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Château de Neaufles-Saint-Martin

Les rois francs de la première et de la seconde race, que le plaisir de la chasse attirait dans la forêt de Lyons ou dans les environs, avaient dans cette région de nombreuses résidences. Dagobert se rendait de temps en temps à sa villa d'Étrépagny. Charles le Chauve convoqua à son château de Neaufle, en 856, les grands du royaume pour aviser aux moyens de résister aux invasions des Normands, si redoutés qu'on avait ajouté aux litanies cette prière: A furore Normanorum libera nos, domine. On sait que nul moyen ne prévalut contre l'audace et la rapacité des envahisseurs et qu'un demi-siècle plus tard ils étaient maîtres du pays. Neaufle formait avec Gisors l'une des plus anciennes appartenances de l'église de Rouen. Les diverses terres que l'église métropole possédait en ces lieux lui avaient été données par Clotaire. Aussi Papyre Masson les désigne-t-il sous le nom de douaire de la Vierge. Un siècle plus tard, l'archevêque de Rouen échangea ce qu'il possédait à Gisors et à Neaufle, contre le domaine de Kelling, sis en Angleterre. Vers le milieu du XIe siècle, Guillaume le Bâtard confia son château de Neaufle à Guillaume Crespin, premier du nom, fils de Gilbert de Brionne, renommé par sa belle défense de Tillières, en 1037, et surnommé Crespin à cause de ses cheveux crespés. Guillaume II, fils de Guillaume 1er, épousa la fille unique de Godefroy d'Etrépagny, et celle-ci apporta dans la maison du Bec-Crespin les terres d'Etrépagny et de Neaufle. En 1290, Neaufle avait pour gouverneur Gaultier de Boisgelin. Dans la guerre que se firent les rois de France et d'Angleterre, cette place suivit la fortune de Gisors. Elle tomba en 1193 au pouvoir de Philippe-Auguste. A cette époque, cette forteresse fut notablement agrandie. 

 Le 21 août 1359, le régent (depuis Charles V) céda à la reine Blanche d'Evreux, veuve de Philippe VI de Vallois, en échange de Melun, les châteaux et villes de Vernon, Vernonnet, Pontoise, Neaufle, toute la vicomté de Gisors, à l'exception de la ville et du château, puis Neufchâtel et Gournay. Blanche d'Évreux, qui aurait pu deux fois voir la couronne d'Espagne se poser sur son front, préféra rester reine de France; mais elle était sœur de Charles le Mauvais, roi de Navarre, et cette parenté nuisit beaucoup au rôle qu'elle avait choisi. Elle habitait Vernon lorsque Duguesclin fut opposé aux Anglais et aux Navarrais dans le comté d'Évreux. Blanche fit son possible pour nuire au ravitaillement des troupes françaises et à leur communication. Vernon étant peu éloigné des lieux où se passait l'action, elle était informée par des courriers de tous les détails de la bataille de Cocherel lorsqu'on en vint aux mains. Sur sa conduite en cette circonstance nous laissons la parole à Pierre Cochon (Chronique Normande): "Blanche, seur du roy de Navarre, que fu fame du roy Philippe, demourante à Vernon, et estoit son douaire là assis, laquelle reconfortoit les Navarrois pour l'amour de son frère. Se avint que messire Bertrand se retray, et fist passer ses sommages (chenaux portant bagages) oultre la riviere les nouvelles vindrent à la royne Blanche que les Franchois estoient desconfis; et, celles nonvelles oyes (entendues) menestriex commenchèrent à corner, et dames et damoizelles à danser et amener si grant joye que nul ne le peust penser. Et tantost après mainz (moins) de hores oires autres nouvellez: de quoi les viellez, furent mises soulz le banc, et fu la grant joye tournée à grant plor. Et avait la dite roine Blanche une grant huche plaine de linges, robez et de chausses semellez à poulaine qui couroient pour le temps à leur donner après la bataille et pour ce que le roy de Franche oy parler de celle grant joye et que Vernon estoit trop entre les forteresches des Nauvarrois elle fu mise hors et out Neaufle et fu assiz là son douaire et out la forest de Leonz (Lyons) et Gysors et autres terrez entour et environ".

 Il est à croire que la soeur du roi de Navarre accepta cet échange avec résignation. Elle visitait souvent les villes et les châteaux qui faisaient partie de son douaire, mais Neaufle fut son lieu de prédilection. En 1388, elle y reçut le roi Charles VI et le duc d'Orléans, ce qui soupèrent et couchèrent au castel. Enfin elle y termina sa vie et son long veuvage, le samedi 5 octobre 1398. "Et fut son service fait en la grant église de Rouen et tous prêtres qui vouldrent chanter messe pour l'âme d'elle ourent III sols parisis". La baronnie de Tancarville ayant été érigée en comté, le 4 février 1552, en faveur de Jean de La baronnie de Tancarville ayant été érigée en comté, le 4 février 1552, en faveur de Jean de Melun, deuxième du nom, chambellan de France et de Normandie, marié à Jeanne Crespin, dame de Varenguebec, Étrépagny et Neausle, qui lui avait apporté ces terres en mariage, la seigneurie de Neaufle fut en partie détachée du nouveau comté pour être annexée à la baronnie d'Étrépagny. En 1417, cette baronnie fut portée dans la maison d'Harcourt par Marguerite de Melun, comtesse de Tancarville, baronne de Varenguebec, Étrépagny, etc., mariée à Jacques d'Harcourt, deuxième du nom, baron de Montgommery. Jeanne d'Harcourt, comtesse de Tancarville, baronne de Varenguebec, d'Étrépagny, etc., petite-fille des précédents, ayant été mariée en 1476 à René II, duc de Lorraine et de Bar, celui-ci la laissa "parce qu"elle était petite, bossue, et incapable d'avoir d'enfants", pour prendre comme épouse (d'après une bulle de dispense portant confirmation de ce second mariage), Philippe, fille du duc de Gueldres. Aussi, par suite de ce délaissement, la comtesse de Tancarville légua tous ses biens, par testament fait la veille de sa mort (7 novembre 1488), à François d'Orléans, premier du nom, comte de Dunois et de Longueville, son cousin. Jeanne d'Harcourt fut inhumée dans l'église collégiale de Montreuil-Belloy, près de Guillaume d'Harcourt, son père, le fondateur de cette collégiale.

 C'est ainsi que la terre de Neaufle entra dans la maison de Longueville. François d'Orléans, bâtard de Rothelin, gouverneur de Verneuil, baron de Varenguebec, seigneur de Neaufle, mort en 1600, a été inhumé dans l'église de ce dernier lieu. Marie d'Orléans, damoiselle de Longueville, fille d'Henri d'Orléans, deuxième du nom, duc de Longueville, gouverneur de Normandie, décédé à Rouen le 11 mai 1633, succéda, après la mort de ses frères, à tous les biens de sa maison. Marie d'Orléans avait épousé, en 1657, Henri de Savoie, deuxième du nom, qui après avoir été archevêque de Reims, à l'âge de vingt-six ans, sans être dans les ordres, et avoir résigné son archevêché à la mort de son frère Charles-Amédée, fut tué en duel en 1662 par le duc de Beaufort. Il ne laissait pas d'enfants. Aussi sa femme vendit la baronnie d'Etrépagny à Nicolas Billy, seigneur de Beyre, mort en 1726. Marie-Françoise Galland, veuve de ce dernier, ayant eu en reprise la baronnie d'Étrépagny et les terres et seigneuries qui en dépendaient, les laissa à son neveu, Pierre-Edmé Galland, maître à la Chambre des comptes de Paris, mort en 1753, laissant une fille, Gabrielle-Elisabeth, née en 1731, mariée en 1752 à Michel-Jacques Turgot, marquis de Sousmont, conseiller du roi et président à mortier au Parlement de Paris, père du célèbre Turgot, dont Louis XVI a dit: "Il n'y a que M. Turgot et moi qui aimions le peuple". Le château de Neaufle fut abattu vers 1647 par ordre du cardinal de Mazarin. Il n'en resta que la moitié d'une tour et une première ligne circulaire erminée du côté de la vallée par une courtine.

 La tour présente des détails de construction dans lesquels on a cru reconnaître des oubliettes. C'est d'abord une conduite qui débouche au sommet d'une chambre ménagée dans l'épaisseur de la muraille du sous-sol, puis cette chambre elle-même longue de plus de quatre mètres et haute d'environ cinq mètres. S'agit-il là d'une sorte de charnier dans lequel on faisait disparaître pour toujours les cadavres des victimes d'une justice sommaire ou de quelque vengeance particulière ? C'est ce que nos recherches ne nous permettent pas d'affirmer d'une façon positive. En 1840, on tenta la destruction des restes de la tour pour se procurer des matériaux. Cet acte de vandalisme n'eut pas de suite. A la fin du XIXe siècle, l'administration départementale, dans l'intention de conserver les derniers vestiges de la résidence de la reine Blanche, offrit 400 francs de rente de tout le terrain entourant l'ancien château, jusqu'à la seconde ligne circulaire. Ces offres furent rejetées, bien que les terrains dont il s'agit ne produisent pas annuellement le dixième de cette somme. Sur le territoire de Neaufle est la Croix percée, élevée vers le XIIIe siècle à l'occasion de quelque événement dont elle était destinée à perpétuer le souvenir. Cette croix offre quatre angles avancés et quatre losanges percés à jour. Elle est ornée sur chacune de ses arêtes d'une torsade ou câble, ornementation spéciale au XIe et au XIIe siècle.

 Divers historiens mentionnent encore parmi les possesseurs de la terre de Neaufle les quelques personnages énumérés ci-après: Le Père Anselme, en rapportant la branche des seigneurs de Gisors, issue de la très ancienne famille de Montmorency, cite Payen de Neausle, autrement dit Thibaut de Montmorency, fils de Geoffroy de Montmorency dit le Riche, surnommé Payen, chevalier, seigneur châtelain de Gisors et de Neaufle en l'an 1100, comme ayant possédé cette dernière terre à cause de sa mère Richilde "qui avait de grands biens". Le savant Augustin ne fait pas connaître, dans son Histoire des grands officiers de la Couronne, les armes de cette branche des châtelains de Gisors, qu'il fait remonter à Bouchard de Montmorency, deuxième du nom, père de Thibaut de Montmorency, connétable de France en 1098. Suivant quelques historiens, la reine Blanche de Castille, mère de Saint Louis, fut dame de Gisors et de Neausle. En 1293, Pierre de Chambly, chambellan, est dit seigneur dominant de Neaufle, cette terre lui ayant été fieffée par Guillaume Crespin, ce qui fut confirmé en 1303 par Jean de Melun, deuxième du nom, comte de Tancarville, grand maître de France, qui avait épousé Jeanne Crespin. Catherine de France, fille de Charles VI, roi de France, et femme de enri V, roi d'Angleterre, eut aussi, au dire d'Auguste Le Prévost, la terre de Neaufle dans son apanage. 

 Éléments protégés MH: le donjon : inscription par arrêté du 17 avril 1926. 

 château-fort de Neaufles 27830 Neaufles-Saint-Martin

 

Château de Montfort-sur-Risle

Le château actuel date de l’époque normande (X-XIe siècle), et a dû être bâti sur l’emplacement et avec les substructures des premières murailles, vraisemblablement romaines, puis franques. Vers 980, Toussaint de Hastebourg, premier seigneur de Montfort cité dans l’histoire, fut le premier possesseur du château. Puis ce fut la descendance de Hugues I à Hugues V de Montfort, qui en hérita. Château presque inattaquable, il représentait la forte puissance de Montfort. Il occupait 4,5 ha et était défendu par deux fossés profonds séparés les uns des autres par d’épaisses et hautes murailles. Mais en 1204 le château est confisqué par le Roi de France, Philippe Auguste, punissant ainsi la fidélité de Hugues à Jean sans Terre. Mais avant d’abandonner le château fort à son rival, Jean Sans Terre l’avait détruit en grande partie, en démolissant les tours, démantelant les murailles, ruinant les chemins couverts, comblant le puits, et démolissant l'étage supérieur du donjon, de tel sorte que les envoyés de Philippe Auguste qui venaient en prendre possession, ne trouvèrent plus que des ruines. Il ne subsiste que le rez-de-chaussée du château et de beaux restes de murailles. Des fouilles archéologiques devraient être entreprises prochainement par l’Association Montfort, Culture et Patrimoine. 

