courante d'Avignon. Le domaine fut partagé entre les deux acquéreurs, qui le possédèrent de concert jusqu'au 13 mars 1451, époque à laquelle Jean Henry, l'un des coseigneurs, fit à Jacques Faret, héritier substitué de noble Perrette de Langres, veuve de noble Jean Jus, donation de la moitié du fief de Saint-Privat, sous réserve de l'usufruit et à la condition que ledit Jacques Faret habiterait, avec sa femme, le château de Saint Privat et aurait pour le donateur les égards et les soins qu'un fils doit à son père. L'acte qui contient cette donation fut dressé dans l'ermitage de la Vallaurière, près de la chapelle. A la mort de Jean Planterose, la succession de ce seigneur, comprenant la moitié du domaine de Saint-Privat, revint faute d'héritier, à la maison suzeraine d'Uzès et fut attribuée en dot à Guiote, soeur du vicomte Jean d'Uzès, lors de son mariage avec Michel de Valpergas, seigneur de Caumont. Le 10 mai 1459 fut passé entre les deux coseigneuresses de Saint-Privat, Guiote d'Uzès et Adélaïde Soyberte, veuve de Jacques Faret, un acte de délimitation duquel il résulte que la dame de Caumont possède, entre autres choses, dans le territoire de Saint-Privat: une terre au quartier de l'Abadye; un casal situé du côté de la chapelle ou église Notre-Dame; une aire contiguë à ladite église, s'étendant jusqu'au Gardon et comprenant tout ce qui existe à partir de l'église du côté de l'orient, jusqu'au grand fossé qui bordait l'ancien mur des fortifications; une certaine motte située près du château, à l'occident, et contiguë à la terre de l'Abadye. Il est en outre stipulé que la partie des fossés du château comprise à l'extrémité du tinal de la dame de Caumont et s'étendant du côté du vent droit (le nord), jusqu'à l'église de Saint-Vérédème, appartient à ladite dame.

 A la fin du XVe siècle, on trouve pour châtelain et co-seigneur de Saint-Privat, comme tenancier de la portion du domaine appartenant à Guiote d'Uzès, un certain Jean des Isles. Guiote d'Uzès dut mourir sans enfants, car nous retrouvons au XVIe siècle la famille de Crussol investie de la portion du domaine de Saint-Privat attribuée en dot à cette dame. Au commencement du XVIe siècle, vivait au château de Saint-Privat, Pierre Faret, fils de ce Jacques Faret qui, en 1451, avait reçu en donation de Jean Henry, coseigneur de Saint-Privat, la moitié du domaine. Devenu veuf, Pierre Faret avait épousé en 1506 et dans un âge déjà avancé, Simonne Blanchon, fille d'un bourgeois d'Uzès; il en eut deux fils et deux filles et mourut dans sa maison de Remoulins, au mois de décembre 1511. Il fit son héritier universel Jacques, son fils aîné; Honorat, son fils cadet, ne reçut, pour sa part, qu'une somme de trois cents florins; mais le père stipula à l'égard de ce dernier, que si parvenu à l'âge convenable, il voulait se destiner à suivre les cours des écoles, son frère Jacques serait obligé de l'y entretenir, nourrir et vêtir selon son rang, jusqu'à ce qu'il eût terminé ses études et qu'il fût pourvu d'une charge qui assurât son existence. Honorat dut être envoyé par son tuteur et son oncle, Jean Blanchon, jurisconsulte d'Uzès, soit à l'université de Montpellier, soit à celle de Toulouse, et c'est là, sans doute, qu'il puisa les principes des nouvelles doctrines qu'il introduisit ensuite dans Remoulins. En 1538, Honorat Faret était parvenu à sa trentième année. Depuis quatre ou cinq ans déjà, il devait avoir terminé ses études et était de retour à Remoulins, y apportant la fougue et l'ardeur de la jeunesse et l'enthousiasme qui anime les partisans des nouveautés. Il se lia étroitement avec le notaire, Loys Colet, qui partageait ses convictions, et ces deux hommes, usant tour à tour de l'ascendant de leur instruction et de l'influence qu'ils devaient à leur position relativement élevée, formèrent dans la commune un noyau d'hérésie qui se développa rapidement. Il est prouvé, par des informations que, vers ce temps là le château de Saint-Privat était devenu l'asile des partisans de la nouvelle religion.

 Par sa position isolée, ce lieu était éminemment propice aux réunions clandestines. Aussi, n'y avait-il pas de ministre venant de Genève qui n'y prit sa retraite et l'on y tenait de fréquentes assemblées. C'était, à ce qu'il parait, une forteresse très sûre à cette époque, et on y avait même, par la suite, ajouté un ravelin. Durant les troubles qui suivirent, les portes en furent toutes murées, à l'exception d'une seule, très petite, qui servait d'entrée au château, mais que l'on ne pouvait franchir qu'avec beaucoup de difficultés, en s'effaçant et pliant les genoux. Le château était en outre constamment gardé par des sentinelles, et les troupes protestantes allaient et venaient sans cesse dans ce lieu. Divers capitaines religionnaires, d'Acier lui-même, et le sénéchal de Grille, y résidèrent souvent. Les témoins ajoutent que le château de Saint-Privat était si fort, qu'il aurait fallu deux mille coups de canon pour l'abattre; et que, d'après le bruit public, la plupart des entreprises et conspirations des partisans de la nouvelle religion s'y étaient tramées et projetées. Vers 1551 les religionnaires des environs, excités par Honorat Faret, démolirent la maison claustrale de Remoulins. Le 23 juin 1555, Antoine de Crussol, vicomte d'Uzès, cède à Jacques Faret, petit-fils de Jacques 1er, "pour le prix et somme de mille escus d'or au soleil et de bon poids, la valeur de chascun escu estant de deux livres six sols, que revient à la somme totale de 2.300 livres tournois, la moitié du château de Saint-Privat et ses dépendances, y compris terroir, place, seigneurie et juridiction haute, moyenne et basse que ledit vicomte a en partage avec ledit Jacques Faret. A partir de cette époque et jusqu'à l'année 1865, la totalité du domaine de Saint-Privat n'a pas cessé d'appartenir à la famille Faret.

 Au printemps de 1564, Catherine de Médicis entreprit, avec son fils Charles IX, alors âgé de quatorze ans, un voyage à travers la France, pour se rendre compte de l'état du royaume et chercher à le pacifier. Ce voyage dura deux ans. Charles IX et sa mère, accompagnés du duc d'Anjou (depuis, Henri III), de Henri de Navarre (depuis, Henri IV), des cardinaux de Bourbon et de Guise, du duc de Longueville, du connétable de Montmorency, du chancelier de Lhospital et de plusieurs autres seigneurs, fit son entrée à Avignon le 24 septembre 1564, et parcourut la Provence. Abel Jouan, dans sa relation du voyage de Charles IX, rapporte que ce roi alla le 12 décembre 1564, visiter le Pont du Gard et dîner à Saint-Privat, où il fut hébergé par le comte de Crussol, seigneur suzerain du domaine. Après le dîner, le roi et sa suite visitèrent le Pont du Gard, puis le roi alla le même soir, coucher à Nîmes. Au mois d'avril 1570, les troupes protestantes, au nombre de quatre à cinq mille hommes, ayant à leur tête l'amiral de Coligny et Henri de Bourbon ou de Navarre, âgé seulement de seize ans, ravagèrent le diocèse d'Uzès. Ils emportèrent d'assaut le château de Saint-Privat, Castillon, Saint-Hilaire et Théziers, qui se rendirent à discrétion. Coligny y fit faire un massacre général des habitants, en sorte que ces villages resteront tout à fait déserts. Jacques II Faret avait épousé en premières noces, le 28 décombre 1550, Sibylle de Forli, dont il eut un fils unique, Pierre, deuxième du nom, qui lui succéda. Pierre II eut de son premier mariage avec Jeanne de Contour un fils du nom de Henri, sieur de Cabanon, qui mourut sans enfants. Pierre II épousa en secondes noces, le 16 mai 1590, Sara de Guerry; c'est par ce mariage que la seigneurie de Fournès et Jalons échut à la famille Faret. Les guerres avec l'Italie et les alliances de la maison de France avec des princesses italiennes avaient, à partir du règne de François 1er, introduit dans la nation française une passion effrénée de luxe, qui ne fit que s'accroître sous les derniers Valois. La simplicité de Henri IV ne modifia en rien l'entraînement général, et le souvenir de l'entrevue du Camp du drap d'or où, tels seigneurs "portèrent leurs moulins, leurs forests et leurs prés sur leurs espaules", fut pendant longtemps l'idéal de la noblesse.

