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Château de Puy-Launay

L'austère château de Puy-Launay dresse sa puissante silhouette au sommet d’une colline dominant les vallées du Bervezou et de la Burlande, au milieu du paysage sauvage et verdoyant des marches du Cantal. Cité dès le XIIIe siècle, le fief, situé sur les terres de l’abbé d’Aurillac, subira au cours du temps une modification de son nom. Dénommé "Puech Léonès" dans une reconnaissance datée de 1279, il est devenu dans le dénombrement de 1504 "Puech Launès". L’occitan Pech (signifiant colline) se francisera ultérieurement en Puy, et notre XXe siècle parachèvera la transformation de Launès en Launay. En 1279, Rigal Guignabert, dont on ignore tout, est en possession du fief. Au siècle suivant, celui-ci est l’apanage d’une famille noble, les Rabassier. En 1438, l’alliance de leur héritière avec Eustache de Narbonnès apporte dans l’escarcelle de cette lignée la seigneurie de Puy-Launay. Puissante famille de la contrée, les Narbonnès vont conserver ce bien pendant cent soixante-dix ans. De nombreux conflits surgiront entre les seigneurs du lieu et leur parenté ou leurs voisins, à propos de droits de succession ou de revendications territoriales. D’interminables procédures, caractéristiques de l’Ancien Régime, et véritables mannes pour les hommes de loi de ces temps, se succéderont jusqu’au décès, sans postérité, de Jean de Narbonnès, en 1602. Sa veuve, Jeanne de Luzech, se remarie l’année suivante avec Louis Ferdinand de Lostanges. Continuant la tradition familiale, les sœurs de son premier mari engagent un procès pour revendiquer la seigneurie de Puy-Launay. En 1607, un accord intervient, qui a pour conséquence le démembrement du fief.

 Le château échoit à Balthasard de Cadrieu, fils d’une sœur de feu Jean de Narbonnès. Malgré tant d'efforts déployés par les Narbonnès pour garder Puy-Launay, le petit-fils n’hésitera pas à vendre la demeure, en 1658, à un président de l’Élection de Figeac, Guillaume de Dumas. Ce dernier avait racheté précédemment les terres dévolues en 1607 aux Lostanges. L'ancien domaine de Puy-Launay se retrouve ainsi reconstitué. Et ce, pour cent vingt ans. Après la mort de Guillaume de Dumas, le fief devient la propriété de sa fille, épouse du marquis de Bournazel, Belcastel et autres places. Leur propre fille, mariée à un Durfort-Boissières, hérite à son tour de Puy-Launay. En 1786, Alphonse-Armand de Durfort-Boissières vend la seigneurie à messire Étienne de Palhasse, chevalier, seigneur de Salges et Réveillon, se réservant le droit d’usufruit jusqu’à sa mort. La Révolution qui éclate trois ans plus tard, abolit les droits féodaux, et entraîne quelques difficultés pour son nouveau propriétaire. Heureusement, la bonté du baron de Durfort-Boïssières, acceptant de le dédommager, bien qu’il n’ait pas fini de payer son bien, permettra à Étienne de Palhasse de vivre au château jusqu’à sa mort, en 1803. Ses enfants refusent alors la succession. Le tribunal organisera une vente judiciaire en 1812. C’est un avoué de Millau, Antoine Chassari, qui s’en porte acquéreur. L’adjudication comprend, outre le château, toutes les terres et métairies de l’ancienne seigneurie, soit environ cent dix hectares. Acheté dans un but spéculatif, le domaine sera, par la suite, divisé en lots, que son nouveau propriétaire vendra petit à petit, en fonction des opportunités du marché. C’est ainsi qu’en 1834, Pierre Bel fera l’acquisition du château dont le parc s’est réduit à deux hectares. Depuis lors, et avec bonheur, la demeure appartient toujours à ses descendants.

Le château de Puy-Launay, qui semble remonter à la deuxième moitié du XVe siècle, est composé par deux corps de logis rectangulaires accolés l’un à l’autre sur leur côté le plus long. La façade sud est cantonnée par deux tours circulaires découronnées sous la Révolution à hauteur des mâchicoulis, et qui étaient auparavant d’inégale hauteur. Une tour carrée, elle aussi arasée à la même époque, abrite l’escalier en vis desservant les étages. De son époque défensive, un chemin de ronde, en briques et pans de bois, subsiste encore sur les façades nord et est, ainsi que, sur la façade sud, des consoles de hourdage. Un inventaire détaillé de l’édifice, datant de 1607, évoque la présence de deux basses-cours successives, et d’un mur d’enceinte flanqué de deux tours, qui sont devenues, en 1607, l’une un pigeonnier, l’autre, une chapelle. On accède au château par une porte moulurée sous un arc brisé, dont le tympan porte les armes des Narbonnès "De gueules à une tour d'argent". Le sous-sol a conservé les fondations du donjon primitif dont les murs sont percés de meurtrières. La cuisine possède une belle cheminée de pierre. C’est aussi le cas de la grande salle, qui a, en outre, conservé ses belles peintures de la Renaissance. Les poutres du plafond ont été recouvertes, au XVIIe siècle, d’un décor polychrome exubérant et chatoyant, composé de cartouches, de rinceaux, de fruits et de fleurs.

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures; la grande salle du premier étage avec son décor peint et sa cheminée monumentale; la chambre du premier étage de la tour Sud-Est avec son décor peint; la chambre dite de François 1er au premier étage avec sa cheminée et son décor peint; le plafond de la grande salle du deuxième étage; le plafond de la chambre du deuxième étage donnant à l'Ouest: inscription par arrêté du 30 mai 1989. 

 château de Puy-Launay 46270 Linac

 

Château de Pestillac

Une végétation luxuriante enserre les ruines austères de Pestilhac d’un étau implacable. Dominant la vallée de la Thèze, la forteresse, au XIIIe siècle, surveille l’endroit où serpente l’antique voie Moissac-Gourdon. Elle autorise ou interdit le passage au gré des humeurs de ses seigneurs: les Pestilhac, vieille, noble, puissante et redoutable famille. Face à la forteresse, sur le plateau voisin, un petit castrum construit par leurs soins, verrouille la vallée. Issus d’une lignée dont les aïeux ont participé aux croisades de 1096 et de 1099, avec les barons de Luzech, les Pestilhac restent fidèles au comte de Toulouse pendant la guerre des Albigeois. En représailles, Simon de Montfort va, en 1215, confisquer une partie de leurs terres au profit de l’évêque de Cahors. Plus tard, le roi de France, Philippe le Bel, ordonnera la création d’une bastide à l’emplacement de leur castrum. Guy de Cabrier, Sénéchal du Quercy, en dirigera la construction. Ce sera la bastide de Montcabrier. Pendant la guerre de Cent Ans, Amalvin de Pestilhac et son frère Guillaume vont épouser la cause des Anglais, avec une hargne démente que seule la haine vouée à l’évêque de Cahors et au roi de France peut expliquer. Aidé par une armée composée de soldats des seigneurs locaux dévoués au parti anglais, Amalvin va ravager pendant des années toute la région, des Arques à Belaye, semant la peur et la désolation. Cette vague de terreur, additionnée d’une succession de procès et de recours à la haute justice pour contester l’appropriation de ses biens par le roi de France attirera sur Amalvin la haine de ses contemporains. En 1369, sur le plateau de Pomarède, Amalvin sera surpris par les armées du seigneur de Marminiac, Pierre Sanglet, revenant du siège de Domme. La bataille sera à la hauteur des protagonistes, terrible: Amalvin sera décapité par le seigneur de Marminiac, dont l’armée investira ensuite Pestilhac. La forteresse sera rasée. Le temps de gloire et de splendeur de Pestilhac est définitivement clos.

