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Château de Villeneuve la Comtesse

La châtellenie de Villeneuve-la-Comitesse, dont la juridiction s'étendait aux communes de Villeneuve-la-Comtesse, La Croix-Comtesse, Villenouvelle, Dœuil et Belleville, était située au château actuel de Villeneuve. Ce château, situé dans une plaine fort étendue, fut souvent pris et repris pendant les longues guerres féodales et anglaises; il succomba en 1430 sous les assauts du connétable d'Albret qui le démolit presque entièrement, à l'exception d'une grande tour. Les matériaux servirent, quelques années après, à rebâtir un modeste castel qui dura jusqu'en 1566. C'est une partie du château construit à cette époque qui existe encore. Villeneuve subit bien des assauts de la part des protestants, de 1568 à 1621. Sa défense en fut très remarquable puisqu'elle motiva une lettre d'Henry III, roi de France, à Henry de La Laurencie, seigneur de Villeneuve, lui promettant un renforcement de la garnison. Cette promesse du Roi fut promptement réalisée. À partir de ce moment, les efforts des protestants pour s'emparer de ce château demeurèrent vains. "Il soutint ainsi plusieurs assauts, mais les habitants de Villeneuve et Villenouvelle qui formaient la garnison du château, préférèrent se laisser ensevelir sous ses ruines, plutôt que de se rendre. Cet intrépide dévouement à la cause du Roi déconcerta l'ennemi, qui leva le siège. Louis XIII après avoir soumis Saint-Jean-d'Angély, était venu coucher deux nuits au château de Villeneuve. Il adressa aux habitants les plus flatteuses félicitations pour leur bravoure et leur fidélité".

 Les premiers seigneurs de Villeneuve-la-Comtesse paraissent avoir été les Guillaume, ducs d'Aquitaine, comtes du Poitou, qui possédèrent Villeneuve pendant deux siècles. A cette époque, cette localité s'appelait "Villeneuve d'Argenson". Après la mort de la dernière héritière des Guillaume, Eléonore d'Aquitaine, comtesse du Poitou, Villeneuve prit le nom de Villeneuve-la-Comtesse, nom que ce bourg porte encore de nos jours. Villeneuve passa ensuite aux descendants d'Éléonore d'Aquitaine, à savoir: Henri II d'Angleterre, Richard Cœur de Lion et Jean Sans Terre. Le mariage de la fille de ce dernier avec un fils du comte de La Marche et d'Angoulême, transmit à cette famille la propriété de la comtesse de Villeneuve. L'un de ses descendants mourut en 1244, ne laissant que des filles. Par suite du mariage d'une de ces filles avec un descendant des comtes d'Eu, la châtellenie de Villeneuve appartint ensuite à cette famille, ainsi qu'il en résulte d'un contrat passé entre Jehanne de Mello et son fils Raoul, comte d'Eu et de Guines, connétable de France. Ce connétable ayant été décapité le 19 novembre 1350, ses biens furent confisqués au profit de la Couronne. Villeneuve fut alors attribué à Marguerite de Valois, fille de Charles VI, qui épousa, en 1427, Harpedanne. Après la mort de tous leurs descendants, la châtellenie de Villeneuve revint à la Couronne. Ce fut d'ailleurs de courte durée. François 1er la donna en paiement au sieur Chrestien Chambray, capitaine des archers de la garde du corps, pour 3 000 royaux d'or, dont il lui était redevable. 

 Quelques années plus tard, vers 1552, elle fut vendue à Jean de La chambre, qui la céda à son tour, en 1560, à son gendre François de La Laurencie. Ce dernier avait pour blason d'azur à un aigle d'argent à deux têtes en vol abaissé. En l'an IV, Charles-Gilbert de La Laurencie ayant émigré, le château fut vendu comme bien national pour 47 008 livres à André Marchand, négociant de Coivert qui agissait pour le compte de la famille La Laurencie. Le procès-verbal rédigé peu avant par les experts chargés de l'estimation des biens nationaux, précisait: "nous sommes convaincus que la maison ou ancien château tombe en ruine de toutes parts, qu'il est en majeure partie démoli et ne présente pour le logement solide dans le moment qu'une cuisine et un petit appartement carlé à côté, le surplus ne présentant que des mauvais matériaux et une démolition commencée dans l'intention de rebâtir une maison... qu'au bas d'icelle est une vaste basse-cour autour de laquelle sort des servitudes composées de troix chaix, une grange, une écurie, un four et un fournil, toit à volaille, à cochons, une vieille fuye qui tombe en ruine et un engard, le tout contenant environ deux journaux… au milieu d'une préclôture avec jardin et jardin fruitier". La famille La Laurencie conserva le domaine jusqu'en 1843. 

 Le château est placé sur une plate-forme rectangulaire, entouré de fossés de 15 mètres de largeur. Jadis très profonds, ils sont maintenant en partie comblés. L'enceinte du château qui semble remonter au XIVe siècle a une forme rectangulaire. Deux tours de quatre mètres de diamètre et de douze mètres de hauteur sont placées aux angles sud-est et sud-ouest et les courtines est, ouest et sud qui les rejoignent ont dix mètres de hauteur. Le donjon qui servait de porte d'entrée est construit en saillie au milieu de la façade nord: c'est une grosse masse carrée de dix mètres de côté, construite en moyen appareil, flanquée à chaque angle nord d'une petite tour cylindrique et pleine qui vient renforcer sa maçonnerie au-dessus d'un fruit très accusé situé dans le fossé. La hauteur totale de cette tour est actuellement de 18 m, mais d'une part son pied est bien enterré de quatre à cinq mètres et, en 1843, elle a été découronnée de ses créneaux et mâchicoulis, ce qui peut faire environ quatre mètres ainsi que l'atteste une vieille gravure. La tour avait donc une hauteur d'environ 27 mètres. Un pont-levis et une poterne donnent dans une petite salle carrée limitée en arrière par l'emplacement de la herse de fer dont les rainures où elle s'abaissait subsistent dans l'épaisseur du mur. Au premier étage, il y a une pièce avec, dans un angle, un petit four à pain, auprès de ce four, des latrines. Cette pièce possède des murs de deux mètres d'épaisseur. Au milieu de celle-ci, un assommoir permettait d'atteindre les assiégeants qui auraient franchi le pont-levis. Au niveau de cet étage, l'escalier communiquait par un pont-levis encastré dans le mur et placé dans une petite tour carrée en saillie avec le chemin de ronde actuellement détruit placé au-dessus du mur nord où l'on voit des traces de mâchicoulis. La pièce du deuxième étage était voûtée sur croisées d'ogives.Deux nervures reposent sur des têtes grimaçantes aux oreilles pointues. On ne voit plus que les amorces de ces nervures. 

 En effet, vers 1845, la plate-forme qui les surmontait avec les créneaux, les mâchicoulis et un petit édicule surajouté qui était, paraît-il, une chapelle, furent démolis. Cette démolition ne fut pas poursuivie étant donné la résistance des matériaux et de la maçonnerie. Le mur situé à droite du donjon, qui a 2,20 mètres d'épaisseur, porte des traces de fortifications: des restes de corbeaux rasés au nu du mur qui portaient jadis créneaux et mâchicoulis et en arrière un chemin de ronde communiquant par un pont-levis avec le donjon, comme nous l'avons vu. En arrière de ce mur était le logis dont une gravure de Chatillon nous donne l'aspect au commencement du XVIIe siècle. Le rempart de gauche dont on voit les arrachements de 2,20 mètres d'épaisseur au côté est du donjon n'existe plus. Un mur a été construit en retrait au XVIIIe ou XIXe siècle. Dans la tour sud-est, on a découvert, en 1936, un cul de basse-fosse voûté en forme de coupole, muni à sa partie supérieure d'un trou circulaire de 0,50 de diamètre. Il a 2,50 mètres de profondeur, est éclairé par une petite ouverture percée dans le mur à la hauteur de la naissance de la voûte. Dans la tour sud-ouest on a découvert, en 1913, une petite pièce circulaire avec une meurtrière ouvrant sur la courtine sud; cette tour est fort bien appareillée et donne l'impression d'une reconstruction du XVe siècle. Ces deux tours ainsi que les murs d'enceinte étaient jadis plus élevés. 