 Pierre Faret et son fils Henri furent du nombre de ceux qui subirent ces changements ruineux, ce sont eux qui firent abattre la plupart des anciennes constructions du château de Saint-Privat, pour l'approprier au goût de leur époque et qui firent élever les bâtiments actuellement existants, compris entre la porte orientale dite Porte Michel-Ange, laquelle fut, dès lors, l'entrée principale, et la petite cour qui, au couchant, précède les cuisines. Grâce à ces modifications importantes, l'air circula plus librement dans les hautes salles voûtées, à travers les larges escaliers et les vastes corridors, et l'habitation de Saint-Privat prit à l'intérieur surtout, un cachet de distinction qui ne l'a point abandonné. Mais les dépenses faites par les Faret père et fils, avaient épuisé leurs capitaux; ils se virent obligés de recourir à des emprunts dont les intérêts ne tardèrent pas à diminuer notablement leurs revenus. Ils furent pendant longtemps et à diverses reprises en butte aux poursuites de leurs créanciers. Après la soumission de Rohan, lors de sa dernière rébellion, sous le ministère de Richelieu en 1629, la paix fut signée à Alais le 28 juin, et mit fin aux dernières guerres de religion. Le roi Louis XIII, victorieux de tous ses ennemis, se dirigea sur Nîmes, à travers le diocèse d'Uzès. Le 30 juin, une ordonnance royale datée de Saint-Chaptes, décidait que la paix accordée aux religionnaires serait publiée à Nîmes. Le 1er juillet, le roi recevait la soumission de la ville d'Uzès et venait coucher à Collias le lendemain. Parti de Collias le 3, il fit passer le Pont du Gard à son armée, vint à minuit coucher à Bezouce, où il établit son camp, y séjourna le 4, fit rédiger le 5 l'acte de proclamation de la pacification qui fut publiée à Nîmes le lendemain 6 juillet, et vint, avec sa suite, prendre son logement au château de Saint-Privat, où tout avait été préparé pour le recevoir. Le 7 juillet il reçut, à Saint-Privat, la soumission des habitants de Nîmes. Le traité de paix fût signé par les religionnaires dans la grande salle du château et l'on procéda au règlement des otages qui furent cédés au roi, au nombre de douze, comme garantie de la foi promise.

 Les noms de ces otages furent inscrits au bas de la minute de l'ordonnance de Saint-Chaptes du 30 juin, suivie de la proclamation de Bezouce du 5 juillet: "Trescol, advocat. Carlot. Gonoyer. Jacques Rozel. Bastido, advocat. Crégut. Petit, advocat. Fabrot, marchand. Jacques Bonnal. Carbonnel, bourgeois. Sayard, marchand. Bonhomme, advocat. Les nommés cy dessus sont les ostages de la ville de Nismes que le Roy veult avoir. Faict à Saint-Privat, le 7 juillet 1629. Le cardinal de Richelieu". Le roi retourna à Uzès le 10 juillet, y séjourna jusqu'au 14 et fit ce jour-là, son entrée dans Nîmes, où il fut reçu avec de grandes acclamations. Il ne resta qu'un jour dans cette ville, vint coucher le 15 à Montfrin; prit pendant quelques jours les eaux de la fontaine de Moynes et poursuivit ensuite son chemin par Lyon, pour retourner à Paris. A dater de cette époque, la destinée du château de Saint-Privat ne présente plus aucun intérêt historique; les seigneurs qui s'y succèdent sont Pierre II, qui eut de son mariage avec Sara de Guerry, deux enfants dont Charles 1er, qui suit; et Bernardine. Pierre II mourut en 1622. Charles 1er son fils, qualifié des titres de seigneur de Saint-Privat, Fournès et Jalons, épousa le 9 novembre 1619, Jeanne de Launay, de Picheran, d'Entraigues, dont il eut huit enfants et mourut en 1638. Il eut pour successeur son fils Alexandre, qui épousa Isabeau Dupuy de Montbrun, et fut décapité à Paris le 5 novembre 1680, laissant une fille unique, Isabeau-Marguerite, morte empoisonnée le 13 novembre 1681, à l'âge de vingt-deux ans. Alexandre est le premier seigneur de Saint-Privat qui se qualifie des titres de marquis de Saint-Privat, Fournès, Jalons et Montfrin. Charles II succéda par substitution à son frère Alexandre. Il épousa en 1683, Anne de Ginestous, dame de Moissac, et mourut le 13 août 1714. Comme nouvellement converti, les prêtres catholiques lui refusèrent les sacrements et la mise en terre sainte. Jean, son fils, lui succéda.

 Jean Faret, seigneur de Saint-Privat et de Fournès, comte de Faret par l'érection de la terre de Moissac, en vertu de lettres patentes de l'année 1744, autorisant mutation du nom de la seigneurie de Moissac en celui de comté de Faret, épouse, en 1749, au château de Candiac, Hervée Macrine de Montcalm-Saint-Véran, et meurt à Montpellier le 6 novembre 1749, laissant une fille posthume, née le 21 novembre 1749 et morte le 5 juillet 1751. Son frère Jean Henri lui succède. Jean Henri, auteur de la branche bâtarde, épouse Marie Louise-Elisabeth de Gabriac, du Bourg Saint Andéol. De ce mariage naît une fille unique, Marie-Anne Faret, qui épouse en 1773, Jean-Louis-Charles-François de Marsane Saint Geniès, de Montélimart. Jean Henri meurt à Toulouse le 16 juillet 1762, père de quatre enfants illégitimes, dont trois filles et un fils qui fut adopté par sa veuve, sous le nom de Jules Marie Henri Faret. Jules Marie Henri Faret, comte de Faret, marquis de Fournès, colonel du régiment royal de Champagne-cavalerie, maréchal de camp, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, seigneur de Saint-Prifat-du-Gard, Saint-Jean-de-Maruéjols et autres places, conseiller du roi en ses conseils, 90e et dernier sénéchal de Beaucaire et de Nîmes, député de la noblesse de Nîmes aux États-Généraux de 1789; né à Toulouse le 13 janvier 1752, mort au château de Saint-Privat le 22 décembre 1826 et inhumé dans le caveau de la chapelle, avait épousé Philippine de Broglie, qui lui donna deux enfants dont Alexandre; et Fulvie qui épousa M. le marquis de Rennepont. Alexandre-Auguste-Louis-Philippe-Jules Faret, marquis de Fournès, seigneur de Saint-Privat, membre du conseil général du Gard, né à Paris en 1786, mort le 21 août 1844 à Saint-Privat, épousa Ambroisine-Amanda d'Héricy. Il en eut trois enfants dont Arthur-Henri Faret, marquis de Fournès, né à Saint-Privat le 27 novembre 1823 et qui a épousé Mademoiselle Riquet de Caraman; 2° Robert-Ambroise Faret, comte de Fournès, né à Montpellier en décembre 1826 et qui a épousé Mademoiselle de Mathan, fille de M. le comte de Mathan, ancien pair de France; 3° Ferdinand-Philippe, mort en 1845 en Normandie, à l'âge d'environ dix ans. Le domaine de Saint-Privat, qui avait échu en partage à M. le comte Robert de Fournès, est devenu, en 1865, la propriété de M. Calderon au milieu du XIXe siècle.

