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Château de Theyrargues

Les seigneurs, barons, puis vicomtes de Rivières de Theyrargues, avant 1321, puis par succession de 1321 à 1789, furent avant 1321, les Navès, seigneurs de Rivières de Theyrargues, vassaux de la Maison d'Anduze, barons d'Anduze, d'Alès, de Portes, etc... puis de 1321 à 1693 nous trouvons les Clermont-Lodève, barons de Budos en Guyenne, et de Portes-Bertrand en Languedoc Cévenol, barons des États du Gévaudan, neveux du Pape Clément V, Bertrand de Goth, premier souverain Pontife régnant en Avignon; ils furent seigneurs, Barons, puis vicomtes de Theyrargues . De 1693 à 1789, les Princes de Bourbon-Conti, princes du sang cadets de Condé, devinrent comtes d'Alès en 1696, marquis de Portes en 1693 et à la même date vicomtes de Theyrargues, ils étaient premiers barons des États Généraux de Languedoc au titre de Comtes d'Alès. En 1300, sous le règne de Philippe le Bel, la seigneurie de Rivières de Theyrargues appartenait ancestralement à la famille de Naves, illustre en Vivarais. Les Naves , seigneurs de Mirandols avaient pour blason : d'azur au navire d'argent fretté et voilé voguant sur une mer du même. Un document des Archives Départementales du Gard établit que noble Pierre Guillaume de Rivières de Theyrargues de Riperis était fils de noble Gamelin de Naves, damoiseau, seigneur de Rivières en 1266, Pierre-Guillaume épousa en 1313 Ermelinde; l'acte de mariage est passé devant Maître Jean de la Pause, notaire à Alès le 8 des Ides de novembre 1313 sous le Pontificat de Clément V et le règne de Philippe le Bel; il est dit dans cet acte que Sarrazine, mère de Gamelin de Naves, et grand-mère de Pierre Guillaume, était encore vivante en 1313. 

Le premier château de Rivières, dit château de Naves, était placé dans le Bourg de Rivières, c'est-à-dire à trois cents mètres à l'ouest du château de Theyrargues, il en reste trois vestiges; une porte à mâchicoulis au tournant d'une rue qui vient de la place de l'Église et passe devant la porte latérale de l'Hôpital de Rivières; une fenêtre du XIIIe siècle, une antique cheminée chargée en 1543 d'inscriptions latines, que Mr de Ramel, en 1910, a fait transporter et placer dans la grande salle du rez-de-chaussée du château de Theyrargues. La famille de Naves rendait hommage pour le château de Rivières aux barons de Portes en Languedoc Cévenol, qui avant 1207 étaient des Bermon d'Anduze, barons d'Alès et de Portes, Satrapes d'Anduze et de Sauve en Languedoc, princes de Tripoli de Syrie depuis la première croisade. A partir de 1207 les Naves faisaient hommage pour le château de Rivières aux barons de Châteauneuf de Randon et du Randonnat, devenus seigneurs barons de Portes par suite du mariage en 1207 de Randon de Châteauneuf-Randon avec Marguerite d'Anduze, dame de Portes et de Luc, soeur de Bernard VII d'Anduze, baron d'Alès, Anduze, Sauve, etc... En 1277 leur descendante, Marquèze de Châteauneuf-Randon , dame de Portes, épouse Armand, vicomte de Polignac, qui devient ainsi baron de Portes et Suzerain de Rivières de Theyrargues jusqu'en 1321. Le 10 février 1321 commence l'illustration de ce château dont deux tours de façade sont encore intactes ainsi que les salles voûtées qui les unissent, deux autres tours sont découronnées ainsi que le Colombier. 

Le 10 février 1321 est la date à laquelle Maître Teysonnier, notaire Pontifical en Avignon, dresse l'acte de l'acquisition que fit ce jour le neveu du Pape Clément V, Bertrand de Goth, ancien Archevêque de Bordeaux, premier souverain Pontife régnant en Avignon, du château de Portes . Cet acte d'acquisition par les Budos en 1321 fut passé sous le Pontificat de Jean XXII, Jacques Duèze ou d'Euze et sous le règne de Philippe V le long. Dans cet acte Guillaume II, vicomte de Polignac, baron de Châteauneuf-Randon et de Luc, seigneur baron de Portes, vendait à Raymond Guilhem de Budos (Clermont-Lodève) le château de Portes (désormais Portes-Bertrand, en souvenir de Bertrand de Goth, Clément V) sur la "Voie régordane", c'es-à-dire la route d'Auvergne, d'Arles à Clermont-Ferrand. Dix ans plus tard, en 1331, Raymond Guilhem fit l'acquisition du château de Theyrargues, au vicomte de Polignac et devient ainsi baron de Portes et de Theyrargues. Il fut pendant le règne de Clément V, Recteur et Maréchal de l'Église romaine au Comtat Venaissin (1309), c'est-à-dire chef des troupes Pontificales, chargées de la défense du Comtat : il fut aussi Gouverneur d'Avignon. Raymond Guilhem était fils de Béranger Guilhem, baron de Clermont-Lodève et de Mathilde de Goth, soeur du Pape Clément V; il était arrière-petit-fils direct d'Aimer, baron de Clermont-Lodève et de Marie de Montpellier, fille de Guillaume VII de Montpellier. Le château féodal de Rivières de Theyrargues était le siège d'une justice et le chef-lieu de la baronnie puis vicomte de ce nom qui comprenait quatre mandements : Allègre, Rivières, Rochegude et Tharaux, on y comptait sept paroisses, le Prieuré de Rivières, avec aubarine du Mandement de Rivières, les paroisses de Boisson, Arlende, Auzon du Mandement d'Allègre, le Prieuré de Manas, du mandement de Rochegude, le Prieuré de THaraux et Mejarmes le Clap du mandement de Tharaux. 

La paroisse de Rivières appartenait au Doyenné de Saint-Ambroix et au Diocèse d'Uzès, elle était un Prieuré séculier et cure du titre de Saint Privât à la collation de l'Évêque d'Uzès sur la présentation du marquis de Portes jusqu'en 1693. Dans la direction sud-nord, une route carrossable reliait les châteaux de Theyrargues et de Portes; elle passait par Rivières, Boisson, Auzon, Saint-Julien de Cassagnas, les Mages, Saint-Jean de Valérisole, Saint-Florent, le Martinet et Portes, elle rejoignait à Portes l'antique "Voie Domitienne", traversait le Diocèse de Nimes, puis toute la ville d'Alès et remontait vers le Bord dans le diocèze d'Uzès en passant par Portes, Chamborigaud, Cenolhac et dans le Diocèse de Mende par Villefort, Langngne, elle atteignait les hauteurs du Puy en Velay et Clermont-Ferrand en Auvergne. Dans la direction ouest-est par la vallée de la Cèze, le château de Theyrargues était relié au Rhône, soit à Pont Saint Esprit soit à Bagnols sur Cèse, par une route venant d'Alès et passant à Rivières de Theyrargues, Rochegude, Saint Jean de Maruéjols, AveJean, Barjac, Saint Privât de Champios et Montclus; de là, elle bifurquait soit vers Pont Saint Esprit dans la direction nord-est, soit vers Bagnols sur Cèze dans la direction sud-est. Le château de Theyrargues devait son importance féodale à sa position stratégique sur le Cèze, rivière qui prend sa source dans les Cévennes à Cap de Cèze, commune de Saint André de Cap de Cèze, près Villefort en Lozère; elle se jette dans le Rhône auprès de la petite ville de Bagnols sur Cèze, achetée aux des Ursins par Guillaume Rogier, comte de Beaufort et d'Alès, vicomte de Turenne, neveu de Clément VI, souverain Pontife régnant en Avignon de 1342 à 1352. Cette rivière qui charrie toujours des paillettes d'or, arrosait ainsi que le Gardon d'Alès, l'ancien diocèse d'Uzès, fondu depuis 1789 dans le diocèse de Nimes et dans le Département du Gard dont il forme la partie orientale dite Côte du Rhône. 

Des quatre tours du château de Theyrargues, deux, celles du nord, datent du début du XIVe siècle, et les deux autres et le Colombier paraissent dater de la fin du XIVe siècle; en effet leur appareil ressemble à celui du fort Saint-André près Villeneuve-les-Avignon; les salles basses voûtées à quatre pans du rez-de-chaussée sont de la même époque. Ce château a connu au XlVe siècle les attaques des "Routiers ou Coquins des Compagnies de la Guerre de Cent Ans" en débandade depuis le Traité de Brétigny du 8 mai 1360 entre les Rois de France et d'Angleterre, qui ravagèrent le Diocèse d'Uzès, lieu de passage vers le Rhône et vers Avignon, cité des Papes; et ce fut à ce point que le Pape Innocent VI, Aubert, dut en 1361 organiser la croisade du Pont St Esprit et entraîner ensuite les "Routiers" en Italie contre les Visconti sous les ordres du Marquis de Montferrat, puis en Espagne sous les ordres de Dugesclin et d'Henri de Transtamare. Il est un des châteaux placés sur les trois rivières, le Gardon d'Alès et d'Anduze, la Cèze et l'Ardèche, que les familles Pontificales furent chargées de fortifier sous Philippe VI de Valois, Jean II le Bon et Charles V afin de défendre la rive droite du Rhône et par conséquent Avignon. Depuis Theyrargues a subi deux sièges pendant les Guerres de religion; 200 Hommes d'armes au XVIIe siècle y gardaient la Vallée de la Cèze et de l'Auzonnet avec les châteaux de Barjac, Montclus, le Pont de Tharaux, Rochegude, Saint Victor, Saint Ambroix, AveJean, Saint Jean de Maruéjols, Montalet, Robiac, Aujac, Peyremale, Brésis, Vielvic et Saint André de Cap de Cèze. 

La seigneurie de Rivières de Theyrargues fut érigée en faveur des Budos en baronnie par le Roi Henri III en 1575, puis en vicomte par le Roi Louis XIII en décembre 1613. Voici leur succession : après Raymond Guilhem de Clermont-Lodève, baron de Budos en Guyenne, neveu de Clément V, acheteur en 1321 du château de Portes et en 1331 du château de Theyrargues, ces châteaux passèrent aux héritiers de son sang qui suivent : André I de Budos, son fils, Chevalier en 1328, époux de Noline de Cardaillac, qui eut 22 fils et qui teste en 1341. Leur fils aîné fut Thibaud de Budos, époux de Hàrquèze de Manhas. Leur fils André II de Budos, Chambellan du Roi Charles VII le 29 décembre 1424, qui fait hommage au Roi le 10 mars 1424; il épouse le 10 mars 1433 Cécile de la Fare (fille de Guillaume, baron de la Pare et Hontclar, Chambellan de Charles VII le 16 mars 1435) d'où 4 enfants dont une fille Almolse, épouse André del Puech, chevalier, seigneur de Cendras, près d'Alès, ancien Page de Xaintrailte de qui descendent les del Puech de Comeiras, les Massanne et Ramel. Le fils aîné d'André II de Budos fut Thibaud, Maître d'Hôtel et Chambellan de Louis XI, qui fit hommage à Charles VII le 10 janvier 1484; il épouse Anne de Joyeuse le 3 juin 1488; il mourut au château de Theyrargues en 1501. Leur fils fut Jean de Budos, qui rend hommage au Roi le 3 novembre 1533 et épouse le 22 juillet 1535 Louise de Porcelet Maillane; d'où six enfants dont : Jacques qui suit, Hélis mariée à Theyrargues le 6 mars 1572 à Jacques de la Coste de Montpellier selon acte de Thomas Trenquier, notaire à Rivières de Theyrargues. Jacques de Budos servit sous cinq Rois et commanda dans les Cévennes et en Vivarais sous le comte de Villars et le Maréchal de Joyeuse, son cousin; chevalier de Saint Michel en 1570, chevalier de Saint Esprit par Henri IV, le 9 janvier 1595; il avait été Gouverneur de Pont Esprit, Gentilhomme de la Chambre d'Henri III en 158. Il avait épousé le 18 décembre 1571 Catherine de Clermont-Montoison, il mourut en 1598; C'est en sa faveur que la baronnie de Portes fut érigée en vicomte et la seigneurie de Theyrargues en baronnie.