Les ruines s’échelonnent à flanc de colline. Une tour isolée dresse encore deux pans de murs lézardés où s’accroche une végétation tenace. Plus haut, de l’église et sa chapelle attenante, surgissent, fantomatiques silhouettes parmi la broussaille épaisse, les ruines pathétiques. Dans la chapelle, l’abside semi-circulaire, voûtée en cul de four, clôt la nef rectangulaire. Une petite fenêtre est percée en son milieu. Des traces infimes de peintures subsistent dans la partie gauche de l’abside. Pour une raison inconnue, l’axe de cette chapelle n’est pas parallèle à celui de l’église, si bien qu’un intervalle d’une soixantaine de centimètres sépare les angles nord-ouest des deux édifices. Le chœur de l’église comporte une travée droite voûtée en cul de four, décorée de sept arcatures soutenues par des colonnes. Cinq fenêtres percent le chœur. Dans le fond, au sud, les vestiges d’une tribune luttent contre l’écroulement définitif. Une arcade ample et gracieuse orne le bas du mur ouest. À l’extérieur, la porte nord, à plusieurs voussures, ayant à sa gauche un début d’archivolte à billettes, monte la garde, dérisoire gardienne du temple. 

 Éléments protégés MH : l'église et château de Pestillac (ruines) : inscription par arrêté du 16 février 1926. 

 château de Pestillac 46700 Montcabrier

   

Château de la Pannonie

Planté au sein des bois qui portent son nom, sur le causse aride de Gramat, l’imposant château de La Pannonie déploie ses ailes avec la majesté toute aristocratique qui sied à son ampleur. Étonnante demeure au milieu du paysage âpre et dépouillé, comme surgie d’un coup de baguette magique d’une page de conte de fées. Nous sommes là sur les terres d’une ancienne grange cistercienne de l’abbaye d’Obazine, que cette dernière inféode au XVe siècle à un marchand de Rocamadour, Pierre Lagrange. De la présence religieuse dans les lieux depuis le XIIIe siècle, il ne subsiste rien. L’aile la plus ancienne de la demeure est le vestige du repaire construit par Pierre Lagrange dans la deuxième moitié du XVe siècle. En 1546, Michel Lagrange, son descendant, obtient de l’abbé d’Obazine l’autorisation d’ajouter des éléments défensifs sur l’édifice: tours canonnières et créneaux. Un siècle plus tard encore, Jean Magdelon de Lagrange, qui avait épousé Charlotte de Gozon-Valon, fait construire une petite église à côté du château, que l’on peut toujours admirer. Mais la fortune de la famille décline fortement et son fils est amené à vendre le domaine à un conseiller du roi, contrôleur des décimes du diocèse de Cahors, Pierre-Antoine Vidal de La Pize, qui débourse pour ce faire 30315 livres 10 sols 5 deniers. Cette nouvelle famille sera anoblie en 1731, lorsque Jean Vidal de La Pize est nommé garde des Sceaux à la Chancellerie du parlement de Toulouse. Elle portera "D'or à la bande de gueules et à la bordure de sable chargée de sept étoiles d’or". En 1723, interviennent d’importants travaux, ainsi l'aile méridionale est restaurée et devient la façade principale sur le parc. En 1765, l’aile occidentale est construite sur le padouan. L'intérieur du château va bénéficier d’une décoration soignée, voire luxueuse. Des peintures sont mises en place, provenant du château ruiné de Saint-Sulpice et un décor de gypserie va orner différentes pièces du rez-de-chaussée.

 À la veille de la Révolution, La Pannonie est ainsi devenu, par la grâce et l’aisance de ses propriétaires, un des plus somptueux châteaux de la province, mais peu de temps ! La vindicte révolutionnaire malmène la beauté harmonieuse des lieux: les tours sont arasées, les toitures, les rampes d’escalier et les balcons sont arrachés. L'importance des dégradations entraînera la démolition de l'aile septentrionale. Le maître de maison ayant émigré, le château et les terres sont confisqués. L’obstination de deux filles du seigneur, appelées les "tantes de La Pannonie", auront raison de la fureur populaire. En vendant tous leurs autres biens, elles réussiront à racheter le château pour la somme de 205015 Francs. Leur plus jeune frère, Louis-Antoine, caché par des paysans durant toutes les années de la tourmente, pourra ainsi recouvrer sa maison. Son fils sera à l’origine de la seconde vague de restauration des murs, entreprise dans la deuxième moitié du XIXe siècle: la toiture, l’aménagement intérieur de l’aile méridionale notamment. Mais surtout, Jean Vidal de La Pize va créer le parc, tel qu’il existe encore de nos jours, et l’agrémenter d’eau qu’il fera venir par des canalisations en terre cuite du plateau voisin de la Méjancerie. Le château passera ensuite, faute d’héritier mâle, à l’une des filles de la famille qui a épousé le baron de Saint-Vincent, dont les descendants occupent toujours la propriété, avec bonheur et courage.

 L'édifice épouse un plan en U. Le corps de bâtiment principal possède côté cour une façade liée aux ailes en retour d’équerre par des arrondis et, côté jardin, une belle façade régulière. Elle est munie en son milieu d’un avant-corps en saillie surmonté d’un fronton triangulaire. Une toiture d’ardoise à la Mansart, ponctuée de lucarnes dans le brisis, chapeaute l’ensemble du bâtiment. Le corps de logis le plus ancien, constitué par l’aile nord du château, présente un arrachement, au nord-ouest, semblant indiquer la présence d’une quatrième aile qui fermait la cour. D’autres arrachements, présents sur son angle nord-est, sont vraisemblablement les témoins d’une tour canonnière du XVIe siècle. Le logis repose sur une cave voûtée en anse de panier d’une hauteur de 3,40 mètres. Le rez-de-chaussée présente la même voûte. Il contient une cheminée monumentale aux piétements à colonnettes. La grande salle du premier étage est éclairée par des croisées à moulurations soignées, et présente dans l’épaisseur de ses murs des meurtrières rondes pour couleuvrines. On accède à la cour, ou padouan, par une haute porte ouverte dans l’aile ouest, comportant les armoiries des Vidal La Pize et des familles alliées surmontées d’une couronne de comte avec le devise des lieux: "Tout à Dieu, Tout à mon roi". 