 Éléments protégés MH: les ruines du château-fort : inscription par arrêté du 13 septembre 1937.

 château de Montfort 27290 Montfort-sur-Risle 

 Téléphone : 01 43 35 15 51

 

Château de Gisors

Le site est fortifié au XIe siècle pour protéger les possessions normandes du roi d’Angleterre face aux velléités du Roi de France. La forteresse s’inscrit dans une campagne de fortifications de la vallée de l’Epte, limite naturelle entre les deux royaumes. Dès 1097, sous le règne du deuxième fils de Guillaume le Conquérant, débute la construction d’une importante motte de terre ceinte de fossés, sur laquelle reposait probablement une tour de bois entourée d’une palissade. Au cours de la première moitié du XIIe siècle, les principaux éléments de fortifications en pierre remplacent ceux en bois, la tour de guet devient un donjon octogonal massif, la palissade, une enceinte en pierre nommée chemise qui contient chapelle et cuisine. Le roi d’Angleterre, Henri Ier Beauclerc disparaît sans héritier mâle. Sa fille Mathilde écartée du trône, épouse le comte Geoffroy Plantagenêt, qui se retrouve ainsi Duc de Normandie. Ce dernier cède Gisors au Roi de France, Louis VII, en échange de son aide contre Etienne de Blois, Roi d’Angleterre et oncle de Mathilde. Suite à la mort d’Etienne de Blois en 1154, Henri II Plantagenêt, fils de Geoffroy, est propulsé à la tête du royaume d’Angleterre, et Henri décide de reprendre Gisors, davantage par la ruse que par la force. En 1158, une entrevue a lieu à Gisors entre les deux souverains : en gage de réconciliation, le Roi de France donne en mariage au fils d’Henri II, sa fille Marguerite (âgée de six mois), et lui cède en dot Gisors. En attendant le mariage, la garde du château est confiée à trois templiers: Robert de Piron, Tostes de Saint Omer et Richard de Hastings. Mais Henri II fait célébrer le mariage plus tôt qu’il été convenu, (les époux ayant neuf ans à eux deux), et se fait remettre le château de Gisors en 1161.

 Sous Henri II Plantagenêt, une deuxième campagne de travaux est entamée. Une grande enceinte, longue de plus de 800 mètres et protégée par huit tours, enveloppe le donjon central. Ces dernières présentent une grande diversité et des innovations architecturales majeures : tour quadrangulaire à bec, tour en u, tour circulaire à plusieurs niveaux d’archères. Conquise par Philippe Auguste en 1193, la forteresse redevient française. Au début du XIIIe siècle, le roi de France y fait de nombreuses et profondes transformations. Le château de Gisors devient à partir de cette date une importante résidence royale avec un grand nombre de communs et un logis dont il subsiste encore les caves. Lors de la guerre de Cent Ans, après un siège de trois semaines, le château et la ville sont pris par les Anglais, tout comme l’ensemble de la Normandie de 1419 à 1449. Repris par le Roi de France, le château fait l’objet de nombreux remaniements, les bâtiments royaux et les communs sont restaurés. Les travaux les plus importants concernent l'adaptation de la forteresse, face aux progrès de l'artillerie, avec la construction d’une fausse braie : construction de remparts de terre, intégration d'un bastion en forme d'as de pique avec casemates et souterrain qui le relient aux restes des fortifications, arasement des anciens remparts et aménagement d'une galerie couverte aux pieds des remparts du XIIe, qui seconde les remparts de terre. Avec la fin des Guerres de religion, en 1599, le château est déclassé des sites militaires français : il n'a plus alors d'intérêt stratégique. La majorité des communs est détruite. Au début du XIXe siècle, le château de Gisors devient un lieu de visites des premiers touristes et en 1862 il est classé Monument Historique. 

 Éléments protégés MH: les estes du château : classement par liste de 1862. Les jardins et promenades du château : site classé par arrêté du 24 février 1940. 

 château de Gisors 27140 Gisors 

 Téléphone : 02 32 27 60 63

 

Château de Gaillon

e magnifique palais de Gaillon, que le premier cardinal dAmboise avait fait élever de 1502 à 1510 et qui devint la résidence favorite de ses successeurs au siège archiépiscopal de Rouen, ses parcs et ses jardins, n'existai ent plus à la fin du XIXe siècle. Saisis comme propriété ecclésiastique, à la suite du décret de la Convention du 20 août 1792, ils ne tardèrent pas à devenir la proie des spéculateurs. Quelques amis des arts essayèrent bien, en l'an V, de sauver cette merveille des rives de la Seine, et l'ingénieur en chef du département de l'Eure fut chargé de faire un rapport sur leurs réclamations. Mais le chef-d'œuvre des grands artistes de la Renaissance et les bâtiments construits plus tard, sur les dessins de l'architecte Mansart, ne parurent à ce fonctionnaire qu'un assemblage gothique; dont on avait tort de demander la conservation; ils furent condamnés à être vendus. Les statues, les marbres, les menuiseries disparurent dans un encan général. Alexandre Lenoir obtint seulement d'acheter, en 1802, pour le compte du gouvernement; le portail et les belles galeries de la cour principale, encore en place à cette époque, les boiseries de la chapelle et diverses sculptures, qui furent transportés à Paris, au musée des Petits-Augustins, devenu depuis le Palais des Beaux-Arts. Quelques débris employés dans sa construction sont les derniers restes des galeries, dont la plus grande partie, longtemps délaissée dans les chantiers des Petits-Augustins, a fini par être détruite; mais on peut admirer dans la cour de ce palais le portail de Gaillon, qui en est l'un des principaux ornements. Les superbes boiseries de la chapelle ont été arrangées et utilisées pour la restauration de l'église abbatiale de Saint-Denis.

 Un grand bas-relief en marbre représentant saint Georges terrassant le dragon, et la partie supérieure de la fontaine du jardin ont été recueillis au Louvre dans le musée de la sculpture française. Le touriste qui voudrait visiter à la fin du XIXe siècle la place où s'élevait la demeure des archevêques de Rouen, n'y rencontrerait plus guère que le pavillon d'entrée, avec ses tourelles et ses bas-reliefs, maintenant fort altérés, une chapelle basse, où la savante combinaison des nervures en pierre des culs-de-lampe aux armes d'Amboise et plusieurs figurines appellent l'attention, et une tour qui plonge dans les fossés. Les ingénieurs chargés en 1812 des travaux de construction nécessaires pour transformer les ruines de Gaillon en une maison de détention, s'étaient attachés à modifier entièrement ce qui restait debout et à supprimer la grande galerie, qui tout entière avait échappé jusque-là aux destructeurs. Ce n'est donc plus que dans les anciens documents, les peintures et les vieilles gravures que revivent les souvenirs et les traces de ce château vraiment royal, dont Androuet du Cerceau et Israël Silvestre ont donné de curieux dessins et de jolies vues, que Piganiol de la Force a visité et décrit vers 1715 et sur lequel M. Deville a publié, en 1850, un important ouvrage, avec les comptes des travaux exécutés par les ordres de Georges 1er d'Amboise.

 Au XIIe siècle, Gaillon avait une forteresse que Philippe-Auguste enleva à Thomas Braket pour la donner, en récompense de ses services, à Cadoc, chef de routiers à sa solde. Châtelain d'abord, puis propriétaire définitif du château, Cadoc en fit graver sur son sceau une vue évidemment incomplète, avec le donjon et l'enceinte des murailles, qui devaient, comme dans les autres châteaux normands, être défendus par des tours et des fossés. Philippe-Auguste était à Gaillon lorsqu'il partit pour aller au siège du Château-Gaillard; il y revint en 1207 et en 1208, et, quelques années après, se brouilla avec son ancien compagnon d'armes, dont la rapacité causa la ruine. Cadoc, ayant refusé de payer 14200 livres, fut jeté en prison et n'en sortit que sous la minorité de Saint Louis, en 1227, en abandonnant au roi sa forteresse et en lui restituant toutes les chartes des donations qui lui avaient été faites. En 1262, Saint Louis, en échange des moulins et du vivier que les archevêques de Rouen possédaient dans cette ville et de 4000 livres tournois, céda à son conseiller et ami, l'archevêque Eudes Rigaud, le château et la ville de Gaillon, en se réservant le droit d'y mettre garnison, en cas de guerre en Normandie. Le registre des visites pastorales de Rigaucl constate qu'il visitait souvent son nouveau château, où il reçut Saint Louis le 16 décembre 1263, en 1264 et plusieurs autres fois, le légat du Pape, Simon, cardinal de Sainte-Cécile, en janvier 1260, et l'évêque d'Albano, représentant le Saint-Siège, en juin 1269, et où il mourut en 1275. Guillaume de Durefort, en mai 1320, y donna l'hospitalité au roi Philippe le Long. Mais la tranquille possession des archevêques fut troublée au XVe siècle par les Anglais, qui assiégèrent Gaillon, en 1424, et le prirent, après une faible résistance.

 Tout ce que l'archevêque Jean de la Roche-Taillée put obtenir du duc de Bedford fut que son habitation personnelle, les salles et les chambres seraient conservées; quant au donjon et autres tours, aux murailles, ponts, tourelles et guérites, ils furent rasés et les fossés comblés. Le château resta en ruines jusqu'en 1456, où le cardinal d'Estouteville en fit déblayer les décombres pour jeter les fondements d'un nouveau manoir, auquel on travailla pendant plusieurs années. Le cardinal d'Amboise réalisa, sur des plans beaucoup plus grandioses, les projets de son prédécesseur et consacra aux dépenses de construction, d'après les comptes de l'archeveché, 153600 livres, somme équivalente, en tenant compte de la valeur relative de l'argent, à environ trois millions de la monnaie de nos jours. Georges d'Amboise, devenu archevêque de Rouen, en 1494, suivit peu après Charles VIII en Italie, et à l'avènement de Louis XII, les affaires de l'Etat l'absorbèrent trop pour qu'il pût s'occuper beaucoup de Gaillon. Ce ne fut réellement qu'en 1502 que les grands travaux commencèrent, pour prendre un développement extraordinaire, surtout à partir de 1507, et finir à la mort du cardinal, arrivée le 25 mai 1510. Les deniers versés par les Génois, en expiation de leur révolte, et que Louis XII abandonna à son ministre, contribuèrent, dit-on, au paiement des constructions; mais, si l'on excepte trois artistes italiens et quelques français, le monument fut l'œuvre presque exclusive des sculpteurs, des architectes et des peintres normands, de Rouen et des environs, qui surent le bâtir et l'orner avec les formes les plus élégantes de la Renaissance et du style ogival.