 Éléments protégés MH: le château, à l'exception du bâtiment récent : inscription par arrêté du 14 septembre 1949. 

 château de Villeneuve la Comtesse 17330 Villeneuve-la-Comtesse

   

Château de Vervant

Depuis au moins 1338, la seigneurie de Vervant appartenait à la famille de La Roche, alias de La Rochandry. La dernière représentante de la branche des seigneurs de Vervant, Jeanne, épousa Charles Poussard, chevalier, seigneur de Brizambourg et de Lignières. En 1539, elle fit hommage au Roi de sa terre de Vervant, au nom de leur fils, Pierre. Celui-ci épousa, en 1563, Jeanne de Gontault-Biron dont il n'eut point d'enfant. À sa mort, la seigneurie de Vervant passa à sa femme qui la transmit ensuite à sa famille paternelle. En 1606, Jean de Gontault-Biron, seigneur de Biron et de Brizambourg, vendit Vervant moyennant 27 500 livres à Jean Boisseau, sieur de Poussou, et à son épouse, Catherine Moreau, lesquels connurent de nombreux démêlés avec le vendeur qui chercha à se rétracter. À la suite d'un long procès devant le parlement de Bordeaux, ils réussirent à garder le château qui passa ensuite à leur gendre, Gabriel Goulard, écuyer, sieur du Breuil-Goulard. En 1686, il fut adjugé par devant le lieutenant général de Saint-Jean-d'Angély, au préjudice de Jacques-Martel de Goulard, chevalier, fils de Gabriel et de Jeanne Boisseau, ayant quitté le royaume pour cause de religion, à Jean Derogis, maître menuisier à Saint-Jean-d'Angély, agissant pour la famille Goulard. En 1720, Jacques de Goulard, son fils, seigneur marquis de Vervant, de Laléard et autres lieux, vendit le château, moyennant 226 000 livres, à Michel-Charles Amelot, chevalier, marquis de Gournay, conseiller d'Etat, président à mortier du parlement de Paris. Quinze ans plus tard, le curateur des deux fils mineurs du marquis de Gournay, afin de régler les dettes, revendit Vervant, pour 87 500 livres, à Antoine de Crès, écuyer, seigneur d'Angle. C'est sans doute à son fils Louis, marquis de Vervant, que l'on doit le château actuel. En 1782, il l'abandonna à son gendre, Louis-René, vicomte de Sainte-Hermine, colonel au régiment de Bourbon-Dragons, seigneur de Coulonge-sur-Charente, époux de Catherine-Adélaïde de Crès, à la charge d'acquitter le montant de ses dettes, soit 80 000 livres et de lui verser une pension viagère de 4 000 livres par an, ses deux fils Antoine-Louis et Pierre-Louis, n'étant pas assez fortunés pour le faire. En 1808, la famille Goulard racheta le domaine. La fille de Louis-Antoine et de Marie-Anne de Bourdeille de Montanceys épousa Jean Sénigou du Rousset de Roumefort du Cluzeau, garde corps du Roi, à qui elle transmit le domaine que leurs descendants conservèrent jusque vers 1980. 

 De l'ancien château, il ne reste qu'une tour incluse dans les servitudes; elle a encore créneaux et mâchicoulis et est couverte d'un toit en poivrière. Une pierre porte la date de 1593. Le château actuel est une grande construction du XVIIIe siècle; elle se compose d'un vaste corps de logis central à deux étages dont le dernier est mansardé, encadré de deux gros pavillons à chaque extrémité. Le pavillon du côté qui est le plus ancien a ses portes et fenêtres ornées de clefs sculptées. Les murs des pavillons sont couronnés de balustres et ornés d'un beau vase à chaque angle. Au milieu de la façade sud, on accède au corps de logis par un double escalier de pierre orné d'une belle rampe en fer forgé. De l'autre côté, la porte centrale donne sur un très beau jardin à la française. A l'intérieur, dans le vestibule, on voit un grand escalier avec une superbe rampe en fer forgé. La grille ancienne et les pilastres qui encadrent les portes de la cour ont été installés dans la deuxième moitié du XXe siècle et proviendraient du château de Salignac de Pons. Les abords du château ont été profondément modifiés au cours du XIXe siècle par la famille Roumefort; après avoir fait installer la grille, les servitudes ont été reconstruites: des clefs anciennes ont été réemployées. On trouve aussi des piliers dont deux, du XVIIIe siècle, sont ornés de fleurs et d'instruments de musique. Au cours des aménagements du jardin au sud du château, on a trouvé de nombreuses sépultures d'hommes avec des parties d'armements. On dit qu'une bataille aurait été livrée à cet endroit, peut-être pendant les guerres de Religion mais on n'en trouve pas trace. Ou bien s'agit-il de l'ancien cimetière autour d'une église ou chapelle disparue à la même époque. Cette explication serait plus plausible car un texte dit qu'en 1605, Jean Puyreau, clerc tonsuré du diocèse de Saintes, vint prendre possession de la paroisse et n'y trouva près du cimetière ni église ni chapelle "pour avoir été ruynée pendant les guerres". En 1620, le château abritait une garnison qui empêcha le nouveau curé d'aller prendre possession de son église, en ruine. Rappelons enfin que pendant le siège de 1621, Louis XII vint loger au château de Vervant: "Le Roy partit de Chizey le lundi dernier de mai et alla loger à Vervant, maison d'un gentilhomme à mille pas du village des Églises où Monsieur, frère du Roy, Monsieur le Maréchal et Monsieur le Garde des Sceaux furent logés ensemble".

Éléments protégés MH: les façades et les toitures, la tour du XVIe siècle et les jardins : inscription par arrêté du 22 août 1949. 

 château de Vervant 17400 Vervant

   

Château de Thérac

Le nom de Thérac indique, à priori, un domaine gallo-romain. La situation le confirme : sur un plan légèrement incliné vers la rivière; ainsi que les débris trouvés dans le sol, notamment des tuiles à rebord. L'abbaye fondée à Saintes vers la fin du Vie siècle par St Pallais avait été dotée d'une partie de la terre de Thérac. Lorsque cette abbaye eut été ruinée, tous les biens qui en provenaient furent dévolus à la nouvelle abbaye que Geoffroy d'Anjou fonda en 1047 sous le nom d'Abbaye-des-Dames, notamment "une terre, divisée en plusieurs portions, située à Thérac, auprès du chemin des Arennes-de-Valay, laquelle s'appelle la terre de St-Pallais". Deux ans plus tard, en 1049, la nièce du comte d'Anjou, Marguerite, épouse de Guillaume Rudel, comte de Blaye, revendiquait au nom de certains articles de son contrat de mariage, certains des biens donnés à l'abbaye par son oncle et tuteur, notamment la moitié de la terre de Thérac. Le bon droit de Marguerite fut absolument reconnu. A la même époque, nous voyons à Saintes une famille de Thérac représentée par Guy deThérac, écuyer, et sa soeur Julienne, mariée à Hugues de Pontac. Ce dernier, quelques années seulement après la fondation de l'Abbaye-des-Dames par le comte d'Anjou, en 1055, fondait de son côté, en partie du moins, le monastère de Saint-Eutrope. Il décédait peu après et sa femme Julienne de Thérac, par son testament du 31 janvier 1056, faisait de grandes largesses à Saint-Eutrope où elle fut inhumée avec son mari. Le nom de cette famille de Thérac, nom de terre, mais sans patronyme, indique une des plus anciennes familles nobles, illustre en son temps. Mais en ce milieu du XIe siècle, il semble que la terre de Thérac fut déjà sortie de leurs mains. Plus tard, en 1156, nous voyons des membres de la très ancienne famille de Ballodes possessionnée en Thérac. Deux frères, Ramnulphe et Robert, contestent la donation faite par un chevalier nommé Audron, du moulin de Tairach à l'Abbaye-des-Dames, pour l'entretien du luminaire, alors que c'est d'eux qu'Audron tenait ce moulin. Il semblerait que cette terre,divisée en plusieurs portions, comprenait à l'intérieur de la seigneurie divers fiefs aux mains de seigneurs particuliers, et relevant de la seigneurie de Thérac. C'est ce que dit clairement l'aveu de l'Abbesse de Saintes, Jeanne de Villars en 1742 : "Item, un autre fieu asis enla paroisse d'Augons (des Gonds) en la seigneurie de l'Evêque de Saintes... Item une pièce de terre tenant aux terres du Prieur de Saint-Eutrope de Xaintes, en ladite paroisse d'Augons et seigneurie dudit Evêque". Ainsi, les terres données jadis à l'abbaye par le comte d'Anjou, restaient vassales de la seigneurie dont elles avaient été un démembrement. On eût pu penser que tous ces fiefs particuliers devaient relever tout naturellement de la seigneurie des Gonds, puisqu'ils se trouvaient assis en cette paroisse. Mais il apparaît en fait que les Gonds et Thérac étaient deux seigneuries différentes, sans lien de féodalité. Des aveux rendus par les évêques de Saintes indiquent que Thérac relevait directement du roi, qui en avait fait don aux évêques de Saintes, "De tout temps", se bornent à dire les textes. Mais ajoutent-ils, cette seigneurie est de fondation et dotation royalle. Il faut donc, pour cela, que le roi l'ait eue en sa main, ce qui n'a pu avoir lieu que lorsque la Saintonge a été réunie à la couronne après les victoires de Saint-Louis en 1242. Jusqu'à cette date,la Saintonge, après avoir été poitevine, était devenue angevine et anglaise ; et Thérac semble avoir été un fief personnel et direct des comtes de Poitou puis d'Anjou, puisque, dans la revendication faite par la nièce du comte d'Anjou, Marguerite comtesse de Blaye, la moitié de Thérac est mentionnée comme lui appartenant par le décès de ses père et mère. Après 1242, Thérac devint donc bien du roi, et il peut en disposer. Ce qu'il fit sans trop tarder en faveur des évêques de Saintes, puisque c'est en 1288 que l'évêque Gimer est installé à Thérac. En le donnant aux évêques de Saintes, le roi s'assurait en eux des alliés fidèles en un pays où les Plantagenets avaient encore de non moins fidèles partisans. Le calcul du roi était juste. On le vit bien pendant la guerre de Cent Ans. Le château fut assez fort et assez bien gardé pour déjouer toutes les tentatives anglaises. 

