Rechercher un château

Château Abbatial

L’histoire de l’abbaye de Saint-Maurin est jalonnée de pillages, de destructions et de restaurations. La date exacte de sa fondation nous est inconnue, on sait cependant que les bâtiments sont en ruines au début du XIe siècle, conséquence des luttes féodales. Le château abbatial est construit par Bertrand de Lustrac. Son successeur, Jean, fait quant à lui restaurer le monastère et le cloître. Les huguenots pillent l’abbaye à plusieurs reprises et en 1561 ils la brûlent. Son état nécessite alors une restauration qui débute en 1600 mais qui ne devient effective qu’en 1645 lorsqu’elle passe à la congrégation de Saint-Maurin. La Révolution transforme l’abbaye en carrière de pierres en 1796, tandis que son abbé, qui refuse d’abandonner ses privilèges, s’enfuit à Bordeaux où il est reconnu puis guillotiné. La municipalité rachète les vestiges de l’abbaye, en 1978 pour la sauver. L’église abbatiale n’est conservée qu’en partie ; la nef est rasée et des maisons de particuliers occupent le transept. Le croisillon du bras méridional est voûté en berceau, le clocher est, par contre, encore intact. Composée de deux travées, la partie droite du chœur est voûtée en berceau brisé basé sur des arcs doubleaux que soutiennent des colonnes dont l’un des arcs représente le martyre de saint Maurin.

 Le cloître, situé au nord de l’église et à l’est du château abbatial, est en grande partie en ruines. Des deux étages qui ont existé, il ne reste plus que quelques arcades au premier, du XIIIe siècle. Quelques consoles supportant les ogives subsistent encore. Une charpente transversale sur des modillons recouvre le cloître supérieur non voûté. Le réfectoire qui existe encore, est voûté de croisées d’ogives décorées des armoiries des Lustrac. Il ne reste par ailleurs que des traces de la chapelle et des jardins. Le donjon du château comporte un escalier à vis, une cheminée et des caves voûtées qui hébergent le musée "Mémoire d’un village". 

 Éléments protégés MH : les restes de l'abbaye: classement par arrêté du 20 juillet 1908. Les 4 travées du cloître : classement par arrêté du 9 septembre 1908. 

 château Abbatial 47270 Saint-Maurin

 

Château de la Treyne

Le fief de La Treyne n'apparaît pas dans les textes avant le XIVe siècle. Il appartenait alors à un lignage originaire du Gourdonnais, les Rouffilhac, qui le tenaient du vicomte de Turenne, peut-être en co-seigneurie avec des Cornil. Moins d'une dizaine d'années après le premier hommage relevé pour La Treyne (1304), Bertrand de Rouffilhac aurait obtenu (1342) l'autorisation d'élever un fort à la place de ce qui n'était vraisemblablement qu'un simple mas. D'après les termes d'un nouvel hommage, rendu en 1356, il semble que l'édification du fort de La Treyne n'était pas encore achevée, sans doute faute de liquidités si l'on en juge par les1300 florins d'aide financière que dût apporter sur quatre ans l'oncle du constructeur, l'évêque de Fréjus Guillaume de Rouffilhac, alors gouverneur du Comtat-Venaissin. La tour féodale offre de ce fait l'intérêt d'être assez bien datée par les textes. Edifiée vers 1356, c'est d'elle qu'il s'agit vraisemblablement lorsqu'on évoquait la faculté pour les hommes du vicomte de Turenne d'y entrer à chaque réquisition et d'y élever l'étendard du vicomte en criant trois fois "Turenne, Turenne, Turenne" le matin jusqu'à midi, après quoi il sera retiré et le fort rendu au Guilhaume de Rouffilhac. Les Rouffilhac hommage encore pour la Treyne en 1460 puis semblent disparaître, et en 1462, le vicomte de Turenne offre la seigneurie avec toutes justices à son maître d'hôtel, Annet Hugon du Cluzel. Celui-ci (ou son fils) dénombre en 1504 pour Meyraguet et le château de Latreyne, "de petite valeur". Le château aurait été reconstruit dans le deuxième quart du XVIe siècle : c'est du moins ce qui ressort de la mention en 1555 de la "maison neuve dudit château", que se réserve alors Jeanne de Coustin, dame de La Treyne (et alors veuve de Jean de Cluzel). Occupé par les Huguenots, ce château neuf est incendié en 1586. En 1607, le protestant Jean de La Ramière hérite du château dont la destruction est ordonnée en 1622 par le Parlement de Toulouse, décision qui n'aurait pas été suivie d'effet. Gédéon de la Ramière, fils de Jean, entreprend sa restauration en 1625 : une grande partie de l'édifice date de cette époque. En 1711, le château passe par alliance à la lignée de Cardaillac-Végennes. François-Emmanuel fait agrandir le château en 1760 et relève le titre de marquis de Cardaillac. La famille conserve le château jusqu'au début du XXe siècle. En 1910, il est acheté par Auguste-Gabriel Savard, industriel parisien, qui entreprend la restauration et la transformation des bâtiments (porte d'entrée, appartements) et fait aménager le parc. Le château change de mains à plusieurs reprises. En 1954, le nouvel acquéreur, M. Santiard fait construire dans le parc une chapelle néo-romane, qui accumule les remplois : chapiteaux du XIIe siècle provenant d'une église abandonnée de Cuélla, province de Ségovie en Espagne, fragments de vitraux du XVIe siècle ; il y présenta le tombeau de Jean de Chabannes et une Mise au tombeau provenant du prieuré du Saint-Sépulcre d'Allemagne à Mongé...

Le château occupe une position admirable sur un rebord de falaise plongeant sur la rive nord de la Dordogne. Très restaurés, les logis aux toitures à la Mansard emboîtés sans symétrie sont dominés par une tour ronde posée en vigie édifiée après le milieu du XVIe siècle si l'on en juge par ses fenêtres armées de petites bouches à feu percées dans les allèges. Du milieu du XVIe siècle il faut sans doute attribuer le grand escalier à l'italienne qui distribue aujourd'hui l'ensemble de la demeure. Une importante restructuration du XVIIIe siècle a tenté de donner une symétrie la façade sur la cour, aujourd'hui prolongée par la perspective axiale d'un parterre à la française. La "chapelle" néo-romane a été construite à quelque distance, dans un petit bois. Au centre des logis, on distingue le volume d'une tour quadrangulaire dont les chaînes d'angle bien appareillées indiquent qu'elle précéda le reste des constructions et qu'elle était à l'origine isolée. A l'angle de la tour, les traces d'une porte chanfreinée assez large semblent avoir été greffées dans la construction primitive après coup. Elle appartient à un important logis médiéval dont les vestiges sont repérables dans l'actuelle aile ouest du château. Sur la façade ouest dominant la Dordogne, parmi les fenêtres cintrées à chambranle du XVIIIe siècle, on remarque les vestiges de deux baies cintrées et ceux d'un caisson de latrines qui appartiennent manifestement à ce premier logis. Il n'est pas certain cependant que la porte médiévale établie au pied de la tour ouvrait directement sur les salles. Les divergences d'orientation entre la tour et le logis auraient pu laisser la place à un espace libre.