 Il eut sept enfants : Antoine, Hercule, qui suit ; Louise de Budos, née en 1575 morte en 1598, qui fut mariée le 19 mars 1595 à Henri de Montmorency, connétable de France, dont elle eut deux enfants : Henri II de Montmorency, décapité en 1632 et Charlotte Marguerite, mère du Grand Condé, morte le 2 décembre 1650. Le connétable de Montmorency séjourna à plusieurs reprises au château de Theyrargues. Antoine Hercule de Budos, Maistre de Camp, Conseiller d'État en 1612, il obtint en décembre 1613 l'érection de la Vicomte de Portes-Bertrand en Marquisat et de la baronnie de Theyrargues en vicomté; il fut Vice-Amiral de Guyenne, lieutenant Général du Roi en Gévaudan, hautes et basses Cévennes, chevalier de Saint Esprit le 31 décembre 1619. Il avait épousé le 28 octobre 1626, Louise de Crussol, fille d'Emmanuel, Duc d'Uzès. Il flut tué au siège de Privas le 20 mai 1629 laissant deux filles : Marie-Pélice, qui suit; Diane-Henriette qui épouse le duc de Saint Simon. Marie-Félice de Budos, Marquise de Portes-Bertrand, vicomtesse de Theyrargues; elle créa deux hôpitaux, l'un à Portes, l'autre à Rivières de Theyrargues. Par testament du 6 octobre 1691 et codicille du 6 septembre 1693 elle laisse Portes et Theyrargues à son cousin qui suit; François-Armand de Bourbon-Condé, prince de Conti, prince du Sang, comte d'Alès, marquis de Portes et vicomte de Theyrargues, de 1693 à 1709; roi élu de Pologne en 1697, il fut Pair de France, Lieutenant Général des Armées du Roi; il épousa Marie-Thérèse de Bourbon-Condé en 1688. Il était fils d'Armand de Bourbon Condé, prince de Conti, frère du grand Condé qui avait épousé la nièce de Mazarin. C'est le portrait de François Armand de BourbonCondé i que l'on peut voir dans le vestibule d'entrée du château de Theyrargues actuellement. Louis- Armand de Bourbon, prince de Conti qui lui succéda de 1709 à 1727 et qui épousa Louise Elisabeth de Bourbon-Condé en 1713. Peu avant 1789 la seigneurie de Rivières de Theyrargues fut vendue au baron de Chalbos. Des Chalbos le château de Theyrargues passa par héritage à la famille de Maubec dont la dernière héritière fut la Marquise de Roquefeuil, morte sans enfants; le château fut recueilli dans son héritage par la marquise Isnards qui le vendit vers 1905 au Comte Fernand de Ramel. . Il a été cédé aux propriétaires actuels par le dernier Ramel occupant, à savoir Régis de Ramel. 

Dans la vallée de la Cèze et de l'Auzonnet, au confluent de ces deux rivières, aux pieds des Cévennes et sur la rive droite du Rhône, le château de Theyrargues contribuait au XIVe siècle à la défense occidentale d'Avignon et du Contât Venaissin contre les Routiers et les Grandes Compagnies de la Guerre de Cent ans. Il était à l'origine un carré doté de quatre corps de logis formant une cour ou place d'arme au milieu avec quatre tours rondes aux quatre coins dont l'une ne l'est qu'à demi. De ce château du XIVe siècle il reste aujourd'hui le corps principal de bâtiment (aile ouest) encadré de deux grosses tours rondes. Ce corps de bâtiment a brûlé en partie à la Révolution et a été restauré en 1801. Il possède une élévation de deux étages et présente, côté cour, un avant corps proéminent surmonté d'un crénelage moderne. Le rez-de-chaussée et les tours ont été épargnés par l'incendie. La tour sud date de la fin du XIVe siècle, celle du nord du début du XIVe siècle. Leur appareillage est de belle qualité et n'est pas sans rappeler celui du Fort Saint-André à Villeneuve les Avignon. Le crénelage abusif qui les couronne a été effectué au début de ce siècle (1900-1914). La façade Sud, un simple mur, (restauré au début du XXe siècle) est encadrée de deux tours rondes de la fin du XIVe siècle, celle de l'angle nord-est n'a pas été restaurée. L'aile Est qui fermait primitivement la cour a été abattue à une époque inconnue; il n'en reste qu'une amorce accolée à la tour nord-est. La façade sud a été transformée en terrasse et pourvue de créneaux modernes. 

 Éléments protégés MH : les façades et la couverture de la tour Est : inscription par arrêté du 19 avril 1974. 

 château de Theyrargues 30430 Rivières

 

Château de Teillan

Au Xe siècle, Teillan appartenant aux vicomtes Aton, Comtes de Carcassonne et de Razes, vendu en 1143 à Rainon seigneur d'Uzès qui le céda ultérieurement au Diocèse de Nîmes. Jusqu'à la fin du XVIe siècle, Teillan devint une dépendance de l'abbaye de Psalmody, puis fut acquis par Philippe de Bornier, conseiller du Roi, inféodé en 1609 du duc d'Uzès comme vicomte d'Heran, depuis, transmis par héritage en ligne directe, successivement aux familles de Montolien, d'Adhémar et de Cazenove. Lieu de culte reconnu par l'église Réformée lors de l'Edit de Nantes. Resté sans modifications depuis le début du XVIIe siècle, le château subit quelques dommages en 1793 (destruction d'une tourelle reconstruire en 1873 et de la porte fortifiée Est). Au cours du XIXe siècle, aménagement des communs, des façades et de certains couronnements. Le château déploie ses bâtiments autour, d'une cour intérieure à laquelle on accède par un passage voûté situé sous les communs (aile Est). Ces communs, transformés aujourd'hui en locaux agricoles, occupent les ailes Est Sud et Nord et ont été transformés de 1820 à 1875. Le corps de bâtiment principal, corps d'habitation, est voûté au rez-de-chaussée; ces voûtes dateraient du XVe siècle. Le premier étage côté nord construit à la fin du XVIe siècle a été remanié en 1820; le côté Sud a été remanié et reconstruit de 1820 à 1876. Les éléments les plus intéressants sont le pigeonnier, le puits à roue ou Noria et la porte début XVIIe siècle. Le pigeonnier à voûte en mitre d'évêque réalisé en pierre de taille vers 1600 avec une échelle tournante intérieure en bois qui est resté dans un état remarquable. Malheureusement la belle salle voûté du rez-de-chaussée, qui constituait la prison de la Seigneurie (dont il subsiste deux carcans fort curieux) a été complètement obstruée par une cuve à vin, hélas en béton armé, et dont la destruction, très coûteuse, ne pouvait être prise en charge par le propriétaire, a été avancé par un maçon qui, dans son jeune âge, avait participé à sa construction. Sous cette cuve se trouve le passage d'un souterrain très long joignant le château lui-même à des dépendances dans la propriété voisine de Pravielle. Selon la tradition orale, il rejoindrait même l'abbaye de Psalmodie. Le puits à roue ou Noria qui est relié par un aqueduc souterrain d'environ cent mètres au Vidourle. Sa réalisation date de 1609. Ses superstructures ont été remaniées sous la restauration, de manière à constituer un vaste bassin alimenté par une vasque de déversement des godets en pierre à la place de l'ancienne auge en bois. La mécanique a été constamment entretenue jusque vers 1920, car il arrosait le jardin potager. Elle peut facilement être constituée grâce aux éléments restants dont la plupart sont tombés au fonds du puits. D'autre part, la balustrade en fer forgé qui bordait l'escalier de visite nécessiterait une remise en état. La chambre froide et l'escalier justifieraient un éclairage électrique. L'alimentation en eau du bassin par un moyen moderne améliorerait à peu de frais la présentation de cet ouvrage au public. Pour des raisons de sécurité, il serait nécessaire de remplacer le grillage horizontal et de placer un portillon à l'entrée de l'escalier. La porte du début du XVIIe siècle, située dans l'aile nord, est l'ancienne porte d'honneur du château. Les pieds droits et l'arc de la porte sont ornés de bossages composés alternativement de tables rectangulaires et de pointes de diamant. Celle-ci est coiffée d'un fronton triangulaire rompu, entre les branches du fronton se trouve une table de pierre. 

 Éléments protégés MH : le corps de logis, le pigeonnier et le parc avec tout son mobilier, les façades et les toitures des communs et de la serre : inscription par arrêté du 8 juin 1995. 

 château de Teillan 30470 Aimargues 

 Téléphone : 06 50 02 22 13

   

Château de Sommières

Le château pourrait remonter au Xe ou XIe siècle. L'histoire de la ville et de l'édifice sont étroitement liées à celle de la maison des Bermond d'Anduze et de Sauve. En 1226, la moitié du château est sous le contrôle du Roi. Les actes de la sénéchaussée de Beaucaire, mentionnent un reconstruction du château en 1228, avec des matériaux pris à l’église voisine. Pierre d’Athies, sénéchal de Beaucaire vers 1240 et Pons Gaucelin, viguier de Sommières, mettent en coupe réglée les localités voisines pour se procurer du bois pour la reconstruction. Les travaux semblent se poursuivre jusqu’en 1261 sous le contrôle du viguier Pierre de Gache. Durant les deux guerres de Religion, en 1573 et 1575, Sommières est alternativement sous domination catholique ou protestante. Le château comprenait deux tours, la deuxième a été détruite lors du premier siège de la ville en 1573. L'importance stratégique du château provenait de sa situation dominant le pont romain, seul point de passage sur Vidourle entre les Cévennes et la mer. Le château est désaffecté en 1809. La tour Bermonde est implantée à l'extrémité sud de l'éperon. La chapelle castrale, datant du début du XIIIe siècle, était érigée au nord, à peu de distance de la porte-tour constituant l'entrée principale. Cependant, le portail a été repris et l'ensemble surélevé et partagé au XVIIIe siècle. L'abside a, toutefois, préservé sa voûte. Du logis qui se dressait entre la tour et cette chapelle, ne subsiste que le mur ouest ainsi qu'une salle voûtée. Les casernes se situaient en face. Elles furent réaménagées au cours du XVIIIe siècle puis divisées en logement après la vente comme bien national. En 1936, la construction de réservoirs d'eau a nécessité de raser une grande partie de ces bâtiments. La tour de Montlaur, au nord de cet ensemble, date aussi très certainement de la fin du XIIIe siècle. Elle fut partiellement anéantie lors du siège de 1573 puis au XIXe siècle. Deux archères de la fin du XIIIe siècle sont observables dans l'enceinte nord en direction de la Vignasse. Les deux tours sont ceintes d'une fortification. Une deuxième enceinte, fortement remaniée, renforce la première et forment des lices. La fortification du plateau situé au Nord, nommé la Vignasse, est postérieure et reliée à l'enceinte castrale : sa porte d'entrée sur le flanc ouest présente un bon état de conservation. Au nord de cette porte, une tour carrée de cette enceinte est visible. La tour qui s'élève au Nord-Est de la Vignasse est préservée mais des remaniements postérieurs ainsi que la végétation rendent son identification peu aisée. 