 Éléments protégés MH : le château, y compris les terrasses, les murs de soutènement et le sol de la cour d'honneur : classement par arrêté du 20 juillet 1992. La dépendance : écurie, grange, serre et faisanderie, ainsi que le parc, avec ses bassins : inscription par arrêté du 27 décembre 2012. 

 château de la Pannonie 46500 Couzou 

 Téléphone : 06 80 71 60 31 

 

Château de Nadaillac-de-Rouge

Face à l’église du village le château dresse sa silhouette austère et dépouillée. Des seigneurs de ce nom apparaissent déjà, au XIe siècle dans des actes du cartulaire de l’abbaye de Tulle, sur ces terres de Nadaillac qui relèvent de la châtellenie de Belcastel. À ceux-ci succède dans les lieux une famille bourgeoise originaire de Gourdon, les Manha. En 1445, le mariage d’Alamande Manha avec un notaire de Gourdon, Guillaume du Pouget, apporte la seigneurie à cette lignée de robe. La guerre de Cent Ans vient enfin de se terminer, après des décennies d’occupation anglaise, de pillages opérés par les compagnies de routiers, de désordres et de dévastations qui ont entraîné la désertification des campagnes quercynoises. Les seigneurs feront appel à la population limitrophe, voire plus lointaine, afin de repeupler la province et exploiter à nouveau les terres. L’accensement collectif sera le moyen le plus répandu pour réaliser ces deux objectifs. Le nouveau seigneur de Nadaillac procède de cette façon pour redonner vie à ses terres, en outre, il acquiert de nouveaux fiefs, dont celui du Repaire, qu’il pourra ainsi, en temps voulu, octroyer à son fils Étienne. Les Du Pouget s’acheminent ainsi, via des alliances judicieuses et l’acquisition de biens nobles, vers la noblesse de fait. À partir de 1500, c’est chose faite; ils sont systématiquement qualifiés de nobles dans tous les textes les concernant. En 1504, Pierre du Pouget dénombre au roi ses biens de Nadaillac en toutes justices, qu’il déclare tenir de M. de Belcastel. Leurs descendants serviront l’armée française. Ainsi François de Nadaillac, mousquetaire du roi depuis 1721, qui prendra part à la campagne de Flandre, participera-t-il à la célèbre bataille de Fontenoy en 1745, où le maréchal de Saxe, sous les ordres de Louis XV, battit les Anglais et les Hollandais. La tradition orale rapporte qu’au moment de la naissance de son fils, il aurait dit au roi: "Sire, vous avez un soldat de plus", et Louis XV aurait rétorqué: "Tant mieux s’il doit ressembler à son père" !

 Le château est précédé au sud par une longue cour bordée par deux bâtiments de communs, à un seul niveau, couverts de tuiles plates. La façade principale de l'édifice est cependant au nord, du côté de l'église, donnant sur une petite cour fermée par des ailes en retour d'équerre et un mur de clôture ; une tour d'escalier polygonale est placée à l'angle du corps principal et de l'aile ouest. Les vestiges d'une construction du XIIIe ou du XIVe siècle se trouvent uniquement aux deux premiers niveaux dans le corps principal : pierre de taille et porte à l'étage couverte d'un arc brisé dans l'élévation ouest, pierre de taille et cordon interrompu par les fenêtres dans l'élévation nord. La reconstruction du milieu du XVIe siècle se caractérise par des fenêtres à croisées seulement chanfreinées dont les appuis saillants sont coupés en biais et des bouches à feu à ébrasement rectangulaire à ressauts ; la porte de la tour d'escalier, à larmier en accolade (surmontée d'une tête à coiffure Renaissance) fait figure d'archaïsme à cette date-là. D'autres éléments sont difficiles à rattacher à un état précis sans une étude des bâtiments : tête de mur appareillée en haut de l'élévation nord du corps principal, près de l'angle nord-ouest, pignons découverts intermédiaires, dont un à crochets, du corps principal, corbeaux en quart de rond en partie haute de l'extrémité ouest de l'élévation sud. La lucarne de toit de l'aile est, du XVIIe siècle, est à fronton curviligne ; dans cette aile présence d'une petite chapelle à "voûtes nervurées", et dans l'aile ouest des cuisines, indiquant encore que l'étage de soubassement du corps principal et de l'aile est était constitué de grandes salles voûtées avec meurtrières en forme de croix du côté de la cour. La porte de l'élévation sud, à moulures grasses, est surmontée d'un entablement sur lequel est placé un écu où l'on voyait encore en 1961 les traces des armoiries peintes des du Pouget.

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures du château de Nadaillac de Rouge : inscription par arrêté du 10 mai 1999. 

 château de Nadaillac de Rouge 46350 Nadaillac-de-Rouge

 

Château de Castelnau Montratier

L'antique appellation du lieu fut "castrum novum vallibus", ou Castelnau des Vaux. En effet, le bourg fortifié est situé dans ce qui était nommé, au Moyen Âge, le pays des vallées, en raison des petites rivières ou ruisseaux qui, parallèlement, parcourent ses campagnes: la Lupte, la Grande et la Petite Barguelonne, la Séoune, le Lendou, le Lemboulas. Castelnau deviendra Montratier, au XIIIe siècle, quand son seigneur, Ratier II de Castelnau, descendant, selon la légende, d’Oldoric de Gourdon, seigneur d’origine wisigothe ayant vécu vers 839, va développer l’importance de la baronnie. À la mort de Ratier V, vers 1350, la seigneurie passe entre les mains de son beau-frère Armand III de Roquefeuil. Cette puissante famille va posséder la baronnie jusqu’au XVIIe siècle. En 1760, ses descendants vendent l’ensemble de la seigneurie à son régisseur, le sieur Bonal qui, plus royaliste que le roi, s’empresse de faire précéder son nom de la particule et, plus grave, rétablit une vieille coutume médiévale tombée en désuétude: les fourches patibulaires. Elles seront érigées à l’entrée du bourg. Cette décision archaïque, ajoutée à un comportement autoritaire, ne le rendra pas sympathique aux yeux de ses concitoyens. Il en subira les conséquences au moment de la Révolution. La première tour féodale du lieu était située à l’extrémité de l’éperon rocheux, sur une motte appelée "del taluc". Cet édifice sera détruit par Guy de Montfort, frère du tristement célèbre Simon de Montfort, pendant la croisade contre les Albigeoïs, en 1214.