La tour féodale est établie sur plan carré de 7,60 m de côté pour des murs épais de 1,47 m. L'importance des remaniements du milieu du XXe siècle rendent sa distribution difficilement déchiffrable. Le rez-de-chaussée est occupé par une salle voûtée en berceau dont la grande porte d'accès est une réfection récente de même que la porte moulurée qui a été réaménagée dans son élévation ouest et qui provient d'un ancien escalier en vis. La porte chanfreinée qui établit la communication avec le grand escalier pourrait en revanche appartenir aux travaux de reconstruction du XVIe siècle. Le premier étage et le second étage sont tout aussi remaniés que l'étage bas. Les deux fenêtres géminées qui les éclairent sur la cour sont, comme la grande porte en arc brisé, des ouvrages du XXe siècle. Le troisième étage, en revanche, a conservé l'essentiel de ses dispositions originelles. Une assise de réglage et un changement d'appareil montrent qu'il résulte d'une seconde campagne de travaux. Une ligne de trous d'encastrement montre qu'on avait prévu la possibilité d'y établir un hourd porté par des solives et pouvant se développer sur au moins trois des quatre faces de la tour comme l'indiquent les encastrements biais des angles. Aucune trace d'encastrement de toiture ne correspond à ce hourd qui ne devait donc être mis en place qu'en cas de nécessité de mise en défense. La salle haute ouvrait sur l'extérieur fenêtre géminée rectangulaire, ornée de simples chanfreins. Percée dans une embrasure dissymétrique couverte en arc brisé et dotée de coussièges soigneusement chanfreinés. Les portes d'accès actuelles sont modernes et ne permettent plus de restituer ni les accès d'origine, ni le dispositif qui aurait permis l'accès aux hourds. La salle est couronnée sur trois de ses faces de la tour par une très importante retraite évoquant la présence d'un ancien crénelage et d'une toiture en retrait. Soit que la banquette ait été prévue pour une circulation défensive, à l'arrière des créneaux, soit qu'elle ait eu pour destination principale de porter les chéneaux recueillir les eaux de toiture.

 Auguste-Gabriel Savard fait dessiner le parc, attribué au paysagiste André, probablement René-Edouard, fils d'Edmond décédé en 1911, qui était entré dans l'agence de son père en 1890. Implanté autour du château sur une falaise dominant la Dordogne, le jardin manifeste la volonté d'exploiter les ressources naturelles du site, en particulier la vue dominante et le relief. Il comporte une partie paysagère aménagé en bordure de falaise et au bord de l'eau : chemin de promenade en terre battue avec muret de pierre en bordure de l'escarpement (accès à la chapelle, point de vue sur la vallée), sentier descendant vers la berge par une allée serpentine en gravier, quelques marches en pierre, portant un décor végétal de rocaille et de petits conifères. Sur la berge, bambous et saules confèrent à l'endroit un caractère romantique. Le reste du jardin a été nivelé en terrasse et offre une longue perspective vers le sud-est, au-delà d'une vaste esplanade en gravier bordée de géraniums où se tient le château. Cette perspective légèrement montante, délimitée par une haie, paraît avoir été gagnée sur le paysage agricole environnant. Composée de parterres de gazon, son point extrême est matérialisé, au-delà d'un vaste bassin circulaire à jet d'eau, par une pergola couverte de rosiers grimpants d'où peut s'appréhender la meilleure vue sur le château. Des plantations d'arbres séculaires parcourues par des allées rectilignes de promenade (allée de tilleuls replantée en 91), bordent à l'est le jardin à la française. Des espaces réservés aux jeux (tennis et piscine) et un potager clos de murs le complètent. 

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures ; l'escalier droit ; les décors du grand salon et de la salle de billard au rez-de-chaussée : inscription par arrêté du 3 mai 1990, modifié par arrêté du 17 septembre 2008.

 château de la Treyne 46200 Lacave 

 Téléphone : 05 65 27 60 60

 

Château de Théron

Sans doute construite par Bernard de Valgaudour au milieu du XIIIe siècle, la petite forteresse du Théron fut agrandie au début du XIVe siècle par l’édification d’une enceinte, l’adjonction de trois bâtiments et l’élévation d’une chapelle. Les murailles de ces bâtiments furent percées de meurtrières, dont certaines, à croix pattées, sont encore visibles aujourd’hui. De forme pentagonale, la forteresse possédait plusieurs tours. Son enceinte fut renforcée au XVe siècle par quatre tours qui marquaient approximativement les points cardinaux. Ces tours avaient, à l’origine, dix à douze mètres de hauteur, et possédaient des meurtrières à fentes verticales. Deux de ces tours, dont l’une a été restaurée, subsistent encore. Le donjon, de forme carrée, fut démoli au XIXe siècle, et ses pierres récupérées par le propriétaire d’alors, pour agrandir sa ferme. Après la famille de Valgaudour du Touron, arrivèrent sur les lieux, sans doute par alliance, les Lesergues, barons d’Orgueil, seigneurs de Mauroux, pour une brève période, comme leur successeur, Béraud de Barbuzon. En effet, dès la fin du XVe siècle, les Du Tilhet, originaires du bourg voisin, devinrent les seigneurs de la forteresse. Pendant la guerre de Cent Ans, le seigneur du Théron, Lenoir de Mauroux, coupable de trahison et de félonie, eut ses biens confisqués, et l’évêque de Cahors fit occuper militairement le château. Son successeur à l’Évêché, Jean du Puy, donna ensuite les terres et le château à Béraud de Barbuzon. La fille de ce dernier, Faure, par son mariage avec Jean du Tilhet, fit entrer dans les murs cette lignée qui allait y demeurer pendant trois siècles. Leurs armes étaient "De gueules aux lévriers courant d'argent, colleté de même, au chef cousu d'azur, semé de trois étoiles d’or".

 Le Théron devint, en 1761, sans que l’on puisse déterminer de quelle façon, la propriété de Jean Le Franc, seigneur de Caïx, président à la cour des Aides de Montauban. Par succession, la demeure passa ensuite à son neveu, Jean-Jacques Le Franc de Pompignan, seigneur de Caïx lui aussi, et surtout connu pour avoir été un auteur dramatique en vogue à Paris. Ami de Voltaire à ses débuts, il devint par la suite la cible des Encyclopédistes qu’il avait ironiquement, mais maladroitement critiqués lors de son discours d’entrée à l’Académie Française. Ce poète ne séjourna guère en les vieux murs du Théron, préférant la douceur ensoleillée des coteaux de Caïx. Il revendit le vieux château à Louis-Antoine Vidal de La Pize, de Lunegarde. Ce dernier préféra prudemment prendre ses distances avec les soubresauts de la Révolution. En conséquence, ses biens furent confisqués. Avant d’être vendu comme bien national, Le Théron fut envahi, en 1790 et 1791, par les habitants des alentours, et entièrement vidé de ses meubles. Son nouveau propriétaire, un fermier des environs, paracheva l’œuvre de destruction, en exploitant la demeure comme carrière. Ses pierres servirent, entre autres, à l’édification de nombreuses constructions des environs. Après avoir connu des hôtes de passage qui achèveront de la laisser mourir, la vieille forteresse ruinée sera sauvée de la disparition totale, en 1970, par une femme qui entreprit, avec obstination, amour, et souci d’authenticité, sa restauration.