 Éléments protégés MH : le château en totalité avec ses enceintes, y compris le sol ainsi que les enceintes, le sol et les façades et les toitures de la partie privée du château : inscription par arrêté du 8 septembre 2010. 

 château de Sommières 30250 Sommières 

 Téléphone : 06 46 52 39 52 

 

Château de Saze

La première mention du château (castrum de Sado) en 1157 semble correspondre à la construction par le seigneur Brémond d'Uzès d'une demeure qui jouxte l'église reconstruite au Xe siècle sur les ruines d'un lieu de culte. Le château et le village sont alors entourés d'une enceinte fortifiée. Les albigeois s'emparent de Saze en 1208, le château est incendié. A la reconquête, Saze fait partie de la sénéchaussée d'Uzès, baronnie de Rochefort du Gard, Saze et Esterzarcues. Le Comte d'Uzès vend en 1542 la baronnie de Saze à Olivier de Thézan. La famille de Thézan sera appréciée par la population et restera présente dans la tradition orale du village. Lors des guerres de religion le château et l'église sont incendiés en 1560 par les huguenots. Jacques de Thézan reconquiert Saze en 1573. Il évacue les ruines et reconstruit le château dans le style renaissance avec deux corps de bâtiments en L. L'abside de l'église du Xe siècle est prise dans les dépendances du château. En 1602, construction de l'actuelle église communale. Démolition des remparts en 1636 sur ordre de Richelieu. Les pierres sont réutilisées pour l'édification des murs du château et d'autres édifices du village. Mariage en 1650 de Marie de Thézan avec Antoine Olivier de Castillon marquis de Saint Victor, c'est la dernière de cette famille à avoir possédé le château. La baronnie de Saze est vendue en 1718 à Georges-Joseph de Baroncelli marquis de Javon. La famille de Baroncelli originaire de Florence est alliée au pape Léon X. Moins présente sur le village, elle semble pourtant plus exigeante sur le plan financier. De nombreux litiges l'opposent aux Sazains. Le vin de Saze était déjà réputé excellent et la famille Baroncelli en envoyait à leur relations Parisiennes. Les caves du château où ce vin était conservé sont restées en l'état jusqu'à aujourd'hui. On doit aux Baroncelli la décoration des salles méridionales. Le 1er janvier 1793, la famille Baroncelli vend le château au citoyen Delorme. Le contrat de vente n'autorise que l'occupation du bas du château et des appartements au premier étage du coté nord ainsi que les deux chambres au bout de la galerie et le troisième étage, ceci expliquerait que les salles méridionales n'aient pas été habitées et n'aient pas souffert d'aménagements . La famille Baroncelli a essayé vainement de récupérer son bien après la révolution. De nombreux procès aux archives du Roure en témoignent. Vente du château en 1942 par la famille Delorme à Monsieur Granier et Payan. En 1950 la Commune achète une partie de l'aile méridionale à Monsieur Payan, pour y installer l'école primaire. A cette même époque la fontaine qui alimentait le château et le village a été en partie supprimée. Le château est reconstruit avec deux corps de logis en L. L'angle intérieur est occupé par la tour d'escalier carrée avec l'entrée principale. Par symétrie, à l'est se trouve une tour carrée et les deux sont reliées par une galerie ouverte au sud sur deux niveaux. Le rez-de-chaussée de cette aile, entièrement voûté, est occupé par les services au nord et la galerie au sud qui s'ouvre par trois arcs en plein cintre. A l'étage, la galerie donne accès à des chambres dont le plafond est encore en place et sa toiture repose sur deux colonnes. Face à cette aile est-ouest, se trouvait le jardin et une fontaine : celle ci était située sur la ligne de séparation de la parcelle du jardin et aujourd'hui elle est partagée en deux propriétaires distincts et le jardin a été loti et reste privé. La porte d'entrée est en plein cintre, surmonté d'un fronton arrondi brisé et contenant les armes des Thézan (bûchées) et la date 1589. Cette ouverture est encadrée par deux petites baies surmontées d'un fronton brisé, selon une composition symétrique courante à la fin du XVIe siècle. Les fenêtres de la tour d'escalier sont soulignées par un bandeau mouluré, toutes les autres sont des croisées et au dernier niveau des demi croisées. Certaines au nord ont été fermées en partie (mur ouest) ou totalement (mur nord) mais restent visibles. L'escalier tournant à quatre noyaux pleins est ample et les coquilles d'angle ne sont pas décorées ou portent une simple coquille. La porte d'accès à la galerie du 1er est en place, celle-ci a conservé son sol en terre cuite et son plafond. De la deuxième moitié du XVIIe siècle, après le mariage de Marie de Thézan, datent les aménagements de l'extrémité sud de l'aile nord-sud avec l'escalier droit et les appartements du deuxiéme niveau qui conservent trois belles cheminées à encadrements. Les fenêtres de la façade sud ont été reprises et la façade enduite est sans doute la plus défigurée de l'ensemble. Du XVIIIe siècle datent l'entrée actuelle avec le grand portail sur la place et les deux remises formant un arrondi qui le flanquent de chaque coté. Les entrées en anse de panier de ces remises sont datées 1741 et 1785 et le portail est axé sur la fontaine du village. Les travaux intérieurs concernent l'aile nord-sud entièrement reprise au rez-de-chaussée avec les voûtes plates des deux salles situées au sud et la grande salle au nord avec ses voûtes d'arêtes, sa cheminée et ses stucs. De même les cheminées et les stucs des chambres ouvrant sur la galerie au premier étage datent du XVIIIe siècle (en particulier le salon d'angle sud-est) mais le plafond à la française datant de la construction de 1589 est en place dans la pièce de l'angle nord-est. Il semble aussi que ce soit à cette époque que le rez-de-chaussée de l'ancienne église a été voûté pour en faire une bergerie. La vente au citoyen Delorme n'apporte pas de modifications notables, si ce n'est l'entrée dans le mur de clôture Est (datée 1821) et en face la remise accolée à la chapelle nord du transept. L'ensemble, bien que disparate, garde de très beaux éléments (abside de l'ancienne église, tour d'escalier et entrée, galerie, cheminées XVIIe et XVIIIe siècle), et la commune qui vient de le racheter va le réutiliser (divers projets sont à l'étude). 

 Éléments protégés MH : le château et son assiette foncière à l'exclusion du pavillon récent: inscription par arrêté du 9 décembre 2002. 

 château de Saze 30650 Saze

   

Château de Sardan

La seigneurie fut acquise en 1728 par Pierre Ollivier, bourgeois de Sardan, de "Jean Guillat seigneur de Fesq, Salinelles, Sardan et autres lieux, trésorier de France en la généralité d'Auch" et elle est restée jusqu'à nos jours dans cette famille qui à partir de 1900 s'est appelée Olivier de Sardan. Ce château est situé en bordure du hameau, il s'agit en fait d'une construction du XVIIIe siècle aux belles proportions : trois travées de fenêtres cintrées sur trois niveaux avec quatre rangs de génoises. Au XIXe une travée fut ajoutée à l'ouest puis deux pièces sur un niveau avec terrasse puis sur celle-ci, un étage construit en brique et enfin des communs pour compléter le tout. C'est aussi de la fin du XIXe siècle que datent le jardin en terrasses et les pavillons en brique du parc. La porte d'entrée ainsi que la baie à l'ouest de celle-ci furent reprises en 1822 (la date gravée sur la clef de la fenêtre). Côté sud sur jardin, la façade est moins régulière : la travée de l'escalier reste aveugle, la plupart des baies datent du XIXe et celles du rez-de-chaussée ont été transformées en porte-fenêtre. La distribution en est fort simple : une pièce de chaque côté de l'escalier droit et la porte d'entrée ouvrant directement sur cet escalier. Les pièces du rez-de-chaussée sont voûtées en arêtes et l'une d'elles, celle dont la fenêtre porte la date de 1822, a été décorée par la pose d'un papier peint, un panoramique en grisaille représentant les campagnes des armées françaises en Italie vendu par la fabrique Dufour en 1829. Ce panoramique, nommé aussi "bataille des français en Italie", comporte trente lés : sept pour le passage des Alpes, sept pour l'entrée à Milan, six pour la bataille d'Ercole, cinq pour les français à Rome et cinq pour la prise de Naples. Il a été découpé pour être adapté aux dimensions et à la forme voûtée de la pièce, on remarque ainsi qu'il manque la dernière partie de "la prise de Naples" et que "le passage des Alpes" est placé en deux endroits non contigus mais cela n'affecte en rien sa valeur. De même, la voûte aujourd'hui décroutée laisse voir des moellons inégaux qui forment un contraste affligeant avec la délicatesse du dessin et les nuances de cette grisaille. 

 Éléments protégés MH : le décor intérieur, la pièce du rez-de-chaussée contenant les papiers peints panoramiques: classement par arrêté du 12 décembre 1996. 

 château de Sardan 30260 Sardan

 

Château de Saint Victor la Coste

C'est sur l'emplacement d'un ancien oppidum que le château fort fût construit dès le VIIIe siècle. Favorisé par une position défensive naturelle il fut en outre protégé par un système de fortifications remarquable. Ainsi Saint Victor fut-il choisi par les premiers seigneurs de Sabran comme capitale de leur vaste domaine. Le village et son chateau fort se trouvent à l'origine d'une des familles les plus illustres de la noblesse française, les Sabran. Leur chateau, un des plus forts du midi de la France était environné d'une triple enceinte fortifiée comprenant douze tours et une partie du village. Les comtes de Sabran remplissaient auprès du comte de Toulouse, alors fort puissant, la charge héréditaire de connétable. Plus tard les Sabran, faisant cause commune avec leur suzerain, prirent le parti des Albigeois, battus à Muret, ils furent contraints à rendre hommage à Louis VIII. Ee 1226 ayant pris part au soulèvement, après la défaite ils firent hommage au roi de France pour la ville de Bagnols et le chateau de Saint Victor. Après le soulèvement de 1248, Rostaing de Sabran fut puni et contraint de demander au sénéchal de Beaucaire la destruction des fortifications du chateau. Au XIVe siècle la seigneurerie passa par alliance dans la maison des Montlaur. Louis de Montlaur fut le compagnon de Jeanne d'Arc qu'il accompagna dans les mauvais jours et jusqu'au sacre de Reims. Anne de Poitiers apporta en mariage la seigneurie à Charles de Poitiers. Jehan de Poitiers vendit en 1501 la seigneurerie à Jean de Nicolaï, chancelier du royaume de Naples. Son fils Aimar la vendit en 1541 à Thomas de Gadagne riche banquier florentin. Il légua ses biens à son neveu Thomas surnommé le magnifique. La seigneurerie de Saint Victor passa dans la famille des Domergue. En 1768 Thérèse de Domergue épousa de Rippert d'Alauzier marquis du Barry. Le dernier seigneur de Saint Victor fut Eugène Louis Prosper marquis d'Alauzier qui mourut en 1887. Le 27 janvier 1845 ce dernier vendra le Castellas et tous ses biens sis à saint Victor par acte de Auguste Morel notaire à Pont saint Esprit, à Gabriel Maurice Mathon.

Le castellas de Saint-Victor-la-Coste peut se comparer à ceux de Fressac, de Montalet à Molières-sur-Cèze, de Gicon à Chusclan ou même à l'arque de Baron ou au château de Lédenon (avant les travaux de restauration) pour ne citer que quelques édifices dans le Gard (aussi le castellas d'Aumelas dans l'Hérault). Tous ces châteaux fortifiés du Moyen-Age marquent fortement le paysage de leur silhouette déchiquetée se détachant sur le ciel et régnant sur un territoire assez vaste. En effet, ils dominent tous des collines envahies de végétation et sans aucune habitation (à l'exception de celui de Lédenon qui domine le village) et certains comme c'est le cas ici ont été inscrits comme sites pittoresques. Du premier château, il ne resterait que la chapelle, datable du Xlle siècle et les fortifications, détruites vers 1250, furent reconstruites au cours des XlIIe et XlVe siècles. A Saint-Victor-la-Coste, toutes les enceintes sont visibles et l'on retrouve non seulement l'enceinte principale du château et celle qui protège l'avant-cour mais aussi celle qui relie le castellas au nord du village, celle qui longe l'ancienne église et enfin la dernière qui forme le rempart du vieux bourg et dont trois tours médiévales subsistent, l'une dans une maison privée, l'autre pour porter le clocher de l'église et une autre à moitié en ruines. Cependant, ces tracés ne sont pas visibles en continu ni sur le terrain à cause de la végétation, ni sur le cadastre. Pour ce château, la commune a engagé une procédure d'expropriation pour acquérir le castellas, une stricte délimitation s'impose entre le castellas lui-même et ses diverses enceintes fortifiées qui restent difficiles à délimiter avec précision (à l'exception de la dernière enceinte qui forme le rempart du village et qui est très lisible sur le cadastre). 

 Éléments protégés MH : les ruines du château : inscription par arrêté du 27 mars 1991. 

 château de Saint Victor la Coste 30290 Saint-Victor-la-Coste 

 Téléphone : 06 73 23 96 12

 

Château de Saint Privat

En remontant le cours du Gardon, à partir du Pont du Gard, on suit pendant une demi lieue, le fond d'une vallée étroite dont l'aspect, au dire des artistes et des voyageurs, offre une ressemblance frappante avec les plus beaux sites du Péloponèse. Cette vallée débouche vis-à-vis du château de Saint-Privat, vieille construction dans laquelle on retrouve des vestiges de toutes les époques. Le château est situé dans une position romantique, sur la rive droite de la rivière. En face, sur le bord opposé, se dresse une sorte de falaise de deux cents pieds de haut, splendidement colorée des teintes du couchant, falaise qui porte le nom de Roque-Soumagne ou Mal-Pas. Le château de Saint-Privat, construit sur les ruines de l'abbaye du même nom, a été de tout temps renommé pour les agréments et la beauté de sa situation. Ce lieu a dû même être habité par des familles romaines, ainsi que le témoignent l'existence de quatre pierres sépulcrales et d'une pierre votive, dispersées autour de l'habitation, et plusieurs colonnes provenant d'un édifice romain; ces dernières furent employées, par les fondateurs de l'abbaye, à l'ornementation de leur église, dont il ne reste que la crypte qui sert aujourd'hui de cave. Deux de ces colonnes sont actuellement placées à droite et à gauche de la grille d'entrée; deux autres sont gisantes dans la cour, et leurs chapiteaux ont été dispersés dans le jardin. S'il fallait en croire M. Rivoire, le poète Sidoine Apollinaire, qui fut évêque de Clermont dans la seconde moitié du Ve siècle, aurait dans ses lettres, fait mention de Vers et de Saint-Privat, en ajoutant que ces lieux faisaient de son temps, les délices des familles romaines qui les habitaient. Cette affirmation ne repose sur aucune preuve. Sidoine Apollinaire, dans sa correspondance, cite en effet, pour l'avoir vue et habitée, une maison de plaisance que son parent, Tonance Ferréol, préfet des Gaules de 450 à 453, possédait sur les bords du Gardon. Cette maison de campagne, appelée Prusianum, était située sur la grande voie de Nîmes à Clermont, au pied des Cévennes, à l'endroit désigné aujourd'hui sous le nom de Brésis, sur le territoire et dans le voisinage d'Alais.