 De la rive droite du Gardon, il suffit de dépasser d'un kilomètre le Pont du Gard vers l'amont pour, franchie une grille, trouver un chemin qui bientôt bifurque à gauche vers le château. Devant l'entrée du château, au sud de ce dernier, à gauche d'une esplanade ombragée, la chapelle Saint-Vérédème rappellerait la dédicace de l'ancienne église disparue, mais cette chapelle est entièrement moderne. En pénétrant dans la cour, on laisse à gauche une construction de plan triangulaire, abritant des communs dont la forme singulière est peut-être due à la conservation de soubassements anciens, vestiges de la chemise fortifiée. A droite, c'est une tour isolée, dite "tour de guet". L'étage supérieur de cette tour barlongue est muni d'une série de corbeaux quadruples supportant des arcatures. Au-dessus de ces mâchicoulis, les murs du chemin de ronde sont percés de petites ouvertures à mousquets ou arquebuses. Au pied de la façade sud-ouest, une partie en saillie présente des parements à bossages rectangulaires. Le reste de la construction est visiblement plaqué contre cette partie ancienne. Près de la base d'un bâtiment adjacent a été scellé un autel, d'époque gallo-romaine. La salle basse de la tour est voûtée d'un berceau brisé, d'axe nord-ouest sud-est. A sept mètres au nord, se trouve la courte façade d'une aile (bâtie du temps de M. Rouché) destinée à l'habitation et limitant la cour à l'est. Au pied de cette façade se trouve un autre autel ou cippe. Pour prendre connaissance de la façade orientale de cette aile, il convient de revenir en arrière, de ressortir de la cour et de s'engager, en contrebas, sur le chemin de la ferme. Ce chemin est bordé par un mur de soutènement avec des arcades successives, d'âges divers, murées pour la plupart. Au-dessus de ce mur on voit l'ensemble des façades Est, lesquelles englobent une ancienne tour carrée, dont les encorbellements sont restés dégagés. Comme à la tour de guet, ce sont des corbeaux quadruples (mais aux listels très peu saillants) supportant de petits arcs à mâchicoulis; au-dessus, le mur du chemin de ronde est fendu de longues archères à étriers médians; l'arasement des parties supérieures des merlons a fait disparaître le haut de ces archères.

 Revenant à la cour intérieure, l'aile Est se trouve séparée par un passage de 6m,20 des bâtiments formant le corps central, que l'on aborde par une autre tour carrée, dite "donjon". Posée de biais par rapport aux bâtiments adjacents, cette tour présente une base fortement talutée et mesure cinq mètres de côté, les encorbellements de son couronnement sont composés de corbeaux quadruples, sur lesquels les petits arcs des mâchicoulis ne reposent pas directement, mais par l'intermédiaire d'une pierre taillée en forme d'imposte, biseautée latéralement. L'étage situé au-dessous a été aménagé en pigeonnier. A la base de cette tour, du côté Est, un arc en forme d'enfeu abrite une coquille. Un peu plus haut, la façade est percée d'une fenêtre étroite, encadrée de pilastres nus à chapiteaux ioniques ornés d'oves, architrave et frise bombée supportant un fronton triangulaire. A droite, s'élèvent des bâtiments disparates, mais anciens, dont les murs de retour, face au sud et à l'est, supportent une guette d'angle, dont ne subsistent que les encadrements, quadruples également, supportant deux arcs; ce petit ouvrage se trouve à peu près de niveau avec la fenêtre à fronton, c'est-à-dire à mi-hauteur de la tour. Les autres façades méridionales sur cour n'offrant que peu d'intérêt, en raison des remaniements subis. Le passage découvert situé entre le corps central et l'aile Est, là près de l'angle avec le bâtiment transversal, on découvre une magnifique porte d'entrée à bossages, accostée d'une fenêtre identiquement décorée. Ces ouvertures ne sont pas de plain-pied, soit que le niveau de la cour eût été abaissé. Actuellement, la porte n'est pas inaccessible, mais on n'y parvient que par un étroit escalier, débouchant sur une minuscule galerie. Le fronton circulaire rompu, au-dessus de la porte, encadre un petit tabernacle à fronton arrondi; le blason qui en occupait le centre a disparu. Sur la même façade, les étages supérieurs possédaient aussi des fenêtres décorées, l'une visible, quoique murée, au premier étage et, au deuxième étage, une autre bien conservée, les pilastres d'encadrements bagués et décorés de feuillages découpés rappelant encore le flamboyant, d'entrelacs géométriques, de volutes, les chapiteaux ioniques dont le gorgerin et l'échine sont ornés d'oves, le balustre cannelé. Au-dessus, la haute frise, divisée en compartiments par des diglyphes, présente rosaces et feuillages; l'allège elle-même chargée d'entrelacs, entre deux consoles d'acanthe soulignées de gouttes. Sur cette façade, il faut signaler la mitre de cheminée, en pierre, s'élevant un peu en arrière, coiffure conique sur un cylindre ajouré de six arcs.

 Les mutilations résultant des constructions plus récentes, ne se sont pas bornées à l'extérieur; au-dedans aussi, derrière la grande porte à bossages, on constate que des murs et cloisons ont "mangé" ce qui correspondait au piédroit nord; toutefois, face à cette entrée délaissée, ont été conservées deux travées d'un passage voûté sous coupoles, dont les arcs doubleaux présentent aussi des bossages en trémie. Autres témoins du même style, mais moins sûrs parce que dans une partie très habilement restaurée, des arcs à bossages divisent en compartiments voûtés d'arêtes un couloir perpendiculaire au précédant, situé face à l'entrée actuelle sud et donnant accès au grand escalier. Même si ces arcs sont d'époque, ceux de l'escalier ne le sont certainement pas, étant hors d'échelle, d'autant plus que ce bel escalier sur arcs et piliers a été exécuté dans le style encastré et muni d'une agréable, mais récente, ferronnerie. S'il subsistait quelques doutes, ils disparaîtraient à l'étage supérieur, ou l'on retrouve une volée ancienne, étroite, construite sous berceau rampant appareillé, débouchant sous les mêmes arcs à bossages, demeurés de proportions normales. Bien qu'il ne reste que quelques témoins : une grande porte, une croisée, quelques fenêtres, des arcs et une volée rampante d'escalier, de ce style homogène, la beauté de ces éléments épars permet d'imaginer ce que devait être la résidence seigneuriale que fit construire l'opulent Pierre II de Faret dans les dernières années du XVIe siècle, car l'aspect de la façade orientale se restitue assez aisément dans son ensemble, grâce aux traces laissées par les baies murées, l'étage de base séparé du premier étage par un double bandeau continu, très larege, des fenêtres très décorées quoique étroites, un décor intérieur parfaitement adapté. Mais il reste au sud très peu de traces de cette campagne, aucune au nord où tout a été repris plus tard, rien de visible du dehors à l'ouest, mais peut-être de ce côté la résidence s'appuyait-elle contre le mur fortifié très épais, existant là depuis le moyen âge. 

 Après avoir constaté les oblitérations apportées par le bâtiment transversal, il faut remarquer que cette construction du XVIIIe siècle présente d'agréables proportions et complète, heureusement, au moins du côté des jardins, l'ensemble des façades nord. C'est de ce côté en effet que s'est porté tout l'effort de cette importante campagne, ayant abouti à créer, à côté d'un parc boisé, un grand jardin fleuri en contre-bas, le parc au-devant de la façade principale, le jardin devant l'aile latérale de hauteur moindre. On peut accéder directement au jardin du bas en partant de la cour et descendant un degré en arc de cercle, pour traverser le bâtiment par un passage voûté d'arêtes. C'est tout au fond de ce jardin que M. Rouché a fait construire une orangerie. Le bâtiment latéral, de même que la façade principale sont délimités verticalement par des chaînes à refends, percés de hautes fenêtres, les niveaux soulignés par des bandeaux. L'étage supérieur de la grande façade, établi en retraite, aurait été ajouté assez récemment, dit-on, quoique rien dans l'aspect et la patine de la pierre ne montre une différence. L'angle nord-ouest est calé contre une tour carrée, dont les superstructures et les créneaux sont manifestement modernes, aucun indice visible ne permettant de présumer de l'ancienneté des bases, ancienneté possible, en raison de la situation de la tour. Située à 300 mètres au nord du château et accessible par le chemin, la ferme enserre une longue cour étroite entre deux bâtiments que relie une construction transversale, à usage de grenier à fourrage. Dans l'angle nord-est, s'élève une tour carrée couronnée de merlons d'âge incertain. Les étages sont éclairés par des fenêtres simples, chacune divisée en deux par un meneau vertical sans décor.