 La serre du Théron domine la vallée du ruisseau de Fontcuberte et tout le territoire de Prayssac, établi à deux kilomètres au sud, entre deux méandres du Lot. Les vestiges du château dessinent un polygone, irrégulier dans sa partie sud, de 50 sur 36 mètres environ. Le plan cadastral de 1837 représente encore un bâtiment carré isolé, en position centrale, dans lequel il faut sans doute reconnaître le "donjon" démoli au XIXe siècle. Les deux corps de logis conservés constituent le front sud. Le plus ancien, à l'est, bien individualisé par ses chaînes d'angle, est bâti en moellons soigneusement équarris et assisés. Au dernier niveau de son élévation sud subsistent les vestiges de deux baies géminées condamnées par la création d'une croisée à encadrement à baguettes et accolade. Le bâtiment en pierre de taille qui lui a été accolé à l'ouest présente en partie basse une archère cruciforme en partie conservée, dont la fente verticale est pattée ; il a été reconstruit ou surélevé d'un étage construit en moellons de tout venant, dont la croisée est ornée de baguettes croisées aux angles. Le bâtiment se prolongeait par une construction en pierre de taille presque entièrement ruinée aujourd'hui et qui comportait une partie voûtée d'ogives et des archères cruciformes. La tour ronde sud-ouest, attachée à l'angle des bâtiments, est une construction en petits moellons de tout venant disposés en assises, manifestement postérieure : une canonnière rectangulaire bouchée la situerait vers 1500, et les deux bouches à feu de petit calibre de sa partie basse, qui ne sont pas antérieures à la seconde moitié XVIe siècle, résulteraient donc d'une reprise. L'enceinte et ses tours rondes de flanquement se distinguent par l'emploi de moellons très irréguliers : la fente associée à un trou de tir de la tour nord-est en placerait la mise en place vers 1400. La tour nord-ouest a conservé quelques consoles de son couronnement de mâchicoulis.

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures du château du Théron : inscription par arrêté du 15 mars 1973. 

 château du Théron 46220 Prayssac

 

Château de Thégra

Contrairement aux seigneuries voisines, Thégra ne relevait pas des seigneurs de Gramat, mais appartenait aux vicomtes de Turenne avant de passer par alliance au début du XIIe siècle aux Gasc, qui deviennent bientôt les protecteurs de Rocamadour qui voit alors l'essor de son pèlerinage. Au milieu du XIIIe siècle, la seigneurie est partagée entre les enfants de Raymond de Gasc, mort avant 1266, à savoir Raymond, Guillaume et Hugues de Gasc et leur beau-frère Guillaume Robert de Cavagnac. Bien que Thégra ait appartenu aux Turenne, la suzeraineté en était revendiquée par les seigneurs de Cazillac, différent que les seigneurs de Thégra utilisèrent pour échapper à leur tutelle et se déclarer vassaux directs du comte de Toulouse puis du roi de France. Les quatre coseigneurs, Raymond, Guillaume et Hugues de Gasc et leur neveu Guillaume Rigal de Cavagnac alors mineur, octroient une charte de coutumes aux habitants de Thégra en 1266. Il est institué quatre prud’hommes qui prêtent serment lors de leur installation et dont les prérogatives sont limitées, et un baile qui exerce la justice au nom des coseigneurs. Devenu coseigneur dominant de Thégra par l’achat de la part de Raymond de Gasc, Raymond de Cornil, évêque de Cahors, confirme la charte de coutume en 1281. En 1284, il transmet sa part de seigneurie à son neveu devenu majeur Géraud de Cornil tandis que Guillaume de Valon et Arnaud Stephani ont remplacé Guillaume et Hugues de Gasc, par héritage. Les contestations survenues entre les coseigneurs aboutissent en 1285 et 1287 à un accord qui reconnaît Géraud de Cornil comme seigneur dominant et en même temps des droits égaux à tous les coseigneurs. Le mariage, vers 1315, de Galaubie de Valon avec une fille de Géraud de Cornil le rend maître des trois-quarts de la seigneurie. En 1369, la place de Thégra est occupée par les Anglais qui la fortifient en y construisant un "réduit", ensuite appelé "le fort ", qui englobe le château, l’église et la partie supérieure du bourg, ce qui semble indiquer que le bourg était dépourvu d’enceinte. Guérin de Valon retrouve son château en 1373, mais en est à nouveau chassé l’année suivante.

 Thégra change fréquemment de mains jusque vers 1440, ce qui n’empêche pas les héritiers de Guérin de mettre fin à l’indivision, faisant de Jean de Valon le seul seigneur de Thégra en 1409. Le document connu pour être un acte d’accensement collectif de 1441 est en fait un faux fabriqué au XVIIIe siècle. Adhémar de Valon confirme les coutumes en 1443, sans grandes modifications si ce n’est l’obligation faite aux habitants d’assurer le guet jour et nuit dans la forteresse de Thégra en temps de guerre. L’absence de traces dans la documentation laisse néanmoins penser qu’il ne restait alors plus rien de l’ancien château. Un accord passé en 1481 entre les habitants et Antoine de Valon donne un rôle plus important à la communauté puisque désormais les consuls participeront conjointement avec le seigneur à l’administration de la ville et au règlement des affaires publiques. En 1527, le contrat de mariage de Catherine de Valon est passé au château de Thégra, reconstruit sur le même emplacement probablement par Antoine de Valon. Le testament de 1553 de Gilles de Valon attribue à son épouse la jouissance d’une maison neuve attenante au château; son héritière, devenue seigneuresse de Thégra en 1560, est mariée la même année à Antoine de Gozon, sous la réserve qu’eux et leurs héritiers portent les noms de Gozon et de Valon et les armes écartelées de Valon. Les guerres de Religion n’épargnent pas la famille, et Thégra est tenu alternativement par les catholiques et les protestants, sans destruction significative cependant. Les vestiges d’une seule maison antérieure à 1400 ont été identifiés lors du recensement de l’architecture civile médiévale réalisé en 2007, dont la datation est cependant trop vague pour être utile à la compréhension du développement du bourg.

La silhouette imposante du château, à demi masquée par une fâcheuse construction communale, domine la place du village au côté de l’église. Au XIIe siècle, la seigneurie en toutes justices, après avoir appartenu aux vicomtes de Turenne, était passée, par alliance, à la famille de Gasc. C’est vraisemblablement elle qui accorde la charte d’affranchissement comportant une clause rare pour l’époque. En effet, un article précisait que "le seigneur et les bayles rendent la justice et que la partie qui se voit lésée a le droit de faire appel dans les dix jours". Au XIIIe siècle, le fief passe à la famille de Valon-Stéphani, déjà établie non loin de là, à Lavergne. Pendant la guerre de Cent Ans, Guérin de Valon fait fortifier son château, qui n’est pas la demeure actuelle, mais un précédent édifice détruit pendant ce conflit, après avoir été à multiples reprises occupé par les armées anglaises ou les troupes des grandes compagnies. En 1448, quand les Anglais quittent le Quercy, le château n’est plus, le village et ceux des alentours sont désertés par leurs habitants, les Valon ont trouvé refuge depuis des décennies à Rocamadour. Il faut donc tout reconstruire, et amener sur les lieux de nouveaux occupants à qui Adhémar de Valon renouvelle la charte de 1266. C’est, pour le Quercy, la grande période de nouveaux accensements et d’activité économique. Le seigneur des lieux entreprend alors la reconstruction de sa demeure au même emplacement que la précédente, mais avec un plan légèrement différent. Les tours carrées sont remplacées par des tours circulaires en forte saillie sur la façade orientale. Le corps de bâtiment de forme rectangulaire est aussi flanqué à son angle ouest d’une tour ronde engagée, logeant un escalier en vis, munie d’une tourelle en encorbellement. L’ensemble de l’édifice était alors couronné de mâchicoulis. Deux enceintes protégeaient le bourg. En 1542, Gilles de Valon, seigneur du lieu, contracte une belle alliance en épousant une fille de la haute noblesse quercynienne, une demoiselle de Gourdon-Génouillac-Vaillac. C’est l’occasion d’embellir les appartements intérieurs. Mais on conserve l’aspect défensif extérieur. Il servira, quelques années plus tard, pendant les guerres de Religion.