 Reconstruites de façon plus importante par la suite, les fortifications subiront les ravages de la guerre de Cent Ans. Un acte daté d’octobre 1374 précise qu’en raison de la disparition du château, les consuls mettent à la disposition du seigneur lors de ses séjours "intra muros", une maison au "fort nouveau", dite maison Rigal, appartenant à la famille de ce nom, qui possède aussi un petit repaire à l’entrée nord du bourg. Cette maison noble existait encore en partie au siècle dernier, mais en 1845 elle sera détruite, ainsi que le fossé vieux, pour permettre le passage de la route départementale qui traverse la ville. Une tour, nommée Montfavès, qui existait encore au XVIIIe siècle, avait été érigée à la place du château primitif dès le XIIIe siècle. Les Montfavès étaient une famille noble du bourg, dont l’un de ses membres avait été cardinal de 1316 à 1342. À la fin du siècle dernier, une fâcheuse église de style romano-byzantin sera édifiée, et le voyageur qui passe au loin dans la vallée peut ouvrir des yeux ronds d’étonnement à la vue de ce dôme incongru. Le site sera classé en 1954. Le blason des Gourdon de Castelnau était "De sable à une porte d'argent, accompagnée en chef de trois tours de même, timbrée d’une couronne de baron". Le château de Montratier possède une façade du XIIIe siècle, construite en pierre et dans laquelle s'ouvrent trois fenêtres géminées dont les arcs en tiers point retombent sur un chapiteau sculpté 

 Éléments protégés MH : la façade du XIIIe siècle : inscription par arrêté du 20 décembre 1924. 

 château de Montratier 46170 Castelnau Montratier

 

Château de Montcuq-en-Quercy-Blanc

Le castrum de Montcuq, qui apparaît dans les textes dès le troisième tiers du XIIe siècle, est une fondation vraisemblable du comte de Toulouse Raimond V. Raimond VI semble l'avoir inféodé à un certain Giraud ou Guiraud de Gourdon, supposé appartenir au lignage des Gourdon de Castelnau. Pendant la croisade des Albigeois, Montcuq fut occupé par Baudouin de Toulouse pour le compte des croisés (1212), et fut vraisemblablement détruit par Simon de Montfort en 1214 qui en aurait dirigé personnellement le siège, en représailles de l'exécution dont Baudoin avait été victime de la part du comte de Toulouse. Dépossédé de sa seigneurie, Guiraud de Gourdon, fils du précédent, reçut en compensation du comte de Toulouse la seigneurie de Caraman, où il fut connu comme diacre cathare, et participa activement à la défense de Toulouse contre les croisés. En 1229, Montcuq fit partie des forteresses dont le comte de Toulouse s'engagea à détruire les fortifications et qui durent être remises pour dix ans au roi. L'année suivante toutefois, Raimond VII restitua à Guiraud de Gourdon les droits de son lignage sur Montcuq, sur Montaigu de Quercy, sur Mondenard et sur Sauveterre, à l'exception sans doute des fortifications. Après 1242, date à laquelle il fut condamné pour hérésie, on perd la trace de Guiraud de Gourdon. Récupéré pleinement par les comtes de Toulouse, Montcuq devint le chef-lieu d'une importante baylie du Quercy comtal. Possession du comte puis, à la mort d'Alphonse de Poitiers, du roi, le château est confié, avec d'autres places, à la garde d'un capitaine. Le 8 février 1438, la tour est "prise" par quatre "routiers" alors qu'elle était gardée par deux jeunes nobles et un prêtre, en l'absence de Bertrand d'Orgueil, capitaine du château royal par délégation du sénéchal du Quercy.

 L'escalier en vis a été entièrement reconstruit en 1923 par le service des Monuments historiques. Une restauration intérieure réalisée en 2009 a permis de rebâtir la voûte du premier étage qui était en partie effondrée et de remettre en place des planchers. L'unité presque parfaite des parements de la tour, à l'extérieur comme à l'intérieur, conduit à la considérer comme un édifice homogène, édifié d'un seul jet. Certains caractères de modernité, notamment les portes et fenêtres en arc brisé, les chanfreins arrêtés par des congés bombés, les cheminées encastrées, les latrines à caisson en encorbellement, ne permettent guère dans ce cas de lui assigner une date antérieure au milieu du XIIIe siècle. L'archaïsme des fenêtres au contraire n'incite pas à la situer plus tard que le milieu du siècle. Il faut donc supposer que les clauses du traité de Paris (1229) qui prévoyait la destruction des fortifications de la localité et leur abandon pour dix ans furent effectivement appliquées et que la reconstruction de la tour ne put intervenir qu'après 1239. L'hypothèse la plus plausible est qu'elle ait été réédifiée totalement par l'administration de Raimond VII, ou celle d'Alphonse de Poitiers, vers le milieu du XIIIe siècle, au moment de la création du baillage. L'archaïsme du plan devrait s'expliquer dans ce cas par la volonté (ou la nécessité) de tenir compte des fondations d'un édifice antérieur dont seul le socle rocheux témoignerait.

La tour qui domine le castrum est implantée sur une fausse motte partiellement constituée à partir d'un massif rocheux dont le sommet affleure au rez-de-chaussée de l'édifice. Il s'agit d'un édifice de gabarit important dont l'une des particularités réside dans le fait qu'elle était dotée d'une tourelle hors-oeuvre, abritant l'escalier en vis. Son parti général était donc très proche de celui de la tour de Montricoux, édifiée au début du XIIIe siècle. Son plan affecte la forme d'un parallélogramme déformé, imposé probablement par la forme du substrat rocheux. Accessible de l'extérieur de plain-pied, la tourelle d'escalier donnait accès notamment à la plate-forme sommitale au-dessus de laquelle elle émergeait sous la forme d'une guette. L'escalier a été rétabli en ciment lors d'une récente restauration mais il semble que dès l'origine il ait été conçu avec des marches formant noyau. La tour de Montcuq comportait originellement quatre niveaux sur un soubassement plein et, peut-être, deux entresols établis sous chacune des deux voûtes en berceau couvrant le premier et le dernier niveau. La salle basse, voûtée en berceau, est accessible directement par une porte chanfreinée, couverte en arc brisé. On constate toutefois que le couloir coudé constituant l'entrée présente des traces de reprises, possible résultat du réaménagement d'un accès organisé différemment à l'origine. La salle basse est dotée de deux fentes d'éclairage cintrées, dont l'ouverture extérieure, particulièrement étroite, suggère une fonction accessoire d'archère. Le traditionnel cordon d'imposte marquant la naissance de la voûte est ici remplacé par des alignements de corbeaux en quart de rond qui pourraient correspondre à un ancien niveau d'entresol établi sous la voûte.

 Le substrat rocheux, laissé brut, a été laissé en réserve dans le sol, sans doute pour témoigner emblématiquement de la présence de la "roque" servant de socle à la tour. Le premier étage, établi sur la première voûte, est doté de deux fenêtres, de latrines et d'une cheminée à manteau chanfreiné en arc brisé surbaissé. Le second étage dispose d'un équipement semblable à l'exception des latrines qui font ici défaut. Contrairement au premier étage, la porte d'accès est orientée à l'inverse et présente son tableau en arc brisé du côté de l'intérieur, disposition qui pourrait évoquer une fonction carcérale. Les fenêtres sont percées dans des niches en plein cintre et présentent un dispositif inhabituel qui peut s'expliquer si on les considère comme l'une des premières réalisations de baies à coussièges dans l'architecture locale. La baie proprement dite, couverte en plein-cintre, ouvre au fond de la niche à coussièges. Le tableau externe est chanfreiné et couvert par un arc monolithe en plein cintre ou en arc brisé. Ce type de fenêtre rappelle celle du donjon de Castelnaud-Lachapelle, réédifié vers 1240 ou celles des logis de Saint-Amand-de-Coly et de la tour de l'Auditeur à Belvès, sensiblement contemporaines. La cheminée, encastrée, ouvre par un manteau en arc brisé segmentaire largement chanfreiné et dispose d'un conduit de section carrée. Le conduit de latrines est coudé et aboutit à un caisson en encorbellement. Le troisième niveau reproduit les dispositions du second. Le quatrième en revanche, ne dispose ni d'une cheminée, ni de latrines et est doté de trois fenêtres directes à appui plein. Comme dans la salle basse, une ligne de corbeaux disposés à l'emplacement de l'habituel cordon d'imposte, indique l'emplacement d'un possible entresol. La plate-forme est dotée d'un couronnement de consoles de mâchicoulis à trois ressauts qui pourrait avoir succédé à un dispositif initial assimilable à un hourd bien qu'il paraisse solidaire de la maçonnerie sous jacente. L'un des trous d'encastrement de ce hourd primitif subsisterait à l'angle sud de la tour.