 La paix revenue, les évêques châtelains se préoccupèrent d'aménager leurs vieux château-fort en résidence plus habitable. François de Soderini, évêque de Volterra en même temps que de Saintes ne parut jamais dans cette dernière ville. Mais son neveu Julien y fut évêque pendant trente ans. C'est lui qui entreprit des constructions Renaissance à Thérac dont il ne reste que la chapelle en ruines, marquée de l'écusson des Soderini. A Julien de Soderini succéda Charles de Bourbon. Durant les cinq années de son administration, il ne parut jamais à Saintes. Dans le dernier tiers du XVIe siècle, de nouveaux troubles éclatent. Après le second sac de Saintes par les protestants en 1568, l'évêque Tristan de Bizet se réfugie à Bordeaux. Il n'y a plus d'évêque à Saintes. En 1585, c'est à Thérac que réside le successeur de Tristan de Bizet, Mgr. Nicolas Le Cornu de la Courbe de Brée. En effet, le palais épiscopal de Saintes attenant à la cathédrale,n'a pas été épargné dans le sac de celle-ci, en 1568, et dans la démolition systématique qui l'a suivi. Ce n'est qu'en 1580 que Mgr Le Cornu pourra entreprendre la reconstruction de la cathédrale. En1585 encore, il est question de marchés de couverture pour cette dernière et l'évêque donne pour cela une procuration, datée du château de Thérac, le 11 août 1585. C'est le même évêque, Nicolas Le Cornu qui, un an avant sa mort, résidait encore à Thérac, sinon encore de façon permanente, du moins par intermittence. Au milieu du XVIe siècle, on trouve à Thérac Arnaud de Prahec, maire de Saintes en 1554, conseiller du Roi, élus en Saintonge, en 1558, échevin de Saintes depuis 1555 jusque vers 1572 et qui est mentionné régulièrement parmi l'assemblée des conseils de la ville jusqu'en 1591. Arnaud est qualifié "sieur deThérac" en 1558 et à nouveau en 1565. Partisan de la religion réformée, comme son fils Antoine, également échevin, il est un des 579 protestants condamnés à mort par arrêté du Parlement de Bordeaux du 6 avril 1569. Au milieu du XVIIe siècle, ce sont les guerres de la Fronde qui empoisonnent la Saintonge, sous l'épiscopat de Mgr de Bassompierre. 

 Sans doute mal entretenu, le château de Thérac menaçait ruine à la fin du XVIIe siècle. En 1697, Guillaume de la Brunetière du Plessis de Geste, évêque de Saintes, après avoir fait constater l'état de vétusté de l'ensemble des bâtiments obtint l'autorisation du présidial de Saintes et du parlement de Bordeaux, de démolir le château pour en "empêcher la ruine totale", et de vendre les matériaux sur adjudication, exceptés ceux qui étaient nécessaires à la construction d'un "grenier etd'une chambre", car "il n'y avait point d'endroit audit Teraq pour pouvoir loger et mettre les fruits qui se recueillent dans les biens qui en dépendent". En 1700, tous les matériaux n'avaient pas encore trouvé preneur. Le château de Thérac détruit, les successeurs de Guillaume de La Brunetière durent passer les beaux jours dans d'autres demeures louées à des particuliers. En août 1741, Léon de Beaumont résidait au château de La Salle à Gémozac. Huit ans plus tard, Simon-Pierre de Lacoré louait le château de Vénérand, avant d'accepter, trois ans plus tard de louer celui du Douhet aux mêmes propriétaires. Lorsque survint la Révolution, Monseigneur de la Rochefoucauld louait Crazannes. Au XVIIIe siècle, ce qui reste de Thérac est alors affermé à différentes familles, connues par les registres paroissiaux. Ainsi, en 1764 naissent "à Térac" Pierre et Marie Phétis, peut-être les petits-enfants de Pierre Phétis et de Marie Pacaud. Cette dernière "demeurant à la seigneurie deThérac", décède en 1773 à l'âge de 72 ans. Un peu avant, en 1768, née "à la seigneurie de Thérac", Jeanne, "fille de Jean Chotard, garde de ladite seigneurie, et de Jeanne Tarin, y demeurant". Enfin, les archives départementales conservent un bail à ferme pour 9 ans, passé le 13 mars 1782 par Mgr Pierre Louis de la Rochefoucauld au "sieur François Bonifasse Viault, bourgeois demeurant paroisse Saint-Michel de Saintes" et touchant "les bâtiments et terres dépendant de la seigneurie deThérac". A l'époque Révolutionnaire, le domaine tombe dans le domaine national et il est vendu par adjudication, en 1791, à Pierre et Joseph BBlanvillain, "meuniers demeurant au village de Courpignac", pour la somme de 44.100 livres. L'acte décrit alors des "maisons, granges, bâtiments et autres servitudes en très mauvais état et menaçant une ruine prochaine". Le 21 août 1793, les deux frères procèdent à un partage de leurs biens par tirage au sort et c'est Pierre Blanvillain qui reçoit la totalité de Thérac. C'est à cette période ainsi qu'un peu plus tard dans le XIXe siècle, que doit être élevée la plus grande partie des bâtiments actuels. La date 1808 gravée sur la porte de la grange confirme des remaniements en ce début du XIXe siècle. Revenu à Marguerite Blanvillain, le domaine passe, par le mariage de cette dernière en 1826, à Beaurepaire Vanderquand, notaire à Saintes. Deux générations plus tard, l'ancienne seigneurie est morcelée entre différents héritiers. Thérac ne sera réuni dans la même main que grâce à l'effort de Jean Triou, fils de Suzanne Vanderquand et de Léon Triou, mariés en 1890. 

 Le château se composait semble-t-il de deux enceintes distinctes, séparées par un profond fossé qui pouvait être mis en eau puisqu'au sud, il s'allonge pour rejoindre la Seugne tandis qu'au nord, il est clos par un petit pont en pierre dont l'arche munie d'une feuillure pouvait être obturée. La première enceinte, à l'ouest, renfermait la basse-cour qui fait également office de cour d'entrée. Les courtines ont disparu mais le châtelet d'entrée a subsisté, intact. En pierre de taille de moyen appareil et grossièrement layée, il se compose de deux tours rondes à poivrières qui encadrent une unique porte cochère moulurée d'un cavet sur l'arc légèrement surbaissé. Pour élargir le passage, les piédroits ont été retaillés à une époque tardive et quelques pierres changées, ce qui explique la disparition de la feuillure intérieure. L'entrée est protégée, en partie supérieure, par un chemin de ronde à deux créneaux qui encadrent une bretèche soutenue par trois consoles à moulures alternant tores et double cavet. La défense active est également présente sur les deux tours, avec des archères-canonnières disposées en quinconce sur trois niveaux. Une bouche à feu au rez-de-chaussée de chaque tour permet en plus de défendre directement le passage par un tir croisé. Vu de la cour, le chemin de ronde reliant le deuxième étage des tours prend la forme d'une galerie, soutenue par un arc segmentaire plus relevé que celui de la porte. La rambarde, portée par une corniche chanfreinée, semble être d'origine avec son assemblage chevillé de vieux bois alternant poteaux et croix de Saint-André. Le poteau central est à arêtes biseautées dans la moitié supérieure et il participe à soutenir la charpente, également ancienne. Toujours du même côté, l'entrée est encadrée par les tours qui présentent un mur droit,ménagé chacun d'une travée de portes donnant un accès direct aux deux premiers niveaux. A l'intérieur des tours, les pièces sont petites, épousant le plan extérieur en fer à cheval, et l'ébrasement des archères-canonnières et surmonté d'un linteau parfois soutenu par des corbeaux en quart-de-rond. Les charpentes, à deux enrayures, semblent d'origine et n'ont guère été touchées, en dehors de planches clouées qui les consolident. La basse-cour est aujourd'hui étroite, allant en s'élargissant vers le nord-est. A l'origine, l'enceinte semble avoir eu une forme trapézoïdale plus prononcée, presque triangulaire. Le châtelet d'entrée constituait le sommet étroit tandis que la partie opposée, sur douves, représentait la base. De la courtine nord-ouest, il ne subsiste en élévation, à l'intérieur d'un commun XIXe, que l'amorce du mur en pierre de taille,parfaitement liée à la tour sud. La courtine sud-est a pour sa part était remplacée, peut-être au XVIIe siècle, par une façade, sur cour, de logis, semble-t-il encore existante sur le cadastre de 1808 et dont il ne subsiste de visible qu'une petite portion, arasée et accolée à la tour sud du châtelet d'entrée. 

 La seconde enceinte, vers le nord-est, est accessible depuis la cour précédente par un pont en pierre franchissant le fossé, en partie remblayé au nord-ouest et encore profond au sud-est. Il subsiste un important vestige de la courtine, sur le front nord. Assis sur le rocher calcaire, friable et qui a donc par endroits été consolidé par du petit moellonage, le mur présente un parement en moyen appareil peu allongé, similaire à celui du châtelet d'entrée, quoiqu'un peu plus petit. Son couronnement a été modifié, en moellon, mais une portion de corniche angulaire sur modillons en quart-de-rond est restée en place et pouvait porter un parapet de chemin de ronde. En 1793, une grande maison est accolée à ce mur d'enceinte, côté cour. Elle a deux étages carrés et un étage d'attique, sous combles, et sa façade en pierre de taille est ornée de pilastres plats et de bandeaux horizontaux et percée de travées régulières de baies rectangulaires. L'intérieur conserve un petit escalier en bois avec rampe à balustres élancés et, au rez-de-chaussée, sur le petit côté ouest, une cheminée accompagnée d'un potager qui ne manquent pas de charme avec leur sculptures traditionnelles de cannelures et de rosaces. Un autre vestige visible de courtine semble marquer l'angle sud de l'enceinte du château. Construit dans le même appareillage que le mur précédent, il conserve en plus, sur le pan méridional, à l'étage, une archère-canonnière en croix. La courtine, sur douves, est posée sur le rocher taillé en banquette au bords du fossé et elle comporte à peu près au niveau du sol de la plate-forme un léger rétrécissement adouci par un glacis. La construction d'origine a disparu dans sa partie centrale, où elle est remplacée par un mur moins large et donc en retrait par rapport à l'appareillage ancien. 