 Éléments protégés MH: le château, à l'exception des pièces classées; la tour isolée; la cour d'honneur avec son sous-sol et l'aile est en contrebas, dite des caves: inscription par arrêté du 1er septembre 1992. Dans le château, les trois pièces décorées de boiseries du XVIIIe siècle: le salon des échos, la salle des Gardes ouvrant sur la façade nord, le salon de la Paix (ou salon des quatre cheminées); la chapelle avec son décor; l'enclos muré situé derrière la chapelle; l'avant-parc avec les douves; le parc ou terrasse haute avec les douves, les murs de soutènement ainsi que le bassin et l'ensemble de la statuaire; le jardin ou terrasse basse avec sa porte d'entrée dite porte des fleurs, les murs de soutènement, la statuaire ainsi que l'orangerie et le nymphée; le moulin et son bief; la ferme fortifiée; l'ancienne magnanerie accolée à un bâtiment de logements dit l'ancienne métairie et la serre située face au potager, ainsi que le potager; la glacière; le sol de l'ensemble des parcelles du domaine: classement par arrêté du 17 février 1995.

 château de Saint Privat 30210 Vers-Pont-du-Gard

 

Château de Saint Maximin

Ce village situé tout près d'Uzès domine la petite vallée de l'Alzon et a conservé une partie de son enceinte médiévale où l'on remarque un appareil en arêtes de poisson. Ce rempart forme l'angle nord-ouest du château dont la masse imposante se voit de loin. Le château est mentionné dès 1096 et fut cédé en 1156 par le roi à l'évêché d'Uzès; au milieu du XVIe siècle, il appartenait à la famille de Thézan qui l'arrentait en s'en réservant un"quartier pour y habiter quand bon lui semblera". La terre et la seigneurie seront vendues en 1714 à Antoine Sconin (neveu du chanoine Sconin prieur de Saint Maximin qui est l'oncle de Racine) et reste dans cette famille jusqu'en 1776, date de la vente à Alexis de Laplace, conseiller et secrétaire du roi; le château sera revendu en 1829 à Louis Martin Duclap et passera par mariage à Charles Goirand de Labaume, premier président de la cour impériale de Montpellier. L'édifice se compose de deux parties bien distinctes : la partie Est avec le petit logis situé en face datent du moyen-âge mais résultent de plusieurs campagnes de construction, et la partie ouest, formant une sorte de bâtiment cubique, date du début du XVIIIe siècle, sans doute entre 1714 et 1729 puisque l'acte de 1714 décrit "un vieux château presque ruiné et hors de pouvoir être habité que par des rentiers" alors que dans son testament écrit en 1729, Antoine Sconin parle de "la seigneurie de Saint Maximin avec tous les bâtiments anciens et nouveaux que j'y ai fait faire". Les constructions les plus anciennes sont formés par la tour et le corps d'habitation situé au sud-est (fin Xlle ou début XIIIe siècle) puis par le corps de bâtiment les joignant avec une galerie sans doute en bois du XlVe siècle, avec des portes à linteaux et des restes de peinture sur une baie. Des traces de peintures du XlVe siècle sont également visibles dans la pièce dite la chapelle au premier étage de la tour. Au cours du XVe siècle, cette galerie sera agrandie et reconstruite en dur avec des croisées à meneaux en façade tandis que l'ancienne façade reste visible dans la galerie de circulation.

A la fin du XVIe ou au début du XVIIe siècle, des améliorations furent apportées à ce corps de bâtiment, en particulier l'ouverture de deux fenêtres à pilastres sur l'arrière, semblant indiquer que la cour de la maison presbytérale voisine appartenait au même propriétaire. Au XVIIIe siècle, avec l'achat par les Sconin, un grand projet de reconstruction se met en place : un château neuf est construit dans l'angle sud-ouest et relié à l'ancien par un grand porche, mais l'ordonnance de la façade avec en particulier l'avant-corps central montre la volonté d'uniformiser toute cette façade, projet inachevé où le rythme du nouveau château est seulement simulé sur l'enduit de la partie Est. Cette construction présente des éléments archaïsants tels que des gargouilles en façade ou le grand escalier mais les fenêtres en arc segmentaire et les voûtes en arc de cloître de tous les salons du rez-de-chaussée et du premier étage semblent appartenir à la construction d'Antoine Sconin après son achat en 1714. Les maladresses visibles dans l'escalier ne doivent pas occulter la grande qualité de cette construction du XVIIIe siècle; de même, la partie médiévale présente un grand intérêt avec en particulier sa galerie matérialisée dans ses deux aspects, celui du XlVe siècle avec sa structure en bois disparue et la réalisation plus tardive que nous voyons aujourd'hui. Enfin, la construction d'une piscine dans la cour intérieure (invisible depuis le porche) ne doit pas masquer l'intérêt de l'ensemble. 

 Éléments protégés MH : le château (à l'exception du sol de la cour intérieure), cour d'entrée et la petite maison située en face du château: inscription par arrêté du 28 janvier 1997. 

 château de Saint Maximin 30700 Saint Maximin 

Château de Saint-Laurent-le-Minier

Le château de Saint-Laurent-le-Minier est situé dans un cadre privilégié, non loin des gorges de la Vis. C'est d'un pont qui enjambe deux rivières, la Vis et la Creuze, que l'on aperçoit le mieux le château,situé sur une sorte de promontoire s'avançant en proue de navire à la jonction de ces deux vallées très encaissées. De plus, la hauteur des toits brisés des deux pavillons d'angle couverts de tuiles en écaille vernissées noires imitant l'ardoise et le jardin ordonnancé qui s'étend jusqu'à la rivière attire l'attention sur lui. L'entrée du château se fait au nord; de ce côté-là il présente un corps central encadré par les avant-corps deux pavillons tandis que côté jardin les ailes prolongeant ces pavillons forment une saillie plus importante. A cette construction s'ajoutèrent à l'est et à l'ouest des terrasses portées sur des voûtes et au sud l'aménagement du jardin avec la création de la cascade et tout un remarquable système hydraulique d'adduction d'eau. Ainsi cette réalisation du début du XVIIIe siècle complète admirablement le château construit vers 1665 en amplifiant l'axe central déjà sensible dans le plan : en effet, le nymphée situé au nord constitue le point de départ de cet axe qui se poursuit par la porte d'entrée et la porte-fenêtre du château jusque dans le jardin puis le long de l'allée centrale pour aboutir en quelque sorte par-delà la route à la cascade qui clôt magistralement ce parcours et conduit le regard vers les montagnes environnantes. A l'est du nymphée part une allée conduisant à l'ancienne orangerie (que de nombreux textes mentionnent) transformée aujourd'hui en habitation.

Il n'existe pas de grand escalier d'honneur dans ce château puisque l'étage "noble" se trouve au rez-de-chaussée. Actuellement, on retrouve plusieurs escaliers modernes dont un reste probablement à l'emplacement d'un ancien escalier à vis (il est encore visible dans les caves et se situe à la jonction entre le corps central et le pavillon ouest). Le plus étonnant, dans cette construction, reste non pas sa couverture de tuiles en écaille vernissées noires, car elles étaient alors employées assez fréquemment pour rappeler l'ardoise mais bien plutôt son système de couvrement. En effet, les toits brisés des pavillons à la Mansart reposent sur des voûtes en arc-de-cloître construites en brique et sur lesquelles une charpente sommaire s'appuie au moyen de simples béquilles. Ce dispositif a disparu en partie sur la tour Est à la suite d'un récent incendie. Ces voûtes nécessitent des murs épais, ainsi la technique la plus couramment utilisée consiste en fausses voûtes bâties en matériaux légers, lattis et plâtre, tandis que le véritable support de la toiture se fait grâce à une charpente assemblée en entrais, arbalétriers et poinçon. Ici, l'emploi de la voûte ne s'explique guère sinon en supposant que les artisans locaux maîtrisent mal la technique de la charpente. La couverture du corps central se présente de nos jours à deux pentes recouvertes de tuiles canal. La faîtière et les six poutres horizontales qui supportent la toiture sont encastrées dans les deux murs de refends formant pignons dans les combles. Ces murs délimitent le grand salon central et divisent le couvrement en trois voûtes en arc-de-cloître : celle du milieu, en arc-de-cloître déprimé, se voit toujours puisque le grand salon occupe toute la hauteur du bâtiment; quant aux deux autres, elles sont reconnaissables à l'étage bien que la division en chambres ait morcelé l'espace.