 Celles-ci vont faire irruption à Thégra avec une violence particulière. Jeanne de Valon, qui avait hérité de son père la seigneurie, perd son mari, Antoine de Gozon, tué par les protestants en 1574. Ceux-ci envahissent le château, et leur chef, Antoine de Malleville contraint la jeune femme à l’épouser. Quelques années plus tard, après la mort de ce dernier, tué dans une embuscade, son remplaçant à la tête des troupes calvinistes, Pierre de Lagrange, l’épouse également de force. Devenue veuve en 1582, Jeanne de Valon choisira enfin librement de s’unir à un catholique, Henri des Ondes. Transformé, par la force des armes, pendant sept années, en bastion protestant, Thégra, par ce mariage, reviendra dans le giron catholique et abritera les tenants de la Ligue. En 1608, Jeanne de Valon meurt, à trente-huit ans, sans enfant de son dernier mari. Thégra passe alors aux enfants Gozon, issus du premier lit. Plus tard, la maison de Gauléjac, puis celle des Clermont-Touchebœuf, hériteront du fief, par alliance. Le château est alors délaissé. Il est vendu, en 1699, à René de Lagarde, puis, vers 1731, il est acquis par un marchand de Saint-Céré, François Niocel. C’est ce dernier qui va entreprendre une profonde restauration du corps de logis principal afin de l’aménager de façon plus spacieuse, en un mot, de le rendre habitable, délabré qu'il était par des décennies d’abandon. La façade nord est pourvue d’une terrasse avec escalier de pierre. Ses ouvertures sont agrandies et agrémentées de balcons demi-cireulaires en fer forgé. La toiture est mansardée. La hauteur des tours est abaissée d’un étage. Cette restauration, avec la suppression des mâchicoulis, fera perdre à l’édifice son caractère médiéval. Mais le château, de par ses proportions harmonieuses, a le charme indéniable des heures de jadis. Les Niocel possèdent encore la demeure durant la Révolution. De 1800 à nos jours, elle sera transmise par héritage à différents descendants de M. de Lavaur, son acquéreur. On peut admirer dans le cimetière du village le singulier tombeau des Valon, classé depuis 1923. 

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures du château de Thégra : inscription par arrêté du 29 juin 1960.

 château de Thégra 46500 Thégra


 

Château de Teyssieu

En 1232, le vicomte de Turenne donne à Bertrand et Pierre Bonafos, ses chevaliers, la terre de Teyssieu, à charge pour eux d'y construire la tour qu'ils disent vouloir faire ; ils s'engagent à rendre Teyssieu et la fortification à toute réquisition et deviennent les hommes liges du vicomte. Le lignage des Bonafos, à supposer qu'un seul lignage soit en cause, est particulièrement difficile à cerner tant ses ramifications étaient étoffées, déjà à l'époque des faits. Des Bonafos, issus semble-t-il des Pestilhac, étaient établis dans le castrum de Pestilhac au XIIe siècle ainsi qu'à Cazals, à Domme et à Mechmont. Un fief de Bonafos et un autre, dit de Bonafossenque, tous deux tenus par des Bonafos, sont signalés au milieu du XIIIe siècle aux environs de Toulousque et de Saint-Pierre-la-Feuille près de Cahors. La Borie-de-Bonafos, actuel château de Surgès, aurait été fondée entre 1348 et 1395 par un certain Jean Bonafos ou son fils Gaillard, donzels des environs de Thédirac et vassaux du baron de Luzech. D'autres encore étaient signalés vers Albi et Moissac dès le XIIe siècle. En dépit de cette dispersion, il n'est pas impossible que ces lignages apparemment distincts n'en aient constitué en réalité qu'un seul. 

Entreprise peu après 1232, la tour de Teyssieu, en dépit d'une apparente unité, se présente comme un ouvrage composite dont l'édification a pu s'échelonner en de multiples campagnes sur une période assez longue. Malgré la précision des textes, il ne s'agit donc pas d'un ouvrage daté avec certitude. Les différences sensibles observées dans le dessin des fentes d'éclairage des niveaux un à trois (large chanfrein bien dessiné pour la première, chanfrein maladroit et maigre pour la seconde, arêtes vives pour la troisième) dissuadent même d'attribuer ces premiers niveaux à une campagne unique. Le niveau quatre, pour sa part, n'est probablement pas antérieur à la fin du XIIIe ou au XIVe siècle. Il pourrait être contemporain de l'enceinte fortifiée. La ceinture de mâchicoulis caractérisée par ses consoles à quatre ressauts et son arcature dont subsistent les sommiers, établie en contrebas de l'arase sommitale, incite à n'attribuer le dernier niveau qu'à la seconde moitié du XIVe siècle, au plus tôt. Encore a-t-il fait lui-même l'objet d'un remaniement au niveau de la voûte sommitale. La tour faisait partie d'un château qui comprenait au moins une cour et un logis qui a presqu'entièrement disparu. Les vestiges de l'enceinte ne paraissent pas antérieurs à la fin du 13e siècle ou au début du XIVe siècle.

 Les vestiges du château subsistent en limite du village, à proximité de l'église paroissiale dont la tour féodale n'était distante que d'une quinzaine de mètres. Un fossé apparemment moderne sépare les deux édifices établis sur le rebord d'un monticule naturel aux allures de motte. Le château, partiellement connu par un plan de 1876, s'inscrivait dans une cour quadrangulaire cantonnée semble-t-il de deux tours rondes au moins, dont une seule était conservée à la date du plan. On entrait dans l'enceinte par une porte fortifiée dotée d'une herse et défendue par au moins une archère. Un logis en équerre en occupait les côtés sud et est et s'accolait à la tour féodale implantée au centre : la "salle haute" du château est mentionnée en 1400. Ce logis a été remplacé par les salles de l'école communale mais a conservé sa porte d'entrée en arc brisé sans chanfrein. Le perron reliant le logis et la tour, porté par des piliers carrés chanfreinés, existait déjà en 1876 et pourrait en partie avoir été édifié sur une structure médiévale comme le suggèrent les congés de son pilier chanfreiné. La tour féodale constitue la partie la plus ancienne du château. Elle est en tout cas antérieure au logis médiéval venu s'y accoler. De plan carré (environ 8 m de côté), elle avoisine 30 m d'élévation et superposait six niveaux, dont quatre voûtés dans son état final. Les parements réalisés en granit sont hétérogènes. Les puissantes assises de la base, évoquant un appareil cyclopéen, cèdent la place dès le troisième niveau à un moellonnage approximativement assisé puis, à partir du cinquième niveau, à un parement réglé de moyen appareil. De nombreuses traces de reprises sont observables par ailleurs dans les maçonneries et conduisent à s'interroger quant à l'homogénéité de l'édifice.

 La base de la tour est occupée par un magasin voûté en berceau, éclairé par une fente de jour et accessible par une trappe. Au-dessus, le premier étage (niveau un) correspond au niveau d'accès. L'entrée est constituée par une porte en arc brisé et arêtes vives ouvrant côté vallée, donc à l'opposé de la cour et sur le dehors de l'enceinte, à 4,85 m du sol extérieur. La porte d'entrée était précédée d'un ouvrage d'accès en charpente attesté par deux trous de boulins. Son vantail externe était doublé d'un second vantail, établi dans une feuillure aménagée dans le parement intérieur de la salle. Le couloir d'entrée distribue latéralement un escalier en vis qui n'avait peut-être pas été prévu à l'origine si l'on en juge par l'encoche de fermeture subsistant dans le tableau qui lui fait face. La vis d'escalier, à marches formant noyau, s'interrompt au niveau deux. Elle était alors relayée par une échelle de charpente dont l'un des limons a laissé une trace visible dans l'enduit. Cette échelle, très raide, se développait d'une paroi à l'autre sans laisser de dégagement. L'échelle moderne qui lui a succédé permet d'atteindre le niveau trois, autrefois planchéié. Au-dessus, la porte qui donne accès aux niveaux supérieurs par un escalier droit intramural, est ouverte à 2,10 m de hauteur, au niveau du bandeau d'imposte de la voûte en berceau. La voûte en berceau couvrant le niveau trois repose selon l'usage sur des bandeaux d'imposte chanfreinés mais paraît résulter néanmoins d'une reprise. Le fait qu'elle condamne partiellement la fente d'éclairage et la porte haute d'accès à l'escalier conduit à supposer qu'elle était initialement prévue plus haute.