 Éléments protégés MH: le châtelet d'entrée : inscription par arrêté du 14 avril 1997. 

 château de Thérac 17100 Les Gonds

 

Château de Taillebourg

Il faudrait un livre entier pour faire l'histoire du prestigieux château de Taillebourg, siège d'un comté dès la seconde moitié du XVe siècle. Cinquante deux paroisses en dépendaient, ainsi que cent-vingt fiefs et seigneuries dont quelques-uns en Poitou et en Aunis, et non des moindres. Le rôle considérable du château-fort, un des mieux connus de Saintonge grâce aux archives de la maison de La Trémoille, a souvent éclipsé le grand chantier entrepris par Frédéric-Guillaume de La Trémoille, à partir de 1714, le plus important de Saintonge, pour le XVIIIe siècle. De la puissante forteresse, établie sur un éperon barré dominant la vallée de la Charente, il ne reste que le site d'où émergent les ruines d'une tour du XVe siècle. Le château contrôlait une chaussée surélevée franchissant les prairies basses, un moulin et un pont franchissant la rivière, terminé par une porte fortifiée donnant accès aux quartiers bas de la ville entourée de murailles. Il appartint successivement aux Rancon au début du XIe siècle jusqu'en 1263, aux Parthenay-Larchevêque (1269-1407) aux Harpedanne de Belleville (1407) avant de revenir à la couronne, le roi Charles VI ayant fait valoir son droit de retrait féodal. En 1423, Charles VII céda Taillebourg à Henri de Plusqualec, gouverneur de La Rochelle en récompense du service que ce dernier lui avait rendu en lui avançant des sommes couvrant les frais de transport par une flotte castillane de 5 000 archers écossais. Henri de Pluqualec, d'origine bretonne, n'eut point d'enfant et se retira à Taillebourg après 1423. Il fit rebâtir la forteresse et fonda un chapitre de chanoines. Ses neveux, qu'il avait fait venir auprès de lui, laissèrent au château la réputation d'un repaire de brigands. Une ordonnance royale de 1438, révoquant toutes les aliénations du domaine royal faites depuis vingt ans, obligea les Plusqualec à rendre la forteresse au Roi qui la transmit presque aussitôt à Prégent de Coëtivy, amiral de France, chambellan du Roi. 

 Il en prit possession en 1442. Avec la puissante famille Coëtivy, Taillebourg allait connaître de brillantes heures. Après la mort, en 1450, de Prégent, le château passa aux mains de son frère, Olivier, marié en 1458, à Marie de Valois, fille naturelle de Charles VII et d'Agnès Sorel. Les Coëtivy firent de Taillebourg leur résidence favorite, transformant le château-fort en une demeure richement meublée. Le fils d'Olivier et de Marie de Valois, Charles de Coëtivy, parvint à faire ériger sa baronnie de Taillebourg en comté, en 1486. Par son mariage avec Jeanne d'Orléans, qui ne lui donna qu'une fille, Louise, il devint cousin du roi Louis XII et plus tard oncle de François Ier. Louise de Coëtivy épousa, en 1501, Charles de La Trémoille, prince de Talmont (Vendée) et lui apporta outre Taillebourg, d'importantes terres Saintongeaises parmi lesquelles les seigneuries de Royan, de Didonne, de Mornac et de Champdolent. La famille La Trémoille conserva Taillebourg jusqu'en 1792. Un inventaire dressé en 1528, montre une demeure meublée de façon princière contenant au total 180 pièces de tapisseries. En 1652, lors de la Fronde, le château, qui avait survécu à de nombreux sièges et coups de main pendant la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion, fut pris et détruit. Il faudra attendre 1714 pour que le château vive à nouveau de brillantes heures en devenant la résidence favorite d'un grand personnage. À la suite d'une transaction du 4 septembre 1713, Charles-Bretagne, duc de La Trémoille, de Châtellerault, de Thouars et de Loudun, cédait à son oncle paternel, Frédéric-Guillaume de La Trémoille, prince de Talmont, le comté de Taillebourg. Aussitôt, ce dernier entreprenait de faire reconstruire un château à la hauteur du renom de la maison qu'il représentait. 

 Un mémoire, non daté, du XVIIIe siècle, mentionnait qu'il "serait difficile de faire une estimation juste des dépenses faites au château, les terres qu'il avait fallu renverser pour rendre régulier un terrain extrêmement inégal, les édifices qui avaient été élevés, les plantations qu'on y voyait; tout cela annonçait une dépense de plus de 300 000 livres". Sur place, les travaux étaient surveillés par Gabriel-Jean-Baptiste Pavée, écuyer, intendant du prince de Talmont. Claude Masse, qui leva le plan du château en 1716, mentionne qu'en 1716 on avait fait aplanir la place du château, raser les vestiges d'une église et du donjon, construire un mur en terrasse, sur l'esplanade. Pour mener à bien ces travaux, on y employait le détachement d'un régiment, encore présent en 1720. On travaillait toujours en 1717 aux terrassements et à la démolition des vestiges de l'église, puisqu'au mois de mars, on découvrit, dans les décombres, un cercueil contenant un corps embaumé, de petite taille "la teste toute entière avecq une partie des cheveux, les dents de la machoire supérieure avecq la barbe rousse, la teste jointe au col, les bras joints au espaulles, les pieds joints au jambes…". Le chantier avançait vite, puisque dès la fin de l'année 1719, Gabriel-Jean-Baptiste Pavée passait un marché avec Aubin Turpaud, de Surgères, qui s'engageait à faire la charpente de l'édifice. Depuis 1718 au moins et jusqu'en 1721, les travaux étaient placés sous la conduite de l'entrepreneur Thomas. Au début de l'année 1720, Jean-Baptiste Pavée commandait les bois de la charpente à Louis Sazerac, marchand de Saintes. Quelques mois auparavant, celui-ci avait passé un marché avec Seguin Gentil, écuyer, seigneur de Brasseau. Il devait couper certains arbres autour de son logis de Valade. L'importance du chantier de Taillebourg fit oublier à Louis Sazerac les conventions passées avec le seigneur de Brasseau et il coupa plus d'arbres que convenu, en particulier dans des allées "autres que celles quy luy avoist esté indiquée et notamment dans l'allée quy conduist a son portal dans laquelle il a fait coupper un des plus gros pieds de chesnes quy y fut". 

 Les comptes font apparaître que les travaux se prolongèrent au moins jusqu'en 1725. Frédéric-Guillaume mourut au château de Taillebourg le 21 janvier 1739. L'inventaire fait après son décès montre une demeure richement meublée, avec plusieurs pièces boisées, avec de nombreux appartements dont certains portent le nom de Talmont, Benon, Laval, Taillebourg et dans les mansardes Châtellerault, La Grêve, Les Essarts, Saint-Savinien, Tonnay-Boutonne, terres appartenant à la maison de La Trémoille. Il y a fort à parier que le prince de Talmont avait fait appel à un architecte parisien. On peut penser à Jean-Baptiste Loir, architecte, juré du Roi, expert des bâtiments et maisons de Paris, hôtels de Versailles et Saint-Germain, à qui les héritiers de Bullion, dont Anne-Élisabeth, épouse de Frédéric-Guillaume de La Trémoille, avaient demandé l'expertise des bâtiments dépendant de la succession. Le château connut encore des heures de gloire. En septembre 1749, Louis XV érigeait par lettres patentes, en faveur du petit-fils de Frédéric-Guillaume, Louis-Stanislas de La Trémoille, le comté de Taillebourg en duché-pairie. Mais Louis-Stanislas mourut quinze jours après, et les lettres n'eurent aucun effet. Élisabeth de Bullion décéda en 1758, et l'inventaire dressé à cette date montre encore une demeure remarquablement meublée. Les pavillons neufs signalés dans l'inventaire de 1739, ceux du bout des ailes de dépendances situés le plus près du château, avaient été aménagés entre ces deux dates pour recevoir des hôtes de marque. On y trouvait les chambres de la princesse et du chevalier de Rohan, la chambre du duc de Bouillon, celle de la princesse de Turenne et encore celles du comte et de la comtesse de Grammont. L'année suivante, c'est le fils d'Élisabeth de Bullion et de Frédéric-Guillaume de La Trémoille, Anne-Charles, qui mourait à son tour. Son fils aîné étant mort prématurément, Taillebourg allait revenir à la branche aînée de la famille La Trémoille, jusqu'à la Révolution. 