Il est étonnant que cette division tripartite ne se retrouve pas au niveau de la toiture par une surélévation de la pièce centrale comme c'était le cas pour de nombreux châteaux construits par François Mansart ou Le Vau. Il est aussi étrange que de fausses lucarnes se détachent sur le ciel alors que leur silhouette évoque l'architecture nordique où les toits en pente permettent de créer des combles éclairés. Ici, leur couronnement à fronton brisé et à boule forment des motifs d'amortissement mais la travée centrale se distingue : en effet, deux pots-à-feu encadrent un mur nu bordé de pilastres aux chapiteaux ioniques et surmonté d'un fronton brisé que deux ailerons en volute semblent conforter. Ce motif se retrouve sur le nymphée et date donc peut-être du début du XVIIIe siècle, moment de l'aménagement du jardin avec le nymphée, la cascade et l'ensemble du système hydraulique. Les façades ont sans doute été modifiées car il semble étonnant que la division tripartite du corps principal ne soit pas traduite en élévation. De même, toutes les ouvertures paraissent avoir été remaniées et seules les fausses lucarnes ainsi que certaines "bâtardes" rappellent les années 1665. L'intérieur du château, conçu de manière tripartite, comprend au centre un grand salon à l'italienne qui occupe toute la hauteur de l'édifice. Malgré les remaniements effectués au XIXe siècle (reprise des modénatures,des chapiteaux et des peintures) le volume est resté intact. Cet espace est éclairé au sud et "au nord par trois ouvertures dont une porte (et une porte-fenêtre) au centre qui reprennent le rythme tripartite. Une peinture mythologique en orne le plafond tandis que deux médaillons ovales décorent les murs est et ouest. Une autre pièce, située au nord-est de ce salon et nommée l'oratoire, a conservé son décor de stuc : les murs sont rythmés par des pilastres cannelés ioniques et des panneaux, nus ou garnis de guirlandes de fleurs, la corniche saillante est ornée de modillons et d'une frise, le plafond est compartimenté mais nu.

Le jardin s'étend au sud et son mur de clôture repose sur les rochers de la rivière. Il est aménagé en terrasses car le terrain présente un important dénivelé. Les murs de soutènement sont interrompus par deux escaliers; l'un à double volée droite, l'autre à double volée courbe, qui sont ponctués de statues (chiens, sphinges et corbeilles de fleurs) et qui délimitent deux plates-formes: la première est occupée latéralement par deux bassins circulaires tandis que l'autre est coursée par l'allée centrale de buis qui conduit au bassin polygonal, point d'orgue de cette composition. Un autre escalier à degrés convexes permet d'accéder latéralement au parc qui s'étend jusqu'à la rivière . De là, on peut aussi remonter vers le château et passer sous les voûtes en berceau de la terrasse Est et voir l'axe en bois, seul reste de la grande roue élévatrice à godets qui se trouvait là. Celle-ci mentionnée dès 1722 dans les textes, constituait avec ses sept mètres de diamètre un des éléments les plus spectaculaires du système hydraulique d'adduction d'eau. Ce dernier visible par les conduites, les canaux et l'aqueduc qui longe la rivière en amont du pont présente une grande originalité et semble avoir avoir été mis en même temps que l'aménagement du jardin, la création du nymphée et de la cascade, au début du XVIIIe siècle, par un des membres de la famille propriétaire, les Sarret, conseille par l'ingénieur de La Blottière. Tout-à-fait à l'opposé du jardin et du parc, sur la cour nord se trouvent le grand nymphée alimenté par les réservoirs et le départ de l'allée conduisant à l'orangerie. C'est sans doute a ce niveau-la que devait s'élever le portail de Giral dont il ne reste qu'un des piédroits mais dont nous avons la trace dans les archives par un texte de 1768. L'orangerie présentait trois arcades plein-cintre et était voûtée en arêtes: bien que sa transformation en habitation ait masqué l'arcade Est, son volume est demeuré intact. 

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures, avec le salon central situé au rez-de-chaussée; le jardin avec les sculptures, le nymphée, l'aqueduc et le système hydraulique : inscription par arrêté du 6 janvier 1988. 

 château de Saint Laurent le Minier 30440 Saint-Laurent-le-Minier

 

Château de Saint Hippolyte de Caton

Les origines de ce château sont mal connues mais il a appartenu au duché d'Uzès puis deux grandes familles ont marqué son histoire. En effet, de la famille Delom de Bussas, il entre par mariage en 1488 dans la famille des Montolieu ou Montoulieu. Ceux-ci l'ont gardé jusqu'à la Révolution et sont donc à l'origine de nombreux travaux, dont la construction de l'aile sur jardin en 1724. Puis les Dhombres l'achètent en 1804 et l'ont transmis de manière indirecte jusqu'aux propriétaires actuels : ceux-ci ont conservé les archives familiales et celles du château, y compris les plans de 1724. La famille de Montoulieu, vieille famille noble, s'est particulièrement illustrée dans les métiers d'armes, mais sa conversion au protestantisme a entraîné le départ de Pierre avec ses enfants en Suisse et surtout le brûlement des deux châteaux (Montoulieu et Saint Hippolyte) en 1703. Parmi les Dhombres Firmas, le baron Louis Augustin (1776-1859) est le plus connu: il a été maire d'Ales (comme son père qui avait acheté le château) et fut un grand scientifique : membre de la société d'Agriculture, il correspondait avec de nombreuses sociétés savantes, a fait des voyages scientifiques en Europe et a beaucoup publié, en particulier sur la météorologie, sur la géographie, la minéralogie, la géologie la paléontologie, la botanique. Il a aussi publié des ouvrages sur ses oncles, le professeur à l'école de médecine de Montpellier Boissier de Sauvage et l'abbé Augustin de Boissier de Sauvage. Il a institué un majorât afin d'aliéner son titre à la propriété de Saint Hippolyte. Il s'est aussi occupé de son domaine, l'a agrandi et a planté le parc que l'on voit aujourd'hui.

Le plan cadastral de 1830 (qui nous donne le plan au sol du château acheté par les Dhombres en 1804) et le plan actuel sont identiques : une cour d'honneur carrée et régulière avec l'escalier en vis dans l'angle nord-est, une grande basse cour à l'ouest et une aile Est avec terrasse donnant sur le jardin. Cette aile déborde du quadrilatère initial. Un plan terrier non daté mais vraisemblablement de la fin du XVIIe siècle montre que l'aile Est était bordée par une rue publique qui séparait donc le château de son jardin, situation confirmée par l'acte de 1539. Cette rue fut inféodée et se trouve à peu près sous la terrasse actuelle. Une importante campagne de travaux eut lieu en 1724, provoquée sans doute par le brûlement de 1703, elle est documentée grâce aux plans conservés par les propriétaires actuels. Ces plans montrent l'état en 1724 avec les différentes propositions pour agrandir et surtout régulariser le château. Sur un "brouillard", est indiquée l'utilisation des pièces : ainsi la partie la plus à l'ouest le long de la place publique est appelée écurie neuve, l'aile est qui fut démolie contenait la cuisine avec en face de la cour des caves et l'office ; l'entrée de la citerne située sous la cour est encore en place mais le plus intéressant est sans doute la représentation du porche qui permettait l'entrée dans les deux cours. Celui-ci a été fermé et ne conduit plus qu'à la cour d'honneur. Un des problèmes majeurs de l'agrandissement du château était l'escalier car le conserver dans l'angle rendait impossible une symétrie parfaite : un des plans montre le portail aligné sur la porte de l'escalier dans un quadrilatère, mais la façade d'entrée est dissymétrique.

Les plans montrent un château carré avec quatre tours carrées aux angles et un grand escalier rampe sur rampe au centre de la cour. La solution la moins onéreuse consistait à prolonger l'aile ouest au nord et à la réaménager sans toucher aux murs-maîtres, ce qui laissait la cour irrégulière. En fait, c'est une solution intermédiaire qu'ont choisie les propriétaires en gardant l'escalier à vis mais en démolissant complètement l'aile Est pour la reconstruire parallèle à l'aile ouest et ainsi régulariser le mur Est de la cour. De plus, l'intégration de l'escalier hors œuvre dans un nouveau bâtiment rendait la cour régulière. Cependant tous les plans proposaient une aile Est aux dimensions du château existant alors que, vu l'état actuel du bâtiment, les propriétaires ont décidé d'aller au delà de cette proposition, privilégiant une belle façade sur jardin au détriment de la façade sur rue qui présente un retour. Cette solution n'était possible qu'avec l'inféodation de la rue et cela leur a permis de disposer d'une véritable enfilade de salons coté jardin : un petit salon central (qui sert aussi de vestibule si l'on entre par la terrasse) et un grand salon carré (avec deux fenêtres) de chaque coté avec boudoir attenant. Évidemment, l'escalier à vis se trouve mal articulé à cet ensemble et l'éventualité d'un grand escalier à cage ouverte avait été évoqué puisqu'on le retrouve sur un des plans mais le choix s'est finalement porté sur une entrée par la terrasse sur jardin, permettant d'évacuer ce problème de la porte de l'escalier située sur la diagonale et non dans l'axe du portail sur rue.