 Un diplôme de l'année 1156, concédé à Raymond de Sabran ou de Posquières, évêque d'Uzès, par le roi de France Louis VII le Jeune, confirme les possessions de l'évêché d'Uzès, en les désignant nominativement. Dans cette énumération sont compris le domaine ou tènement de l'Estel; tout le lieu de Valliguières et celui de Melmont et ses dépendances; l'abbaye de Saint-Privat du Gard; le prieuré de Saint-Nicolas de Campagnaco; le lieu ou hameau de Saint-Eugène; etc. Dans le même diplôme, Louis VII confirme les concessions faites par ses prédécesseurs, Raoul et Louis IV, à l'église d'Uzès et reconnaît à ses évêques des droits d'usage et seigneuriaux sur le lieu de Vers. Les évêques d'Uzès ont conservé la seigneurie de Vers jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, mais le domaine de Saint Privat ne tarda pas à tomber en des mains séculières. Nous trouvons, en effet, un Raymond de Saint-Privat parmi les vassaux que Raymond V, comte de Toulouse, donna pour caution de sa promesse le 1er juin 1163, lorsqu'il prit sous sa protection le jeune Bernard Athon VI, vicomte de Nîmes, et qu'il conclut la paix avec Trencavol, oncle paternel du vicomte. Le marquis d'Aubais cite pourtant un Raymond, abbé de Saint-Privat en 1164. On trouve encore dans les chartes Pons de Saint-Privat, le 1er octobre 1180; Rostaing de Saint-Privat, au mois de mars 1190, le 12 juillet 1210 et le 15 des kalendes d'août de la même année; et un autre Pons de Saint-Privat, au mois de mars 1243. Au reste, l'existence d'une famille noble du nom de Saint Privat, occupant le château et ses dépendances sous la suzeraineté des évêques d'Uzès, s'explique parfaitement et ne présente aucune contradiction. On lit dans la Statistique du Gard, que vers 1187, les chrétiens ayant été chassés de Jérusalem par les musulmans, les chevaliers du Temple se répandirent en France, qu'ils y reçurent de Bertrand, évêque d'Uzès, plusieurs dotations, entre autres celle de Saint-Privat et qu'ils conservèrent ce domaine jusqu'au commencement du XIVe siècle, où leur ordre fut supprimé.

 M. Rivoire est, à ce que nous croyons, le seul auteur qui soutienne cette opinion, et il ne cite pas les documents sur lesquels il s'appuie pour avancer ce fait. Nous devons avouer que toutes nos recherches nous ont conduit à admettre, au contraire, que, dans le courant du XIIIe siècle, le domaine de Saint-Privat fut régi par des seigneurs laïques, et Ménard, lui-même, garde le plus profond silence sur l'occupation de Saint-Privat par les Templiers. Quelques-uns croient pouvoir se fonder, pour accepter cette version comme vraie, sur ce que Saint-Privat était un des patrons des chevaliers du Temple. Les faits qui suivent démentent cette opinion. Le 13 janvier 1205, Odol et Ponce de Gaujac, fils de Guilhorme de Gaujac, chevalier du château ou fort de Remoulins, font hommage à Bormond, seigneur d'Uzès et d'Aimargues, du château de Saint Privat, de ses dépendances et de l'île Garonie ou Coasse, située au-dessous du Pont-du-Gard. Par un acte de reconnaissance daté des ides de mars 1248, Arnauld de Saint-Privat confesse tenir de Decan, seigneur d'Uzès, tout ce qu'il possède dans la ville de Vers et son tènement, sous l'albergue de deux chevaliers et ce qu'il tient à titre de fief franc et honoré dans le lieu de Saint Privat. Aux ides de mars 1258, Raymond de Masmolène fait aussi hommage à Decan de tout ce qu'il possède à Saint Privat. Le 6 octobre 1273, Amalric de la Roche, au nom de dame Raymonde, sa femme, reconnaît tenir du même Decan, à titre de fief franc et honoré, la ville de Saint-Privat et ses appartenances. Le 7 des ides de juin 1289, Raymond de la Roche, fils d'Amalric, fait à Jean de la Roche, son frère, donation de la moitié du château de Saint-Privat, sauf réserve des droits du vicomte d'Uzès, suzerain dudit château. Le 16 des kalendes de juillet 1293, Raymond Milon, seigneur de Saint-Privat, baille à titre de nouvel achat ou emphytéose perpétuelle, à Raymond d'Aramon, damoisel, consul des nobles, et Guillaume Auriol, consul des non nobles de Remoulins, agissant au nom de la communauté, une montagne et plaine contiguës appelées la Coasse et situées au-dessous du Pont du Gard.

 Ce qui selon nous, confirme le plus l'opinion que Saint Privat n'a jamais été occupé par les Templiers, c'est que le 3 janvier 1303, à la mort de Milon, sans doute, et six ans avant la suppression de l'ordre du Temple, le tènement de la Coasse tomba en main-morte, fut saisi et passa entre les mains du roi; de sorte que les consuls de Remoulins voulant, plus tard, en obtenir main-levée, durent le 24 mai 1371, payer au sénéchal la somme de cinquante livres pour droit d'amortissement. Cinq ans après la saisie du tènement de la Coasse, nous retrouvons la famille de la Roche investie de la seigneurie de Saint-Privat. En effet, le 19 octobre 1308, certains particuliers de Remoulins et de Vers font, au profit de Brémond de la Roche, seigneur de Saint-Privat, diverses reconnaissances pour quelques pièces de terre situées la plupart dans l'île Garonie ou Coasse. Le 10 octobre 1324, Hermengaud, damoisel et coseigneur de Saint-Privat, fait hommage à Robert, vicomte d'Uzès, de tout ce qu'il possède à Vers sous l'albergue de deux chevaliers et de tout ce qu'il tient à fief franc et honoré dans le lieu de Saint-Privat et dans l'île Garogne (Garoyna), autrement appelée Coasse. Hermengaud avait dû sans doute, après la mort de Brémond de la Roche, épouser Peyronne Raimbaud, veuve de Brémond, car il intervint, avec cette dernière, comme administrateur des biens de Borland de la Roche, damoisel, fils de feu Brémond, dans l'acte de fiançailles de Raymonde de la Roche, soeur dudit Bertrand, avec Guillaume Rabasse, damoisel de Remoulins. Bertrand de la Roche, beau-frère de Guillaume Rabasse eut par la suite une fille, Delphine de la Roche, qui épousa Alzias (Auzias ou Eléazar), vicomte d'Uzès. Le domaine de Saint-Privat devint ainsi la propriété de la maison d'Uzès, qui l'inféoda à Guy de Prohins vers le milieu du XIVe siècle. Guy de Prohins, seigneur de Saint-Privat, était sénéchal de Beaucaire en 1366. Il fut employé contre les Grandes Compagnies et prit part à une action contre les Routiers, le 14 août 1366, près de Montauban. Les troupes royales furent défaites et Guy de Prohins blessé et fait prisonnier.

 Amédée des Baux remplaça Guy dans sa charge de sénéchal de Beaucaire. Guy de Prohins dut rester prisonnier pendant plusieurs années, puisque nous voyons que le 4 octobre 1369, les consuls de Remoulins présentèrent pour bannier de la Coasse, à dame Gailharde de Durfort, épouse de Guy de Prohins, le nommé Jean Christol de Castillou, "ne pouvant le présenter audit seigneur Guy à cause de son absence". La dame de Saint-Privat ayant consulté messire Durand, abbé d'Aniane, et messire Guy de Sarraguac, chevalier de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem, accepta ledit bannier. Il fut convenu dans l'acte que le mas de la Coasse étant détruit, il n'était pas sûr, à cause des troubles du royaume et des hasards de la guerre, de déposer dans ledit mas le montant des gages ou bans perçus par le garde, et que l'argent qui en proviendrait serait porté à Remoulins. Guy de Prohins était de retour à Saint-Privat en 1375, puisqu'il y reçut le 30 octobre de cette année, le serment d'un autre bannier nommé Jean Jacot. Vers l'année 1380, Raymond de Prohins, fils de Guy de Prohins et de Gailharde de Durfort, avait succédé à son père comme seigneur de Saint-Privat. Raymond de Prohins était un pauvre gentilhomme campagnard, n'ayant pour tous revenus que ceux de quelques maigres terres à Remoulins et du domaine de Saint-Privat, qui devait alors être bien minime. Ruiné comme la plupart de ses pareils, tant par de folles dépenses que par les extorsions des mandataires de la royauté, il se mit à la tête d'une bande de révoltés, désignés sous le nom de Tuchins. Au printemps de 1383, Raymond de Prohins, que Ménard appelle Mondon de Prohins, prit de force et par escalade le village de Lédenon et y mit cent lances de garnison, après avoir commis dans ce lieu toutes sortes d'inhumanité, de violences et de pilleries. Maître de cette position, il faisait enlever tout ce qui lui tombait sous la main sur la route de Nîmes, jusqu'aux portes de cette ville et, soutenu par les vicomtes de Turenne et d'Uzès et le bâtard du Cailar, faisait transporter son butin à Beaucaire.

 Les consuls de Lédenon en donnèrent avis à la Cour du Pape. Raymond fut excommunié. Au commencement de décembre de la même année, la bande que dirigeait Raymond et qui s'était établie dans le château de Saint-Quintin près d'Uzès, vint faire des courses dans le territoire de Nîmes, et passa au pied du prieuré de Saint-Nicolas-de-Campagnac, sans en faire le siège. Le pillage et les rapines ne contribuèrent pas à enrichir le seigneur de Saint-Privat, car on le voit à diverses reprises, avoir recours à des expédients pour se procurer les ressources indispensables. En 1383 il intente un misérable procès à la commune de Remoulins, au sujet des limites du droit de pêche sur le Gardon. Le 4 mars 1392, un arrêt du siège présidial de Nîmes le condamne pour avoir enfreint l'acte emphytéotique de 1293, en vendant à divers particuliers de Bezouce les herbages du tènement de la Coasse. Le 20 décembre 1392, Raymond convertit en vente définitive, au profit des habitants de Remoulins, moyennant une somme de 60 livres tournois, le bail perpétuel consenti par Raymond Milon en 1293. Cependant la détresse du seigneur de Saint-Privat était loin de s'amoindrir, car nous le trouvons, le 6 mai 1396, occupé de nouveau à arracher un lambeau de son domaine au profit des habitants de Vers, comme il l'avait fait quatre ans auparavant, au profit de ceux de Remoulins. Les faibles ressources que ces diverses ventes avaient procurées à Raymond furent bientôt absorbées et le mauvais drôle, poursuivi à l'instance de Hugues de Laudun, seigneur de Montfaucon, et de Blanche d'Uzès, sa femme, dont il était le principal débiteur, fut condamné par sentence de la Cour apostolique du Camérier de Rome, de la Cour du petit scel de Montpellier, du Parlement de Languedoc et du Châtelet de Paris, à payer aux époux de Laudun la somme de 212 florins d'or. Poussé jusque dans ses derniers retranchements, Raymond promit, par acte du 6 juillet 1399, de s'exécuter dans un délai fixé; mais le terme arriva, les jours et les mois se passèrent et le seigneur de Saint-Privat trouvait toujours quelque prétexte dilatoire pour éluder les sentences qui pesaient sur lui et retarder le paiement exigé par sa condamnation, et répondait par des insolences aux sommations du Saint-Siège.