 Le château est alors vidé de ses meubles, fermé et entretenu au minimum. En 1784, on réparait et faisait à neuf des balustres qu'un cheval avait fait tomber. Quelques années auparavant, en 1781, Piqueray, écrivait à l'intendant de la duchesse de La Trémoille "j'ai regardé le château comme je l'avais déjà vu, comme une maison d'un très grand seigneur absolument abandonnée et totallement oubliée: les croisées, si vous en exceptez celles où il y a des contrevents, sont presque toutes pourries, les plafonds sont en très mauvais état et il y en a beaucoup de tombés en partie et les meilleurs ne vallent pas grand chose". La Révolution allait sonner le glas de ce grand château. Saisi, il est vendu en plusieurs lots comme bien national. Les parties construites en pierre de taille sont détruites en priorité et les matériaux vendus, et ce qui restait du château, l'aile droite, est incendié en 1822. Du prestigieux château, il ne reste que deux grandes esplanades. La première, depuis le village, porte deux vastes ailes de dépendances symétriques, aujourd'hui transformées en habitations particulières. Il s'agit de deux corps de bâtiments à façade sur cour en pierre de taille, encadrés par deux pavillons carrés, le tout couvert d'ardoise. Le centre de chacune des façades est rythmé par un fronton triangulaire. Ces deux beaux morceaux d'architectures précédaient la seconde esplanade. Dans l'axe, s'élevait le château de Frédéric-Guillaume de La Trémoille. C'était un grand corps de bâtiment en U, flanqué de deux pavillons, le tout couvert de toitures à combles brisés d'ardoise. L'aile gauche, dont la base se voit encore sous une école, et le bâtiment central, œuvre de Frédéric-Guillaume de La Trémoille, venaient se greffer sur deux autres ailes sur caves entièrement remaniées, seuls restes de l'ancien château, avec une tour en fer à cheval sur laquelle on avait placé une horloge. Seules les caves, la tour remontant au XVe siècle, et les terrasses subsistent aujourd'hui. Un petit corps de bâtiment a été rebâti plus au sud, sur la terrasse, au XIXe siècle. Il abrite l'hôtel de ville. Il se compose d'un logis inachevé avec avant-corps central sur trois travées coiffé d'un fronton triangulaire se détachant sur une toiture à l'Italienne. L'ensemble a encore beaucoup d'allure malgré toutes les destructions et laisse imaginer ce que fut le plus important château du XVIIIe siècle en Saintonge, et auparavant une puissante forteresse à laquelle avait succédé une luxueuse résidence de la fin de l'époque gothique. 

 Éléments protégés MH: les façades et les toitures des deux bâtiments des communs du XVIIIe siècle, le pavillon d'entrée, les vestiges du château : inscription par arrêté du 8 mars 1991. Les fortifications en totalité, comprenant : les murs de soutènement et les fossés avec les ponts, les sols des deux esplanades nord et sud et des deux terrasses à l'est pouvant recéler des vestiges de bâtiments, avec le parc, la tour médiévale, les salles voûtées souterraines : classement par arrêté du 10 mars 1995. 

 château de Taillebourg 17350 Taillebourg

   

Château de Surgères

Le château de Surgères est l’une des plus importantes forteresses médiévales conservées en Charente-Maritime, mais il reste cependant peu lisible pour nombre de visiteurs, qui longent les fortifications ou traversent la place sans appréhender l’organisation d’ensemble du site. L’enceinte arasée réunit différents bâtiments historiques et/ou publics, du XIIe au XIXe siècle, dispersés sur un vaste espace encore enclos. Seule l’église retient l’attention dans la plupart des guides touristiques. Elle a été classée monument historique dès 1862 et a fait l’objet de nombreuses restaurations depuis cette date. L’enceinte de pierre du château, flanquée de tours rondes arasées, n’est pas antérieure à la seconde moitié du XIIe siècle. Elle reprend peut-être le tracé d’une enceinte plus ancienne, car le castrum de Surgères est attesté dès 992. Il reste sous le contrôle étroit des comtes de Poitou à la période qui nous intéresse (XIe-XIIe siècles). Cette enceinte au plan ovoïde enserre une motte castrale, l’église du prieuré et d’autres constructions qui apparaissent sur les plans de Claude Masse (début XVIIIe siècle). La connaissance de ce château majeur a été renouvelée récemment par des études archéologiques ponctuelles, qui rattachent à la période romane non seulement la porte d’entrée carrée de l’enceinte, mais également une grande salle seigneuriale formant aujourd’hui le sous-sol de la mairie. 

 Le castrum de Surgères est mentionné dans les textes dès 992, dans une charte de donation à l’abbaye de Saint-Maixent. Une dizaine d’années plus tard, il est désigné parmi les possessions du comte de Poitou et duc d’Aquitaine, qui y prélève des taxes. Dans les années 1030, on trouve la trace d’une famille noble de Surgères, dont la généalogie a été étudiée par André Debord pour les XIe et XIIe siècles. Pour ce dernier, "le lignage de Surgères offre un bon exemple de ces châtelains qui avaient la garde héréditaire d’un château, disposaient d’alleux et aussi de coutumes, mais qui n’avaient pas la disposition de la forteresse et qu’on voit, de génération en génération, parmi les fidèles des comtes de Poitiers". De fait, les châtelains du lieu, qui portent régulièrement le surnom de Maingot, figurent souvent dans les chartes comtales, en tant que témoins. La présence du comte de Poitou est même attestée au château en 1068, et on lui attribue, vers 1105, la fondation de l’aumônerie Saint-Gilles. Pour cette époque, les textes ne livrent aucune précision sur l’étendue du castrum et sur les bâtiments qui le composent. L’église Sainte-Marie est connue dès le début du XIe siècle, mais sa situation à l’intérieur de l’enceinte n’est pas attestée. À la fin du XIIe siècle, les Maingot obtiennent divers privilèges et charges, dont celle de sénéchal, auprès des rois Henri II et Richard Ier. Jean sans Terre leur octroie la pleine possession de la seigneurie de Surgères. Le rôle de cette famille auprès des Plantagenêts, au début du XIIIe siècle, mériterait d’être réexaminé à la lumière des faveurs et des rentes en argent dont ils bénéficient dans le contexte des luttes opposant rois de France et d’Angleterre pour la possession du Poitou et de l’Aunis-Saintonge. 

 Dans un article de synthèse, qui reste aujourd’hui la principale référence sur le sujet, Jacques Duguet retrace l’histoire de cette famille et de ses alliances jusqu’au milieu du XIVe siècle. Aucune précision n’est cependant donnée pour documenter la construction du château dont l’enceinte de pierre existe déjà sans doute. En 1344, la lignée des Maingot s’éteint, sans héritier mâle. La seigneurie de Surgères passe par mariage à différents seigneurs à la fin du Moyen Âge: Jean Ier de Parthenay, Adémar de Clermont seigneur de Hauterives, etc. Au XVIe siècle, elle revient notamment à la famille de Fonsèque, dont l’histoire retient le nom de l’héritière Hélène, l’égérie de Ronsard. Une tour du château porte encore son nom. C’est son frère Charles qui entreprend le renforcement des fortifications, en 1576, grâce à une inscription au-dessus de la porte d’entrée. C’est donc dans le contexte des guerres de religion, qui frappent durement la région à cette époque, que sont effectués des travaux dont les textes ne livrent pas le détail. À la mort du dernier baron de Fonsèque, la seigneurie de Surgères passe par mariage aux puissants seigneurs de La Rochefoucauld. C’est à eux que l’on attribue la réfection des logis et la construction, au milieu de la cour du château, d’une porte de style Renaissance, érigée comme un arc de triomphe. Au début du XVIIIe siècle, les dessins et plans réalisés par Claude Masse, ingénieur du roi, livrent un précieux témoignage sur l’état du château. Ils permettent d’identifier différents bâtiments détruits ou remaniés à la Révolution. 

 Vers 1800, le château abandonné par ses occupants est utilisé par la municipalité. Les prisons sont installées au-dessus du porche d’entrée et l’église est temporairement désaffectée. Les fossés sont comblés pour agrandir le champ de foire. Cependant, le duc de la Rochefoucauld, revenu d’exil, devient ministre et reprend possession des lieux, rachetés par sa mère. Il n’y réside pas, et c’est pourquoi l’on désigne un beau bâtiment de style classique, construit dans l’enceinte, comme la maison du régisseur. L’ensemble est cédé au baron de Coupé en 1832, puis, à la mort de ce dernier, en 1857, racheté par la commune de Surgères. La plupart des édifices publics sont alors installés au château: l'Hôtel de Ville, qui y est encore, la justice de paix et le tribunal de commerce. L’église rendue au culte est classée monument historique par Prosper Mérimée; mais son état alarmant impose de nombreux travaux jusqu’à la fin du XIXe siècle. Quant à l’enceinte du château, elle n’a été qu’inscrite au titre des monuments historiques en 1925, et reste relativement ignorée et méconnue depuis cette date, en l’attente d’une véritable étude documentaire et archéologique. La ville de Surgères, installée dans la vallée de la Gères, est située au Moyen Âge sur un axe de circulation important, entre Poitiers et la côte atlantique. Au sud de la ville actuelle, le château est délimité par une muraille flanquée de tours rondes arasées, sous la masse imposante de l’église prieurale. Les fossés qui l’entouraient sont partiellement comblés. Ils étaient alimentés par le cours d’eau voisin. Les plans du XVIIIe siècle prouvent bien l’existence de deux lignes de fossés, se refermant sur la ville au Nord; mais la seconde a pu être ajoutée à l’époque moderne. La muraille est élevée en moyen appareil de pierre de taille calcaire. Les tours présentent des ouvertures de tir (archères) qui les rattachent plutôt au début du XIIIe siècle. De nombreuses traces de reprises sont néanmoins visibles, ainsi que quelques bouches à feu tardives (XVe-XVIIe siècles). L’étude archéologique de la porte d’entrée principale du château, au nord, confirme cependant l’existence d’une première phase de construction de l’enceinte qui peut être rattachée à la seconde moitié du XIIe siècle. Cette tour-porte de plan rectangulaire, percée d’un passage voûté en berceau défendu par un assommoir et des vantaux, est bien caractéristique des édifices de cette époque. Elle présentait cependant la particularité de posséder une cheminée murale dans le passage, ce qui laisse penser qu’elle pouvait être fermée et utilisée à des fins résidentielles. L’ouvrage a connu par la suite différentes transformations, et sa façade refaite à la fin du XVIe siècle a été percée d’une porte cochère et d’une porte piétonne, et dotée d’un système de pont-levis à flèches. 