 Éléments protégés MH : la tour : classement par arrêté du 25 juillet 1904. 

 Château de Montcuq-en-Quercy-Blanc 46800 Montcuq-en-Quercy-Blanc

 

Château de Montcléra

La paroisse de Montcléra, où ne réside aucun noble, est détachée de la seigneurie de Cazals en 1334 au profit d'Arnaud de Commarque, écuyer de Jean XXII puis huissier de Clément VI, auquel le duc de Normandie donne toute la justice jusqu'à vingt livres, puis lui accorde en 1342 que Montcléra restera toujours dans la mouvance royale. En 1368, la nouvelle seigneurie est passée par héritage à Amalvin de Commarque, identifié comme Almavin de Gironde en 1391. Elle subit les ravages de la guerre de Cent ans et n'est réoccupée par les Gironde qu'à partir de 1446. En 1504, c'est noble Jean de Gironde qui est seigneur de Montcléra lors du dénombrement dans lequel est mentionné le château. François de Gironde teste en 1610, faisant de son fils Brandelis et de son petit-fils François ses héritiers universels à condition qu'ils portent les armes de Gironde et de Montcléra ; marié en 1605 à Louise de Gontaut-Biron, Brandelis, gentilhomme de la chambre du roi, voit la seigneurie de Montcléra et la vicomté de Lavaur érigées en marquisat par Louis XIII, en 1616. Le château est resté aux Gironde jusqu'au XIXe siècle. Par ses dispositions et ses quelques éléments de décor, le logis correspond à une construction des dernières décennies du XVe siècle. Le châtelet d'entrée présente de telles similitudes avec celui du château de Besse, en Périgord, que l'on a proposé de les attribuer au même maître d'oeuvre, et de le dater du début du XVIIe siècle. Les tours de l'enceinte pourraient appartenir à la même campagne de travaux.

Le château constitue un vaste ensemble de plus de 70 m de côté, au sud du village. Il était entouré d'un mur d'enceinte et d'un fossé qui subsistait en 1836 au nord, du côté du cimetière de l'église paroissiale, et à l'ouest où il est encore conservé. La partie nord est occupée par les communs, isolés de l'ensemble par un mur. Le logis est accolé au mur d'enceinte, sur son petit côté sud. L'entrée dans la cour se fait à l'ouest par un châtelet à deux niveaux couronné de mâchicoulis. Trois longues fentes verticales permettaient de faire basculer les flèches des ponts-levis devant la porte principale et la porte piétonne latérale, tandis qu'une unique grande porte ouvre sur la cour. Les deux grandes portes sont encadrées de pilastres soutenant un entablement surmonté de deux amortissements à boule, au-dessus duquel se trouvaient sans doute des armoiries aujourd'hui disparues ; des bossages animent les angles et les fenêtres de l'étage. Deux des tours de l'enceinte subsistent, aux angles nord-est et sud-ouest. De plan carré, elles sont munies de bouches à feu battant les fossés. La tour sud-ouest compte quatre niveaux, avec une échauguette à l'angle sud-ouest ; les frontons des lucarnes de comble reprennent le motif des amortissements à boule du châtelet. Le logis un bâtiment barlong de deux étages flanqué à l'ouest de deux tours d'angle rondes, et d'une tour d'escalier demi-hors-oeuvre légèrement décentrée sur son élévation est. Le couronnement de mâchicoulis qui a été restauré sur les tours se poursuivait sans interruption sur le corps principal où subsistent les traces des consoles. L'accès au logis se faisait par la porte de l'escalier, dont le tympan sous archivolte brisée est orné d'un écu bûché encadré de trois roses épanouies. Les croisées et demi-croisées sont à encadrement à doubles cavets ou à baguettes croisées qui retombent sur des bases prismatiques. 

 Éléments protégés MH : le château, sauf la partie classée : inscription par arrêté du 26 octobre 1925. La porte d'entrée fortifiée: classement par arrêté du 21 janvier 1929.

 château de Montcléra 46250 Montcléra

 

Château de Montbrun

Construit sur un promontoire dominant la haute vallée du Lot, face aux rochers escarpés du Saut de la Mounine, Montbrun semble toujours monter la garde, vieille forteresse immuable bravant les siècles, les hommes, et le village accroché à son flanc. Cité dès le XIIIe siècle, le fief est donné par Bertrand de Gourdon aux Barasc, seigneurs de Béduer. Avant 1342, une branche des Cardaillac-Brengues acquiert la moitié de la baronnie de Montbrun. Pendant quelques années, au XIVe siècle, la tour de Montbrun sera pour moitié en la possession de Pierre Duèze, frère du pape Jean XXII. Les lieux subiront les malheurs de la guerre de Cent Ans. Montbrun est pris de nuit par des hommes de la compagnie de Ramon del Sort, qui s'emparent de la personne du marquis de Cardaillac. En 1397, un accord interviendra entre Cardaillac et le comte d’ Armagnac, émissaire auprès des Anglais, pour obtenir la restitution du château. Deux siècles plus tard, les guerres de Religion embrasent le Quercy. En septembre 1579, l’armée catholique prend d’assaut la forteresse, propriété à ce moment-là de M. de Suzanne, seigneur des lieux par sa mère, Marguerite de Cardaillac. Le parti catholique, malgré les exhortations du seigneur de Saint-Sulpice, intervenant au nom du roi, refusera pendant plusieurs années de rendre la place à son propriétaire. En 1616, le château sera acheté par les Laurency. En 1730, les La Prune, par héritage, reçoivent le château, qu’ils conserveront jusqu’à la Révolution. Passablement ruiné déjà, l’édifice devient par la suite la propriété du maire du village, M. Jammes, dont les descendants garderont les ruines jusqu’en 1965. À cette date, son propriétaire actuel en fait l’acquisition, et depuis lors, s’emploie à sauver l’édifice et à lui redonner vie. Une première enceinte datée du XIIe siècle englobe le donjon dont il subsiste deux murs d’un bel appareil. La tour nord a été entièrement restaurée, la tour est en partie ruinée, quant à la tour ouest, seule la base émerge encore du sol. Une belle terrasse du XVIIe siècle, aboutissant à une singulière et énigmatique salle basse percée de niches ogivales, agrémente les lieux. 