 Le chambellan de la Cour apostolique se vit donc obligé, par une ordonnance du 16 février 1400, appuyée par des lettres du sénéchal de Nîmes en date du même jour, de faire procéder à la vente à l'encan de tous les biens que le condamné possédait dans la juridiction de Remoulins. Cette vente eut lieu le 24 mai suivant; Robin de Laye, sergent d'armes de Bezouce, se porta acquéreur des biens de Raymond, pour le compte sans doute, de Jean Folcherand, seigneur de Lussan et lieutenant du sénéchal, car il les lui remit immédiatement après, et ce seigneur se trouva ainsi possesseur, à Remoulins, des biens qui avaient autre fois appartenu à la famille d'Aigremont, et de quelques menus droits sur le port et la juridiction de Remoulins, cédés ensuite aux Rabasse, et qui de là passèrent à la seigneurie de Fournès. La condamnation de Raymond entraîne la confiscation de la terre de Saint-Privat, laquelle retourne à la maison d'Uzès, de qui Raymond et son père la tenaient en fief; Raymond de Prohins, Gailharde de Durfort, sa mère, qui vivait encore, et Guillaume de Prohins, son fils, disparaissent du pays, et dès la première année du XVe siècle, nous trouvons Robert d'Uzès portant, avec ses autres titres, celui de seigneur de Saint-Privat. La terre de Saint-Privat fut l'objet de plusieurs mutations dans le courant du XVe siècle. Robert d'Uzès la vendit le 14 mai 1411 à noble dame Isabelle Reynaud, fille de feu noble Arnaud Reynaud de Montpellier et épouse de Guillaume Sachet, chambellan de très illustre prince le duc de Berry et d'Auvergne, pour le prix de 1.200 écus d'or, chaque écu valant 22 sols 6 deniers tournois, monnaie courante du royaume de France, et sous réserve de l'hommage et serment de fidélité et du baiser de paix dû au seigneur d'Uzès. On mit aussi pour condition que la dame Isabelle ou ses successeurs pourraient céder et bailler, à titre de nouvel achat ou emphytéose, les terres situées dans la juridiction de Saint-Privat, excepté à des clercs, chevaliers, personnes religieuses ou communautés. 

 Cette vente fut ratifiée le 16 mai 1411 par Delphine de la Roche, mère de Robert, par Egidia (Gilette) de Présimac, sa femme, et Pierre d'Uzès, son frère. Raymond de Campis, damoisel de Remoulins, châtelain et bailli de Saint-Privat pour le vicomte d'Uzès, fut remplacé dans ses fonctions par Raymond de la Combelle, qui en prit possession au nom de la dame Isabelle Reynaud. Le domaine ne tarda pas à passer en d'autres mains: le 5 septembre 1423, la dame Sachet, devenue veuve et représentée par noble Jean de Saint-Michel, son procureur fondé, revendit la terre de Saint-Privat à Jean Planterose, vicomte de Pont-Audemer, en Normandie, et à Jean Henry, receveur de Bayeux, moyennant la somme de neuf cents florins, monnaie courante d'Avignon. Le domaine fut partagé entre les deux acquéreurs, qui le possédèrent de concert jusqu'au 13 mars 1451, époque à laquelle Jean Henry, l'un des coseigneurs, fit à Jacques Faret, héritier substitué de noble Perrette de Langres, veuve de noble Jean Jus, donation de la moitié du fief de Saint-Privat, sous réserve de l'usufruit et à la condition que ledit Jacques Faret habiterait, avec sa femme, le château de Saint Privat et aurait pour le donateur les égards et les soins qu'un fils doit à son père. L'acte qui contient cette donation fut dressé dans l'ermitage de la Vallaurière, près de la chapelle. A la mort de Jean Planterose, la succession de ce seigneur, comprenant la moitié du domaine de Saint-Privat, revint faute d'héritier, à la maison suzeraine d'Uzès et fut attribuée en dot à Guiote, soeur du vicomte Jean d'Uzès, lors de son mariage avec Michel de Valpergas, seigneur de Caumont. Le 10 mai 1459 fut passé entre les deux coseigneuresses de Saint-Privat, Guiote d'Uzès et Adélaïde Soyberte, veuve de Jacques Faret, un acte de délimitation duquel il résulte que la dame de Caumont possède, entre autres choses, dans le territoire de Saint-Privat: une terre au quartier de l'Abadye; un casal situé du côté de la chapelle ou église Notre-Dame; une aire contiguë à ladite église, s'étendant jusqu'au Gardon et comprenant tout ce qui existe à partir de l'église du côté de l'orient, jusqu'au grand fossé qui bordait l'ancien mur des fortifications; une certaine motte située près du château, à l'occident, et contiguë à la terre de l'Abadye. Il est en outre stipulé que la partie des fossés du château comprise à l'extrémité du tinal de la dame de Caumont et s'étendant du côté du vent droit (le nord), jusqu'à l'église de Saint-Vérédème, appartient à ladite dame.

 A la fin du XVe siècle, on trouve pour châtelain et co-seigneur de Saint-Privat, comme tenancier de la portion du domaine appartenant à Guiote d'Uzès, un certain Jean des Isles. Guiote d'Uzès dut mourir sans enfants, car nous retrouvons au XVIe siècle la famille de Crussol investie de la portion du domaine de Saint-Privat attribuée en dot à cette dame. Au commencement du XVIe siècle, vivait au château de Saint-Privat, Pierre Faret, fils de ce Jacques Faret qui, en 1451, avait reçu en donation de Jean Henry, coseigneur de Saint-Privat, la moitié du domaine. Devenu veuf, Pierre Faret avait épousé en 1506 et dans un âge déjà avancé, Simonne Blanchon, fille d'un bourgeois d'Uzès; il en eut deux fils et deux filles et mourut dans sa maison de Remoulins, au mois de décembre 1511. Il fit son héritier universel Jacques, son fils aîné; Honorat, son fils cadet, ne reçut, pour sa part, qu'une somme de trois cents florins; mais le père stipula à l'égard de ce dernier, que si parvenu à l'âge convenable, il voulait se destiner à suivre les cours des écoles, son frère Jacques serait obligé de l'y entretenir, nourrir et vêtir selon son rang, jusqu'à ce qu'il eût terminé ses études et qu'il fût pourvu d'une charge qui assurât son existence. Honorat dut être envoyé par son tuteur et son oncle, Jean Blanchon, jurisconsulte d'Uzès, soit à l'université de Montpellier, soit à celle de Toulouse, et c'est là, sans doute, qu'il puisa les principes des nouvelles doctrines qu'il introduisit ensuite dans Remoulins. En 1538, Honorat Faret était parvenu à sa trentième année. Depuis quatre ou cinq ans déjà, il devait avoir terminé ses études et était de retour à Remoulins, y apportant la fougue et l'ardeur de la jeunesse et l'enthousiasme qui anime les partisans des nouveautés. Il se lia étroitement avec le notaire, Loys Colet, qui partageait ses convictions, et ces deux hommes, usant tour à tour de l'ascendant de leur instruction et de l'influence qu'ils devaient à leur position relativement élevée, formèrent dans la commune un noyau d'hérésie qui se développa rapidement. Il est prouvé, par des informations que, vers ce temps là le château de Saint-Privat était devenu l'asile des partisans de la nouvelle religion.

 Par sa position isolée, ce lieu était éminemment propice aux réunions clandestines. Aussi, n'y avait-il pas de ministre venant de Genève qui n'y prit sa retraite et l'on y tenait de fréquentes assemblées. C'était, à ce qu'il parait, une forteresse très sûre à cette époque, et on y avait même, par la suite, ajouté un ravelin. Durant les troubles qui suivirent, les portes en furent toutes murées, à l'exception d'une seule, très petite, qui servait d'entrée au château, mais que l'on ne pouvait franchir qu'avec beaucoup de difficultés, en s'effaçant et pliant les genoux. Le château était en outre constamment gardé par des sentinelles, et les troupes protestantes allaient et venaient sans cesse dans ce lieu. Divers capitaines religionnaires, d'Acier lui-même, et le sénéchal de Grille, y résidèrent souvent. Les témoins ajoutent que le château de Saint-Privat était si fort, qu'il aurait fallu deux mille coups de canon pour l'abattre; et que, d'après le bruit public, la plupart des entreprises et conspirations des partisans de la nouvelle religion s'y étaient tramées et projetées. Vers 1551 les religionnaires des environs, excités par Honorat Faret, démolirent la maison claustrale de Remoulins. Le 23 juin 1555, Antoine de Crussol, vicomte d'Uzès, cède à Jacques Faret, petit-fils de Jacques 1er, "pour le prix et somme de mille escus d'or au soleil et de bon poids, la valeur de chascun escu estant de deux livres six sols, que revient à la somme totale de 2.300 livres tournois, la moitié du château de Saint-Privat et ses dépendances, y compris terroir, place, seigneurie et juridiction haute, moyenne et basse que ledit vicomte a en partage avec ledit Jacques Faret. A partir de cette époque et jusqu'à l'année 1865, la totalité du domaine de Saint-Privat n'a pas cessé d'appartenir à la famille Faret.

 Au printemps de 1564, Catherine de Médicis entreprit, avec son fils Charles IX, alors âgé de quatorze ans, un voyage à travers la France, pour se rendre compte de l'état du royaume et chercher à le pacifier. Ce voyage dura deux ans. Charles IX et sa mère, accompagnés du duc d'Anjou (depuis, Henri III), de Henri de Navarre (depuis, Henri IV), des cardinaux de Bourbon et de Guise, du duc de Longueville, du connétable de Montmorency, du chancelier de Lhospital et de plusieurs autres seigneurs, fit son entrée à Avignon le 24 septembre 1564, et parcourut la Provence. Abel Jouan, dans sa relation du voyage de Charles IX, rapporte que ce roi alla le 12 décembre 1564, visiter le Pont du Gard et dîner à Saint-Privat, où il fut hébergé par le comte de Crussol, seigneur suzerain du domaine. Après le dîner, le roi et sa suite visitèrent le Pont du Gard, puis le roi alla le même soir, coucher à Nîmes. Au mois d'avril 1570, les troupes protestantes, au nombre de quatre à cinq mille hommes, ayant à leur tête l'amiral de Coligny et Henri de Bourbon ou de Navarre, âgé seulement de seize ans, ravagèrent le diocèse d'Uzès. Ils emportèrent d'assaut le château de Saint-Privat, Castillon, Saint-Hilaire et Théziers, qui se rendirent à discrétion. Coligny y fit faire un massacre général des habitants, en sorte que ces villages resteront tout à fait déserts. Jacques II Faret avait épousé en premières noces, le 28 décombre 1550, Sibylle de Forli, dont il eut un fils unique, Pierre, deuxième du nom, qui lui succéda. Pierre II eut de son premier mariage avec Jeanne de Contour un fils du nom de Henri, sieur de Cabanon, qui mourut sans enfants. Pierre II épousa en secondes noces, le 16 mai 1590, Sara de Guerry; c'est par ce mariage que la seigneurie de Fournès et Jalons échut à la famille Faret. Les guerres avec l'Italie et les alliances de la maison de France avec des princesses italiennes avaient, à partir du règne de François 1er, introduit dans la nation française une passion effrénée de luxe, qui ne fit que s'accroître sous les derniers Valois. La simplicité de Henri IV ne modifia en rien l'entraînement général, et le souvenir de l'entrevue du Camp du drap d'or où, tels seigneurs "portèrent leurs moulins, leurs forests et leurs prés sur leurs espaules", fut pendant longtemps l'idéal de la noblesse.

 Pierre Faret et son fils Henri furent du nombre de ceux qui subirent ces changements ruineux, ce sont eux qui firent abattre la plupart des anciennes constructions du château de Saint-Privat, pour l'approprier au goût de leur époque et qui firent élever les bâtiments actuellement existants, compris entre la porte orientale dite Porte Michel-Ange, laquelle fut, dès lors, l'entrée principale, et la petite cour qui, au couchant, précède les cuisines. Grâce à ces modifications importantes, l'air circula plus librement dans les hautes salles voûtées, à travers les larges escaliers et les vastes corridors, et l'habitation de Saint-Privat prit à l'intérieur surtout, un cachet de distinction qui ne l'a point abandonné. Mais les dépenses faites par les Faret père et fils, avaient épuisé leurs capitaux; ils se virent obligés de recourir à des emprunts dont les intérêts ne tardèrent pas à diminuer notablement leurs revenus. Ils furent pendant longtemps et à diverses reprises en butte aux poursuites de leurs créanciers. Après la soumission de Rohan, lors de sa dernière rébellion, sous le ministère de Richelieu en 1629, la paix fut signée à Alais le 28 juin, et mit fin aux dernières guerres de religion. Le roi Louis XIII, victorieux de tous ses ennemis, se dirigea sur Nîmes, à travers le diocèse d'Uzès. Le 30 juin, une ordonnance royale datée de Saint-Chaptes, décidait que la paix accordée aux religionnaires serait publiée à Nîmes. Le 1er juillet, le roi recevait la soumission de la ville d'Uzès et venait coucher à Collias le lendemain. Parti de Collias le 3, il fit passer le Pont du Gard à son armée, vint à minuit coucher à Bezouce, où il établit son camp, y séjourna le 4, fit rédiger le 5 l'acte de proclamation de la pacification qui fut publiée à Nîmes le lendemain 6 juillet, et vint, avec sa suite, prendre son logement au château de Saint-Privat, où tout avait été préparé pour le recevoir. Le 7 juillet il reçut, à Saint-Privat, la soumission des habitants de Nîmes. Le traité de paix fût signé par les religionnaires dans la grande salle du château et l'on procéda au règlement des otages qui furent cédés au roi, au nombre de douze, comme garantie de la foi promise.