L'état le plus ancien de cette construction se voit sur l'aile séparant les deux cours et son retour au Nord. L'aile Est a disparu lors les travaux du XVIIIe siècle et l'aile Nord a été doublée par un bâtiment coté cour. Le mur Ouest (donnant sur la cour des communs) était crénelé et construit en bel appareil : les créneaux apparaissent dans la maçonnerie du mur sous la surélévation construite en moellons. Il semble qu'il y ait eu ensuite des travaux au début du XVIe siècle (quand le château passe aux Montoulieu) car dans l'acte de partage de 1539, il est question d'une "maison neuve": cela pourrait correspondre à l'escalier en vis hors-œuvre avec ses bouches à canon et les piédroits de sa porte en plein cintre et peut-être à l'aile Est qui a complètement disparue avec les travaux de 1724. La demi croisée visible dans le mur ouest de la cour pourrait également dater de cette époque mais les autres demi croisées sont postérieures et ont été faites par symétrie avec celle-ci. Il est plus difficile de situer les deux tours avec culs de lampe, mentionnées dans un document de 1711, car elles ont totalement disparues lors des travaux du XVIIIe siècle. Cette aile sud a été bouleversée par les travaux du XVIIIe et reprise au XIXe siècle : les tours semblent avoir été englobées dans la façade et mises au niveau de la construction neuve. Sur l'ensemble des bâtiments, la hauteur fut reprise pour s'uniformiser avec celle de l'aile Est. Les travaux du XVIIIe siècle sur cour se sont harmonisés avec l'existant mais l'élévation sur jardin de deux niveaux sur rez-de-chaussée montre une façade de style XVIIIe, très rythmée et articulée sur le plan intérieur.

Les archives ne contiennent qu'une élévation du XVIIIe siècle quand la façade noble était sur rue avec le portail décentré mais axé sur la porte de l'escalier. C'est une façade très simple, cernée de refends, avec des baies en anse de panier sans aucune décoration. La réalisation coté jardin est plus ambitieuse : le corps de logis est en léger retrait par rapport aux travées d'angles qui sont légèrement surélevées et encadrées par des chaînes de refends. Les étages sont soulignés par des bandeaux et la travée centrale (correspondant au vestibule d'entrée) est aussi cernée de refends et couronnée par un fronton triangulaire. Toutes les baies sont en anse de panier et décorées d'agrafes sculptées. Tous ces éléments en pierre contrastent avec l'ensemble enduit et animent la façade. Bien que l'ensemble soit très cohérent pour une construction de la première moitié du XVIIIe siècle, les travées d'angle suggèrent la présence de tours : ne manquent que des couvertures coniques en ardoise, comme on le voit sur un tableau du début du XIXe siècle (ce qui représente peut-être le rêve des propriétaires mais qui n'a pas été exécuté). Les communs entourent la basse cour à l'ouest: en 1724, le bâtiment nord contenait une petite écurie, c'est aujourd'hui un saloir ou arrière cuisine qui a conservé une grande table à gibier en marbre et de grands réservoirs (pour le grain, le sel...) construits dans la pierre. A l'ouest, se trouvait en 1724 une écurie neuve, avec un escalier droit conduisant sans doute au fenil : cet étage fut transformé en magnanerie par Dhombres et une galerie soutenue par six piliers a été ajoutée devant, construite sur des arcades plein cintre ; l'escalier d'accès fut déplacé dans l'angle nord-ouest. Coté sud, le petit "volalier" et la loge à cochons marqués en 1724 ont fait place à des bâtiments bas, construits après 1830.

Le portail d'accès à la cour jouxte l'aile du château et la porte (reprise au XVIIIe siècle) qui communiquait avec l'ancien porche. Le jardin tel qu'il se présente aujourd'hui est l'œuvre de Louis Augustin Dhombres Firmas puisque le livre de compte de son fils mentionne que "il transforma en bosquet une terre attenante au jardin du château. Il la fit clore de mur en 1823, il fit planter sous ses yeux et d'après un plan qu'il avait fait lui même des arbres de diverses espèces et appartenant aux régions les plus opposées. Il fit ainsi en quelque sorte un jardin d'acclimatation". Le plan est irrégulier, cerné de trois cotés par des chemins et du quatrième par la terrasse du château avec laquelle il communique par un escalier à deux volées divergentes. Il est en pente douce à partir du château vers l'orangerie située au fond et visible sur le tableau déjà évoqué et sur le cadastre de 1830. Il est structuré par une longue allée rectiligne de buis taillés partant du portail sur rue vers l'autre extrémité où se trouve un bassin. Parallèlement, contre le mur nord, une double haie a été plantée pour mettre le jardin à l'abri du mistral. Des allées transversales rythment le cheminement et conduisent vers un espace aménagé avec des stèles antiques et des chapiteaux romains récupérés par le baron Dhombres et enfin vers l'orangerie avec ses grandes fenêtres cintrées. Du coté sud de l'allée, l'espace est triangulaire : une allée conduit vers une volière puis à une petite serre de production située dans l'angle et marquée sur le cadastre de 1830 comme sur l'actuel. Plus bas, l'espace est ponctué de statues dont une Flore, une statue en terre cuite signée Gossin et une colonne avec un buste de Dhombres mais sur un socle marqué Linné. Devant la terrasse fut aménagé un parterre de fleurs en demi lune fermé par la partie boisée. 

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures de l'ensemble du bâti, le logis seigneurial, l'aile nord des communs en totalité. Le jardin en totalité avec son mur de clôture, l'orangerie et la serre : inscription par arrêté du 15 février 2006. 

 château de Saint Hippolyte 30360 Saint-Hippolyte-de-Caton 

 Téléphone : 06 63 74 49 93 

   

Château de Saint Chaptes

Au XIIIe siècle, le château est lié aux remparts et il subsiste de cette époque deux tours d'entrée et la tour ronde du château. Le château défensif comportant des douves encore visibles aujourd'hui et plusieurs tours rasées à la Révolution. Le château est pillé en 1217 par les soldats de Simon de Monfort. Il est alors en possession de la famille du Cailar et ce jusqu'à la fin du XIVe siècle où il passe à la famille de Brueys par la mariage de Bertrande du Caylar et de Pierre de Brueys. Le château est considérablement modifié au XVe siècle avec la construction de huit pièces (quatre au rez-de-chaussée et quatre à l'étage). L'escalier devait être dans une tour aujourd'hui disparue. De ces huit pièces subsiste aujourd'hui les quatre pièces voûtées du rez-de-chaussée et la très belle pièce voûtée de l'étage. Cependant certains murs du XVe siècle (voir même antérieur) ont été conservés lors des transformations du XVIIe siècle comme en témoignent certaines moulures et pierres observables sur une façade nord-ouest. Le château est toujours la propriété de la famille de Brueys qui joue un rôle considérable sur tout l'Uzège. En 1613, Tristan II de Brueys réalise de très gros traveaux. Il conserve le rez-de-chaussée et la salle voûtée ainsi que la tour du XIIIe siècle mais ajoute un escalier monumental au sud dans une vaste tour rectangulaire éclairée par un alignement de fenêtre à meneaux à l'est. Cet alignement est aujourd'hui encore parfaitement lisible. Il transforme tout le premier étage où, à l'exception de la salle voûtée, sont créées de vastes salles aux plafonds bois caissonnés et éclairés par des fenêtres à meneaux bois dont les ancrages sont encore visibles aujourd'hui. Une travée supplémentaire est ajoutée au nord du château comportant en rez-de-chaussée des salles voûtées mais à arrêtes et non en plein centre comme celle du XVe et à l'étage deux grandes pièces avec plafond en bois comme les autres. A la structure XVe antérieure, se substitue une structure mélangée avec desserte latérale très classique du XVIIe siècle.