 Georges II d'Amboise, auquel son oncle laissa par testament deux millions d'or et les meubles de Gaillon. Le château et la terre restant la propriété de l'archevêché, ne paraît avoir eu à dépenser, pour l'achèvement du palais, que des sommes peu importantes, si l'on en croit les comptes de son trésorier. Ce palais, construit sur une pointe de terre élevée, avait une forme triangulaire. Entouré de fossés de toutes parts, il communiquait à l'extérieur par un pont-levis placé entre deux tours basses plongeant dans les fossés et la porte d'un pavillon carré, flanqué de tourelles et appuyé à droite et à gauche sur des corps de bâtiments. La façade extérieure de ce pavillon, qui existe encore en partie, se fait remarquer par la richesse de la composition et de l'ornementation. Aux deux côtés de l'arcade servant d'entrée à une première cour, de forme irrégulière, deux colonnes à fût cannelé supportent une longue architrave avec chimères et arabesques. A gauche de cette porte, une petite poterne basse est percée dans un panneau, dont le surplus est couvert par des pilastres. A droite, une fenêtre à croisillons est couronnée par une coquille. Deux fenêtres superposées, à croisillons avec pilastres, s'ouvrent aux deux étages supérieurs; une arcade surbaissée se dessine entre elles, et c'est probablement là, dans deux niches, séparées par des colonnettes à jour, que se trouvaient les deux figures de Louis XII et de Georges d'Amboise. Trois autres fenêtres, également superposées, couronnées de coquilles et reliées par une chaîne de pilastres, servent à éclairer les deux ailes de cette façade, détachées en avant-corps. La décoration de la façade intérieure ne diffère pas sensiblement de celle que nous venons de décrire. Deux figures d'anges, dans la niche du deuxième étage, supportaient un écusson, mutilé en 1793.

 Les ornements contemporains de Georges d'Amboise ont fait place, dans l'arcade, à une longue inscription latine que Nicolas Colbert y a fait graver, à la fin du XVIIe siècle. Elle rappelle les souvenirs de Saint Louis, d'Eudes Rigaud et du cardinal d'Estouteville, et célébré les beautés de Gaillon, créées par Georges d'Amboise et augmentées par le cardinal de Bourbon et François de Harlay. A gauche de la première cour, se trouvaient les murailles et la tourelle de l'ancien corps de logis du cardinal d'Estouteville, que Pierre Delorme fut chargé de remanier pour les harmoniser avec les constructions nouvelles. Deux figures d'anges et un couronnement ogival festonné surmontaient la porte de la tourelle. On passait de cette cour dans la grande cour par le portail, qui a été transporté au palais des Beaux-Arts. Il n'était pas dans une position isolée, comme on le voit actuellement, mais faisait partie d'un corps de bâtiment dont il formait l'entrée. Les ouvertures latérales, accompagnant l'arcade centrale étaient les fenêtres du bâtiment lui-même. M. Deville, dans les dessins de l'atlas de son ouvrage, a restitué à l'arcade supérieure sa première ornementation. Cette arcade, au lieu d'être à jour, servait d'encadrement à un écusson portant les armoiries du cardinal d'Amboise. L'harmonie de la composition de ce portail, œuvre du rouennais Pierre Fain, est en rapport avec la délicatesse et le fini de ses ornements. Commencé en 1508 et achevé au mois de septembre 1509, il était au point de partage des deux cours et formait la clôture de la cour "où est l'entrée de Gennes", long bas-relief en marbre, représentant la bataille de Gênes, en avril 1507, et la reddition de cette ville, à laquelle Georges d'Amboise eut la plus grande part.

 Dans la grande cour était le principal corps d'habitation, appelé la "grant maison", qui en constituait l'un des côtés, regardant le sud-ouest. Les principaux appartements se composaient, d'après les indications des comptes, de la grande salle, la chambre de cuir doré, la chambre de parement et celle de velours vert. Sur sa façade étaient sculptés de petits piliers, coupant une chaîne d'archivoltes à anses de panier, garnies de nacelles renversées. Du côté regardant la campagne, il présentait une riche galerie à jour surmontée d'une terrasse. Huit piliers en marbre, à bases et chapiteaux en pierre de Vernon, en supportaient les arceaux et "neuf anticquailles envoiées par Prégent", ou médaillons en marbre de personnages de l'antiquité, somptueusement encadrées, accompagnaient les archivoltes des arcades. On accédait à ce bâtiment par deux escaliers extérieurs placés à deux angles opposés de la cour. Une grande tour ronde, aujourd'hui dénudée et privée de sa toiture élancée, flanquait ces bâtiments du coté des fossés. Dans cette tour, on avait établi la chambre et le cabinet du cardinal d'Amboise, avec leurs merveilleuses boiseries, éblouissantes d'or et d'azur. La chapelle se dressait à l'opposé; on y entrait par la galerie, qui partait de la tour et du cabinet des archevêques, et par l'escalier appelé "la grant viz", placé à l'un des angles de la cour centrale et dont on admirait la décoration et les sculptures extérieures, avec le saint Georges en cuivre qui en couronnait le faîte et les pendentifs intérieurs. Cette chapelle était cruciforme, son abside ronde mordait sur le fossé. Au centre s'élançait un clocher, surmonté d'un campanile à jour, nommé la Syrène. Plus bas étaient rangées des Sibylles. Trois de ces figures avaient été exécutées, en 1509, par le rouennais Guillaume de Bourges. Dix-huit fenêtres à rangs superposés étaient ornées de vitraux peints, dont Félibien, au commencement du XVIIIe siècle, vantait la beauté et dont on a attribué l'exécution à deux maîtres verriers, Antoine Chenesson, d'Orléans, et Jean Barbe, de Rouen.

 Les murailles de cette chapelle avaient été enrichies de peintures par André Solario, peintre milanais, élève de Léonard de Vinci, que le cardinal d'Amboise avait appelé en Normandie. Douze figures d'apôtres, en albâtre, dues au ciseau d'Antoine Just, étaient placées dans la nef, tandis que le grand bas-relief en marbre de Michel Coulombe, qui est au musée du Louvre, décorait l'autel, tout en marbre et couvert des plus riches sculptures. Les stalles en menuiserie étaient les plus beaux ornements de la chapelle. Le bâtiment regardant le nord-est dans la cour, s'appelait maison de Pierre Delorme, du nom du maître maçon qui l'avait construit. Cet architecte y avait allié l'ancien style au nouveau et garni l'entre-deux des fenêtres de médaillons avec cartouches. Un pavillon carré à l'angle de la cour portait le même nom et était destiné à servir de communication entre la cour du château, le jardin et le parc. Il était flanqué, du côté du jardin, de deux grosses tours, et, du côté de la cour, de deux tourelles en encorbellement, terminées par un toit aigu et un épi en plomb. Quatre élégantes lucarnes alternant avec ces quatre clochetons, donnaient un aspect des plus pittoresques à la toiture en plomb travaillé de ce pavillon. L'ensemble des bâtiments de la cour principale était complété par deux corps de galeries en regard, ouvertes au rez-de-chaussée et fermées à l'étage supérieur, qui s'étendaient, l'une de l'escalier de la tour au pavillon et l'autre du grand escalier de la chapelle à la maison Pierre Delorme. Au rez-de-chaussée ouvert de la première galerie, onze colonnes, semées de fleurs de lys, supportaient des arcades, au-dessus desquelles on voyait le long bas-relief en marbre représentant la bataille de Gênes et l'entrée des Français dans cette ville. Dans la galerie basse étaient fixées des têtes de cerfs en bois, peintes au naturel, qui se détachaient sur un fond de verdure, travail du peintre rouennais Richard du Hay, qui avait aussi rehaussé d'or les caissons du plafond. L'artiste et Pierre le Plastrier avaient également été chargés de peindre et de dorer la galerie haute "les courbes, les ogives et les rencos d'or et d'azur, les rondeaux et les lettres, qui sont et seront semés en toute ladite gallerie et d'estoffer le manteau de la cheminee" qui se dressait à l'une de ses extrémités. A l'extérieur, les trumeaux des fenêtres étaient garnis de médaillons en marbre, entourés d'une riche bordure et représentant les douze Césars et les impératrices, en compagnie desquels paraissaient Louis XII et le cardinal d'Amboise, dont les noms étaient écrits sur des cartouches. Un peu plus haut se dressaient des lucarnes pyramidales, chargées de clochetons, de crères et de dentelles.

 Dans la seconde galerie, on retrouvait la même richesse d'ornements et les médaillons terminant la série des douze Césars, mais avec quelques différences. Au lieu de colonnes fleurdelisées, des pilastres prismatiques, semés d'arabesques sur leurs pans, portaient de doubles arceaux, divisés par une tête de pilastre, suspendue à vide, en forme de pendentif. Une frise à enroulements, mariés à des figures allégoriques, courait au-dessus de ces arceaux. Les fenêtres à croisillons de la galerie supérieure, encadrées de pilastres couverts d'arabesques, s'appuyaient sur cette frise. Une double corniche, dans le même style, régnait dans la partie supérieure. Au point central de la cour, s'élevait une superbe fontaine de marbre. Elle se composait de deux vasques superposées portées par des colonnes contre lesquelles étaient adossés des groupes de femmes nues aux formes élégantes. En sortant du château, on se trouvait sur une vaste esplanade, qui le séparait des jardins. De là l'œil découvrait la vallée de la Seine, des coteaux chargés de vignes et de bois et une étendue de pays de plusieurs lieues. Andely et le Château-Gaillard apparaissaient dans le lointain. Le jardin d'agrément ou parterre était fermé sur deux de ses côtés par un mur, et sur les autres par une suite de bâtiments et une immense galerie de cinq arcades ou portes monumentales avec trente-six fenêtres, surmontées de riches lucarnes en pi erre. L'intérieur était garni de lambris en bois admirablement sculptés. Lyenard de Feschal et Jehan Testefort, de Rouen, avaient peint et doré toutes les murailles de cette galerie, ainsi que la volière du jardin, les murs, les poteaux et les treilles, moyennant la somme de 1500 livres tournois. Un immense parc s'étendait à la suite des jardins et couronnait les hauteurs voisines.

 Retenu par les affaires de l'Etat, le premier cardinal d'Amboise ne résida guère dans ces somptueux bâtiments. On peut même dire, si on ne consulte que les registres de ses comptes, qu'il ne fit que les entrevoir, dans de courts voyages et une douzaine de fois. En janvier 1505, il y attendait la venue de Louis XII, qui devait passer avec lui le jour des Rois; en octobre 1509, il y tomba sérieusement malade et en repartit à la fin de novembre pour n'y plus revenir. Il n'en fut pas de même de son neveu, Georges II, qui sortait peu de son château. Le 19 juin 1523, François 1er lui écrivait pour se plaindre de ce qu'il n'avait reçu aucune lettre de lui depuis son départ de la Cour. "Vous povez considérer, lui disait-il, si je me doy contenter aussi de ce que ne bougez de Gaillon et deveriez estre à Rouen pour faire diligenter l'affere qui me touche et à mon royaulme plus que vous ne pensez". Il s'agissait de subsides demandés pour la guerre d'Italie au clergé de Normandie, qui faisait la sourde oreille et finit par s'exécuter, le roi ayant passé des prières aux menaces. Le successeur du second cardinal d'Amboise, Charles de Bourbon, le roi de la Ligue, faisait également de Gaillon sa résidence ordinaire. A l'automne de 1566, il y reçut Charles IX et sa mère, Catherine de Médicis, et fit représenter devant eux, dans le grand pavillon du parc, appelé pour la circonstance l'Ile heureuse, des pièces allégoriques: Thetys, Francine, Les Ombres, comédie en cinq actes; Les Naïades ou Naissance du Roy, Charlot, et la Lucrece en cinq actes. Ces pièces avaient été composées, à la demande du cardinal de Bourbon, par un poète rouennais, Nicolas Filleul. On les imprima à Rouen, chez Georges Loyselet, avec dédicace à Catherine de Médicis, sous le titre: "Les Théâtres de Gaillon à la Royne".