 Les noms de ces otages furent inscrits au bas de la minute de l'ordonnance de Saint-Chaptes du 30 juin, suivie de la proclamation de Bezouce du 5 juillet: "Trescol, advocat. Carlot. Gonoyer. Jacques Rozel. Bastido, advocat. Crégut. Petit, advocat. Fabrot, marchand. Jacques Bonnal. Carbonnel, bourgeois. Sayard, marchand. Bonhomme, advocat. Les nommés cy dessus sont les ostages de la ville de Nismes que le Roy veult avoir. Faict à Saint-Privat, le 7 juillet 1629. Le cardinal de Richelieu". Le roi retourna à Uzès le 10 juillet, y séjourna jusqu'au 14 et fit ce jour-là, son entrée dans Nîmes, où il fut reçu avec de grandes acclamations. Il ne resta qu'un jour dans cette ville, vint coucher le 15 à Montfrin; prit pendant quelques jours les eaux de la fontaine de Moynes et poursuivit ensuite son chemin par Lyon, pour retourner à Paris. A dater de cette époque, la destinée du château de Saint-Privat ne présente plus aucun intérêt historique; les seigneurs qui s'y succèdent sont Pierre II, qui eut de son mariage avec Sara de Guerry, deux enfants dont Charles 1er, qui suit; et Bernardine. Pierre II mourut en 1622. Charles 1er son fils, qualifié des titres de seigneur de Saint-Privat, Fournès et Jalons, épousa le 9 novembre 1619, Jeanne de Launay, de Picheran, d'Entraigues, dont il eut huit enfants et mourut en 1638. Il eut pour successeur son fils Alexandre, qui épousa Isabeau Dupuy de Montbrun, et fut décapité à Paris le 5 novembre 1680, laissant une fille unique, Isabeau-Marguerite, morte empoisonnée le 13 novembre 1681, à l'âge de vingt-deux ans. Alexandre est le premier seigneur de Saint-Privat qui se qualifie des titres de marquis de Saint-Privat, Fournès, Jalons et Montfrin. Charles II succéda par substitution à son frère Alexandre. Il épousa en 1683, Anne de Ginestous, dame de Moissac, et mourut le 13 août 1714. Comme nouvellement converti, les prêtres catholiques lui refusèrent les sacrements et la mise en terre sainte. Jean, son fils, lui succéda.

 Jean Faret, seigneur de Saint-Privat et de Fournès, comte de Faret par l'érection de la terre de Moissac, en vertu de lettres patentes de l'année 1744, autorisant mutation du nom de la seigneurie de Moissac en celui de comté de Faret, épouse, en 1749, au château de Candiac, Hervée Macrine de Montcalm-Saint-Véran, et meurt à Montpellier le 6 novembre 1749, laissant une fille posthume, née le 21 novembre 1749 et morte le 5 juillet 1751. Son frère Jean Henri lui succède. Jean Henri, auteur de la branche bâtarde, épouse Marie Louise-Elisabeth de Gabriac, du Bourg Saint Andéol. De ce mariage naît une fille unique, Marie-Anne Faret, qui épouse en 1773, Jean-Louis-Charles-François de Marsane Saint Geniès, de Montélimart. Jean Henri meurt à Toulouse le 16 juillet 1762, père de quatre enfants illégitimes, dont trois filles et un fils qui fut adopté par sa veuve, sous le nom de Jules Marie Henri Faret. Jules Marie Henri Faret, comte de Faret, marquis de Fournès, colonel du régiment royal de Champagne-cavalerie, maréchal de camp, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, seigneur de Saint-Prifat-du-Gard, Saint-Jean-de-Maruéjols et autres places, conseiller du roi en ses conseils, 90e et dernier sénéchal de Beaucaire et de Nîmes, député de la noblesse de Nîmes aux États-Généraux de 1789; né à Toulouse le 13 janvier 1752, mort au château de Saint-Privat le 22 décembre 1826 et inhumé dans le caveau de la chapelle, avait épousé Philippine de Broglie, qui lui donna deux enfants dont Alexandre; et Fulvie qui épousa M. le marquis de Rennepont. Alexandre-Auguste-Louis-Philippe-Jules Faret, marquis de Fournès, seigneur de Saint-Privat, membre du conseil général du Gard, né à Paris en 1786, mort le 21 août 1844 à Saint-Privat, épousa Ambroisine-Amanda d'Héricy. Il en eut trois enfants dont Arthur-Henri Faret, marquis de Fournès, né à Saint-Privat le 27 novembre 1823 et qui a épousé Mademoiselle Riquet de Caraman; 2° Robert-Ambroise Faret, comte de Fournès, né à Montpellier en décembre 1826 et qui a épousé Mademoiselle de Mathan, fille de M. le comte de Mathan, ancien pair de France; 3° Ferdinand-Philippe, mort en 1845 en Normandie, à l'âge d'environ dix ans. Le domaine de Saint-Privat, qui avait échu en partage à M. le comte Robert de Fournès, est devenu, en 1865, la propriété de M. Calderon au milieu du XIXe siècle.

 De la rive droite du Gardon, il suffit de dépasser d'un kilomètre le Pont du Gard vers l'amont pour, franchie une grille, trouver un chemin qui bientôt bifurque à gauche vers le château. Devant l'entrée du château, au sud de ce dernier, à gauche d'une esplanade ombragée, la chapelle Saint-Vérédème rappellerait la dédicace de l'ancienne église disparue, mais cette chapelle est entièrement moderne. En pénétrant dans la cour, on laisse à gauche une construction de plan triangulaire, abritant des communs dont la forme singulière est peut-être due à la conservation de soubassements anciens, vestiges de la chemise fortifiée. A droite, c'est une tour isolée, dite "tour de guet". L'étage supérieur de cette tour barlongue est muni d'une série de corbeaux quadruples supportant des arcatures. Au-dessus de ces mâchicoulis, les murs du chemin de ronde sont percés de petites ouvertures à mousquets ou arquebuses. Au pied de la façade sud-ouest, une partie en saillie présente des parements à bossages rectangulaires. Le reste de la construction est visiblement plaqué contre cette partie ancienne. Près de la base d'un bâtiment adjacent a été scellé un autel, d'époque gallo-romaine. La salle basse de la tour est voûtée d'un berceau brisé, d'axe nord-ouest sud-est. A sept mètres au nord, se trouve la courte façade d'une aile (bâtie du temps de M. Rouché) destinée à l'habitation et limitant la cour à l'est. Au pied de cette façade se trouve un autre autel ou cippe. Pour prendre connaissance de la façade orientale de cette aile, il convient de revenir en arrière, de ressortir de la cour et de s'engager, en contrebas, sur le chemin de la ferme. Ce chemin est bordé par un mur de soutènement avec des arcades successives, d'âges divers, murées pour la plupart. Au-dessus de ce mur on voit l'ensemble des façades Est, lesquelles englobent une ancienne tour carrée, dont les encorbellements sont restés dégagés. Comme à la tour de guet, ce sont des corbeaux quadruples (mais aux listels très peu saillants) supportant de petits arcs à mâchicoulis; au-dessus, le mur du chemin de ronde est fendu de longues archères à étriers médians; l'arasement des parties supérieures des merlons a fait disparaître le haut de ces archères.

 Revenant à la cour intérieure, l'aile Est se trouve séparée par un passage de 6m,20 des bâtiments formant le corps central, que l'on aborde par une autre tour carrée, dite "donjon". Posée de biais par rapport aux bâtiments adjacents, cette tour présente une base fortement talutée et mesure cinq mètres de côté, les encorbellements de son couronnement sont composés de corbeaux quadruples, sur lesquels les petits arcs des mâchicoulis ne reposent pas directement, mais par l'intermédiaire d'une pierre taillée en forme d'imposte, biseautée latéralement. L'étage situé au-dessous a été aménagé en pigeonnier. A la base de cette tour, du côté Est, un arc en forme d'enfeu abrite une coquille. Un peu plus haut, la façade est percée d'une fenêtre étroite, encadrée de pilastres nus à chapiteaux ioniques ornés d'oves, architrave et frise bombée supportant un fronton triangulaire. A droite, s'élèvent des bâtiments disparates, mais anciens, dont les murs de retour, face au sud et à l'est, supportent une guette d'angle, dont ne subsistent que les encadrements, quadruples également, supportant deux arcs; ce petit ouvrage se trouve à peu près de niveau avec la fenêtre à fronton, c'est-à-dire à mi-hauteur de la tour. Les autres façades méridionales sur cour n'offrant que peu d'intérêt, en raison des remaniements subis. Le passage découvert situé entre le corps central et l'aile Est, là près de l'angle avec le bâtiment transversal, on découvre une magnifique porte d'entrée à bossages, accostée d'une fenêtre identiquement décorée. Ces ouvertures ne sont pas de plain-pied, soit que le niveau de la cour eût été abaissé. Actuellement, la porte n'est pas inaccessible, mais on n'y parvient que par un étroit escalier, débouchant sur une minuscule galerie. Le fronton circulaire rompu, au-dessus de la porte, encadre un petit tabernacle à fronton arrondi; le blason qui en occupait le centre a disparu. Sur la même façade, les étages supérieurs possédaient aussi des fenêtres décorées, l'une visible, quoique murée, au premier étage et, au deuxième étage, une autre bien conservée, les pilastres d'encadrements bagués et décorés de feuillages découpés rappelant encore le flamboyant, d'entrelacs géométriques, de volutes, les chapiteaux ioniques dont le gorgerin et l'échine sont ornés d'oves, le balustre cannelé. Au-dessus, la haute frise, divisée en compartiments par des diglyphes, présente rosaces et feuillages; l'allège elle-même chargée d'entrelacs, entre deux consoles d'acanthe soulignées de gouttes. Sur cette façade, il faut signaler la mitre de cheminée, en pierre, s'élevant un peu en arrière, coiffure conique sur un cylindre ajouré de six arcs.

 Les mutilations résultant des constructions plus récentes, ne se sont pas bornées à l'extérieur; au-dedans aussi, derrière la grande porte à bossages, on constate que des murs et cloisons ont "mangé" ce qui correspondait au piédroit nord; toutefois, face à cette entrée délaissée, ont été conservées deux travées d'un passage voûté sous coupoles, dont les arcs doubleaux présentent aussi des bossages en trémie. Autres témoins du même style, mais moins sûrs parce que dans une partie très habilement restaurée, des arcs à bossages divisent en compartiments voûtés d'arêtes un couloir perpendiculaire au précédant, situé face à l'entrée actuelle sud et donnant accès au grand escalier. Même si ces arcs sont d'époque, ceux de l'escalier ne le sont certainement pas, étant hors d'échelle, d'autant plus que ce bel escalier sur arcs et piliers a été exécuté dans le style encastré et muni d'une agréable, mais récente, ferronnerie. S'il subsistait quelques doutes, ils disparaîtraient à l'étage supérieur, ou l'on retrouve une volée ancienne, étroite, construite sous berceau rampant appareillé, débouchant sous les mêmes arcs à bossages, demeurés de proportions normales. Bien qu'il ne reste que quelques témoins : une grande porte, une croisée, quelques fenêtres, des arcs et une volée rampante d'escalier, de ce style homogène, la beauté de ces éléments épars permet d'imaginer ce que devait être la résidence seigneuriale que fit construire l'opulent Pierre II de Faret dans les dernières années du XVIe siècle, car l'aspect de la façade orientale se restitue assez aisément dans son ensemble, grâce aux traces laissées par les baies murées, l'étage de base séparé du premier étage par un double bandeau continu, très larege, des fenêtres très décorées quoique étroites, un décor intérieur parfaitement adapté. Mais il reste au sud très peu de traces de cette campagne, aucune au nord où tout a été repris plus tard, rien de visible du dehors à l'ouest, mais peut-être de ce côté la résidence s'appuyait-elle contre le mur fortifié très épais, existant là depuis le moyen âge. 