La restauration actuelle du château restitue ces circulations et redonne à ces volumes XVIIe leur importance et leurs matériaux. Séjour de Louis XIII et de Richelieu du 29 juin au 2 juillet. D'après les mémoires du Maréchal de Bassompierre, Louis XIII occupait la chambre nord-ouest aujourd'hui remise dans ses dimensions d'alors et Richelieu la chambre sud-ouest également reconstituée. Le grand salon reçut les travaux préparatifs préalables à la signature de la paix d'Alais. Une ordonnance fut signée destinée aux habitants de Nîmes. Des détails intéressant sur la vie du roi et du cardinal pendant les quelques jours à Saint Chaptes figurent dans les mémoires du maréchal ainsi que dans les écrits de Ménard. Pendant la révolte des camisards le village ayant fait l'objet de plusieurs raids de Cavalier, le château est doté de quelques défenses supplémentaires (1702-1704). Pas de modification fondamentale du château au XVIIIe siècle, mais une simple adaptation avec la transformation des fenêtres du XVIIe siècle à meneaux bois en fenêtre XVIIIe à linteau en anse de panier et à menuiserie en double vantaux. Certaines fenêtres à meneaux sont également transformées en fenêtre XVIIIe. La restauration actuelle s'attache à les reconstituer progressivement.

 Les sols en terre cuite à chevrons sont remplacés par des sols en terre cuite carrés typiques de cette région et encore existant aujourd'hui. Deux tours de l'enceinte sont rasées en 1789, les tours d'entrée sont diminuées dans leur hauteur et le rempart en partie abattu. La partie conservée est abaissée. Les fossés sont partiellement bouchés. Le 20 Pluviôse de l'an XI la comtesse de Brueys, veuve de de l'amiral de Brueys, tué à Aboukir, rachète avec l'aide de Napoléon l'ancienne demeure familiale qui avait été donnée à un créancier des Brueys par le parlement de Toulouse en 1727. La comtesse de Brueys était une compatriote et grande amie de l'impératrice et s'attacha à transformer certaines pièces du rez-de-chaussée (salle à manger) et du premier étage (chambre des Brueys) dans le goût de l'époque. Elle fit par ailleurs ouvrir des fenêtres, mais heureusement elle ne toucha ici qu'à la façade est, et ne dénatura pas ainsi les autres façades du château. Ces ouvertures Empires sont d'ailleurs fort bien réalisées et groupées à un endroit précis et ajoutent un témoignage supplémentaire à l'histoire du château (armoirie sur fer forgé). En 1895, Henri Martin, avant dernier propriétaire, ajoute une aile fort peu heureuse au château et par la suite différentes annexes parasites des volumes d'origine. Mais en 1986 restauration du château par la disparition des volumes parasites apparus aux XIXe et XXe siècles. Remise en état des façades, des toitures et de l'escalier. 

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures des deux tours d'entrée et du château : inscription par arrêté du 25 janvier 1988. 

 château de Saint Chaptes 30190 Saint-Chaptes

 

Fort Saint André

Le fort Saint-André a été commandité en 1292 par Philippe le Bel, alors roi de France, pour symboliser la puissance royale face aux papes d'Avignon et des terres de l'Empire. Il est constitué d'une enceinte fortifiée, et possède deux tours Jumelles encadrant une porte monumentale. L'enceinte a été construite afin de protéger l'abbaye Bénédictine et le bourg Saint-André. Le fort tel que nous le connaissons eut comme dernier architecte Jean de Loubières, dit Jean du Louvre, l'architecte du palais des papes d'Avignon. Il termina l'actuelle construction sur ordre de Charles V. Les bâtiments visibles aujourd'hui, datent des XVIIe et XVIIIe siècles, époque ou des travaux de restauration furent réalisés par les réformistes de Saint Maur. 

  Éléments protégés MH : le fort : classement par arrêté du 25 avril 1903 et par arrêté du 14 novembre 1925. La totalité de l'enceinte du fort, y compris les tours et autres ouvrages de défense qui s'y rattachent : classement par arrêté du 22 janvier 1906. Les parcelles de terrain avoisinant l'ancien château : classement par décret du 22 janvier 1926. 

 fort Saint André 30400 Villeneuve-lès-Avignon

 

Château de Rousson

Le premier château de Rousson, dont on peut voir encore quelques ruines sur le sommet de cette montagne conique placée au centre du territoire de Rous-son, appartenait aux Barons de Rousson seigneur d'Aguillac de Beaumefort. Avant le révolution Rousson faisait partie du diocèse d'Uzès : le château de Rousson est l'un des lieux dont le roi Louis VII dit le Jeune assura la possession à l'Evêque d'Uzes par une charte de 1156. Il n'est peut être pas de lieu sur lequel la suzeraineté des Évêque d'Uzes ait été plus souvent et plus solennellement affirmée qu'à Rousson. La clef de voûte du château portait encore il y a quelques années la date de 1629. Le château actuel aurait donc été construit entre 1611 et1615 sur une ancienne ferme fortifiée de la propriété. Ce fief, très catholique, fut attaqué et endommagé par les Protestants à plusieurs reprises; ils pillèrent et abattirent en partie le château et Jacques d'Aguillac de Baumefort fut obligé d'y entretenir à ses frais une garnison de 35 soldats. En 1622, Louis XIII, alors au camp de Montpellier, accorde aux d'Aquillac une autorisation de représailles. Au mois de mars 1628 les protestants attaquent de nouveau avec à leur tête le duc de Rohan et s'emparent du château de Rousson. On dit qu'en 1629 Richelieu venant signer la paix d'Alès habita dans ce château. Sous la Révolution les tours qui dépassaient autrefois la toiture,furent démolies en partie. Après la tourmente révolutionnaire le propriétaire du château Monsieur Duclaux de Farelle (de la Famille d'Aguillac) se contenta de les faire couvrir au niveau de la toiture du château. La dernière demoiselle d'Aguillac épousa en 1740 Claude de Romiaux de Milanie de Lédenon; ils n'eurent qu'une fille, Blanche dont la légende s'est emparée : on l'appelle "la Dame Blanche" dans le pays. Elle épousa malgré la volonté de ses parents François de Vedel, lieutenant colonel au Royal Dauphin. Le père de Blanche lui disputait la possession du château de Rousson d'où le procès retentissant à l'époque, dans lequel furent compromis des hommes politiques comme le Maréchal de Richelieu qui y joua un triste rôle. Blanche de Lédenon mourut sans postérité, léguant le château à son mari, lequel épouse en mourant sa nièce Elisabeth Noyon à qui il laisse le château. Cette dernière épouse en pleine terreur Monsieur Duclaux de Farelle, capitaine au Royal Dauphin, chevalier de Saint Louis, qui venait de prendre sa retraite et tous deux séjournèrent à Rousson, qu'ils surent défendre contre les révolutionnaires et particulièrement les Marseillais. Monsieur Duclaux de Farelle avait eu comme ordonnance Bernadette, futur roi de Suède, avec qui il garde des rapports amicaux quand ce dernier fut sur le trône de Suède. La seule héritière de Monsieur Duclaux de Farelle, Sophie, épouse en 1811 Monsieur Chambon des Vans dont la mère était une demoiselle des Hours de Calviac d'où l'alliance avec la famille de Bary, les actuels propriétaires du château qui l'achetèrent au début du XXe siècle.111 Le château tel qu'il se présente actuellement est une construction qui daterait du début du XVIIe siècle. Son aspect dorme une impression de solidité tempérée par la finesse du détail de ses ouvertures, dont l'architecture, notamment, celle de la porte d'entrée principale est d'une composition classique bien étudiée avec son fronton courbe et les deux pilastres à bossage qui flanquent l'ouverture. Le plan de l'édifice est classique et bien ordonné. Il représente quatre courtines servant de façade aux pièces intérieures qui sont, également éclairées directement et indirectement sur une grande cour intérieure. Ces courtines sont butées à leurs extrémités par quatre tours, le tout couvert en vieilles tuiles rondes du pays. Les fenêtres à meneaux sont réparties sur un mur de façade en gros moellons rejointoyes, avec des assises horizontales bien ordonnées. La patine des pierres de parement, et des tuiles de la couverture donne à l'ensemble un caractère de rudesse, atténué par les heureuses proportions des éléments qui le composent. Le château est implanté sur un point haut. Il est entouré d'une terrasse qui permet de dominer les frondaisons qui entourent les collines avoisinantes et son ensemble s'harmonise d'une façon heureuse avec le paysage qui l'entoure. 