 Plus tard, en 1578, Henri III fut aussi l'hôte du cardinal. L'ambassadeur vénitien Lippomano, qui l'accompagnait, appela Gaillon un lieu de délices et le compara aux palais enchantés de Morgane et d'Alcine. Le cardinal de Bourbon fit faire des travaux et des embellissements à Gaillon. La vaste esplanade, qui séparait le corps du château du jardin, fut fermée à son extrémité nord-est par une galerie basse. Androuet du Cerceau, qui vit élever ces constructions, en 1576, parle de cette terrasse "que Monsieur le cardinal de Bourbon à présent fait approprier d'édifices tant au niveau dudit logis que au pied de la terrace, adjoustant à ce bas une gallerie d'assez belle ordonnance, selon l'antique, qui regarde le val". Le même cardinal avait fondé dans le voisinage une chartreuse, l'une des plus belles de France, connue sous le nom de Chartreuse de Gaillon. Ce fut dans le riche et élégant pavillon, appelé d'abord la Maison Blanche, puis l'Ile heureuse, où Charles IX avait entendu les pastorales rimées du poète Filleul, et qui avait donné asile à Henri III en 1578 et en 1584, que fut résolue la Ligue. On l'appela alors Pavillon de la Ligue, nom auquel on substitua plus tard celui de Parnasse de Gaillon. Enlevé quelques années après à son château, le roi de la Ligue alla de prison en prison s'éteindre à Fontenay-le-Comte, le 15 mai 1590. Son neveu, le cardinal de Vendôme, lui succéda et mourut lui-même, en 1594. Henri IV, qui avait pu apprécier les beautés de Gaillon, dans un séjour qu'il y fit en février 1590, désira, après la mort du second cardinal de Bourbon, se faire céder ce château; mais la négociation, conduite par Sully, ne réussit pas, et le roi nomma au siège de Rouen, son frère naturel, Charles III de Bourbon. Il revint à Gaillon, en octobre 1596, avec les princes de Conti, de Montpensier, de Nemours, de Mayenne et autres seigneurs et, en août 1603, avec la reine Marie de Médicis. En novembre 1596, le cardinal de Florence, légat du Pape, y reçut l'hospitalité, avant de se rendre à Rouen, pour assister à l'entrée de Henri IV.

 Les successeurs des princes de Bourbon, qui ont laissé le plus de traces de leur séjour à Gaillon, sont le cardinal de Joyeuse, qui répara les désastres que le feu avait fait subir à la Chartreuse, dont il réédifia l'église, François de Harlay, arrière-neveu des cardinaux d'Amboise, et Nicolas Colbert. François de Harlay, en novembre 1617, reçut à Gaillon Louis XIII et son frère Gaston, qui, avant de se rendre à Rouen pour l'Assemblée des notables, y passèrent dix jours et s'y donnèrent les ébats de la chasse, dit le Mercure François. Le 21 décembre 1639, le chancelier Séguier, le maréchal de Gassion et leur suite, envoyés en Normandie par le cardinal de Richelieu pour châtier les gens de Rouen, s'arrêtèrent quelques jours à Gaillon. Logés et régalés avec une magnificence incroyable, raconte le secrétaire du chancelier, ils ne se pressèrent pas de partir. Le chancelier resta chez l'archevêque, pour y attendre les députations du Parlement et du corps de ville de Rouen. Il se promenait dans le château et le parc, et se récréa fort à voir certaines machines... Le 20 février 1650, François de Harlay fit les honneurs de son château à Louis XIV, à sa mère Anne d'Autriche, et au cardinal Mazarin, qui venaient pacifier la Normandie. François de Harlay vivait habituellement à Gaillon, travaillant de sept à huit heures par jour au milieu de ses livres et de sa belle bibliothèque. L'archevêque Nicolas Colbert, fils du ministre de Louis XIV, exécuta à Gaillon des travaux considérables, qui portèrent sur les bâtiments accessoires du château. Mansart en donna les dessins. La galerie basse, construite par le cardinal de Bourbon, fut surmontée d'un étage avec arcade à jour et flanquée à l'une de ses extrémités d'un pavillon carré, et à l'autre d'une orangerie en amphithéâtre contenant, en 1715, plus de trois cents orangers. Le Nôtre traça le plan d'un nouveau parc, pour l'établissement duquel il fallut abattre près de 2800 pieds de vieux chênes. Le chapitre de Rouen avait voulu s'opposer à la destruction de ces arbres superbes, âgés de deux cents ans, mais Nicolas Colbert s'adressa à Louis XIV. Le roi, sur le rapport d'experts, qui déclarèrent que l'exécution des projets de Le Nôtre ferait du parc de Gaillon l'un des plus beaux du royaume, accorda, le 10 novembre 1691, l'autorisation demandée. Le plan, dressé et gravé en 1748, par Le Tellier, nous montre ce parc avec ses longues avenues parallèles et diagonales disposées et taillées à la française, son rond-point, d'où rayonnaient douze allées, chacune plantée d'arbres d'une essence unique, dont elle portait le nom, ses maisonnettes de gardes et sa ferme appelée la Ménagerie. Le château de Gaillon reçut encore, en 1785, la visite de Franklin, qui fut l'hôte du cardinal de La Rochefoucauld, et, en 1786, celle de Louis XVI. Ces visites furent les dernières dont on ait conservé le souvenir. La Rochefoucauld avait fait peindre par Hiibért Robert une grande vue du château de Gaillon, tableau de 9 pieds 6 pouces sur 12 pieds 8 pouces, qui est encore dans la salle des États, à l'archevêché de Rouen. A quelques années de là, le dernier archevêque de Rouen qui ait habité Gaillon, devait partir pour l'exil et mourir sur la terre étrangère.

 Le château de Gaillon sera vendu comme bien national et connaîtra la pioche des démolisseurs. Alexandre Lenoir, conservateur du Musée des Petits Augustins, fera remonter différentes pièces de l’édifice dans la cour des Beaux Arts. La merveille allait devenir par les soins de Napoléon 1er, un pénitencier signant ainsi sa déchéance. En 1901, fermeture du centre pénitencier, place à l'armée. En 1925, le château est vendu aux enchères par les soins de l'État. C'est à ce moment qu'il est acquis par un propriétaire privé. Puis la seconde guerre mondiale venue, le château de Gaillon servira à nouveau de prison sous l'occupation allemande. En 1949, le château est vendu aux enchères à différents propriétaires privés, le 13 mai 1970 acquisition du château par l'État, expropriation de la propriétaire du moment, et en 1977 le château de Gaillon renaît de ses ruines. 

 Éléments protégés MH: le château : classement par liste de 1862. Le terrain situé au nord-ouest du château qui faisait partie de la composition de l'ancien parc : classement par arrêté du 8 septembre 1965. L'assiette foncière des anciens jardins et les éléments subsistants de la clôture, ainsi que les vestiges archéologiques connus ou à découvrir, y compris la partie de parc vendue avec le château en 1797, à l'exclusion des parties déjà classées : inscription par arrêté du 8 février 1996.

 château de Gaillon 27600 Gaillon 

 Téléphone : 02 32 53 86 40

 

Château de Conches

Quel est le voyageur qui, avant d'entrer dans Conches, n'a pas aperçu à sa droite, sur le coteau qui borde la ville de ce côté, un vieux donjon dont les ruines, enveloppées d'un lierre toujours vert, présentent un aspect si pittoresque. C'est l'ancien château fort des comtes de Conches. A la vue de ces pans de murailles, de ces quartiers de tours qui se dressent encore d'une manière effrayante au-dessus de leur profond escarpement, on se sent porté à demander au passé le récit des guerres, des assauts, des belles apertises d'armes dont cette forteresse fut témoin; mais quand nous voulons consulter nos historiens sur ces monuments des temps chevaleresques, notre curiosité est souvent peu satisfaite. Ceux qui se sont occupés de recueillir les annales de l'histoire de Normandie n'ont pu tout dire, et en voici la raison donnée par un de nos chroniqueurs: "Qui voudrait faire mencion de tous les vaillans hommes, et des vaillances qui ont esté faictes durant le recouvrement de la duché de Normandie, ce serait trop laucunement faire mémoire" (E. de Monstrelet). Il faut donc se contenter du petit nombre de renseignements offerts sur les petites localités par l'histoire générale. Ce que celle-ci n'a pu nous dire, c'est à l'histoire particulière à nous l'apprendre. Mais pour cela faire, après avoir glané dans les chroniques, il faut fouiller dans les archives locales: heureux quand elles fournissent de quoi augmenter la petite portion de documents donnés par les historiens. Nous avons consulté à l'égard du château de Conches et les livres et les titres; quelque peu nombreux que soient nos matériaux, ils en diront assez, nous le pensons, pour intéresser à ses ruines les amis de notre histoire locale. 

 La forteresse des comtes de Conches se composait d'une grosse tour centrale ou donjon, de forme circulaire, escortée de cinq tours liées entre elles par une épaisse muraille. Cet ensemble de fortifications, placé sur une éminence conique, au bord d'un coteau rapide qui domine à l'est la vallée, se trouvait défendu du côté de la ville par de larges et profonds fossés, et c'est par là aussi qu'était établi un pont-levis pour correspondre avec les habitants. La position de cette forteresse était tellement avantageuse que les historiens l'ont mentionnée comme une des bonnes places fortes de la province. C'est à Roger II de Toëny, quatrième comte de Conches, qu'on en attribue la construction (vers 1173). "Il fit aussi construire à main gauche, dit une histoire manuscrite, le château (d'habitation) qui déborde sur la côte. On voit encore la fenêtre et la porte de la maison basse, du côté de la fontaine. La haute muraille qui allait rendre depuis la cave jusqu'aux jardins contigus de l'église (de Sainte-Foi) est à demi abattue, et il est sûr que les quatre Toëny (comtes de Conches) et autres ont logé dans la chambre où le concierge met aujourd'hui son cheval. On croit que Roger mourut dans ce château". Déjà bien avant cette époque, Roger 1er avait fait clore la ville de bonnes murailles, munies de deux portes défendues chacune par deux tours. De sorte que Conches, avec tout cet appareil de fortifications, n'était pas autrefois une pauvre bicoque, comme on pourrait le penser en voyant aujourd'hui son peu d'importance. La citadelle dont cette ville était protégée excita plus d'une fois l'envie des hauts et puissants seigneurs ses voisins. Elle prit une part active dans nos guerres anglo-normandes. 

 A peine cette forteresse fut-elle achevée, que Philippe-Auguste vint en faire le siège. Ce monarque s'était transporté en Normandie pour enlever plusieurs places fortes au duc Richard qui avait violé le traité de 1195. "Doncques Auguste tout transporté de colère et plein de mauvaises volontez, dit le curé de Meneval, porte tout incontinent ses armes contre le château de Conches, et le prit après quelques attaques". Et ainsi fit-il de plusieurs forteresses. Après la mort de Richard Cœur de Lion, Jean sans Terre, qui s'était emparé du trône d'Angleterre et avait fait avec le roi de France un traité par lequel la limite des deux Etats était fixée entre Évreux et le Neubourg, eut, comme dépendant du territoire normand, Conches et son château fort. Il n'en jouit pas longtemps, car cet indigne usurpateur ayant lâchement assassiné le prince Arthur duc de Bretagne, celui qui aurait dû succéder au roi Richard, les nobles seigneurs normands se soulevèrent contre le meurtrier et s'unirent à Philippe pour lui enlever toutes ses places. Le roi de France saisit avec empressement cette occasion de se rendre entièrement maître de la Normandie. Il s'y transporta avec toute son armée, cum toto exercitu, disent les chroniqueurs, prit Conches, Couc has cepit, Andely et Vau, Conehas eepit, Andelyet Vaudreuil (1203). Philippe-Auguste étant parvenu à réunir la Normandie au royaume de France en 1204, prit de sages mesures pour empêcher, au moins sous son règne, le retour des Anglais dans la province qu'il venait de conquérir.