 Le niveau quatre, contrairement aux quatre premiers, est caractérisé par une nette diminution de l'épaisseur des murs confirmant l'hypothèse d'une reprise plus tardive. Les portes, en arc brisé, y sont désormais adoucies par des chanfreins. La salle unique qui l'occupe, est dotée de latrines à encorbellement et de deux fenêtres droites à coussièges. Une voûte en berceau légèrement surbaissé, comme celle du niveau précédent, vient prendre appui en léger surplomb sur des bandeaux d'imposte en qu art de rond. Un escalier intramural, analogue à celui du niveau inférieur prend naissance à mi-hauteur et donne accès au niveau cinq. Celui-ci, doté d'un jour en archère et d'une fenêtre percée au niveau du sol, est couvert par une coupole à quatre quartiers dont la naissance est marquée par une série de corbeaux. Ces corbeaux étaient vraisemblablement destinés à porter initialement une couverture ou un plancher en charpente. Le deuxième et le troisième niveau conservent les vestiges d'un important décor de peintures murales. Le décor du niveau d'accès, organisé sur deux registres montrent des joutes de chevaliers affrontés, lances croisées, au-dessus d'une série de médaillons sombres, ornés d'animaux. Les faux-appareils, ornés de fleurs rouges, qui complètent ce décor, se retrouvent sur la voussure de la porte d'entrée de même que sur l'ensemble des parois du niveau supérieur.

 Éléments protégés MH : les ruines de la tour : classement par arrêté du 8 juillet 1925. 

 château de Teyssieu 46190 Teyssieu

 

Château de Saint Thamar

Planté au cœur du Ségala, cette région sauvage et déjà cantalienne d’aspect située au nord-est du Lot, le château de Saint-Thamar dresse sa silhouette massive à l’orée d’un petit village perdu au milieu de collines boisées. Il est construit, au début du XVIIe siècle, par une famille de gentilshommes-verriers établie dans cette région depuis 1469: les Colomb. Le poète François Maynard apostrophait ironiquement, dans un épigramme, le pauvre gentilhomme du verre: "si vous tombez à terre, adieu vos qualités", il n’en demeure pas moins que la noblesse de ces cadets de famille, autorisés depuis le XIVe siècle à exercer pour vivre le métier du verre, est authentique. La branche des Colomb de Saint-Thamar, avaient embrassé la religion réformée. Mais leur héritier, prénommé Thamar, nom biblique généralement féminin, se convertira au catholicisme. Les Colomb vont, au cours des ans, s’allier avec les différentes familles nobles des environs, dont les Verdal, les Grenier du Rezins, les Lachièze de Briance. Cette dernière famille héritera du château, à la mort de Jacques-Félix Colomb, en 1873. La demeure est alors désertée. Elle sera, pour les générations suivantes, un simple lieu de villégiature durant la belle saison. Jacques de Gaches de Venzac, héritier par sa mère, tombe au champ d’honneur, en 1918. Sa sœur vendra la propriété en 1934 à un couple de Parisiens, les Soulié, qui, par le biais d’une vente à réméré, permettra à une famille juive d’y trouver refuge pendant la Deuxième Guerre mondiale. La demeure subira, en 1944, les exactions commises par la division "Das Reich" dans le village voisin de Terrou. Un début d’incendie sera heureusement circonscrit rapidement. Quant à Terrou, base du maquis de la région, il sera parmi les dix-sept communes de France à recevoir la médaille de la Résistance. Récupérant leur bien à la Libération, les Soulié y passeront quelques années, avant de le vendre, en 1956, à ses hôtes actuels.

 Entouré, à l’origine, par de vastes communs dont il ne subsiste qu’un beau pigeonnier, l’écurie, la bergerie, et quelques granges, l’édifice est clos par un beau parc, mais les jardins dessinés à la française ont depuis longtemps disparu. Le bâtiment primitif se composait d’un unique corps de bâtiment rectangulaire à trois étages, comportant chacun une vaste salle. L’angle nord-est est flanqué d’une échauguette, recouverte aujourd’hui par la toiture, elle est devenue invisible de l’extérieur. Une tour circulaire découronnée flanque l’angle sud-est, où se greffent les deux ailes ajoutées au XVIIIe siècle. Des pierres d’attente font supposer qu’une troisième adjonction était prévue à l’extrémité de la façade ouest. Des vestiges d’enceinte s’appuient au pigeonnier carré. Épargné par la Révolution, François de Colomb, étant opportunément maire du village à ce moment-là, le château subsiste de nos jours, tel qu’il se dressait alors, immuable et serein dans son environnement champêtre. 

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures du château de Saint Thamar : inscription par arrêté du 17 juin 1975. 

 château de Saint Thamar 46120 Terrou

 

Château de Saint-Sulpice

Des traces quasi infimes ont, seules et pathétiques, survécu aux désastres ordinaires du temps, de ce qui fut, au XVIe siècle, l’une des plus belles demeures du Quercy. Elle avait été, au Moyen Âge, une forteresse imposante, accrochée à ses falaises pour défendre ce coin de la vallée du Célé. Saint-Sulpice, qui est aussi le nom du pittoresque village dont les maisons s’étagent en contrebas du site, fut la propriété d’une famille qui connut, au XVIe siècle, fortune, gloire et prospérité: les Hébrard de Saint-Sulpice. Leur nom s’orthographiait alors Saint-Suplice. Armand de Saint-Sulpice épousa, au XVe siècle, la dernière héritière des Lapopie, Marguerite. Il fut présent aux états généraux du Quercy en 1424 et 1428. Son descendant au siècle suivant, Jean III d’Hébrard, mit sa vie et son énergie au service du royaume. Militaire, il fut de toutes les batailles, entre 1514 et 1554. Gentilhomme de la Chambre du roi, chevalier de l’ordre de Saint-Michel, il reçut de Charles IX l’ambassade d’Espagne de 1562 à 1565. Nommé par la suite conseiller d’État, il devint aussi sénéchal du Quercy. Également gouverneur du duc d’Alençon, frère du roi, il fut fait chevalier de l’ordre du Saint-Esprit en 1579. Il mourut en son château, en 1581, comblé d’honneurs, veillé par sa femme Claude de Biron, à qui il écrivait souvent pendant ses campagnes militaires: "Ma mie, depuis le commencement de ces troubles (les guerres de Religion), je vous ai écrit deux fois, et maintenant je ne vous puis dire autre chose, sinon que je vois ce royaume en un piteux état. Le roi, après avoir employé des plus grands de ce royaume pour faire une bonne paix, ne l’ayant pu faire dresser, réunit les plus grandes forces qu’il peut, pour essayer par la force des armes ce qu’il n’a pu par la douceur", 1567.