 Quoiqu’il en soit, cette tour-porte était manifestement l’entrée principale du premier castrum. Les trois autres portes signalées sur les plans de Claude Masse, et dont une seule est encore conservée, se rattachent plutôt au XIIIe siècle par leur typologie (passage entre deux tours rondes à archères). Ce premier castrum constituait sans doute le noyau de la ville fortifiée de Surgères, réunissant à la fois l’espace prieural à l’est, et l’espace seigneurial à l’ouest. Ce dernier est matérialisé par la présence d’une motte qui semble adossée sur l’enceinte de pierre. Motte castrale pour les uns, cavalier aménagé à l’époque moderne, l’interprétation de cet ouvrage fait débat. La vue de Claude Chastillon, vers 1600, montre bien cette butte, qui existait donc déjà. Nous y voyons une motte castrale, dont le sommet a été réaménagé pendant les guerres de Religion pour porter une plate forme d’artillerie, face à la ville. Seule une fouille permettrait d’éclaircir cette question. L’enceinte comprend différents bâtiments, a priori reconstruits à l’époque moderne. Une étude archéologique des parties basses de la mairie, a cependant mis en évidence l’existence d’une grande salle du XIIe siècle. Fabrice Mandon a pu reconnaître là un édifice de pierre de 25 mètres sur 10 que les ouvertures permettent de dater de l’époque romane. Il propose d’y voir l’aula du château, comportant plusieurs portes dès le premier état, ce qui indique que cette salle n’était pas isolée mais possédait des annexes détruites aujourd’hui. L’absence de cheminée murale n’exclut pas l’existence de la grande salle seigneuriale, que l’on peut imaginer à l’étage, selon des dispositions reconnues fréquemment dans le nord-ouest de la France. Le sous-sol du parc aménagé dans l’enceinte du château recèle sans doute encore bien des vestiges. 

 Éléments protégés MH: l'enceinte, la tour isolée et la porte Renaissance : inscription par arrêté du 27 février 1925. 

 château de Surgères 17700 Surgères

 

Château de la Sauzaie

Située dans la paroisse de Saint-Xandre, la terre de la Sauzaie est une seigneurie importante qui, depuis le XVe siècle au moins, possède "justice et jurisdicion haulte, moyenne et basse". Elle semble à l'origine (XÏI-XIIIe siècle) avoir fait partie intégrante du Grand Fief d'Aunis, administré par le Comtes de Poitou, et elle n'en aurait été distraite que dans le courant du XIVe siècle. Un contrat de 1346 mentionne en effet Johan de la Sausée, vallet premier propriétaire connu de la seigneurie. Au début de la guerre de Cent Ans, un aveu de 1363 rendu au prince de Galles indique que la seigneurie de la Sauzaie appartient à Pierre de Sainte-Maure, dit Drumas, chevalier, seigneur de Montgaugier et Rivarennes, vicomte de Bridiey. Fait prisonnier, ce dernier doit, pour payer sa rançon, vendre la terre à Adam Chel, sieur d'Aghorisses, originaire du Pays de Galles. En 1372, Drumas retrouve son bien, confisqué par le roi de France sur le gallois. Au moment des plus importants troubles en Aunis (1370-1440), régulièrement pillée par des troupes anglaises, la destinée de la Sauzaie est mal connue, mais la terre semble toujours appartenir à la famille Sainte-Maure. En effet, vers le milieu du XVe siècle, la seigneurie est confisquée au seigneur deMontgaugier sans doute Jean de Sainte Maure, et la Sauzaie tombe dans le domaine royal. Le 14 mai 1462, Louis XI, qui se rend à Bayonne, s'arrête à Bordeaux où il échange son domaine de la Sauzaie contre trois hôtels situés dans la ville et qu'il destine à recevoir le Parlement de Bordeaux. L'ancien propriétaire de ces maison bordelaises, Jehan du Pont,devient donc seigneur de la Sauzaie, mais l'usufruit demeure à la reine mère, Marie d'Anjou. Dans cet acte, il n'est fait aucune mention de château ni d'hôtel ou logis à laSauzaie, domaine qui consiste essentiellement en "cens, censés, rentes, hommes, terraiges, masures, terres, justice et juridicion haulte, moyenne et basse1". La fille de Jehan du Pont, Jeanne, transmet la Sauzaie à son époux Emery Rabeau qui rend hommage au roi pour ce bien le 15 juillet 1469 puis à nouveau en 1472. En 1483,Jeanne, veuve, et son fils Jean Rabeau font une nouvelle déclaration de foi et hommage, dans laquelle ils disent avoir achevé la construction du château. Dans le dernier quart du XVe siècle, la seigneurie de la Sauzaie est donc dotée d'un logis noble et peut-être de quelques éléments de fortifications dont aucun vestige visible n'est parvenu jusqu'à nous. En 1525, la seigneurie a changé de famille, peut-être à la suite d'une alliance, puisque le 4 octobre un hommage est rendu par Pierre d'Angliers, écuyer. Ce dernier sera élu maire de La Rochelle l'année suivante et il est qualifié seigneur d'Angliers et de la Saulzaye. Marié à Isabeau de Courbon et décédé avant 1569, Pierre passe la Sauzaie à son fils Claude d'Angliers de Joubert, personnage important de la région. En 1555 le seigneur de la Sauzaie rachète au roi l'importante seigneurie, limitrophe de Saint Xandre, moyennant 5868 livres. C'est certainement au cours de cette période très bénéfique à Claude d'Angliers que doit se situer la reconstruction du château dans de vastes proportions. Au moment du siège de La Rochelle de 1572-73, les troupes royales de Biron vont s'emparer avec ou sans combat des places ou châteaux alentours (Charron, Andilly, Nuaillé, LaGrimenaudière) mais la Sauzaie semble avoir été épargnée, alors qu'elle se trouve à peine à deux kilomètres en arrière de St Xandre, place que Biron fait "entourer de fossés et de retranchements" pour y établir son quartier. La destinée de Claude d'Angliers n'est pas connue mais il doit être décédé avant 1581, date où son fils fournit, l'aveu de la Sauzaie. Ce dernier, qui mourra sans postérité en 1612, semble avoir été dessaisi de la seigneurie de St Xandre et donc d'une bonne partie de ses ressources, puisque ce domaine est revendu par le roi à Jean Salbert en 1590. 

 Au début du XVIIe siècle, la Sauzaie revient aux deux filles de Claude, mariées àdeux frères : René de Saint Légier, chevalier, seigneur de Dercie, tué au cours d'un duelen 1614, et Jacob de Saint Légier, chevalier, seigneur du Fief, dont la descendance va rester propriétaire du domaine pendant 150 ans. A la suite de René, qui dans son testament de 1608 demande à être enterré dans sa terre de la Sauzaie, les membres de cette famille semblent avoir poursuivi cette tradition. En 1622, une délibération du corps de ville de La Rochelle, craignant que les royalistes ne pussent s'établir solidement dans le voisinage, ordonne que "tous les temples,clochers et autres forteresses qui sont dans le gouvernement et mesme les forteresses qui sont en maisons particulières, comme de la Sausaye, la Grimenaudière et autres, seront desmolies et razées". Le château des Saint Légier dut échapper à ce triste sort puisqu'il va être le lieu, quelques années plus tard, d'un épisode important de l'histoire de France. Lors du siège de La Rochelle (1627-1628), Richelieu, pour suivre de près les opérations, s'installe dans un premier temps près d'Angoulins, puis il décide, dans les derniers mois, d'établir son quartier général au château de la Sauzaie. C'est ainsi que plusieurs lettres du cardinal, aux ingénieurs et au roi, sont datées "de la Sauzais". C'est dans ce logis que fut préparée la capitulation de la ville de La Rochelle, du 26 au 29 octobre 1628. La paix revenue, les Saint Légier réintègrent leur demeure de la Sauzaie, et eux et leurs successeurs conserveront longtemps intacte la chambre du célèbre cardinal. Ainsi, en1839, Gautier indique que cette pièce "est encore garnie du lit et des meubles dont s'est servi Richelieu". En 1721, le domaine appartient à Jean Guillaume de Saint Légier, chevalier de l'ordre militaire de Saint Louis et capitaine de vaisseau du Roi. Il meurt en 1736 et la Sauzaie change alors de famille par l'alliance de l'héritière, Renée-Françoise, avec Louis François Caqueray de Valmenier, mousquetaire du Roi dans sa 1ère compagnie. Ce mariage avait eu lieu le 16novembre 1723 dans la chapelle de la Sauzaie. Quelques années auparavant, en 1719, la demeure est décrite comme "un château très fort entouré de fossés d'eau vive qui a une étendue considérable". La période de transformation du château, sans doute encore très médiéval d'aspect,débute avec l'achat du domaine, le 14 février 1763, par Denis-Jacques Goguet, écuyer, ancien négociant au Canada où il fit fortune dans le commerce des fourrures, président trésorier de France au bureau des finances de La Rochelle et premier échevin du corps de villeen 1760. L'acte de vente décrit un édifice en mauvais état. La description de 1763 mentionne également une chapelle, une galerie éclairée par quatre croisées, un pavillon, un appartement neuf à l'étage avec alcôve, porte vitrée et balcon donnant sur le petit jardin et les restes d'un appartement neuf non achevé servant de poulailler dans les dépendances. 