 Il fit raser certaines forteresses inutiles et mit la main sur toutes celles des comtes et des barons normands qui avaient soutenu le parti des Anglais. C'est ainsi que le château fort et le domaine du comte de Conches, Roger de Toëny, furent confisqués par le roi et donnés, par charte authentique de 1204, à Robert de Courtenay, bouteiller de France, son cousin. De cette maison ils passèrent, par alliance, dans celle d'Artois, sur qui ils furent encore confisqués et réunis au domaine de la couronne; ensuite donnés par le roi Jean à Charles le Mauvais, qui les annexa au comté de Beaumont-le-Roger. C'est alors que la Normandie, qui pendant quelques années avait joui d'un peu de calme, fut troublée par l'invasion d'Édouard III, en 1346. Les sourdes menées du roi de Navarre, ses intrigues avec l'Anglais, firent de cette province un théâtre de discordes et de guerres désastreuses. Les châteaux forts reprirent plus que jamais leur attitude menaçante; celui de Conches qui, jusque-là, était reste sans action et appartenait alors au comte d'Évreux, Charles le Mauvais, comme il a été dit plus haut, "fut moult fortifié et garni de bons gens d'armes". Il va se présenter de nouveau sur la scène, prêtant la solidité de ses épaisses murailles et l'avantage de sa position pour soutenir le roi de Navarre dans ses pernicieux desseins. En 1355, le roi Jean, qui faisait tous ses efforts pour chasser les Anglais de la Normandie, informé que Charles le Mauvais était allé à Avignon se concerter avec les députés d'Angleterre, profita de l'absence de son gendre pour aller surprendre ses places fortes; Conches, nullement préparé à une attaque, se laissa prendre avec son château; mais Évreux, Pont-Audemer, herbourg, Avranches, Mortain et quelques autres villes mieux gardées, résistèrent, "La garnison d'Évreux fit plus, dit Le Brasseur (Histoire du comté d'Évreux),car ayant su que les troupes du roi Jean n'étaient pas considérables, elle commença à courir sur ses terres et surprit le château de Conches".

 Mais cet historien oublie de dire, avec notre chroniqueur Froissart, que ce fut avec l'assistance d'une troupe de Navarrois venant de Pont-Audemer que cette prise eut lieu, et voici ce qu'il dit: "Ceux qui, de par le roi de Navarre, estoient au chastel d'Évreux et au Ponteaudemer, pilloient tout le pays d'environ, et vinrent aucuns des Navarrois au chastel de Conches qui estoit pour lors en la main du roi Jehan de France, et le prindrent les dits Navarrois, et le garnirent bien de vivres et de gens d'armes, et plusieurs autres choses firent les gens du roi de Navarre contre les gens du roi de France". En 1356, le roi Jean fait arrêter Charles le Mauvais à Rouen, et pendant qu'il le tient prisonnier, il s'empare de quelques-unes de ses places fortes, dont Conches fut du nombre. Philippe de Navarre, instruit de la captivité de son frère, écrit au roi de France pour lui reprocher d'avoir, contre les lois de l'honneur et de toute bonne chevalerie, surpris lâchement son frère au milieu d'un festin, et d'avoir fait décapiter les chevaliers qui l'accompagnaient. Il déclare qu'il renonce désormais à toute foi, service et hommage envers lui, et qu'il poursuivra de tout son pouvoir la vengeance de cette trahison et la délivrance de son frère. A cette lettre était jointe une déclaration par laquelle quatre chevaliers, sujets du roi de Navarre, renoncent pour la même cause à toute obéissance et tout service envers le roi Jean. La menace de Philippe eut un prompt effet: à sa demande, le duc de Lancastre descend sur la fin de juin de cette même année, en Norman die, où ces deux chefs ayant réuni leurs armes, traversent Lisieux et Le Bec, secourent Pont-Audemer, assiè gent, pillent et brûlent Évreux, Mortagne et Verneuil. Conches, dans cette occurrence, éprouva un rude assaut; la garnison du roi Jean fut massacrée en partie, le manoir des comtes, ainsi que l'abbaye, devint la proie des flammes.

 Nous apprenons par un document que le château de Conches fut attaqué en 1363 par les gens d'armes de Bertrand Duguesclin. On ne dit pas s'il fut pris; on sait seulement que l'église et les lieux claustraux de l'abbaye de Saint-Pierre furent ruinés. Un an après, Conches et son château furent donnés, avec le comté de Longueville, à Bertrand Duguesclin par le roi Charles V, qui les avait confisqués sur le captal de Buch, lieutenant de Charles le Mauvais; mais le captal ayant repris la forteresse quelques années après (1371), Bertrand vint l'assiéger. Ce fut alors un rude siège; car le captal de Buch, qui s'y attendait, avait moult fortifié et muni de provisions la ville et le château. Il y avait placé une nombreuse garnison, composée de tous bons compagnons, et commandée par deux chevaliers de grande vaillance; l'un était Archambault de Gresly, son oncle, et l'autre Garcie-Arnault de Salins, capitaine de Breteuil. Et les nobles chevaliers et écuyers qui devaient garde au château en temps de guerre, ou qui tenaient le parti de Charles le Mauvais, vinrent soutenir Conches de leurs épées. Le connétable Bertrand, de son côté, avait avec lui trente et un chevaliers bacheliers et deux cent dix huit écuyers. Il faisait beau voir tous ces vaillants hommes de guerre couverts d'armures brillantes, au nombre de près de trois cents, sans compter un grand nombre de varlets, de pages et de servants d'armes, les uns à pied, les autres à cheval, tous impatients de combattre sous les yeux du plus brave, du plus intrépide des chevaliers, leur chef Duguesclin, dont le nom était leur cri de guerre. 

 Le château fut attaqué avec vigueur: "Là eut grand assaut et dur"; car de part et d'autre, il y avait fine fleur de chevalerie. Il nous faudrait la plume de Froissart Tew, raconter les belles apertises d'armes qui se firent à ce siège. Bornons-nous donc à dire que les assiégée capitulèrent après une longue et courageuse résistance. Les nobles et vaillants défenseurs de la forteresse se retirèrent la vie sauve, et Duguesclin s'empara de la place pour le roi de France. Depuis ce siège mémorable, le domaine de Conches fit retour à la couronne. Il en fut encore distrait à l'époque de l'invasion anglaise de 1417, où la Normandie vit tous ses châteaux forts tomber au pouvoir de Henri V. La forteresse de Conches fut gardée par une bonne garnison d'Anglais; on s'occupa de la remettre en état, et nous voyons qu'en 1423, on répara le pont-levis qui communique de la ville au donjon. Guillot Delos, qui cette même année en était capitaine et gouverneur, reçoit soixante sous tournois pour son logis et ses ustensiles. En 1424, Jean, duc de Bedfort, régent de France, commet Jehan Arthur, capitaine de Conches, pour recevoir les montres (revues) des garnisons de Dreux et de Damville. Le château, en 1438, est encore occupe par une compagnie anglaise de cinq lances équestres, cinq lances pédestres et trente archers, tous commandés par Henri Standich, écuyer. En 1440. il est attaqué et pris par les Français; Jean de Floques en est fait gouverneur. C'est ce vaillant capitaine qui enleva Beaumont-le-Roger et la ville d'Évreux aux Anglais, qu'il tailla en pièces. Mais Conches fut bientôt repris sur lui par le général anglais Talbot (1441), et la forteresse dans laquelle se trouvait, en 1445, une garnison de quatre lances équestres, six lances pédestres et vingt-deux archers, fut, en 1449, emportée d'assaut par le bailli d'Évreux, Robert de Floques, qui en chassa tous les Anglais.

 Voilà quels ont été les principaux assauts du château de Conches pendant l'invasion des Anglais. Son rôle n'est pas fini; dans nos guerres civiles, il fut aussi assiégé. En 1590, c'est le comte de Tavannes, gouverneur de la Normandie pour la Ligue, qui se présente devant Conches; mais il est repoussé à coups de canon par ses vaillants habitants, qui tenaient pour Henri IV. C'est là que le seigneur de Falandres, fameux ligueur, fut tué d'une arquebusade. Dans la même année, le château supporta un nouvel assaut par les ligueurs d'Évreux: ceux-ci, au nombre de 5000, s'étant réunis au duc de Montpensier après la prise d'Harcourt, vinrent attaquer la ville. Le château ne put leur opposer qu'une faible défense. La ville fut pillée et saccagée, ainsi que l'abbaye; ils ruinèrent le donjon et le vieux manoir des comtes. C'est sans doute à dater de cette époque que la forteresse de Conches, qui passa avec le comté, en 1651, par contrat d'échange, dans la maison de Bouillon, ne se releva plus de ses ruines; à moins que les guerres de la Fronde qui troublèrent encore la Normandie, en 1649, n'aient fait relever quelques pans de ses murailles et remaçonner ses tours. Toujours est-il qu'elle ne reprit plus son aspect formidable du moyen âge. Elle se reposa donc, sous les ducs de Bouillon, des pénibles fatigues de la guerre. Sa carrière militaire avait été bien remplie, et puis les temps avaient changé. Les fortifications disparaissaient de l'intérieur de la France, pour ne plus désormais se dresser menaçantes que sur les frontières. Les villes remplaçaient leurs hautes murailles d'enceinte par d'agréables boulevards; les forteresses cédaient, en beaucoup d'endroits, la place à d'élégantes maisons de plaisance; enfin s'effaçaient partout les fortifications inutiles. Conches, si bien fortifié au moyen âge, a vu renverser ses murs de défense. Son vieux donjon, abrité sous le lierre, se dressera encore longtemps pour montrer au voyageur quelle fut l'importance militaire de cette petite ville qui, autrefois, avait le titre de comté. 

 Éléments protégés MH: les ruines du donjon : classement par arrêté du 12 juillet 1886. 

 château de Conches 27190 Conches-en-Ouche 

 Téléphone : 02 32 30 76 42

 

Château sur Epte

Chateau-sur-Epte est situé presque en face de Saint-Clair-sur-Epte, qui n'appartient pas à la Normandie, mais rappelle un fait capital de l'histoire de cette province: l'entrevue de Rollon et de Charles le Simple. On sait dans quelles circonstances le roi et le pirate s'abouchèrent. Le pays, ravagé par les incursions des homines du Nord, était désert et les terres abandonnées ne produisaient que des ronces et de l'ivraie. Le roi Charles, ému des plaintes de ses sujets, se décida à traiter avec le chef des envahisseurs et chargea l'archevêque de Rouen, Francon, de sonder les intentions de Rollon. Celui-ci prêta l'oreille aux propositions du prélat, et Saint-Clair-sur-Epte fut choisi pour lieu des négociations. C'était une terre appartenant à l'abbaye de Saint-Denis, mais sur laquelle devait exister une de ces demeures royales, comme les Mérovingiens et les Carlovingiens aimaient à en avoir sur les rives de la Seine et de l'Oise. On montre encore une tour à peu près ruinée, mais laissant voir les débris d'un four à pain, et, en avant de cette tour, l'entrée voûtée d'un château flanquée de deux énormes contreforts de forme hexagonale.. C'est là, vraisemblablement, que le roi de France se rendit avec les évêques et les principaux de sa cour et, parmi eux, Robert, duc de France, qu'un secret penchant poussait vers Rollon. Les messagers passaient et repassaient l'Epte, allant de l'un à l'autre des contractants. Le chef des Normands était tenace dans ses exigences territoriales. Il envoya Francon dire au roi que les terres qu'on voulait lui abandonner étaient improductives, puisqu'elles n'avaient pas subi la charrue depuis longtemps, qu'elles étaient sans troupeaux, qu'enfin il ne lui serait pas possible d'y faire vivre les siens et qu'il lui en fallait d'autres pour nourrir ses hommes, en attendant que celles qu'on lui cédait fussent mises en état de rapporter quelque chose.

