Au XVIe siècle, Jean Ier de Rochefort, baron de Théobon et captal de Puychagut, illustre l’engagement militaire protestant de la famille. Protestant convaincu, il combat aux côtés des huguenots, notamment à Castillon (1586) et en Bourgogne sous le maréchal de Biron (1595). Son fils, Charles II, marquis de Théobon, joue un rôle clé pendant la Fronde en Guyenne, oscillant entre rébellion et soumission à la couronne. Le château, transformé en résidence aristocratique au XVIIe siècle, abrite alors un culte protestant jusqu’à son interdiction en 1684, reflétant les tensions religieuses de l’époque.
La famille Rochefort marque aussi l’histoire du château par ses liens avec la cour royale. Lydie de Rochefort-Théobon, fille de Jean II, devient demoiselle d’honneur de la reine Marie-Thérèse d’Autriche avant de devenir la maîtresse de Louis XIV (1670–1672, 1676). Sa conversion au catholicisme en 1685, sous la pression de la révocation de l’édit de Nantes, symbolise les bouleversements religieux du règne. Le château passe ensuite aux Talleyrand-Périgord par mariage en 1725, avant d’être vendu en 1783 au capitaine Brie de Teysson.
La Révolution française entraîne des dégradations majeures : les tours sont rasées, les métaux réquisitionnés, et des parties abandonnées aux XIXe et XXe siècles. Une cheminée remarquable, vendue en 1924, orne aujourd’hui un salon de l’université Harvard. Classé monument historique en 1962, le château conserve des éléments architecturaux notables, comme un escalier en fer forgé du XVIIe siècle, des plafonds peints (mythologies d’Icare et Phaéton), et des boiseries du XVIIIe siècle. Son organisation autour d’une cour rectangulaire, avec corps de logis et ailes en équerre, témoigne de ses transformations successives.
L’histoire de Théobon reflète les mutations politiques et religieuses de la France moderne. D’abord forteresse médiévale, il devient un lieu de pouvoir protestant sous les Rochefort, puis un symbole des alliances nobles avec la couronne. Les modifications architecturales (pont-levis remplacé par un pont de pierre, fenêtres bouchées, galerie inachevée) et les vicissitudes révolutionnaires en font un témoignage complexe des époques traversées. Aujourd’hui, son inscription aux monuments historiques préserve ce patrimoine lié à l’Agenais et à la Nouvelle-Aquitaine.
Éléments protégés MH : le château de Théobon (ensemble) : inscription par arrêté du 5 novembre 1962.
château de Théobon 47120 Loubès-Bernac