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures du château : inscription par arrêté du 20 septembre 1972. 

 château de Rousson 30340 Rousson 

 Téléphone : 04 66 85 73 35

 

Château de Roquemaure

La plus ancienne mention date de 1209, à cette époque la propriété appartenait au Comte de Toulouse, Raymond VI qui était accusé par l’église de Rome de complaisance à l’égard de l’hérésie cathare qui se développait sur ses terres. En signe de soumission, il dut céder des châteaux à l’église, dont ceux de Mornas, Oppède, Fourques, Montferran, Beaumes de Venise et Roquemaure (castrum de Roccamaura). Immédiatement et pour le temps de la croisade contre les albigeois, Roquemaure est remis à l’évêque d’Avignon. En 1229, à la suite du traité de Meaux-Paris, le roi de France, saint Louis, reçoit toutes les terres du comte de Toulouse situées le long du Rhône gardois. Roquemaure devient un site royal dans la toute nouvelle sénéchaussée de Beaucaire et Nîmes. La forteresse se dresse au-dessus des passages, port et péage, à hauteur d’un verrou du Rhône (entre Roquemaure et le château de l’Hers) et prend une importance considérable jusqu’à ce que les rois s’emparent de la Provence. Ce château a été un des plus grands du Languedoc. Aujourd’hui, seule la tour des carthaginois se dresse sur son piédestal de roche, ainsi qu’une tour ronde de la Reine. Autrefois, le château était entouré de sept tours, les murailles avaient plus de 4,5 mètres d’épaisseur. Saint Louis fit construire une troisième enceinte et une chapelle sur le modèle de la Sainte Chapelle à Paris. En 1354, Léger de Polignac, capitaine de château fit creuser un fossé entre les remparts du château et le village afin de se défendre contre le Prince de Galle qui avançait vers le Rhône. Au XIVe siècle, le château fut occupé par le famille de Guise. En 1562, le baron des Adrets, originaire du Dauphiné, prit le château de Roquemaure et le saccagea. Le château a été vendu comme bien national après la Révolution et exploité comme carrière de pierre. D’après les termes de la vente, un espace de quatre mètres de chaque côté de la tour devait être laissé. Il n’en a rien été et si la tour existe encore aujourd’hui c’est que l’exploitation du rocher cessa, les maçons n’ayant plus besoin de pierre à bâtir. 

 Éléments protégés MH : les ruines de la tour ronde : inscription par arrêté du 6 décembre 1949. 

 château de Roquemaure 30150 Roquemaure 

 Téléphone : 04 66 90 21 01 

 

Château de Ribaute

Propriété des Templiers, donnée à Odoard de Malbuisson par Philippe le Bel qui le nomma commissaire royal auprès de la cour de justice pour enquêter sur le comportement des Templiers d'Alès. En 1513, mariage de Marguerite de Malbuisson avec Jean de Cubières, seigneur du Cheilar et de Pouzilhac. En 1610, mariage de Marguerite de Cubières avec Guillaume de Segla, Président du Parlement de Toulouse en Ï618. Le château passe en 1770 à la descendante de la branche cadette des Segla : Camille de Calvière qui épouse Philippe de Mandajors, colonel du régiment de Barrois. Le château est alors érigé en Marquisat et l'escalier d'honneur est construit. En 1793 le château est pillé. La famille Mandajors alliée aux Chamski depuis 1837 rachète peu à peu le château morcelé après la révolution. En 1943 le château est occupé par les Allemands.

 Le château est relié à l'église par un passage situé au niveau du premier étage. Au sud-est de l'église, on aperçoit encore les restes d'une tour d'angle des anciens remparts èt plus loin les vestiges d'un donjon. Le noyau le plus ancien de l'édifice se trouve au nord-est où des traces de peintures murales datant de la fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle ont été décelées. Ce noyau forme un quadrilatère. Le décor se compose de fleurs, de traces de chevaux et de la tête d'un personnage casqué. Le plan actuel en U dénote le parti architectural choisi lors d'une reconstruction ou d'un agrandissement, vraisemblablement au XVIIe siècle. Ainsi deux ailes flanquent au nord et au sud un corps central situé à l'est mais ce dernier présente deux tours d'angle du côté est. La cour s'ouvre à l'ouest par une grille dans un simple mur de clôture tandis que le jardin s'étend au nord. Les trois façades sur la cour présentent trois niveaux en élévation, dans des rythmes horizontal : de baies qui varient selon les corps de bâtiments. Le corps central présente la façade la plus soignée, avec la porte principale précédée d'un perron, à encadrement de grès mouluré, à clef ornée d'un mascaron, encadrée au dernier étage par deux baies nord et sud, elles aussi ornées d'une tête à la clef de leur arc segmentaire. Au-dessus de la porte, une grande baie centrale sert d'axe de symétrie et présente aussi un mascaron. Un fronton curviligne surmonte la partie centrale, et se lie au reste de la façade par une corniche à cavets et doucine. Les menuiseries au petit bois sont de l'époque (milieu XVIIIe siècle) ainsi que les deux vantaux à panneau et les ferronneries de la porte.

 Le rez-de-chaussée de l'aile Nord s'ouvre sur la cour par une série de trois arcades (la dernière travée ouest étant obturée) qui forment une sorte de galerie voûtée d'arêtes. Les arcades se retrouvent sur l'aile sud (mais elles sont toutes obturées) et sur le corps central mais à l'arrière de l'escalier qui a été ajouté vers 1770. Au deuxième niveau : (1er étage), deux grandes baies rectangulaires au petit bois et à quatre parties (deux ouvrant bas, deux d'imposte), répondent sans ornement, aux baies du corps central. Sur l'aile nord deux autres baies sont simulées sur l'enduit. Au troisième niveau : (2ème étage) niveau de comble: les petites baies qui surmontent celles du deuxième niveau créent une sorte d'étage attique. Sur l'aile sud, ces deux derniers niveaux ont été reconstruits. Les autres façades des ailes nord et sud ont subi quelques modifications, du fait de la situation foncière car ce n'est que depuis 1932 que le château réappartient à la même famille. En effet, après la Révolution, le château fut divisé en de nombreux lots et vendu à divers propriétaires, ce qui a multiplié les escaliers secondaires (surtout extérieurs). De nombreuses reprises sont visibles dans l'appareillage. Les murs-pignons de ces deux ailes (façades ouest encadrant l'entrée) sont percés de manière très inégale et sont couronnés par une génoise qui suit les rampants curvilignes du pignon, s'harmonisant ainsi avec le fronton arrondi qui signale la travée centrale du corps principal. Le noyau primitif forme un quadrilatère à l'angle nord-est de l'actuel bâtiment. C'est là que furent découverts en 1982 par Alain Peyre des fragments de peintures murales qui furent étudiées par Roselyne Genty. Celle-ci a relevé un décor à fleurs, des traces de chevaux et la tête d'un personnage casqué avant de proposer une datation comprise entre le dernier quart du XIIIe siècle et le deuxième quart du XIVe siècle.

Les intérieurs reprennent la distribution horizontale visible en façades avec les pièces d'habitations et d'apparats (chambres, salle à manger, salons) à l'étage, les cuisines et resserres diverses au rez-de-chaussée. Les transformations importantes des XVIIe et XVIIIe siècles ont surtout touché l'étage qui a vu apparaître des volumes intérieurs nouveaux (enfilades de pièces...) et toute une décoration sculptée ou peinte, planchers "à la française", plafonds à décor de gypseries. Une pièce d'archivé nous permet de connaître la construction du grand escalier d'honneur à double révolution courbe, bâti en 1770 en avant de la façade ouest du corps central et pièce maîtresse de l'édifice actuel. Ce grand volume de plan elliptique est rythmé verticalement par des pilastres d'un seul jet qui supportent des chapiteaux à mouluration simple (doucine) et encadrent deux par deux les grandes baies aux menuiseries "petit bois" qui éclairent les deux volées et le palier. Six baies (3 portes et 3 fenêtres) sont surmontées d'un décor de gypserie à fort relief représentant en buste les quatre saisons ainsi que Diane et Apollon, avec leurs attributs habituels. La rampe en fer forgé reproduit les schémas décoratifs habituels (volutes entrelacées symétriques) et en son milieu les armes des Mandajors et Calvière (un décor similaire orne le grand escalier du château voisin de Cardet). L'importance de cette cage d'escalier ovale avec son décor et de l'escalier à double volée en fer-à-cheval laisse supposer l'intervention de Rollin architecte de la province mais aucun document d'archivé ne vient corroborer cette hypothèse. 

 Éléments protégés MH : en totalité, le château avec le sol de la cour, le jardin avec sa chapelle et son mur de clôture, ainsi que les restes des remparts du château : inscription par arrêté du 8 janvier 2007.

 château de Ribaute 30720 Ribaute-les-Tavernes

 
(IMH) = château inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, (MH) = château classé Monument Historique