 Éléments protégés MH : le château de Montbrun (ruines) : classement par arrêté du 28 décembre 1984.

 château de Montbrun 46160 Montbrun

 

Château de Montal

Joyau de la Renaissance planté au cœur du haut Quercy, le château de Montal faillit sombrer dans le néant obscur que propagent les champs de ruines. En effet, il s’en fallut de très peu qu’au siècle dernier il disparaisse à tout jamais du paysage et par là même, inexorablement, de la mémoire des hommes. Réduit, par le désir délétère d’un acquéreur sans scrupule, à l’ombre de lui-même, à demi démantelé, pillé intérieurement et extérieurement, ses ornements mis aux enchères, il ne doit qu’à la volonté d’un mécène providentiel d’avoir survécu à ce désastre, et d’être à nouveau paré de toute sa splendeur. À l’origine, un petit repaire, appelé Saint-Pierre, s’élève en contrebas du village de Saint-Jean-Lespinasse. Nous sommes ici sur les terres des barons de Castelnau. En 1474, une fille de Jean II de Castelnau épouse Robert de Balsac d’Entragues, originaire d’Auvergne, compagnon d’armes des rois de France pendant les guerres d'Italie, conseiller et chambellan de Louis XI, puis, premier sénéchal de l’Agennais. Sans doute pour plaire à sa jeune épouse Antoinette de Castelnau, Robert de Balsac achète le repaire de Saint-Pierre au seigneur de Miers. Quand il meurt, en 1503, leur fille Jeanne hérite de ce fief. Épouse d’Amalric de Montal, seigneur de La Roquebrou, gouverneur de la Haute-Auvergne, la jeune femme se retrouve veuve en 1510. Elle décide, vers 1523, de restaurer, d’agrandir et d’embellir l’austère demeure de Saint-Pierre, qui, dorénavant, portera son nom: Montal. Elle avait probablement conçu ce château comme un monument dédié à la mémoire des siens, un mausolée glorifiant les êtres chers à son cœur et malheureusement disparus, si l’on se réfère à toutes les devises gravées ou sculptées dans la pierre, dont l’une plus que toute autre exprime le désespoir absolu qui l’animait: "Plus d’espoir". Car les morts sont partout présents, leurs bustes figés pour l’éternité sur les deux façades intérieures: Amalric de Montal, le mari, Jeanne de Montal elle-même, dans une attitude affligée, Robert de Montal, le fils aîné, mort en 1523 en Italie, dont sa mère éplorée, rapporte la légende, guettera en vain le retour du haut d’une fenêtre, pendant des années, Dordet de Montal, le fils cadet, mort en 1556, Robert de Balsac, le père, mort en 1503, Antoinette de Castelnau, la mère, disparue en 1494, Dordet de Béduer, abbé de Vézelay, cousin de la maîtresse des lieux.

Jeanne meurt en 1559. Son petit-fils, Gilles de Montal, disparaîtra quelques années plus tard, pendant les guerres de Religion, blessé mortellement par une jeune aristocrate qui menait bataille à la tête de son armée huguenote. Henri IV, à cette nouvelle, se serait écrié "Ventre saint-gris, si je n’étais le roi de France, je voudrais être Magdelaine de Saint Nectaire". Rose de Montal, fille de Gilles, dame d’honneur de Catherine de Médicis, apportera le château en dot à son époux François de Perusse des Cars. Leur fils, Jacques, de tempérament violent, sera poursuivi pour l’assassinat de son oncle Vincent de Montal. Il est tué lors de son arrestation. Leur descendante vendra le château, en 1771, au comte Jean-Jacques de Plas de Tanes. Au moment de la Révolution, Antoine de Plas de Tanes représente la noblesse du Quercy aux États Généraux. Puis il émigre. Le château est alors saisi comme bien national. Il devient une sorte d’auberge et commence à subir d'importantes dégradations. En 1835, s’il faut croire les souvenirs du baron de Taylor et de Charles Nodier dans Les voyages pittoresques du Languedoc, Montal est transformé en carrière de pierres. De 1838 à 1879, un banquier de Saint-Céré possède les lieux. À cette date, le château est vendu à un marchand de biens nommé Macaire, qui va entreprendre un systématique démantèlement. En 1881, les statues, bustes, lucarnes, cheminées et portes, démontées, sont convoyées à Paris pour être dispersées, via une vente aux enchères, aux quatre coins du monde. Si ce vandalisme n’avait pas, ou très peu, suscité de réactions indignées dans le Lot, un article paru dans le journal Le Temps, exprime narquoisement l’amertume ressentie dans la capitale: "les parvenus de la fortune vont avoir une belle occasion ces temps-ci d’acheter à Paris non seulement des portraits d’ancêtres, mais même, par morceaux, tout un château de la Renaissance".

Alerté, un homme décide alors, contre vents et marées, de sauver l’édifice. Issu d’une famille d’armateurs, à la tête d’une entreprise de raffinage de pétrole, Maurice Fenaille, à la fois érudit et mécène, rachète, après des années de tractations épineuses, le vieux château, en 1908. Jusqu’en 1914, il mettra au service de la restauration des lieux toute son énergie, sa fortune et son entregent. Il parvient à racheter les pièces originelles, tant dans des musées nationaux, comme le buste de Robert de Montal au musée de Lyon, ou la grande frise et des lucarnes au musée des Arts décoratifs, que dans des musées internationaux, comme le buste de Jeanne récupéré à Berlin, ou chez des particuliers, tel le baron Hirsch qui acceptera de céder la cheminée au cerf. Seules la porte d’honneur, une cheminée et une lucarne sont des copies, les originales ayant été conservées, l’une au musée de New-York, l’autre dans la famille Menier-Lebaudy, et la dernière au musée de Philadelphie. En 1913, le président Raymond Poincaré, accompagné de diverses personnalités, est reçu dans le château rendu à toute sa beauté. Pendant la Première Guerre mondiale, la demeure abrite les grands blessés en convalescence, et durant la guerre de 1939-1945, il sert un temps de refuge aux princes de Belgique, avant de devenir une sorte d’annexe clandestine pour les œuvres du musée du Louvre. En remerciement, l’État français laissera en dépôt une toile de François Clouet: le portrait d'Henri II, que l’on peut toujours admirer dans la salle des gardes. À la veille de la Première Guerre, Maurice Fenaille avait fait don à l’État du château, se réservant pour lui et ses deux filles, l’usufruit de la propriété.