 Les travaux de remaniement semblent s'être déroulés autour de l'année 1767, millésime placé sur la girouette du pavillon sud. Cette supposition semble confirmée par un document de 1768, conservé aux archives du château, dans lequel Denis Goguet demande la bénédiction de la chapelle qu'il vient de faire édifier, en remplacement de la chapelle médiévale, mal située. Denis Goguet fait disparaître tous les éléments défensifs (porche, tours et courtine d'enceinte) à l'exception des douves qui deviennent canaux d'agrément. Concernant le logis, l'entrepreneur Jean Tourneur, s'est peut-être contenté de rhabiller la résidence des XVIe XVTIe siècle et de recomposer les dispositions intérieures, ce qui expliquerait que la "chambre de Richelieu" soit restée, selon la tradition, en place au moins jusqu'au milieu du XIXe siècle. En 1783, un partage a lieu entre les enfants de Denis-Jacques, mais vu la bonne entente des héritiers, il n'est accompagné d'aucun inventaire qui aurait pu renseigner sur l'aspect du château. La Sauzaie revient à Denis-Joseph Goguet, écuyer, maire de la Rochelle en1776 et 1790, directeur de la chambre de commerce en 1789 et grand armateur de navire. Il réside régulièrement à la Sauzaie qu'il conserve une vingtaine d'années. Ayant connu un revers de fortune en 1791, il se voit obligé de vendre, en 1807, le domaine avec tout son mobilier, pour la somme de 90.000 F, à Barthélémy Valentin, négociant au Sénégal. Le château de la Sauzaie connaît trois autres ventes dans la première moitié du XIXe siècle. Entre les mains de la famille La Beaume de Belleville de 1812 à 1845, il est ensuite acheté en viager par Jean Diéres-Momplaisir, trésorier de la marine pour le prix de202.000 F. Le 15octobre 1845, Charles Fournier, notaire à La Rochelle, qui s'était occupé de la vente précédente, rachète à Dières-Monplaisir le château et terres de la Sauzaie. Bien que résidant à La Rochelle, Fournier va, jusque vers 1870, entretenir attentivement le domaine. Il fait replanter régulièrement les différentes allées d'arbres et surtout il va réorganiser l'aménagement de la cour d'honneur par plusieurs terrassements et plantations successives. C est probablement dans le troisième quart du XXe siècle que le logis va subir d'importantes modifications, aussi bien dans son aspect extérieur que dans son aménagement intérieur. A la fin de sa vie, Charles Fournier est maire de La Rochelle et c'est dans ces années qu'il va céder la Sauzaie à Maximin Vincent, maire de Saint-Xandre. Vers 1895, la veuve Vincent possède toujours le domaine, qui va ensuite subir plusieurs ventes avant d'échoir, en 1993, aux actuels propriétaires. 

 Le château est du type dit de plaine, assis sur une plate-forme trapézoïdale et séparé du terrain environnant par des douves en U, larges d'une dizaine de mètres, en partie pavées, peu profondes en raison de leur envasement et autrefois constamment alimentées en eau par de nombreuses sources. Au nord, la plate-forme du château est dissimulée à la vue du hameau de la Sauzaie par des taillis. A l'est, elle donne sur un petit bosquet et sur des chemins goudronnés et au delà fut anciennement créée en face de l'entrée principale, une très longue percée bordée d'arbres, déjà cadastrée en 1810. C'est à côté du départ de cette allée que se situait la fuie du château, totalement arasée vers la fin du XIXe siècle. Au sud-ouest du château prend place un vaste parc planté de chênes séculaires et bordé de canaux qui rejoignent les douves. Dans l'angle sud est implanté un vieux lavoir en ruines au bel appareillage de moellons. Sur la bordure nord-ouest de la propriété existe une entrée secondaire du parc, munie d'un pont à une arche, de deux larges piliers à pilastres, corniche moulurée et vases d'amortissement. Les trois-quarts de la plate-forme était au XVIIe siècle entièrement occupé par des jardins à la Française, avec quadrillage d'allées. Toute la moitié nord-ouest était encore au milieu du XIXe siècle en jardin, potager cette fois, et une bonne partie est aujourd'hui plantée en bambouseraie. Le quart Est, enfin, est de nos jours occupé par deux bâtiments de communs à l'aménagement tardif (ouvertures en brique) et par un vaste espace gazonné. 

 Le logis de la Sauzaie, tel qu'il fut conçu vers 1767 par Denis Goguet, avait un plan en U, composé d'un corps principal en fond de cour et de deux ailes en retour d'équerre. L'aile sud fut détruite par un incendie le 13 mars 1833 ou 1834 et ses derniers vestiges furent enlevés en1846, époque à laquelle Charles Foumier fit planter des arbres. Le corps principal semble être implanté à l'endroit de la demeure du XVIe siècle et pourrait donc en avoir repris quelques éléments structurels. Il s'agit en plan, d'un rectangle, coupé intérieurement par un épais mur de refend longitudinal, de part et d'autre duquel s'organisent les pièces. La façade principale (ouest) dotée de deux niveaux séparés par un cordon et d'un étage d'attique au dessus d'un entablement, présente un aspect étrange, provoqué par le remaniement de sa partie supérieure, vers la fin du XIXe siècle probablement. Les trois travées centrales sont en effet en légère avancée et encadrées par deux pilastres à bossages continus et il faut donc imaginer qu'elles étaient, au XVIIIe siècle, surmontées d'un fronton triangulaire, un peu comme au château de la Gataudière à Marennes. Les travées latérales, plus espacées que celle du milieu, devaient à l'origine être identiques et ce n'est que plus tard que les portions de murs correspondant aux travées extrêmes furent légèrement surélevées et couronnées d'une corniche à petits modillons écrasés et d'un toit en pavillon en ardoises. Il est possible que cette transformation ait eu pour but de redonner au château de laSauzaie un peu de son aspect XVIIe qu'il avait totalement perdu. Cette façade occidentale a tout de même conservé tout son décor sculpté, situé principalement, en dehors des cordons et corniches sobrement moulurés, au niveau des ouvertures en anse de panier et appui saillant. Les clefs notamment sont délicatement agrémentées d'agrafes en coquille, en palmette ou en volute de style Rocaille. Les chambranles des fenêtres sont moulurés de fasces mais ils ont été légèrement recoupés lors de la pose de cadre en bois pour les persiennes, ce qui a dû faire disparaître le motif intérieur, peut-être un tore comme sur la porte centrale. Cette dernière est encadrée par deux pilastres sur dosseret et le chambranle, doté d'un profond cavet, prend l'aspect d'une niche. Des tables garnissent les écoinçons entre l'arc et le cordon horizontal, tandis que la clef, plus développée que sur les fenêtres, porte des sculptures de coquilles Saint-Jacques, de volutes et de fleurs. Cette entrée possède encore ses vantaux d'origine, modifiés par le percement de jour à grille ouvragée dans chaque panneau principal. Enfin les baies de l'étage d'attique sont agrémentées de petites volutes au bas des piédroits tandis que les arcs en anse de panier ont la particularité de déborder sur la corniche,ce qui oblige cette dernière à s'incurver pour contourner chaque fenêtre, selon un type extrêmement rare en Charente-Maritime, aussi bien sur les châteaux que sur les maisons de villes. On peut alors se demander si ces ouverture ne sont pas d'anciennes lucarnes, d'où la présence des volutes en partie basse, situées au niveau d'un brisis de toit transformé en étage d'attique par surhaussement du mur.