 Enfin on s'accorda: Charles donna le territoire depuis l'Epte jusqu'à la mer. Rollon promit de se faire baptiser et rendit au roi l'hommage simple. Mais ce fut tout. Quand on lui parla de baiser le pied du roi, il jura qu'il ne fléchirait le genou devant personne et fit signe à un de ses soldats de remplir cette formalité à sa place. Soit maladresse, soit malice, le soldat, prenant le pied de Charles pour le porter à sa bouche, fit tomber le Carlovingien à la renverse. D'après Orderie Vital, il s'éleva des éclats de rire et un grand tumulte dans le petit peuple. Après le serment, Charles retourna joyeusement dans ses domaines, et Robert passa l'Epte avec Rollon qui l'accompagna jusqu'à Rouen, où eurent lieu les cérémonies du baptême. Le nouveau duc de Normandie, revêtu d'une aube pendant sept jours, fit d'importantes donations aux principales églises et abbayes, et le huitième jour, ayant quitté la robe blanche, il partagea entre ses compagnons les terres cédées par le roi Charles. La bonne intelligence ne se maintint pas entre les Francs et les Normands. Louis IV d'Outremer crut trouver dans la minorité de Richard 1er, petit fils de Rollon, une occasion favorable pour reprendre le beau pays qu'arrose la Seine; mais, attiré dans un guet-apens, il vit son armée taillée en pièces à Croissanville, et lui-même fut fait prisonnier et conduit à Rouen, où, au dire de Guillaume de Jumièges, il fut soumis à une dure captivité.

 A la demande de la reine Gerberge, Hugues le Grand, duc de France, envoya à Rouen Robert de Senlis pour solliciter la délivrance du roi. Il fut arrêté que Louis serait mis en liberté si la reine Gerberge consentait à donner comme otages ses deux fils, Lothaire et Carloman, ainsi que Hildegaire, évêque de Beauvais, et Guy, évêque de Soissons, ce qui fut accepté. Quelque temps après, Louis, ainsi libre sous la caution de ses otages, se rendit à Saint-Clair-sur-Epte pour traiter de la paix. Il confirma le jeune duc dans toutes ses possessions, tant celles qui avaient été données à son grand-père par le premier traité de Saint-Clair-sur-Epte, que celles qui avaient été réunies au territoire normand sous son père Guillaume Longue-Epée. A ces conditions, les otages furent rendus, à l'exception du jeune Carloman qui était mort en 946 pendant sa captivité. Un siècle et demi plus tard, l'attention des Normands se porta sur un point stratégique situé sur la rive droite de l'Epte, un peu en aval de Saint-Clair. Ce n'est point que les châteaux fissent défaut sur cette partie de la frontière. Aux cinq que possédaient les Français: Trie, Chaumont, Bouri, Saint-Clair et la Roche-Guyon, les Normands en opposaient cinq autres: Gisors, Neaufle, Dangu, Baudemont et, près de la Seine, Vernon. Mais la nouvelle forteresse, par l'altitude de l'endroit où l'on se préparait à l'édifier et par sa position intermédiaire entre Vernon et Gisors, devait non seulement contribuer à repousser les attaques venant du côté de la France, mais encore, au moyen des signaux de convention alors en usage, éclairer toute la partie normande des bords de l'Epte et même servir à se procurer divers renseignements sur les forteresses situées sur la rive opposée.

 La construction fut commencée par Guillaume le Roux vers 1097, en un endroit nommé Fuscelmont, mais elle fut immédiatement désignée sous le nom de Château neuf-sur-Epte, ou plus simplement de Château-sur-Epte qu'elle porte aujourd'hui. Louis le Gros, pour servir les intérêts de Robert Cliton, fils de Robert Courte-Heuze, avait envahi la Normandie et, après s'être emparé de Dangu, ou plutôt de ses ruines, il vint, en 1119, mettre le siège siège devant Château-sur-Epte. Mais, au dire d'Orderic Vital, Gaultier Riblard, qui commandait la place au nom de Henri II, duc de Normandie, résista vigoureusement aux attaques du roi de France, et des décharges de traits firent de cruelles blessures aux assiégeants. Le roi était devant Château-sur-Epte depuis quinze jours, lorsqu'un courrier envoyé par Amaury de Montfort, comte d'Evreux, vint lui apporter la nouvelle de l'incendie de cette ville et lui dire que le comte lui demandait avec instance de venir le secourir. Louis le Gros leva le siège à la hâte et, avant de partir, incendia les huttes de ses soldats, ce que les assiégés virent avec de grands transports de joie. En 1153, Louis le Jeune vint également assiéger cette forteresse et, après s'en être emparé, donna à l'abbaye de Saint-Denis le terrain dont elle avait été dépossédée par Guillaume le Roux. Il lui remit en même temps le château, à condition de le faire garder comme une des places les plus importantes du royaume. L'année suivante le même prince accorda à ce lieu un marché tous les vendredis et prit sous sa protection et sauvegarde tous ceux qui fréquentaient ce marché. L'abbaye ne devait pas jouir longtemps des dons de Louis le Jeune.

 Quelques années plus tard, Henri Plantagenet, duc de Normandie, prit Château-sur-Epte. En 1180, Martin de la Heuze reçut 40 livres pour les employer aux réparations des forteresses de Neaufle et de Château-sur-Epte. A la même époque Josselin Roussel, qui avait la garde de cette dernière place, s'employa à réparer les bâtiments, la tour et la porte. Philippe-Auguste, ayant à son tour enlevé Château-sur-Epte à Richard Cœur de Lion, le rendit à l'abbaye de Saint-Denis qui l'échangea en 1196 avec Thibaud de Garlande, d'une famille originaire de la Brie, qui a donné trois sénéchaux de France: Anseau (1108), Guillaume, sénéchal de France et général de l'armée du roi à la bataille de Brenneville (1119), Étienne, d'abord évêque de Beauvais vers 1100, puis chancelier de France (1106), ensuite sénéchal de France (1120), un chancelier en la personne d'Etienne, dont nous venons de parler, enfin un bouteiller de France, Gilbert (1114 -1126). La famille de Crarlande, dont le prieuré de Gournay-sur-Marne fut le principal lieu de sépulture, portait: d'or a deux fasces de gueules. Ces armes sont à la salle des Croisades du musée de Versailles, à cause de Gilbert de Garlande dit doyen, qui fit le voyage de la Terre Sainte en 1096. En 1224, Élisabeth de Garlande par son mariage en secondes noces avec Jean de Beaumont, chambrier de France, porta la terre de Château-sur-Epte dans la maison de Beaumont (des comtes de Beaumont-sur-Oise), très ancienne famille ayant aussi ses armes (d'azur au lion d'or) dans la salle des Croisades, et dont quatre membres ont été honorés de la charge de chambriers de France: Mathieu Ier du nom (113g), Mathieu II (1174), Mathieu III (1190), enfin Jean (1230), qui épousa Elisabeth de Garlande et devint ainsi seigneur de Château-sur-Epte.

 Auguste Le Prévost, dans ses Mémoires et notes pour servir à l'histoire du département de l'Eure, cite un aveu de 1412 par lequel Jean de la Porte avoue tenir du roi à cause de "son chastel de Gisors ung fief de haubert entier dont le chief est assis en la paroisse de Saint-Martin de Chastel-Neuf-sur-Ecte, en Veulquessin le Normand, auquel fief il y a chastel et basse court". Lors de la guerre de Cent ans, Château-sur-Epte ne fut pas plus à l'abri des malheurs de la guerre que les autres châteaux du Vexin. En 1437, Talbot vint l'attaquer à la tête d'un corps de troupes parmi lesquelles on comptait deux cents lances et s'en empara, mais pour peu de temps. Bientôt l'expulsion des Anglais rendit pour toujours cette forteresse à ses possesseurs légitimes. En 1456, Philibert de la Porte est seigneur de ce lieu et il explique dans un aveu que le possesseur de cette terre a le droit de la rivière d'Epte un quart de lieue de long, à prendre en aval à partir du pont de Saint-Clair. Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, secrétaire et ministre d'État, qui servit les rois Charles IX, Henri III, Henri IV et Louis XIII, petit-fils de Nicolas de Neufville, trésorier de France, qui échangea, en 1518, avec François 1er, la terre des Tuileries à Paris; sur laquelle devait être édifié le palais des Tuileries, pour celle de Chanteloup, acheta, en 1587, la terre, fief et seigneurie de Château-sur-Epte, de Philippe de la Porte, veuve de Charles du Bosc, seigneur de Rebetz, tué à la bataille de Saint-Denis, en 1557. Dans un aveu rendu en 1617 par Charles de Neufville, seigneur de Villeroy, Marigny, Chateau-sur-Epte, il est dit que le possesseur de cette dernière terre a le droit de prendre une somme de marée et une cloyère d'huîtres sur ce qui passe par les Bordeaux, hameau de la dite seigneurie, en payant le prix que pareille quantité de ces denrées sera vendue au marché de Paris, étant le mareyeur obligé de produire un certificat de vente. 

 De la forteresse élevée par Guillaume le Roux, il ne reste plus que des ruines, mais des ruines encore imposantes et qui offrent un très grand intérêt à ceux qui les visitent. L'enceinte, de forme circulaire, comme celles du temps de Robert de Bellesme, mesure 90 mètres de diamètre. Elle est percée de deux portes, dont l'une regarde du côté de la France et l'autre vers l'ouest. Cette dernière est la principale, c'est par là qu'a lieu aujourd'hui l'accès à l'intérieur. L'ogive et les contreforts de cette porte subsistent encore, ainsi que la partie qui servait au jeu de de la herse, les entailles où venaient s'enclaver les membrures du pont-levis, et même les écussons accompagnés de leurs supports qui ornent chacun des contreforts. Dans les tenants des armoiries nous avons cru reconnaître des sirènes. Le léopard qui allonge sa patte vers l'écu est très bien conservé. Le donjon, qu'on trouve à droite en arrivant, est aussi en état de résister encore longtemps aux éléments. Il est haut de plus de 2 5 mètres et construit à 140 mètres d'altitude sur un monticule rapporté. Sa situation lui permettait de défendre facilement les parties principales de l'enceinte, la porte de l'ouest et le château qui s'étendait vers l'est. C'est ce que prouve la belle défense de Gaultier Riblard, dont nous avons parlé plus haut. Un escalier circulaire, dont on voit encore les restes, avait été pratiqué dans l'épaisseur de la muraille. L'attention est aussi attirée sur une ouverture richement décorée, sur les mâchicoulis, les longues meurtrières et quelques autres détails de construction. Des meurtrières de l'enceinte, les unes subsistent encore intactes, tandis que les autres disparaissent en partie sous les tiges de lierre plusieurs fois séculaires. Les fortes murailles des bâtiments d'habitation formaient comme une espèce d'enceinte intérieure. Là étaient le puits, la cour du château et un préau servant à la garnison. Pour y accéder, il fallait traverser une entrée dont on peut suivre les détails et qui était munie de son pont-levis et de sa herse. 

 Éléments protégés MH: les vestiges bâtis et non bâtis de l'ensemble castral, les ruines du château et ses abords : classement par arrêté du 16 juin 1998. 

 château-fort de Château sur Epte 27420 Château-sur-Epte

   

Château Vieux du Neubourg

Construit au XIe siècle, le château du Neubourg a joué un rôle militaire et historique de premier plan. En 1135, les seigneurs normands s’y réunissent après la mort d’Henri Ier Beauclerc pour lui désigner un successeur. Louis VII, dans l’espoir de repousser un conflit avec les Anglais, y marie sa fille Marguerite de France avec Henri 1er Le Jeune en 1160. C’est pour cette cérémonie qu’est construite la grande salle du château, appelée ensuite Salle des Préaux. La place forte essuie plusieurs sièges au XIIe siècle jusqu'au rattachement de la Normandie à la France en 1204. Le château connaît de nouveaux assauts durant la guerre de Cent Ans puis lors de la Ligue. La Maison Neuve, superbe corps de bâtiment à pans de bois, est construite en 1509. Les dernières actions contre la place ont lieu lors de la Fronde en 1649. Son rôle militaire est terminé lorsqu'en 1660, le marquis de Sourdéac et du Neubourg, seigneur du lieu, fait représenter dans la grande salle la Toison d'Or de Corneille. A l'issue d'un long déclin, la partie est du Château Vieux (donjon, chapelle) est détruite en 1782-83 pour agrandir la place du marché. Les vestiges du Château Vieux et la Maison Neuve attenante sont scindés en deux propriétés en 1843. La partie du Château Vieux appartient à la commune depuis 2014. Situé en centre-ville, à l'angle nord-est de la place Aristide Briand, l'ancien château bénéficie d'un cadre urbain valorisant avec ses constructions traditionnelles (briques, pans de bois) d'une grande homogénéité d'alignement et de gabarit. La place dispose d'une perspective vers l'église Saint-Paul Saint-Pierre, plus à l'Est. 