L'édifice primitif fut donc repris à partir de 1523. Les travaux se sont échelonnés jusqu’en 1534. Le château est composé de deux corps de logis en équerre. Trois tours circulaires munies de meurtrières flanquent ses angles. Une troisième aile devait vraisemblablement fermer la cour intérieure. La façade nord a conservé son aspect médiéval et austère. Elle comporte un pavillon rectangulaire en saillie surmonté d’une tourelle en encorbellement qui abrite l’escalier. Les façades occidentales de la cour d’honneur sont particulièrement riches en ornementations. Les deux étages sont séparés par une longue frise représentant des scènes mythologiques entrecoupées de rinceaux et d’écus. Une seconde frise, plus discrète, court sous la toiture. Entre les croisées à meneaux du premier étage, des médaillons surmontés de gâbles en cloches abritent les bustes dont nous avons déjà parlé, qu’on peut compter parmi les plus belles sculptures de la Renaissance française. La porte d’accès au château, située à l’angle de la cour, est somptueusement décorée. Au-dessus de son entablement décoré de rinceaux, des niches abritent des statuettes couronnées par des coquilles Saint-Jacques. Les lucarnes des combles sont fastueuses: des candélabres, des écus, des figurines, des initiales, des bustes en ronde bosse jaillissent de la pierre. La première et la quatrième lucarne comportent la devise désespérée de la dame de Montal, "Plus d’espoir", gravée dans la pierre, ainsi que, pour la première, l’allégorie de la Douleur accompagnée de la devise "Rien ne m’est plus, plus ne m'est rien". La seconde présente, dans sa partie inférieure, la salamandre de François 1er, et une Judith tenant un glaive, surmontée d’un chevalier portant sur une banderole la devise "mort je suis". La troisième lucarne contient le blason des Balsac et des Montal "D'azur à trois flanchis d'argent au chef d’or chargé de trois flanchis d'azur, et d'azur à trois coquilles d'argent posées 2 et 1 en chef d’or". La quatrième est ornée de la coquille du pèlerin, la croix de Saint-André et la répétition de la devise "Plus d’espoir".

La décoration des façades de la cour, traitée dans un style extrêmement raffiné, inventif, qui dut étonner, sinon éblouir les contemporains de cette province alors plus accoutumés à la fonction défensive et strictement utilitaire du château, décoration alliant, par ses thèmes répétitifs, une réflexion philosophique sur la mort empreinte d’un mysticisme moyenâgeux à une exubérante et somptueuse ornementation italianisante, donne à Montal toute sa singularité. L’escalier d'honneur, logé dans la tour quadrangulaire et qui a déterminé la distribution des pièces, est à lui seul un chef-d’œuvre de l’art de la Renaissance. Il est constitué de larges volées droites, Séparées par un mur d’échiffre percé de baies. Le revers des marches est ciselé de motifs en bas relief: losanges, coquillages, sirènes et feuillages. Les paliers et le sommet de l’escalier sont couverts de voûtes sur croisées d’ogives. De monumentales cheminées ornent les différentes pièces. L’une porte un cerf héraldique traité en ronde bosse. Le linteau d’une autre, dans la salle des gardes, est entièrement sculpté de rinceaux, d’écus et de candélabres. Des tapisseries datant du XVIe siècle, réunies par Maurice Fenaille, parent les murs des salles. Aujourd'hui le château de Montal est ouvert au public des Rameaux à la Toussaint. 

 Éléments protégés MH : le château de Montal : classement par arrêté du 14 juin 1909. Les terrains contigus au domaine national de Montal : inscription par arrêté du 9 juin 1955. Le domaine foncier : inscription par arrêté du 22 septembre 1995. 

 château de Montal 46400 Saint Céré 

 Téléphone : 05 65 38 13 72 

Château de Mercuès

Le général de Gaulle écrivit: "du château de Mercuès, on voit monter vers soi l'Histoire", dans ses Mémoires, dont une partie fut rédigée au château même, en 1951. Tout est exprimé dans cette pensée brève, inspirée par la beauté et la grandeur du lieu qui domine de toute sa hauteur le paysage tourmenté de la vallée du Lot. Accroché, comme suspendu entre ciel et terre, au bord de sa falaise, le vieux château épiscopal de Mercuès aura, en effet, été le témoin de tous les soubresauts, toutes les vicissitudes, toute la gloire de l'histoire du Quercy, qui, souvent, se confondit avec celle de la France. Comme son nom l’indique, Mercuès dérive d’une expression latine signifiant le temple de Mercure. Sans doute a-t-il existé sur les flancs de la colline, à l’époque gallo-romaine, un édifice dédié au culte du messager des dieux, disparu depuis la nuit des temps. L'emplacement stratégique du lieu, situé en aval de la ville de Cahors, à pic au dessus des rives du Lot, le prédisposait à devenir un poste d'observation vital pour toute la vallée dès l’implantation d’une société organisée. Véritable verrou, il permettait de surveiller la navigation de la rivière, et de contrôler la voie romaine allant de Bordeaux à Paris. Le château fut, de tout temps, la propriété des Évêques de Cahors. Au Moyen Âge, l’Évêché de cette ville fut un des plus puissant du royaume. L’évêque était comte et baron de Cahors, seigneur directe et suzerain de 31 paroisses, premier chanoine du chapitre de Cahors, abbé de celui du Vigan, protecteur et surveillant de l’université. 

Le premier évêque fut, au VIIIe siècle, saint Gernulphe. L'existence d’un château fort est attestée dès 1212. À ce moment-là, Guillaume de Cardaillac était à la tête de l’Évêché depuis quatre années. Il mourut en 1235. Il fut, pendant la croisade contre les Albigeois, le dévoué auxiliaire du sinistre et sanglant Simon de Montfort. Durant toute la longue période de la guerre de Cent Ans, Mercuès fut d'innombrables fois la cible des attaques anglaises. Le château fort sera occupé, libéré, réoccupé à plusieurs reprises. Dans les derniers temps de cette guerre interminable, le château fut assiégé par les armées du Captal de Buch. Grâce à l’intervention du peu reluisant Bernard de Durfort, seigneur de Boissières et de Calamane, auteur de nombreux méfaits, les consuls de Cahors obtinrent des Anglais, contre le versement d’une forte rançon, qu'ils libérassent le château. Au siècle suivant, pendant les guerres de Religion, Mercuès vécut des heures douloureuses et indignes. La traîtrise du proche seigneur de La Grezette, Pierre de Massaut, chargé de la défense des lieux par l’évêque, mais passé subrepticement à la solde de Duras, chef des protestants, permit la capture du château et de l’évêque par les troupes huguenotes. Afin d’humilier l’évêque Pierre II de Bertrand, Duras donna l’ordre de le traîner dans tout le diocèse, monté à l’envers sur un âne. Quant à la forteresse, elle fut livrée au pillage des troupes de Massaut, qui ôtèrent de ses murs tout le mobilier et les serrures, avant d’y mettre le feu. La paix enfin revenue dans la province, les évêques entreprirent de relever de ses ruines la vieille demeure épiscopale.