Mais Jean de Saint-Sulpice n’avait pas vécu que des moments heureux. En 1576, son fils aîné Henri, capitaine de cent chevaux-légers, époux de la dernière descendante du frère du pape Jean XXII, Catherine de Négrepelisse, avait été assassiné, à Blois, par le vicomte de Tours. Armand, un fils cadet, avait trouvé la mort à 18 ans, en 1573, au siège de La Rochelle. Bertrand, son dernier fils, mourut en 1587, à la bataille de Coutras, sans descendance mâle. Ainsi s’acheva la lignée des Saint-Sulpice à la gloire fulgurante et éphémère. Au début du XVIIe siècle, le château passa, par alliance, à la famille de Crussol d’Uzès, qui, au fil du temps, comme pour le reste de ses biens hérités en Quercy, laissa à l’abandon les vieux murs, témoins d’un passé sans doute jugé trop provincial par une famille en honneur à la cour. Vendu comme bien national l’an II de la Révolution, il fut livré à la démolition par son nouveau propriétaire. L'ancienne forteresse que Jean d’Hébrard et Claude de Biron avait transformée en somptueuse demeure Renaissance, peu à peu s’enfonça dans l’oubli, effondrée, pillée, saccagée. Au XIXe siècle, les descendants d’une branche collatérale des Hébrard de Saint-Sulpice réintégrèrent les lieux ruinés. Elle fit construire alors sur la place, une demeure "moderne", qui sera charitablement détruite au siècle suivant. 

 Le château a été établi contre la falaise qui borde la vallée du Célé, en profitant d'un ressaut du terrain. Les vestiges se limitent à deux terrasses superposées, quelques pans de mur et deux bâtiments tronqués, ainsi que des aménagements troglodytiques. Les restes du bâtiment sont en pierre de taille et conservent la trace d'une porte couverte d'un arc brisé qui était probablement l'entrée du château. D'autres murs en pierre de taille, auxquels sont adossées des constructions modernes, ont été conservés. Au-dessus, l'accès au site est barré par un mur à degrés en petits moellons régulièrement assisés. Le mur de soutènement de la terrasse inférieure est évidé par un grand arc en plein-cintre laissant voir des constructions antérieures où apparaît une fente de tir en trou de serrure dans une maçonnerie de moellons. A l'extrémité sud-ouest du site subsiste au moins l'angle d'un bâtiment en pierre de taille muni d'un rang de consoles peut-être destinées à porter des mâchicoulis. J.-A. Delpon a donné une description relativement détaillée du château qu'il semble avoir connu avant sa démolition : "le rocher présente une crevasse large et profonde, depuis son sommet jusqu'à sa base, en forme d'un demi-cirque. C'est devant cette crevasse qu'on bâtit, dans le treizième siècle, un vaste château fort. L'intérieur du demi-cirque est occupé par un jardin en terrasse, dont la partie la moins élevée était au niveau des combles de l'édifice. De la terrasse la plus haute on parvient à trois cavités : l'une, fermée par un mur et par une porte, servait de prison : on croit qu'on frappait monnaie dans une autre. Ce château avait quatre étages en y comprenant le rez-de-chaussée ; trois tours carrées mais peu saillantes, adossées au bâtiment, l'embellissaient et servaient de moyen de défense. Toutes les ouvertures étaient partagées par une croix ornée de nombreuses cannelures. A la suite de ce château on construisit, vers la fin du seizième siècle, un autre édifice qu'on adossa entièrement au rocher ; il était plus vaste et plus soigné que le premier. Pour faire connaître son étendue, il suffira de dire qu'on y comptait autant de croisées qu'il y a de jours dans l'année..." La description se poursuit avec la terrasse, puis les appartements et les éléments les plus remarquables de leurs décors. 

 Éléments protégés MH : les vestiges du château médiéval comprenant la salle voûtée située sous la terrasse et les éléments de remparts subsistants ; la porte d'entrée de la maison d'habitation et la porte située au premier étage : inscription par arrêté du 7 janvier 1988.

 château de Saint-Sulpice 46160 Saint-Sulpice

 

Château de Saint-Privat

Le beau petit château de Saint-Privat, d’allure sobre, dresse sa silhouette austère à l’extrémité d’un plateau aride du Quercy Blanc. Il était autrefois intégré à un village disparu, Saint Privat-de-Montcabrier, faisant partie de la baronnie de Castelnau-Montratier. En 1250, il appartient à M. Saint Privat de la Olmière. En 1296, Gaillard de Saint Privat de la Olmière rend hommage à Ratier II de Castelnau pour son fief de Saint-Privat. En 1403, sans que l’on sache par quelle voie il est arrivé là, c’est Arnaud de Rouzet qui hommage les lieux à l’évêque de Cahors. En 1460, le repaire est vendu par Amalric de Gontaud, seigneur de Lalbenque, à Noble Jean de Fénelon. Ce dernier revend le fief dès 1466 à Guillaume de Montégut qui est toujours seigneur de Saint-Privat dans un acte daté de 1490. Cette famille est encore présente dans la place au siècle suivant. Puis, en 1628, un bourgeois de Cahors, Guillaume Baudus, achète le domaine. En 1717, Saint-Privat appartient à ses descendantes, dont l’une est veuve de Jean Dadine de Hauteserre. Les Baudus vont posséder le fief jusqu’au moment de la Révolution. Saint-Privat est ensuite vendu comme bien national par un sieur Boncour. Jusqu’en 1958, différents propriétaires vont se succéder jusqu’à l’achat effectué sur un coup de foudre par ses hôtes actuels.

 La maison forte de la fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle (à en juger d'après les feuillages des chapiteaux conservés) a été remaniée au XVe siècle, avec en particulier l'adjonction d'une tour d'escalier au milieu de l'élévation nord. Une croisée, sur l'élévation sud, témoigne d'une campagne de travaux au XVIIe siècle. Aujourd'hui le bâtiment de plan barlong présente sur son élévation nord une tour d'escalier demi-hors-oeuvre; aucune trace du premier état n'apparaît sur la partie ouest, alors que la partie orientale conserve un jour au premier niveau et les vestiges d'une cheminée (attestant une structure disparue) au deuxième niveau. A l'est se développait un corps de bâtiment à un seul niveau dont subsiste le départ du mur sud; l'angle nord-est du corps principal a en outre été remonté. Il communiquait avec le corps principal par deux portes couvertes par des arcs brisées et était équipée d'une cheminée dont subsistent les arrachements; au deuxième niveau du corps principal, une fenêtre rectangulaire ouvrait au-dessus du toit du corps de bâtiment oriental. L'élévation sud présente au premier niveau une porte centrale couverte d'un arc brisé, à arêtes vives, et deux jours en meurtrière sur la partie ouest; au troisième niveau, sur la partie est, est conservé le piédroit, avec les cordons d'appui et d'imposte, d'une fenêtre géminée; deux chapiteaux-frises à groupes de feuilles molles sont en remploi sous l'appui d'une fenêtre moderne du deuxième niveau. La chapelle, associée au château médiéval, a été reconstruite à la fin du XVe siècle ou au début du XVIe siècle. Elle porte un riche décor peint, en partie dégagé au niveau du choeur, représentant l'arrestation du Christ et sa comparution devant le grand prêtre. A la partie inférieure des murs du choeur, un décor ornemental complète la représentation.