 Éléments protégés MH : le château avec l'ancien château et la Maison Neuve attenante au logis, les courtines, les portes et les tours, les sols de la basse cour et des fossés, le front bâti à l'est : inscription par arrêté du 29 juillet 2002. 

 château Vieux du Neubourg 27110 Le Neubourg

 

Château de Vernon dit tour des Archives

Le donjon de l'ancien château de Vernon, connu de nos jours, sous le nom de Tour des Archives, domine, de plus de la moitie de sa hauteur, le vieux mur d'enceinte de la ville, dans lequel il est encastré. Il faut monter cent deux marches pour arriver sur ses créneaux. Comme les donjons de Domfront et de Falaise, celui de Vernon a été attribué au XIe siècle; mais la chronique de Robert du Mont rapporte qu'en 1123, Henri 1er, roi d'Angleterre, fit refaire ce donjon et les murs d'enceinte du château. D'un autre côté, un historien anglais, Raoul de Diceto, a donné la liste des châteaux que le roi Henri fit reconstruire sur les frontières de Normandie, et celui de Vernon n'y figure pas. Quant à nous, nous serions assez porté à croire que ce donjon fut construit par Guy de Bourgogne, aussitôt après que Guillaume-le-Batard lui eut donné les villes de Brionne et de Vernon. Il n'y a dans ce donjon que deux pièces placées l'une au-dessus de l'autre. La différence existant dans le diamètre des deux salles s'explique par l'épaisseur du mur qui va en décroissant graduellement de bas en haut. Au premier étage de la tour, le mur a une épaisseur de trois mètres. Sans plus rechercher la date à laquelle le donjon fut construit, nous rapporterons qu'en 1254, Louis le Jeune, roi de France, investit Vernon, et qu'il fit tout ce qu'il put pour prendre le château. Robert du Mont dit, à ce sujet, qu'il avait attiré de tout son royaume une puissante armée et qu'il assiégea le château pendant quinze jours. Il tenta plusieurs assauts et employa sans succès des machines de toute espèce. Enfin, découragé par tant d'échecs, et le comte de Flandre, sur les nombreuses bandes duquel il comptait, étant désireux de se retirer, le roi, ne voulant pas décamper sans gloire, convint, par une convention secrète et promesses faites à Richard de Vernon, fils de Guillaume II, seigneur châtelain de la ville, que son étendard serait arboré sur le donjon dont la garde serait commise à Goël de Baudemont, fils de Baudri, qui, en raison de sa tenure, fut soumis au roi de France et à Richard. 

 Jusqu'au mois d'août suivant, le château de Vernon reste l'autorité du roi; puis il fut restitué avec Neufmarché à Henri d'Angleterre. En 1193, sur l'ordre et avec le consentement du roi d'Angleterre, Richard de Vernon, alors châtelain, renonça, en faveur de Philippe, roi de France, à tous ses droits sur Vernon qui devint ville française. Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre, guerroyaient constamment l'un contre l'autre. Après la mort de Richard, il en fut de même avec son successeur Jean sans Terre. Le roi de France résidait souvent au château de Vernon. C'est là, qu'en 1195, il reçut le serment de fidélité de Baudouin VI, comte de Flandre et, en 1198, celui de Thibaut III, comte de Troyes, au nom du comte de Blois. Vers le commencement du mois de juin de l'an 1200, Philippe-Auguste, Jean sans Terre, et le jeune et malheureux Arthur de Bretagne, étaient réunis à Vernon, où ce dernier fit hommage a son oncle, roi d'Angleterre, pour son duché de Bretagne. Philippe-Auguste fut nommé tuteur du jeune prince, avec le consentement de son oncle Jean. Avant d'arriver au château de Vernon, ces trois personnages avaient assisté, à Portmort, au mariage de Louis, fils de Philippe-Auguste, avec Blanche de Castille, fille d'Alphonse Sanchez, dit le Bon, l'un des plus grands rois d'Espagne. Saint Louis fit aussi de fréquents séjours au château de Vernon et il dut monter souvent sur le donjon pour admirer le beau paysage qu'on y découvre. Un enfant du pays, connu seulement aujourd'hui sous son nom de religion, le pénitent Jean-Marie de Vernon, a écrit et publié, en 1662, une Vie de saint Louis. Dans cet ouvrage Jean-Marie énumère tous les bienfaits dont son pays est redevable à Louis IX. Il ne peut croire que le saint roi eût été attiré à Vernon par la beauté du paysage, la pureté de l'air, les commodités de la vie ou les plaisirs de la chasse, "ce qui se trouve en ce pays plus qu'en tous autres".

 Le château était assez vaste pour le loger commodément avec sa cour; cette résidence renfermait, en outre, tout ce qui est nécessaire à la subsistance d'un grand nombre de princes et de seigneurs; mais, selon Jean-Marie, cette ville n'était agréable à Louis IX qu'à "cause des lieux de dévotion qui sanctifiaient son territoire et les environs". En 1231, Louis IX, pendant un séjour qu'il fit à Vernon, manda, au château de cette ville, Thibaut d'Amiens, archevêque de Rouen, qui s'était refusé à comparaître, en matière civile, devant l'échiquier de Normandie. Le prélat déclina l'autorité du roi, comme ne tenant pas de fief de la couronne, et ne voulut répondre à aucun grief du ressort spirituel. Il retourna ensuite dans son palais de Rouen. Un des plus austères prélats de ce temps-là, Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, eut de fréquents entretiens avec Louis IX, dans le château de Vernon. Tous deux voulaient réformer les abus que repoussaient leurs sentiments religieux et rétablir la discipline ecclésiastique qui s'était beaucoup relâchée. En 1305, le mariage de Louis, fils de Philippe IV, avec Marguerite de Bourgogne, fut célébré à Vernon dans la chapelle des Cordeliers, qui attenait au château. Ce jour-là, il dut y avoir des cris de joie dans le donjon et dans la ville. Dix ans après, en avril 1315, la pauvre Marguerite, accusée, peut-être à tort, d'adultère, fut, sur l'ordre de son mari, étranglée dans le château Gaillard, où elle était renfermée depuis deux années, et son corps était inhumé, selon son désir, chez les Cordeliers de Vernon. Un an après, Philippe-le-Bel se trouvait encore au château de Vernon. Il était accompagné de son premier ministre, Enguerrand de Marigny, lequel, avant d'arriver à ce poste, avait été chambellan du roi, comte de Longueville, châtelain du Louvre et surintendant des finances. En regardant du donjon le lieu patibulaire de la ville, et en songeant aux inimitiés que ses hautes fonctions lui avaient suscitées de la part des grands du royaume, jaloux de son pouvoir, l'esprit d'Enguerrand n'eut-il pas la perception qu'un jour, après la mort du roi Philippe, il serait jugé iniquement, condamné à mort, et pendu au gibet de Montfaucon qu'il avait lui-même fait construire?

 En 1349, Philippe VI réunit au château de Vernon la noblesse de France, pour obtenir son concours dans la lutte qu'il était sur le point d'engager avec les Anglais. Le 19 mars 1352, le roi Jean donna, au château de Vernon, un mandement pour le mariage de sa fille Jeanne de France, avec Charles-le-Mauvais, comte d'Évreux et roi de Navarre. Le roi Jean II mourut le 16 mai 1360. Le dauphin, Charles, apprit cette nouvelle au Goulet, où il se trouvait. Il vint aussitôt à Vernon et prit le nom de Charles V. Ce prince paraissait attacher une grande importance à la possession de Vernon. Le 16 mai 1364, jour où Duguesclin gagna la célèbre bataille de Cocherel, le captal de Buch, chef de l'armée navarraise, fut amené captif au donjon de Vernon. Il y passa la nuit, et, le lendemain, on le conduisit à Rouen, avec les autres prisonniers. Au mois de juillet, même année, a le chastel de Vernon avait pour capitaine Jehan de la Rivière, chambellan du roi, et Hue de Chastillon, maître des arbalétriers, en remplacement de Beaudouin d'Ennequin, tué à la bataille de Cocherel. En 1369, le capitaine du château était Guy du Bus, puis Hase de Chambly, et Lancelot de Bière. Le 24 mars 1370, Charles V était au château de Vernon. L'année suivante, au mois de mars, il s'y rendit encore. Le roi de Navarre devait y venir aussi pour traiter avec lui. Le 25 du même mois, Duguesclin, alors connétable de France, sortit de Vernon, accompagné de trois cents hommes d'armes, et se dirigea vers Évreux où se trouvait le roi de Navarre. Il amenait avec lui les otages qui devaient rester à Evreux pendant le séjour de Charles-le-Mauvais à Vernon. Ces deux monarques s'inspiraient réciproquement bien peu de confiance. Les otages étaient: Guillaume de Melun, archevêque de Sens, l'évêque de Laon, le sire de Montmorency, le comte de Pouthiers, le sire de Garencières, Guillaume de Dormans, seigneur de Blainville, maréchal de France, le sire de Blaru, Robert de Châtillon, Robert, fils du comte de Saint-Pol, Jehan de Vienne, Claudin de Harenvillers, chevalier, huit bourgeois de Paris et quatre de Rouen.

 Le roi de Navarre fit bon accueil aux otages qui, tous, furent logés au château. Aussitôt après, il partit avec le connétable et arriva à Vernon un peu avant la nuit, accompagné de son cousin, le comte d'Etampes. Il se rendit auprès du roi. Dès qu'il l'aperçut, il s'inclina et mit presque un genou à terre; puis s'étant approché de Charles V, il s'agenouilla à ses pieds. Alors le roi le prit par le bras et lui dit qu'il était le bienvenu, mais il ne le baisa pas. On apporta des torches, du vin et des épices. Après avoir bu et mangé, le roi prit Charles-le-Mauvais par la main et l'emmena dans sa chambre où le souper était servi. Le roi de Navarre ne soupa pas ce jour-la, et se retira avec le comte d'Étampes, dans la chambre qu'on lui avait préparée. Lorsque Charles V quitta la table, il alla le rejoindre et ils restèrent seuls ensemble. Le roi de Navarre s'agenouilla plusieurs fois pendant leur conversation, et ceux qui le voyaient ne savaient pourquoi il se prosternait ainsi. Le mercredi et les jours suivants, ils eurent de longues conférences. Le lundi, le roi de Navarre rendit à Charles V hommages pour toutes les terres qu'il possédait en France et lui promit "foi, loyauté et obéissance envers tous et contre tous, en l'assurant qu'avec lui voulait vivre et mourir". Depuis l'avènement de Charles V au trône, c'était la première fois qu il lui rendait hommage. La nouvelle en fut bien accueillie dans le pays. Le même jour, Charles-le-Mauvais quitta le cnâteau de Vernon et le connétable l'escorta, comme il avait fait en l'y amenant, et ramena les otages restés à Evreux. Le onzième jour d'avril 1371, Charles V étant au château de Vernon, il lui fut livré deux pièces de drap d'or en champ blanc qu'il donna à Notre-Dame de Paris.