 Le château fort fut transformé en une demeure de plaisance, agrémentée par des jardins en terrasses qui lui donnèrent définitivement l’aspect d’un lieu de villégiature. Évêque de Cahors de 1636 à 1659, Alain de Solminihac séjourna fréquemment à Mercuès. Au moment des péripéties de la Fronde, il organisa la défense du site, puis, la tranquillité revenue, il transforma le château en lieu de repos pour les prêtres. Son successeur à l’Évêché, Mgr Nicolas de Sevin, fit installer, vers 1660, un procédé révolutionnaire à son époque: une machine semblable à celle de Marly, destinée à faire élever l’eau jusqu’au château. Hélas, après sa mort, les chanoines de Cahors, qui n’avaient sans doute pas jugé indispensable cette innovation spectaculaire, vendirent tout le matériel de l’installation. La fin du XVIIIe siècle vit l’embellissement intérieur de la demeure, sous l’impulsion de l’évêque de Jay. Les plaques des cheminées que l’on peut toujours admirer sont à ses armes. Son successeur à l'Évêché, de 1693 à 1741, Mgr de Briqueville de La Luzerne, fit entreprendre d'importants travaux d’agrandissement, notamment le corps de bâtiment occidental de l’édifice, conçu dans le style classique de l’époque. La belle glace accrochée dans la salle à manger, lui fut offerte par Louis XIV. Le château sera épargné des fureurs républicaines pendant la période révolutionnaire. Il fut néanmoins confisqué au clergé, et vendu comme bien national, en 1791, à une famille qui l’occupa jusqu'aux premières années de l’Empire. En 1802, Mgr Cousin de Grainville, évêque de Cahors, racheta Mercuès à titre privé. Le château sera revendu plus tard par ses héritiers.

 Les archives du château disparurent de la manière la plus stupide qu'on puisse imaginer. Elles furent vendues par lots, aux commerçants de Cahors, qui s’en servirent de papier d'emballage. En effet, la préfecture du Lot installée depuis la Révolution au palais épiscopal de la ville, demanda à l’évêque, en 1800, de procéder au débarras des archives du grenier. Mais l’évêque, fort dépité de n'avoir pas récupéré son logis, dédaigna la requête. Le désintérêt, l'ignorance, l'appât du gain, la sottise, se liguèrent ainsi pour disperser à tous vents, douze siècles de l’histoire locale, pour le grand malheur des générations futures. Après avoir été à nouveau la possession d’un évêque de Cahors, en 1861, qui le léguera au petit séminaire de Montfaucon, lequel s'empressera de le céder à un nouvel évêque, le château sera mis en vente au début du siècle, après la séparation de l'Église et de l'État. De nombreux propriétaires vont alors se succéder dans les lieux, avec des fortunes diverses, avant que la demeure soit acquise, en 1983, par un viticulteur qui l’a transformée en hôtel de la chaîne "Relais et Châteaux". Maintes fois remanié, pour ne pas dire, entièrement restauré au cours des siècles, et ce de manière hétérogène, voire malheureuse, le château n'a conservé que de rares vestiges de son aspect primitif. Énergiquement restauré, à la fin du XIXe siècle, par les soins d’un prélat, dans le style néo-gothique cher à l'architecte Eugène Viollet-Le-Duc, l'édifice, recouvert d’un triste crépi grisâtre, garde néanmoins une allure imposante et un charme indéniable.

 En 1254, Barthélemy de Roux aurait été le commanditaire de la reconstruction du château. C'est ce que laissent supposer les caractères architecturaux de la tour du nord-ouest, dont la batterie d'archères à étriers triangulaires évoque les constructions capétiennes du milieu du XIIIe siècle. L'angle sud-est des logis et sa tour maîtresse à mâchicoulis semblent procéder d'une reconstruction de la fin du XVe siècle, de même que la tour d'escalier en vis de l'aile ouest et l'essentiel du bâtiment réaffecté à usage de chapelle par Mgr Grimardias au XIXe siècle. Cette reconstruction partielle est vraisemblablement l'oeuvre de l'évêque Antoine d'Alamand entre 1486 et 1488. Les mâchicoulis qui couronnent les deux tours principales sont apparemment plus tardifs, si l'on en juge par le faible calibre des trous de tir qui sont conservés dans ses parapets. Le portail d'entrée à pont-levis de même que celui qui ouvre sur l'escalier principal et dont les bossages sont à rapprocher de ceux de l'église paroissiale datent de la première moitié ou du milieu du XVIIe siècle. Une partie importante des élévations sur cour (aile sud) et des croisées à piédroits de briques et linteaux et traverses de pierre qui y sont percées datent de la même époque. On attribue ces aménagements à l'évêque Pierre Habert (1626-1637) qui fut sans doute également le commanditaire d'une part importante des lignes extérieures de défense. D'autres réaménagements, dont le plus important est constitué par l'aile sud-ouest, sont à attribuer au XVIIIe siècle. Les crépis réticulés de faux appareils en font partie. Les lignes extérieures de défense et les fossés qui isolaient le château assemblent des ouvrages du Moyen Age (terrasse sud et angle de courtine au nord), du XVe ou du XVIe siècle (tours de flanquement à l'ouest) et du XVIIe siècle (fossés). Jardin d'agrément : plan de 1876 conservé sur place (rares vestiges actuels).

Le château et ses terrasses occupent l'extrémité ouest d'un éperon dominant le village. L'édifice se compose de trois corps de logis répartis en quadrilatère irrégulier autour d'une cour fermée au nord par une courtine. Des tours de plan circulaire flanquent trois de ses angles, un quatrième corps de logis s'étant greffé à l'angle sud-ouest du quadrilatère. Des fossés isolent le château des terrasses qui l'enserrent. Celles-ci conservent les vestiges d'une enceinte extérieure et de fausses braies flanquées de tours carrées et semi-circulaires. L'édifice médiéval est en grande partie conservé dans le château actuel. Il comportait un bâtiment quadrangulaire massif, probablement le donjon, un corps de logis détaché du donjon et une aile ouvrant sur la cour par une galerie d'arcades en arc brisé. Une courtine flanquée par une tour munie d'une batterie de cinq archères refermait la cour au nord et à l'ouest. Les vestiges d'une baie médiévale à cordons d'imposte et d'appui, à l'étage du «donjon», indiquent qu'il comportait des pièces habitables. Une autre baie, inscrite dans une archivolte très ample, a laissé quelques traces sur l'élévation nord. Les deux tours inégales qui flanquent l'aile de logis orientale sont couronnées de mâchicoulis. Comme le logis qu'elles encadrent, elles sont revêtues d'un crépi portant les traces d'un faux appareil. Sur la cour, l'aile ouest qui comporte une chapelle, est dotée d'une tour d'escalier en vis ornée de baies moulurées de style flamboyant. La courtine nord ouvre par un portail en plein cintre, encadré par les rainures d'un ancien pont-levis dont l'axe des flèches est encore en place. Éléments du jardin en place : terrasse, gloriette en fer forgé, escalier et balustrade en pierre, bassin circulaire à jets d'eau. Arbre remarquable : cèdre bi-centenaire. Autres végétaux : ifs, cyprès, rosiers nains.

 Éléments protégés MH : site classé MH par arrêté du 27 12 1913. les façades et les toitures du château : inscription par arrêté du 15 septembre 1947.

 château de Mercuès 46090 Mercuès 

 Téléphone : 05 65 20 00 01

 

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(IMH) = château inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, (MH) = château classé Monument Historique

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