 Après avoir constaté les oblitérations apportées par le bâtiment transversal, il faut remarquer que cette construction du XVIIIe siècle présente d'agréables proportions et complète, heureusement, au moins du côté des jardins, l'ensemble des façades nord. C'est de ce côté en effet que s'est porté tout l'effort de cette importante campagne, ayant abouti à créer, à côté d'un parc boisé, un grand jardin fleuri en contre-bas, le parc au-devant de la façade principale, le jardin devant l'aile latérale de hauteur moindre. On peut accéder directement au jardin du bas en partant de la cour et descendant un degré en arc de cercle, pour traverser le bâtiment par un passage voûté d'arêtes. C'est tout au fond de ce jardin que M. Rouché a fait construire une orangerie. Le bâtiment latéral, de même que la façade principale sont délimités verticalement par des chaînes à refends, percés de hautes fenêtres, les niveaux soulignés par des bandeaux. L'étage supérieur de la grande façade, établi en retraite, aurait été ajouté assez récemment, dit-on, quoique rien dans l'aspect et la patine de la pierre ne montre une différence. L'angle nord-ouest est calé contre une tour carrée, dont les superstructures et les créneaux sont manifestement modernes, aucun indice visible ne permettant de présumer de l'ancienneté des bases, ancienneté possible, en raison de la situation de la tour. Située à 300 mètres au nord du château et accessible par le chemin, la ferme enserre une longue cour étroite entre deux bâtiments que relie une construction transversale, à usage de grenier à fourrage. Dans l'angle nord-est, s'élève une tour carrée couronnée de merlons d'âge incertain. Les étages sont éclairés par des fenêtres simples, chacune divisée en deux par un meneau vertical sans décor.

 Éléments protégés MH: le château, à l'exception des pièces classées; la tour isolée; la cour d'honneur avec son sous-sol et l'aile est en contrebas, dite des caves: inscription par arrêté du 1er septembre 1992. Dans le château, les trois pièces décorées de boiseries du XVIIIe siècle: le salon des échos, la salle des Gardes ouvrant sur la façade nord, le salon de la Paix (ou salon des quatre cheminées); la chapelle avec son décor; l'enclos muré situé derrière la chapelle; l'avant-parc avec les douves; le parc ou terrasse haute avec les douves, les murs de soutènement ainsi que le bassin et l'ensemble de la statuaire; le jardin ou terrasse basse avec sa porte d'entrée dite porte des fleurs, les murs de soutènement, la statuaire ainsi que l'orangerie et le nymphée; le moulin et son bief; la ferme fortifiée; l'ancienne magnanerie accolée à un bâtiment de logements dit l'ancienne métairie et la serre située face au potager, ainsi que le potager; la glacière; le sol de l'ensemble des parcelles du domaine: classement par arrêté du 17 février 1995.

 château de Saint Privat 30210 Vers-Pont-du-Gard

 

Château de Saint Maximin

Ce village situé tout près d'Uzès domine la petite vallée de l'Alzon et a conservé une partie de son enceinte médiévale où l'on remarque un appareil en arêtes de poisson. Ce rempart forme l'angle nord-ouest du château dont la masse imposante se voit de loin. Le château est mentionné dès 1096 et fut cédé en 1156 par le roi à l'évêché d'Uzès; au milieu du XVIe siècle, il appartenait à la famille de Thézan qui l'arrentait en s'en réservant un"quartier pour y habiter quand bon lui semblera". La terre et la seigneurie seront vendues en 1714 à Antoine Sconin (neveu du chanoine Sconin prieur de Saint Maximin qui est l'oncle de Racine) et reste dans cette famille jusqu'en 1776, date de la vente à Alexis de Laplace, conseiller et secrétaire du roi; le château sera revendu en 1829 à Louis Martin Duclap et passera par mariage à Charles Goirand de Labaume, premier président de la cour impériale de Montpellier. L'édifice se compose de deux parties bien distinctes : la partie Est avec le petit logis situé en face datent du moyen-âge mais résultent de plusieurs campagnes de construction, et la partie ouest, formant une sorte de bâtiment cubique, date du début du XVIIIe siècle, sans doute entre 1714 et 1729 puisque l'acte de 1714 décrit "un vieux château presque ruiné et hors de pouvoir être habité que par des rentiers" alors que dans son testament écrit en 1729, Antoine Sconin parle de "la seigneurie de Saint Maximin avec tous les bâtiments anciens et nouveaux que j'y ai fait faire". Les constructions les plus anciennes sont formés par la tour et le corps d'habitation situé au sud-est (fin Xlle ou début XIIIe siècle) puis par le corps de bâtiment les joignant avec une galerie sans doute en bois du XlVe siècle, avec des portes à linteaux et des restes de peinture sur une baie. Des traces de peintures du XlVe siècle sont également visibles dans la pièce dite la chapelle au premier étage de la tour. Au cours du XVe siècle, cette galerie sera agrandie et reconstruite en dur avec des croisées à meneaux en façade tandis que l'ancienne façade reste visible dans la galerie de circulation.

A la fin du XVIe ou au début du XVIIe siècle, des améliorations furent apportées à ce corps de bâtiment, en particulier l'ouverture de deux fenêtres à pilastres sur l'arrière, semblant indiquer que la cour de la maison presbytérale voisine appartenait au même propriétaire. Au XVIIIe siècle, avec l'achat par les Sconin, un grand projet de reconstruction se met en place : un château neuf est construit dans l'angle sud-ouest et relié à l'ancien par un grand porche, mais l'ordonnance de la façade avec en particulier l'avant-corps central montre la volonté d'uniformiser toute cette façade, projet inachevé où le rythme du nouveau château est seulement simulé sur l'enduit de la partie Est. Cette construction présente des éléments archaïsants tels que des gargouilles en façade ou le grand escalier mais les fenêtres en arc segmentaire et les voûtes en arc de cloître de tous les salons du rez-de-chaussée et du premier étage semblent appartenir à la construction d'Antoine Sconin après son achat en 1714. Les maladresses visibles dans l'escalier ne doivent pas occulter la grande qualité de cette construction du XVIIIe siècle; de même, la partie médiévale présente un grand intérêt avec en particulier sa galerie matérialisée dans ses deux aspects, celui du XlVe siècle avec sa structure en bois disparue et la réalisation plus tardive que nous voyons aujourd'hui. Enfin, la construction d'une piscine dans la cour intérieure (invisible depuis le porche) ne doit pas masquer l'intérêt de l'ensemble. 

 Éléments protégés MH : le château (à l'exception du sol de la cour intérieure), cour d'entrée et la petite maison située en face du château: inscription par arrêté du 28 janvier 1997. 

 château de Saint Maximin 30700 Saint Maximin 

Château de Saint-Laurent-le-Minier

Le château de Saint-Laurent-le-Minier est situé dans un cadre privilégié, non loin des gorges de la Vis. C'est d'un pont qui enjambe deux rivières, la Vis et la Creuze, que l'on aperçoit le mieux le château,situé sur une sorte de promontoire s'avançant en proue de navire à la jonction de ces deux vallées très encaissées. De plus, la hauteur des toits brisés des deux pavillons d'angle couverts de tuiles en écaille vernissées noires imitant l'ardoise et le jardin ordonnancé qui s'étend jusqu'à la rivière attire l'attention sur lui. L'entrée du château se fait au nord; de ce côté-là il présente un corps central encadré par les avant-corps deux pavillons tandis que côté jardin les ailes prolongeant ces pavillons forment une saillie plus importante. A cette construction s'ajoutèrent à l'est et à l'ouest des terrasses portées sur des voûtes et au sud l'aménagement du jardin avec la création de la cascade et tout un remarquable système hydraulique d'adduction d'eau. Ainsi cette réalisation du début du XVIIIe siècle complète admirablement le château construit vers 1665 en amplifiant l'axe central déjà sensible dans le plan : en effet, le nymphée situé au nord constitue le point de départ de cet axe qui se poursuit par la porte d'entrée et la porte-fenêtre du château jusque dans le jardin puis le long de l'allée centrale pour aboutir en quelque sorte par-delà la route à la cascade qui clôt magistralement ce parcours et conduit le regard vers les montagnes environnantes. A l'est du nymphée part une allée conduisant à l'ancienne orangerie (que de nombreux textes mentionnent) transformée aujourd'hui en habitation.

Il n'existe pas de grand escalier d'honneur dans ce château puisque l'étage "noble" se trouve au rez-de-chaussée. Actuellement, on retrouve plusieurs escaliers modernes dont un reste probablement à l'emplacement d'un ancien escalier à vis (il est encore visible dans les caves et se situe à la jonction entre le corps central et le pavillon ouest). Le plus étonnant, dans cette construction, reste non pas sa couverture de tuiles en écaille vernissées noires, car elles étaient alors employées assez fréquemment pour rappeler l'ardoise mais bien plutôt son système de couvrement. En effet, les toits brisés des pavillons à la Mansart reposent sur des voûtes en arc-de-cloître construites en brique et sur lesquelles une charpente sommaire s'appuie au moyen de simples béquilles. Ce dispositif a disparu en partie sur la tour Est à la suite d'un récent incendie. Ces voûtes nécessitent des murs épais, ainsi la technique la plus couramment utilisée consiste en fausses voûtes bâties en matériaux légers, lattis et plâtre, tandis que le véritable support de la toiture se fait grâce à une charpente assemblée en entrais, arbalétriers et poinçon. Ici, l'emploi de la voûte ne s'explique guère sinon en supposant que les artisans locaux maîtrisent mal la technique de la charpente. La couverture du corps central se présente de nos jours à deux pentes recouvertes de tuiles canal. La faîtière et les six poutres horizontales qui supportent la toiture sont encastrées dans les deux murs de refends formant pignons dans les combles. Ces murs délimitent le grand salon central et divisent le couvrement en trois voûtes en arc-de-cloître : celle du milieu, en arc-de-cloître déprimé, se voit toujours puisque le grand salon occupe toute la hauteur du bâtiment; quant aux deux autres, elles sont reconnaissables à l'étage bien que la division en chambres ait morcelé l'espace.

Il est étonnant que cette division tripartite ne se retrouve pas au niveau de la toiture par une surélévation de la pièce centrale comme c'était le cas pour de nombreux châteaux construits par François Mansart ou Le Vau. Il est aussi étrange que de fausses lucarnes se détachent sur le ciel alors que leur silhouette évoque l'architecture nordique où les toits en pente permettent de créer des combles éclairés. Ici, leur couronnement à fronton brisé et à boule forment des motifs d'amortissement mais la travée centrale se distingue : en effet, deux pots-à-feu encadrent un mur nu bordé de pilastres aux chapiteaux ioniques et surmonté d'un fronton brisé que deux ailerons en volute semblent conforter. Ce motif se retrouve sur le nymphée et date donc peut-être du début du XVIIIe siècle, moment de l'aménagement du jardin avec le nymphée, la cascade et l'ensemble du système hydraulique. Les façades ont sans doute été modifiées car il semble étonnant que la division tripartite du corps principal ne soit pas traduite en élévation. De même, toutes les ouvertures paraissent avoir été remaniées et seules les fausses lucarnes ainsi que certaines "bâtardes" rappellent les années 1665. L'intérieur du château, conçu de manière tripartite, comprend au centre un grand salon à l'italienne qui occupe toute la hauteur de l'édifice. Malgré les remaniements effectués au XIXe siècle (reprise des modénatures,des chapiteaux et des peintures) le volume est resté intact. Cet espace est éclairé au sud et "au nord par trois ouvertures dont une porte (et une porte-fenêtre) au centre qui reprennent le rythme tripartite. Une peinture mythologique en orne le plafond tandis que deux médaillons ovales décorent les murs est et ouest. Une autre pièce, située au nord-est de ce salon et nommée l'oratoire, a conservé son décor de stuc : les murs sont rythmés par des pilastres cannelés ioniques et des panneaux, nus ou garnis de guirlandes de fleurs, la corniche saillante est ornée de modillons et d'une frise, le plafond est compartimenté mais nu.