 Éléments protégés MH : la chapelle en totalité avec son décor intérieur : inscription par arrêté du 31 juillet 2002. 

 château de Saint-Privat 46170 Saint-Paul-Flaugnac

 

Château de Saint Laurent les Tours

Le château-fort connu aujourd'hui sous l'appellation des tours de Saint-Laurent, du nom de la commune dans laquelle il se trouve, correspond en fait à l'ancien château de Saint-Céré dont le nom s'est bizarrement transféré au XVIIe siècle à l'ancien bourg ecclésial de Sainte-Spérie, l'actuelle ville de Saint-Céré, établie sur les berges de la Bave, en contrebas du site castral. L'"oppidulum Sancti Sereni" apparaît dans la documentation dès l'an 901. A cette date, le comte Géraud d'Aurillac était contraint d'y conduire une expédition destinée à réduire un certain Arlaldus qui tenait de lui cette forteresse. Un siècle et demi plus tard, les membres d'un lignage éponyme dit de Saint-Séré, dont on ne précise pas encore s'ils sont des chevaliers du castrum, foisonneront dans les cartulaires de Beaulieu et de Carennac. On y retrouve les prénoms d'Eirad et d'Amiel, indice que certains d'entre eux devaient descendre du seigneur rebelle du début du Xe siècle et que d'autres étaient sans doute apparentés aux premiers possesseurs du château des Peyrières, futur Castelnau-Bretenoux. Géraud de Saint-Séré, sixième abbé d'Aurillac (962-987), est le plus anciennement mentionné. Avant 1178, près d'une dizaine de parciers (coseigneurs) se partageaient le castrum, désormais sous la suzeraineté du vicomte de Turenne Raimond II, à qui le comte d'Auvergne venait de céder le dominium. Le plus important d'entre eux, Aymeric de Saint-Céré devait alors sept mois d'estage à la "Tour-Blanche" du castrum dont ses propres vassaux devaient assurer le service de garde. Il n'avait pas cependant la possession de la tour dont il partageait la garde et l'entretien avec les autres nobles du castrum. Leurs maisons, abritées à l'intérieur de la "mureta" (enceinte extérieure), étaient regroupée dans le quartier du "Puy du Château", de part et d'autre de la rue aboutissant à l'unique porte du fort. Ces divers parciers, pour la plupart membres du lignage éponyme des Saint-Céré, sont considérés comme la souche des Araqui, des Astorg et des Saint-Vincent, qui détenaient encore des parts du castrum et de la "viguerie" à la fin du XIIIe siècle. A partir de 1212, les vicomtes de Turenne entrent dans la mouvance directe du roi de France puis font hommage à Simon de Montfort en 1214. Raimond IV épouse Hélix d'Auvergne à Saint-Denis en 1225 et figure encore en 1235 parmi les proches du roi. A partir de 1236, cependant, on le voit entrer dans la clientèle du comte de Toulouse qui lui cède la suzeraineté sur le château de Castelnau. Suite à la défaite de la coalition anglo-toulousaine à Taillebourg, les possessions du vicomte, et notamment Turenne et Saint-Céré, sont mises sous séquestre par le roi jusqu'en 1254 au moins. En 1263, Raimond VI, sous contrôle du roi de France, entre dans la vassalité d'Henri II d'Angleterre, duc d'Aquitaine, et lui fait hommage pour ses châteaux de Turenne et de Saint-Céré Le texte de l'hommage insiste alors sur le caractère rendable des tours de Turenne et de Saint-Céré, qui avaient déjà été l'objet de l'attention du pouvoir royal lors de la saisie des années 1242-1253. L'obligation de rendre ces tours est encore réclamée en 1288 par Edouard Ier, qui rappelle que cette obligation avait précédemment été due au roi Henri II (1154-1189), et une nouvelle fois en 1290, date à laquelle Edouard Ier réclame une fois encore au vicomte les clés de Turenne et de Saint-Céré. A partir de la fin du XIIIe siècle, sous la suzeraineté directe des vicomtes de Turenne, Saint-Céré sera le chef lieu d'une châtellenie importante, s'étendant sur les lieux de Saint-Céré, Saint-Vincent, Frayssinhes, Autoire et Teyssieu.

 La tour à contreforts de Saint-Laurent est généralement attribuée à l'année 1178, époque de l'acquisition du castrum par Raimond II de Turenne. L'ocre soutenu de ses parements de calcaire dissuade toutefois de l'identifier avec la "Tour-Blanche" mentionnée dans la reconnaissance d'Aymeric de Saint-Céré vers la même date. André Châtelain rappelle d'ailleurs qu'Arcisse de Caumont et Camille Enlart ne l'attribuaient qu'au XIIIe siècle. L'analyse du répertoire formel de l'édifice confirme cette impression. La similitude des formes qui caractérisent ses deux phases de construction (similitude des portes en arc brisé, du parti de l'escalier, des fenêtres cintrées, des voûtes portées par un cordon d'imposte en quart de rond), invitent en effet à ne pas les créditer d'un écart chronologique trop marqué. En dépit de la spectaculaire discontinuité de parti manifestée par l'abandon des contreforts, il semble en fait que la seconde campagne ait suivi de peu l'achèvement de la première. Par ailleurs, à l'exception des contreforts, les analogies formelles qui rapprochent la "petite tour" de Saint-Laurent des tours de Castelnau-Bretenoux (après 1223), de Béduer (après 1215), de Cardaillac (vers 1227), voire de Castelnaud-Lachapelle (Dordogne), sont trop précises pour ne pas suggérer une proximité chronologique. Le parti de la porte d'entrée, intercalant un conduit couvert par une mitre à ressauts de quarts de ronds entre deux tableaux opposés en arc brisés, est l'exacte réplique de la porte de Castelnau-Bretenoux mais aussi de celle de la Tour de l'Horloge de Cardaillac. Le parti des escaliers dissociés, ouvrant par des portes hautes sur les salles, celui des cordons d'imposte en quart de rond filant sur les quatre faces, voire interrompus par des corbeaux, font également référence aux tours de Cardaillac et de Castelnau-Bretenoux, de même que l'adoucissement de l'arête des baies en un quart de rond à peine marqué. Le parti du caisson de latrines engagé dans l'un des contreforts renvoie en revanche à Puy-L'Evêque (après 1223), de même que celui des contreforts emboîtant les angles. L'ensemble de ces indices converge sur une datation plus tardive que celle habituellement retenue pour cet édifice qui, semble-t-il, porte davantage la marque de la première moitié, voire du deuxième tiers du XIIIe siècle que celle du siècle précédent. Il faudrait admettre dans ce cas que la "Tour-Blanche" mentionnée en 1178 parmi les possessions des vicomtes dont la garde était confiée Aymeric de Saint-Céré, désignait un autre édifice, aujourd'hui disparu. Les armoiries écartelées de Beaufort et Turenne permettent d'attribuer à Guillaume Roger III, comte de Beaufort, la construction de la tour nord-est (grosse tour) qu'il faut donc situer dans le troisième quart du XIVe siècle. Saccagé en 1586, pendant les guerres de Religion, le château est abandonné. En 1826, il est offert par son propriétaire au Département, qui refuse la donation. Le château est acquis en 1894 par Lafon de Verdier qui fait rebâtir le logis dans un style néo-médiéval. Le peintre Jean Lurçat l'achète en 1943 et y installe son atelier en décorant les murs, les plafonds et les menuiseries des portes et des fenêtres. De nombreuses oeuvres de l'artiste : tapisseries, peintures et céramiques y sont conservées et présentées au public.

 Le château occupe une position comparable à celle de l'ancien castrum de Turenne (Corrèze). Sur un piton calcaire de 130 x 50 m environ sont conservées deux tours quadrangulaires et les vestiges d'un ancien logis médiéval très modernisé à côté d'autres structures moins bien conservées et difficilement identifiables aujourd'hui. Au XIXe siècle, il restait outre les deux tours, un certain nombre de "masures" comportant plusieurs chambres et des cheminées, un puits, situé près de la grosse tour, et, près de la petite tour, les vestiges d'une chapelle (sans doute les vestiges de l'ancienne chapelle de Saint-Serenus) et d'une sacristie voûtée. La tour à contreforts dite "petite tour", implantée sur la face sud du castrum, occupe une position remarquable, en léger retrait de l'enceinte qui ceinturait l'ensemble. Avec 6,85 m de côté et 22 m de hauteur pour des murs épais de plus de 2 mètres, elle n'offrait qu'un espace intérieur particulièrement exigu, caractéristique des tours-beffrois. A l'exception d'une porte repercée au rez-de-chaussée, l'édifice n'a subi aucun remaniement depuis la période médiévale et présente donc un état de conservation remarquable. Au deux tiers de l'élévation actuelle, apparaît une césure radicale dans le parti architectural. Ce changement de parti se manifeste extérieurement par l'abandon des contreforts au profit de murs lisses, incitant à distinguer deux états successifs au sein de l'édifice médiéval.