 Hue de Villers, chevalier, était capitaine de Vernon en septembre 1372. A cette époque le donjon et le château avaient, parait-il, grand besoin d'être restaurés. Charles V avait mandé au vicomte de Rouen de se transporter à Vernon et de faire hâtivement les réparations nécessaires. Au lieu d'obéir, le vicomte s'excusa en disant que l'argent lui faisait défaut, et, de là, grande colère du roi qui, le 18 janvier 1374, écrit au dit vicomte: "Si vous mandons et recommandons de rechief, tant expressément et tant estroitement comme nous pouvons, que, tantost ces lettres reçues, vous aliez au dit lieu Vernon et très hastivement et diligemment, faites réparer le dit chastel, tèlement qu'il ne nous en conviègne a vous en plus récrire. Et voulons que vous sachier que si aucun défaut y a, nous nous en prandrons à vous et non à autre: car, quelque fiance que vous en doiez faire, soit nostre ou vostre, nous voulons commant qu'il soit, que le dit chastel soit tantost et sanz plus de délay très bien réparé. Et ce faites par l'ordonnance de notre amé varlet tranchant Jehannet d'Estouteville, capitaine au dit chastel, auquel nous avons sur ce pleinement dit nostre voulonté, et pour que vous sachiez que nous avons très grand désir et affection à la réparacion d'iceluy chastel, nous avons signé ces lettres de notre propre main. Donné à Paris le XIIIe jour de janvier. Charles". Et au-dessous de la signature, ce post-scriptum de la main du roi: "Gardez que il n'y ait defautay". Le 20 mars 1875, Charles V était à Vernon. En considération de la pauvreté de l'Hôtel-Dieu de cette ville, et sachant que les religieuses, prieuré et couvent dudit hôtel ne faisaient aucun commerce, exception faite des vins, et qu'elles vendaient pour acheter autres choses et faire tout ce que nécessite le ce gouvernement et l'entretien dudit hôpital et des pauvres qui y étaient hébergés, octroya aux prieuré et religieuses du couvent, par grâce spéciale, pour l'amour de Dieu, et en aumône, que les vins et autres biens qui sont crus et recueillis sur leurs héritages, et qu'elles vendront pour acheter autres choses nécessaires à leur maison ne paieront aucune imposition ou autre subvention quelconque.

 Deux jours après, le 22 mars, par une charte datée de Vernon, le même roi donne au même établissement tous les feutres (couvertures) qui "demeureront en ses lits et en ceux de ses successeurs, rois de France, toutes les fois qu'ils partiront de Vernon, pour faire les lits des pauvres et pour qu'ils soient mieux et plus aisément couchés, ou pour autrement faire le profit dudit Hôtel-Dieu". Charles V mourut le 16 septembre 1380, après avoir rendu à la France le rang qu'elle devait occuper parmi les nations. Il eut pour successeur son fils, Charles VI, qui, deux ans à peine après son avènement au trône, tomba en démence. Alors commencèrent les luttes sanglantes des maisons d'Orléans et de Bourgogne. La guerre ayant repris avec les Anglais, la France fut réduite aux dernières extrémités. Henri V, roi d'Angleterre, ayant épousé Catherine de France, fille de Charles VI, conclut le traité de Troyes qui lui assurait la régence du royaume pendant la vie de son beau-père, et, après la mort de ce dernier, la couronne de France. Henri V, maître de Paris, battit plusieurs fois les partisans du dauphin, et s'empara de la Normandie. Le roi d' Angleterre entra dans Rouen le 18 janvier 1419, après un siège de sept mois. Aussitôt après le duc de Clarence marcha sur Vernon qui se rendit à composition. Henri V mourut le 31 août 1422. Cinquante jours après, le malheureux Charles VI rendait le dernier soupir à Paris. Après la mort de Charles, Henri VI, fils de Henri V et de Catherine, fut proclame roi de France et le duc de Bedfort chargé de la régence. De son côté, le dauphin, Charles, fils de Charles VI, s'était fait proclamer roi de France. Jusqu'à l'apparition de Jeanne d'Arc, il n'éprouva que des revers, mais à partir de ce moment les choses changèrent de face et le régent Bedfort qui, après la délivrance d'Orléans, pressentait que les Anglais seraient forcés de quitter la France, s'allia avec le duc de Bourgogne dont il épousa la soeur.

 Aussitôt après la célébration de son mariage, il vint au château de Vernon avec sa femme, ou "il fit grand joyes. Et là furent grand quantité de seigneurs et de bourgeois de Rouen". Le 20 août 1449, une armée française, commandée par Dunois, parut devant la ville. Le 30 du même mois, les soldats anglais évacuaient Vernon, dont les Français prenaient possession, à midi. Dès qu'il eut recouvré la place de Vernon, Charles VII en donna les revenus à Dunois, puis il les lui reprit, moyennant une indemnité, et cette châtellenie qui, du temps des Anglais, avait été l'apanage de Catherine de France, veuve de Henri V, fut offerte à la belle Agnès Sorel, "dame de beauté, de Rochessère, d'Issoudun et de Vernon-sur-Seyne". Elle aussi avait poussé Charles VII à la guerre: "Je vais combattre, Agnès l'ordonne, adieu repos, plaisirs adieu ! J'aurai, pour venger ma couronne, des héros, l'amour et mon Dieu", a dit Béranger, notre grand chansonnier national trop oublié de nos jours, mais dont le nom survivra à ceux de certains de ses contemporains, que l'esprit de parti a placés à des hauteurs ou, leur mérite ne saurait atteindre. Louis XI, fils et successeur de Charles VII, vint au donjon de Vernon le 22 octobre 1467, et "demeura illec depuis par certain temps, durant lequel arriva par devers lui monseigneur le connétable, lequel trouva moyen que le roy bailla et donna trève entre lui et monseigneur de Charrolais, jusques à siz mois lors après en suivans, sans en ce y compréandre les villes et pays de Liège, qui déjà estoient mis sus et en armes à l'encontre du seigneur de Charrolais, en espérance d'avoir aide et secours du roi, ainsi que promis leur avoit esté, et à cette cause demourèrent ou tout abandonner. Et puis après ce que dit est ainsi fait, le dit monseigneur le connestable s'en retourna par devers monseigneur de Bourgogne leur porter nouvelles des dites trèves. Et ce fait, maistre Jehan Balue, cardinal d'Évreux, maistre Jehan de Ladriesche, et maistre Jehan Prévost retournèrent devers le roy audit lieu de Vernon, qui est avant alez en Flandres de l'ordonnance du roy par devers ledit de Bourgogne, et tanstôt après ledit retour fait, le roi se partit dudit lieu de Vernon et s'en alla à Chartres".

 Vers l'annee 1479, un des plus grands personnages du royaume de France était emprisonné au château de Vernon. Son père, Pierre de Brezé, sous le règne de Charles VII, avait été le plus grand ennemi du dauphin, Louis, et lorsque ce dernier, peu enclin au pardon des injures, fut parvenu au pouvoir suprême, il s'empressa de faire arrêter Pierre, qui fut jeté dans un cachot. La famille de Brezé était très puissante et possédait de grands fiefs en Normandie et dans plusieurs autre parties de la France. Louis XI eut quatre sœurs naturelles, filles de Charles VII et d'Agnès Sorel. L'une d'elles, Charlotte, la cadette, si l'on doit en croire le Père Anselme, était née en 1434. Des difficultés paraissant inhérentes à sa personne, rendaient son mariage difficile. Elle était très aimée du roi qui voulait lui donner un époux riche et de haute lignée. Louis XI trouvant que Jacques de Brezé, fils de Pierre, serait un bon parti pour sa sœur, fit entamer des pourparlers avec son prisonnier, lequel, pour sortir de sa captivité, s'empressa consentir à l'union proposée. Jacques ne parut pas moins heureux que son père. Louis XI lui remit comme dot de Charlotte de France, 40000 écus d'or (environ quatre millions) et peu de temps après, grâce au crédit de sa femme, il obtint la charge de grand sénéchal de Normandie. Quinze années s'écoulèrent, durant lesquelles cinq enfants naquirent. Puis on apprit que des scènes violentes s'élevaient fréquemment entre les deux époux. Jacques, jaloux et non sans raison, obligeait Charlotte à demeurer près de lui, et celle-ci n'avait quelque liberté que quand son mari se voyait forcé de la conduire à la cour...

 En 1590, le 14 mars, Henri IV gagna la bataille d'lvry, pendant laquelle, dit Philippe de Mornay dans ses Mémoires, des soldats de la garnison de Vernon harcelèrent l'armée royale et pillèrent les bagages dudit Mornay. Le lendemain, Henri IV entrait à Vernon et couchait au château, où il resta quelques jours. C'est de là qu'il écrivit aux Bordelais pour leur annoncer sa dernière victoire. Le château de Vernon, lorsqu'il se rendit, était occupé par le régiment du marquis de Pienne. Henri y laissa des troupes sous les ordres de Lancelot de la Garenne, seigneur de Mercey. Du 7 au 20 décembre 1593, Henri IV séjourna à Vernon. Il y revint en 1596, et, en 1603, il était au château avec Marie de Médicis et toute la cour. En 1718, les domaines de Gisors, d'Andely et de Vernon, passèrent par échange au maréchal de Belle-Isle, petit-fils du fameux Fouquet, surintendant des finances. En 1721, le maréchal acheta à M. André-Jubert de Bouville le marquisat de Bisy, domaine relevant du roi par foi et hommage. A cette époque, le vieux château de Vernon tombait en ruines. Le 8 juin 1743, il fut convenu entre le maréchal de Belle-Isle et M. de Conches, qu'il serait bâti une maison avec jardin, à frais communs, dans une partie du terrain du château, suivant un plan fait par un sieur de Chèze; que M. de Conches en aurait la jouissance et qu'elle reviendrait, après sa mort, au maréchal. Le 7 septembre 1751, le maréchal de Belle-Isle fieffait à la ville de Vernon un terrain dans le vieux château, pour y faire construire des écuries destinées à loger la brigade de cavalerie des gardes du roi. Le maréchal de Belle-Isle mourut le 26 janvier 1761, âgé de soixante-seize ans. Il fut inhumé dans le choeur de Notre-Dame de Vernon. Avant sa mort, il avait vendu le domaine de Bisy à Louis XV, en s'en réservant la jouissance.

 Avant la mort du maréchal, la municipalité de Vernon, avec l'agrément de ce dernier, avait fait ouvrir, sur les terrains du vieux château, une rue de 24 pieds de largeur, que l'on nomma d'abord rue Neuve-du-Chdteau, puis rue des Ecuries-des-Gardes. Elle partageait la cour en deux parties et mettait l'intérieur de la ville en communication avec le dehors. Dans le même temps, le maréchal avait fait déposer dans le donjon du château les archives du domaine. C'est depuis ce moment que le donjon fut nommé Tour des Archives. Cette tour fait partie des monuments historiques de France. Si elle n'y eût pas été classée, elle n'existerait plus depuis longtemps, car toutes les municipalités qui se sont succédé depuis le commencement du XIXe siècle ont paru atteintes de manie destructive. Après la chute du Second Empire, un entrepreneur de bâtisses, enrichi pendant la durée des grands travaux qui s'effectuèrent à Vernon sous l'administration du duc d'Albuféra, et qu'on avait choisi pour remplir les fonctions d'adjoint, répondit à un de ses administrés lui reprochant d'avoir fait abattre une porte de la ville: "Il ne faut pas regretter des vieilleries qui rappellent des temps d'ignorance et de barbarie". Or, ce brave adjoint était complètement illettré. Il savait signer, cependant, mais quelle signature! un hiéroglyphe que Champollion n'aurait pu déchiffrer. 

 Éléments protégés MH: le donjon (tour des archives) classé par liste de 1840 ; la tour sud de l'ancienne enceinte (tour des farines) inscrite en 1926. 

 château de Vernon, tour des archives, 27200 Vernon

   

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(IMH) = château inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, (MH) = château classé Monument Historique


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