Le jardin s'étend au sud et son mur de clôture repose sur les rochers de la rivière. Il est aménagé en terrasses car le terrain présente un important dénivelé. Les murs de soutènement sont interrompus par deux escaliers; l'un à double volée droite, l'autre à double volée courbe, qui sont ponctués de statues (chiens, sphinges et corbeilles de fleurs) et qui délimitent deux plates-formes: la première est occupée latéralement par deux bassins circulaires tandis que l'autre est coursée par l'allée centrale de buis qui conduit au bassin polygonal, point d'orgue de cette composition. Un autre escalier à degrés convexes permet d'accéder latéralement au parc qui s'étend jusqu'à la rivière . De là, on peut aussi remonter vers le château et passer sous les voûtes en berceau de la terrasse Est et voir l'axe en bois, seul reste de la grande roue élévatrice à godets qui se trouvait là. Celle-ci mentionnée dès 1722 dans les textes, constituait avec ses sept mètres de diamètre un des éléments les plus spectaculaires du système hydraulique d'adduction d'eau. Ce dernier visible par les conduites, les canaux et l'aqueduc qui longe la rivière en amont du pont présente une grande originalité et semble avoir avoir été mis en même temps que l'aménagement du jardin, la création du nymphée et de la cascade, au début du XVIIIe siècle, par un des membres de la famille propriétaire, les Sarret, conseille par l'ingénieur de La Blottière. Tout-à-fait à l'opposé du jardin et du parc, sur la cour nord se trouvent le grand nymphée alimenté par les réservoirs et le départ de l'allée conduisant à l'orangerie. C'est sans doute a ce niveau-la que devait s'élever le portail de Giral dont il ne reste qu'un des piédroits mais dont nous avons la trace dans les archives par un texte de 1768. L'orangerie présentait trois arcades plein-cintre et était voûtée en arêtes: bien que sa transformation en habitation ait masqué l'arcade Est, son volume est demeuré intact. 

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures, avec le salon central situé au rez-de-chaussée; le jardin avec les sculptures, le nymphée, l'aqueduc et le système hydraulique : inscription par arrêté du 6 janvier 1988. 

 château de Saint Laurent le Minier 30440 Saint-Laurent-le-Minier

 

Château de Saint Hippolyte de Caton

Les origines de ce château sont mal connues mais il a appartenu au duché d'Uzès puis deux grandes familles ont marqué son histoire. En effet, de la famille Delom de Bussas, il entre par mariage en 1488 dans la famille des Montolieu ou Montoulieu. Ceux-ci l'ont gardé jusqu'à la Révolution et sont donc à l'origine de nombreux travaux, dont la construction de l'aile sur jardin en 1724. Puis les Dhombres l'achètent en 1804 et l'ont transmis de manière indirecte jusqu'aux propriétaires actuels : ceux-ci ont conservé les archives familiales et celles du château, y compris les plans de 1724. La famille de Montoulieu, vieille famille noble, s'est particulièrement illustrée dans les métiers d'armes, mais sa conversion au protestantisme a entraîné le départ de Pierre avec ses enfants en Suisse et surtout le brûlement des deux châteaux (Montoulieu et Saint Hippolyte) en 1703. Parmi les Dhombres Firmas, le baron Louis Augustin (1776-1859) est le plus connu: il a été maire d'Ales (comme son père qui avait acheté le château) et fut un grand scientifique : membre de la société d'Agriculture, il correspondait avec de nombreuses sociétés savantes, a fait des voyages scientifiques en Europe et a beaucoup publié, en particulier sur la météorologie, sur la géographie, la minéralogie, la géologie la paléontologie, la botanique. Il a aussi publié des ouvrages sur ses oncles, le professeur à l'école de médecine de Montpellier Boissier de Sauvage et l'abbé Augustin de Boissier de Sauvage. Il a institué un majorât afin d'aliéner son titre à la propriété de Saint Hippolyte. Il s'est aussi occupé de son domaine, l'a agrandi et a planté le parc que l'on voit aujourd'hui.

Le plan cadastral de 1830 (qui nous donne le plan au sol du château acheté par les Dhombres en 1804) et le plan actuel sont identiques : une cour d'honneur carrée et régulière avec l'escalier en vis dans l'angle nord-est, une grande basse cour à l'ouest et une aile Est avec terrasse donnant sur le jardin. Cette aile déborde du quadrilatère initial. Un plan terrier non daté mais vraisemblablement de la fin du XVIIe siècle montre que l'aile Est était bordée par une rue publique qui séparait donc le château de son jardin, situation confirmée par l'acte de 1539. Cette rue fut inféodée et se trouve à peu près sous la terrasse actuelle. Une importante campagne de travaux eut lieu en 1724, provoquée sans doute par le brûlement de 1703, elle est documentée grâce aux plans conservés par les propriétaires actuels. Ces plans montrent l'état en 1724 avec les différentes propositions pour agrandir et surtout régulariser le château. Sur un "brouillard", est indiquée l'utilisation des pièces : ainsi la partie la plus à l'ouest le long de la place publique est appelée écurie neuve, l'aile est qui fut démolie contenait la cuisine avec en face de la cour des caves et l'office ; l'entrée de la citerne située sous la cour est encore en place mais le plus intéressant est sans doute la représentation du porche qui permettait l'entrée dans les deux cours. Celui-ci a été fermé et ne conduit plus qu'à la cour d'honneur. Un des problèmes majeurs de l'agrandissement du château était l'escalier car le conserver dans l'angle rendait impossible une symétrie parfaite : un des plans montre le portail aligné sur la porte de l'escalier dans un quadrilatère, mais la façade d'entrée est dissymétrique.

Les plans montrent un château carré avec quatre tours carrées aux angles et un grand escalier rampe sur rampe au centre de la cour. La solution la moins onéreuse consistait à prolonger l'aile ouest au nord et à la réaménager sans toucher aux murs-maîtres, ce qui laissait la cour irrégulière. En fait, c'est une solution intermédiaire qu'ont choisie les propriétaires en gardant l'escalier à vis mais en démolissant complètement l'aile Est pour la reconstruire parallèle à l'aile ouest et ainsi régulariser le mur Est de la cour. De plus, l'intégration de l'escalier hors œuvre dans un nouveau bâtiment rendait la cour régulière. Cependant tous les plans proposaient une aile Est aux dimensions du château existant alors que, vu l'état actuel du bâtiment, les propriétaires ont décidé d'aller au delà de cette proposition, privilégiant une belle façade sur jardin au détriment de la façade sur rue qui présente un retour. Cette solution n'était possible qu'avec l'inféodation de la rue et cela leur a permis de disposer d'une véritable enfilade de salons coté jardin : un petit salon central (qui sert aussi de vestibule si l'on entre par la terrasse) et un grand salon carré (avec deux fenêtres) de chaque coté avec boudoir attenant. Évidemment, l'escalier à vis se trouve mal articulé à cet ensemble et l'éventualité d'un grand escalier à cage ouverte avait été évoqué puisqu'on le retrouve sur un des plans mais le choix s'est finalement porté sur une entrée par la terrasse sur jardin, permettant d'évacuer ce problème de la porte de l'escalier située sur la diagonale et non dans l'axe du portail sur rue.

L'état le plus ancien de cette construction se voit sur l'aile séparant les deux cours et son retour au Nord. L'aile Est a disparu lors les travaux du XVIIIe siècle et l'aile Nord a été doublée par un bâtiment coté cour. Le mur Ouest (donnant sur la cour des communs) était crénelé et construit en bel appareil : les créneaux apparaissent dans la maçonnerie du mur sous la surélévation construite en moellons. Il semble qu'il y ait eu ensuite des travaux au début du XVIe siècle (quand le château passe aux Montoulieu) car dans l'acte de partage de 1539, il est question d'une "maison neuve": cela pourrait correspondre à l'escalier en vis hors-œuvre avec ses bouches à canon et les piédroits de sa porte en plein cintre et peut-être à l'aile Est qui a complètement disparue avec les travaux de 1724. La demi croisée visible dans le mur ouest de la cour pourrait également dater de cette époque mais les autres demi croisées sont postérieures et ont été faites par symétrie avec celle-ci. Il est plus difficile de situer les deux tours avec culs de lampe, mentionnées dans un document de 1711, car elles ont totalement disparues lors des travaux du XVIIIe siècle. Cette aile sud a été bouleversée par les travaux du XVIIIe et reprise au XIXe siècle : les tours semblent avoir été englobées dans la façade et mises au niveau de la construction neuve. Sur l'ensemble des bâtiments, la hauteur fut reprise pour s'uniformiser avec celle de l'aile Est. Les travaux du XVIIIe siècle sur cour se sont harmonisés avec l'existant mais l'élévation sur jardin de deux niveaux sur rez-de-chaussée montre une façade de style XVIIIe, très rythmée et articulée sur le plan intérieur.

Les archives ne contiennent qu'une élévation du XVIIIe siècle quand la façade noble était sur rue avec le portail décentré mais axé sur la porte de l'escalier. C'est une façade très simple, cernée de refends, avec des baies en anse de panier sans aucune décoration. La réalisation coté jardin est plus ambitieuse : le corps de logis est en léger retrait par rapport aux travées d'angles qui sont légèrement surélevées et encadrées par des chaînes de refends. Les étages sont soulignés par des bandeaux et la travée centrale (correspondant au vestibule d'entrée) est aussi cernée de refends et couronnée par un fronton triangulaire. Toutes les baies sont en anse de panier et décorées d'agrafes sculptées. Tous ces éléments en pierre contrastent avec l'ensemble enduit et animent la façade. Bien que l'ensemble soit très cohérent pour une construction de la première moitié du XVIIIe siècle, les travées d'angle suggèrent la présence de tours : ne manquent que des couvertures coniques en ardoise, comme on le voit sur un tableau du début du XIXe siècle (ce qui représente peut-être le rêve des propriétaires mais qui n'a pas été exécuté). Les communs entourent la basse cour à l'ouest: en 1724, le bâtiment nord contenait une petite écurie, c'est aujourd'hui un saloir ou arrière cuisine qui a conservé une grande table à gibier en marbre et de grands réservoirs (pour le grain, le sel...) construits dans la pierre. A l'ouest, se trouvait en 1724 une écurie neuve, avec un escalier droit conduisant sans doute au fenil : cet étage fut transformé en magnanerie par Dhombres et une galerie soutenue par six piliers a été ajoutée devant, construite sur des arcades plein cintre ; l'escalier d'accès fut déplacé dans l'angle nord-ouest. Coté sud, le petit "volalier" et la loge à cochons marqués en 1724 ont fait place à des bâtiments bas, construits après 1830.

Le portail d'accès à la cour jouxte l'aile du château et la porte (reprise au XVIIIe siècle) qui communiquait avec l'ancien porche. Le jardin tel qu'il se présente aujourd'hui est l'œuvre de Louis Augustin Dhombres Firmas puisque le livre de compte de son fils mentionne que "il transforma en bosquet une terre attenante au jardin du château. Il la fit clore de mur en 1823, il fit planter sous ses yeux et d'après un plan qu'il avait fait lui même des arbres de diverses espèces et appartenant aux régions les plus opposées. Il fit ainsi en quelque sorte un jardin d'acclimatation". Le plan est irrégulier, cerné de trois cotés par des chemins et du quatrième par la terrasse du château avec laquelle il communique par un escalier à deux volées divergentes. Il est en pente douce à partir du château vers l'orangerie située au fond et visible sur le tableau déjà évoqué et sur le cadastre de 1830. Il est structuré par une longue allée rectiligne de buis taillés partant du portail sur rue vers l'autre extrémité où se trouve un bassin. Parallèlement, contre le mur nord, une double haie a été plantée pour mettre le jardin à l'abri du mistral. Des allées transversales rythment le cheminement et conduisent vers un espace aménagé avec des stèles antiques et des chapiteaux romains récupérés par le baron Dhombres et enfin vers l'orangerie avec ses grandes fenêtres cintrées. Du coté sud de l'allée, l'espace est triangulaire : une allée conduit vers une volière puis à une petite serre de production située dans l'angle et marquée sur le cadastre de 1830 comme sur l'actuel. Plus bas, l'espace est ponctué de statues dont une Flore, une statue en terre cuite signée Gossin et une colonne avec un buste de Dhombres mais sur un socle marqué Linné. Devant la terrasse fut aménagé un parterre de fleurs en demi lune fermé par la partie boisée. 

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures de l'ensemble du bâti, le logis seigneurial, l'aile nord des communs en totalité. Le jardin en totalité avec son mur de clôture, l'orangerie et la serre : inscription par arrêté du 15 février 2006. 

 château de Saint Hippolyte 30360 Saint-Hippolyte-de-Caton 

 Téléphone : 06 63 74 49 93 

   
(IMH) = château inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, (MH) = château classé Monument Historique