 La tour "romane" est animée par huit contreforts symétriquement disposés au centre des faces et dans les angles de l'édifice qu'ils enveloppent. Ils sont épaissis à leur base par deux empattements dont l'un, particulièrement soigné, est adouci par une moulure en quart de rond, semblable à celle qui souligne la porte d'entrée de l'édifice. Les maçonneries, parementées de calcaire roux, y sont caractérisées par la présence de pierres de réglage sur chant, insérées dans les lits d'appareil. Au-dessus d'une salle basse couverte par un plancher, la tour primitive ne disposait initialement que d'une très haute chambre voûtée (10,14 m sous la clé), peut-être recoupée par un entresol établi au niveau du cordon d'imposte comme le laisse supposer la porte haute qui devait donner accès à cet entresol. La porte en arc brisé qui donne accès à la salle basse procède d'un percement moderne. Une trappe percée dans le premier plancher devait constituer l'unique accès de ce silo, par ailleurs totalement aveugle. Le premier étage constituait donc le niveau d'accès originel. Celui-ci s'opère aujourd'hui par un escalier de pierre, lié à l'enceinte et relié à la tour par une passerelle volante. Ce dispositif, reconstruit en partie à l'époque moderne, semble correspondre cependant à l'état ancien, comme en atteste un anneau de métal encore en place à la base de la porte d'entrée, sur lequel la passerelle devait s'articuler à la manière d'un pont-levis. La porte d'entrée, en arc brisé largement clavé et souligné par un mince quart de rond, ouvre au revers d'un contrefort. Elle disposait de deux tableaux opposés, dotés chacun de ses vantaux et d'une barre de fermeture. Entre les deux tableaux, le couloir est couvert par une mitre de quart de rond en ressauts se rejoignant au sommet, dispositif très semblable à celui que l'on observe à la tour de Castelnau-Bretenoux. Dans l'angle sud-ouest, un pan coupé correspondant à l'escalier en vis, réduit encore les dimensions de l'espace utile, ici de moins de 3 m de côté (2,92 m). L'escalier, à noyau formant marche, semble avoir initialement permis l'accès à un premier couronnement. A mi hauteur, il desservait des latrines ouvrant sur la même face que la porte d'entrée, ainsi qu'une porte haute (8,15 m), en arc brisé, ouvrant sur l'espace intérieur au-dessus du cordon d'imposte en quart de rond de la voûte en berceau. Une fente d'éclairage évitant le contrefort central, éclairait cette salle unique. Chanfreinée extérieurement, elle est couverte en berceau conique.

 La poursuite sur quelques assises de l'escalier en vis dans les maçonneries du dernier niveau qui l'ont condamné laisse supposer que celui-ci débouchait sur une ancienne terrasse sommitale qui couronnait l'édifice primitif. Cette hypothèse est confirmée sur les élévations extérieures par l'arrêt net des contreforts à la même hauteur. L'étage supérieur aux élévations lisses, établi au-dessus du sommet des contreforts de la tour, résulte manifestement d'une surélévation de l'édifice originel. Un larmier couronne ici le raccord des ouvrages et l'effacement des contreforts. Intérieurement, la surélévation correspond à une chambre haute, voûtée en berceau. Interrompant le cordon d'imposte en quart de rond, semblable à celui de la voûte inférieure, on note cependant une série d'épais corbeaux et de trous d'encastrement, suggérant comme à l'étage inférieur, qu'un plancher intermédiaire pouvait isoler un entresol sous la voûte. A mi-hauteur, une autre série de trous d'encastrement marque manifestement un niveau de palier, lié à un ancien escalier de charpente disparu. Celui-ci donnait accès par une porte en arc brisé, à un second escalier en vis, dissocié du premier et logé à l'angle opposé, dans un épaississement de maçonnerie porté par un encorbellement. Une fenêtre en plein cintre, semblable à celle du niveau inférieur, une armoire murale et un conduit intramural coudé complétaient l'équipement de ce dernier niveau. Le conduit coudé évoque par son tracé les dispositions d'une latrine. Il ne débouche cependant sur la face sud, que par une simple fenêtre, couverte par un linteau sur coussinets.

 Éléments protégés MH : les ruines du château : classement par liste de 1889. Les tours, les vestiges de l'enceinte et le sol compris à l'intérieur, le château et ses éléments de décor : classement par arrêté du 26 avril 1988. 

 château de Saint Laurent les Tours 46400 Saint Laurent les Tours 

 Téléphone : 05 65 38 28 21

   

Château de Saignes

En 1379, Bertrand de Lagarde, originaire d’Argentât, acquiert la seigneurie de Saignes. Vraisemblablement, le château existe déjà, fortifié, à l’écart du village, construit sur une colline escarpée, qui est désigné comme étant le "castrum de Siognâ". Pierre de Lagarde de Saignes, cinquième du nom, qui va naître à Saignes, connaîtra une carrière fulgurante. En 1518, François 1er le nomme conseiller au parlement de Toulouse. L’année suivante, il est envoyé comme ambassadeur extraordinaire en Écosse pour dissuader le roi de ce pays d’épouser la fille d'Henri VIII d’Angleterre, et resserrer l’alliance avec la France. Varillus dira "qu’il y réussit à force de conférences avec le Conseil d'Écosse, et après plusieurs discours prononcés au Parlement", confirmant par là la verve légendaire du personnage. Sa mission accomplie, Pierre de Lagarde sera ensuite envoyé à la cour du Portugal, afin d’y régler l’épineux problème de l’emprunt de 400000 écus engagés pour payer la rançon du roi et hâter la délivrance du dauphin et du duc d'Orléans. Comblé d’honneurs et de biens en récompenses d’aussi éminents services rendus à la royauté, Pierre de Lagarde se retirera en son château de Saignes, où il mourra en 1566. Sous Louis XIII, le château sera assiégé par des troupes protestantes, car son propriétaire, René de Lagarde, petit-fils du précédent, successivement gentilhomme de la maison du roi Charles IX, maître de camp du régiment du Quercy sous Henry IV, avait vaincu les protestants à Maurs (en Auvergne). Un de ses fils se distinguera dans les guerres de Guyenne, et sera tué à la bataille de Montauban. Le dernier représentant de cette famille, Henri, vicomte de Palaret, comte de Saignes, devenu une espèce de clochard, misanthrope et hargneux, mourra, solitaire et misérable, en son château, en 1923.

Le château de Saignes comporte deux bâtiments importants, dont l’un est composé d’un corps rectangulaire à trois niveaux, d’une tour carrée munie d’une tourelle en encorbellement, et d’une grosse tour circulaire dont la base est entourée d’un ouvrage percé de meurtrières. Les tours, couvertes de lauzes, sont ceintes de mâchicoulis. L'autre bâtiment comprend un corps rectangulaire et deux tours découronnées. L'ensemble date du XVIe siècle. En contre-bas de l’enceinte fortifiée, une chapelle a la porte surmontée des armes des Lagarde "D'azur, à une épée antique d'argent en bande, au-dessus, couronne de marquis, en support, deux lions". 

 Éléments protégés MH : les façades et les toitures du château, les sols portant le château, les dépendances ainsi que la chapelle: inscription par arrêté du 21 janvier 2002. 

 château de Saignes 46500 Saignes 

 Téléphone : 06 75 36 37 90

Châteaux les plus consultés

(IMH) = château inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, (MH) = château classé Monument Historique

Actualités

Infos Météo


Nombre total de pages vues

compteur internet
```html