 La façade postérieure (ouest) donnant sur le jardin et sur la bambouseraie, est d'une plus grande sobriété. Les trois niveaux sont séparés par de simples bandeaux et les baies des cinq travées, à appui légèrement saillant, sont juste ornées d'un listel à crosses sur le chambranle. La travée médiane est individualisée par l'espacement important qui la sépare des autres baies, sa porte n'a aucun ornement particulier et, au premier étage, la fenêtre à appui surbaissé ouvrait sur un balcon en fer forgé, déposé et en cours de restauration. Cette façade était à l'origine environ deux fois plus longue et elle fut tronquée dans la deuxième moitié du XIXe siècle, ce qui explique la présence des constructions latérales en rez-de-chaussée, vestiges des parties arasées. Le but recherché par l'auteur de ces remaniements semble être encore une fois de dégager, au niveau des petits côtés, les deux pavillons-tours créés artificiellement. La couverture du corps principal consiste en un toit à croupe en tuiles mécaniques plates pour les cinq travées centrales et en un toit d'ardoises pour les fausses tours, avec remploi, pour la tour sud, d'un girouette datée de 1767, provenant sans doute de la toiture primitive. Les constructions en rez-de-chaussée ont un toit de tuiles creuses, comme l'aile nord en retour. L'aile nord est la seule aile en retour conservée du château de la Sauzaie est un rectangle très allongé, ce qui correspond bien avec la fonction primitive supposée de ses deux-tiers ouest. Il pourrait en effet s'agir, sur les deux niveaux, de galeries d'agrément, encore garnies en 1845 de tableaux, tables à jeux et fauteuils en tout genre. La façade sud, sur la cour d'honneur, est tout à fait homogène avec celle du corps principal, niveau d'attique en moins, puisque cordon et entablement à corniche moulurée sont dans une parfaite continuité. Le mur est rythmé par six travées assez resserrées de baies, actuellement murées, qui possèdent le même gabarit et le même type de décoration que les fenêtres du logis. A l'arrière, une bonne partie ouest de l'aile a disparu, remplacée par un espace à l'air libre et par un escalier droit permettant d'accéder à l'étage. Ce qui subsiste des galeries, clos au nord par un mur qui, en dehors de percements tardifs, est totalement aveugle car donnant sur les communs, sert aujourd'hui de servitudes et grenier. Le tiers oriental de l'aile est traité de façon plus monumentale et il accueille l'ancienne chapelle du château. L'extérieur est individualisé du reste du bâtiment par de forts pilastres d'angle à bossages continus en table, supportant une corniche à moulure plus ronde que celle de la galerie, et, au sud, par un seul niveau de deux grandes baies (murées aux trois-quarts) en arc plein-cintre à chambranle moulurée et agrafe sculptée de motifs en panaches, d'où sortent deux guirlandes feuillagées. Mais le morceau de choix se situe sur le petit côté ouest, l'entrée de la chapelle. La grande porte a des proportions plus élancées que celle de la façade du corps principal dont elle reprend exactement la mouluration. Elle est également encadrée de pilastres, munis cette fois de panneaux en creux dans la partie supérieure desquels sont réservées des sculptures en coquilles et pendants floraux. L'agrafe de la clef représente un coeur ventru placé au milieu de feuillages cartilagineux typiques du style Rocaille et encadré de guirlandes suspendues à une palmette de couronnement. La corniche, en bandeau et quart-de-rond, forme ressaut à la verticale des pilastres et à ce niveau elle sert de piédestal à des putti en ronde-bosse, ailes déployées et cheveux au vent. La porte est enfin surmontée par le motif de la Sainte Trinité : un triangle entouré de rayons de soleil et d'une nuée d'où émergent des têtes joufflues d'angelots. Sans doute pour accentuer encore le sens symbolique de cette entrée de chapelle,un cadran solaire est tracé sur l'enduit, au sommet du mur et dans l'axe de la composition. Les deux vantaux à moulures chantournées, bien qu'en mauvais état dans leur partie inférieure, sont encore en place ainsi que le dessus de porte à médaillon. L'intérieur de la chapelle est aujourd'hui divisé par un plancher très tardif et il conserve un décor de panneaux en plâtre à encadrements moulurés. 

 Éléments protégés MH: les façades et les toitures du logis et de l'aile nord ; décor intérieur du XVIIIe siècle, situé à l'étage du corps principal (lambris, cheminées et dessus-de-porte) du logis ; douves, ponts et portails ; le sol de la plate-forme correspondant à l'emprise du château : inscription par arrêté du 14 avril 1997. 

 château de la Sauzaie 17138 Saint-Xandre 

 

Château de la Salle

L'histoire de cet édifice reste encore assez mal connue. Il semble cependant qu'elle se confonde à l'origine avec celle du fief de Lozignac dont on trouve trace dès 1310, lorsque Geoffroy Tizon le vendit à Pierre Estève. Quelques années plus tard, en 1329, il appartenait à Pierre Fabry. Le fief de Lozignac réapparaît ensuite vers 1550. À cette époque, il était aux mains d'un personnage haut en couleur, Charles de Coucis, seigneur de Burie, d'Ozignac, de Gémozac et de Virollet, chevalier de l'ordre du Roi, capitaine de cinquante hommes d'armes, lieutenant général pour Sa Majesté en Guyenne dont il était aussi gouverneur en l'absence du roi de Navarre. Il mourut sans postérité. Plus tard, au début du XVIIe siècle, le logis de La Salle, réuni à la terre de Lozignac, était habité par Jeanne du Lyon, dame de Potonville. Elle transmit le logis à son petit-fils, Louis Bouchard d'Aubeterre, chevalier, seigneur de Saint-Martin-de-la-Coudre, qui réunit dans sa main la totalité de la terre de Gémozac après la mort de Jean de Candelay, terre qui sera désormais unie à celle de La Salle-Lozignac. A la suite d'un procès en 1680, la seigneurie fut saisie sur Catherine de Baudéan de Parabère, veuve Bouchard d'Aubeterre. Jean de Guitard, chevalier, seigneur de Laborie, présenta alors une enchère, suivie de celle du gendre de Catherine de Baudéan, Jean de Narbonne, comte de Clermont, seigneur de Monfort, de Monleau et de Combebonnet, époux d'Anne Bouchard d'Aubeterre. Finalement le château de La Salle revint à la sœur aînée de cette dernière, Henriette-Dorothée, épouse, en 1679, de son cousin Louis Bouchard d'Esparbès de Lussan, marquis d'Aubeterre. Vers 1741, le château fut sans doute la résidence d'été de l'évêque de Saintes, Léon de Beaumont qui, en août de cette année, signa au château le décret d'union du prieuré de Saint-Georges-d'Oléron à la mense capitulaire de Tours. En 1753, à la suite d'un partage, les terres et châteaux de Gémozac et de La Salle échurent en partage à Louise-Marguerite Bouchard d'Esparbès de Lussan d'Aubeterre, épouse d'Henri-Joseph, comte de Bourdeilles, premier baron de Périgord, comte de Matha, marquis d'Archiac, baron de La Tour-Blanche et autres lieux. En 1786, après la mort du comte de Bourdeilles, ses enfants mirent en vente la terre et seigneurie de Gémozac avec un "château bâti à la moderne" (le château de La Salle) et celle de Saveilles, en Angoumois. 

 Malheureusement divisé en plusieurs propriétés et gravement endommagé par un incendie, il y a quelques années, le château de La Salle reste un édifice de qualité. C'est une grande demeure en U, entourée de fossés taillés dans le roc. On accède à la cour par un ancien portail, autrefois encadré par deux pavillons indépendants (l'un a été détruit après l'incendie, par mesure de sécurité) d'une conception étrangère à la Saintonge, rappelant plus les pavillons de garde des grandes demeures des environs de Paris. Un pont dormant à balustres permet l'accès à la cour du château. Celui-ci présente une élévation fort simple qui n'est cependant pas dénuée d'allure. La façade postérieure, donnant autrefois sur un parterre, présente deux avant-corps latéraux et un avant-corps central sur trois travées précédé par un escalier à balustres, formant pont au-dessus des fossés, qui a encore grande allure. Tous les angles de ces bâtiments sont marqués par des chaînes harpées et les niveaux séparés par des bandeaux. 

 Éléments protégés MH: les façades et toitures du château, fossés avec leurs balustrades et leurs ponts ; façades et toitures des deux pavillons à l'entrée ainsi que les vestiges du portail d'entrée : inscription par arrêté du 12 mars 1990. 

 château de la Salle 17260 Gémozac

 

Château de Saint-Seurin-d'Uzet

Le château de Saint-Seurin était, jusqu'à la Révolution, le siège de la seigneurie du même nom, mentionnée pour la première fois en 1337. Avec elle, le château passe en plusieurs mains successives aux XVe et XVIe siècles, notamment les familles d'Archiac et de Montauzier. Le château aurait été construit à cette époque, sur son promontoire fortifié, en remplacement d'un château plus ancien que la tradition appelle "château brisé" et qu'elle situe dans le bourg: il pourrait s'agir de la maison au 11 rue du Château, comprenant les restes d'une tour; au début du XVIIIe siècle, l'ingénieur du roi Claude Masse qualifie cette maison de "château ou maison seigneuriale". A la fin du XVIe siècle, le château appartient à Charles de La Mothe-Fouquet, décédé en 1605. En 1613, la veuve de Charles de La Mothe-Fouquet, Elisabeth de La Cassaigne se remarie avec Isaac Martel, chevalier, comte de Marennes, seigneur de Lindeboeuf, qui s'installe au château de Saint-Seurin. Un conflit éclate entre lui et Louis de La Mothe-Fouquet, son beau-fils. Le 25 octobre 1615, au nom de ce dernier, Jehan de Lisle, écuyer, sieur de La Renaudière, s'empare du château et y installe une garnison. L'essentiel des fortifications encore visibles aujourd'hui remonterait à cette période. Certains y voient l'oeuvre de François Beuscher, architecte du roi chargé des forifications de la Guyenne de 1611 à 1635, collaborateur de l'architecte Louis de Foix. A la mort, sans postérité, de Louis de La Mothe-Fouquet, le château revient à son frère, Henri, baron de Tonnay-Boutonne, farouche guerrier huguenot, gouverneur de Royan. En 1630, il vend le château et la seigneurie de Saint-Seurin à son beau-père, Jean Brétinauld, écuyer, seigneur de Pampin, Plassay et Magézy. Ils vont rester dans les mains de la famille Brétinauld jusqu'à la fin du XIXe siècle. 

 Le château joue encore, et pour la dernière fois, un rôle militaire lors de la Fronde. En 1652, Josias Chesnel, chevalier, seigneur de Château-Chesnel, y installe une garnison au nom du roi et contre la volonté de Jean Brétinauld qui lui intente un procès. En 1652, le château est assiégé une dernière fois, en l'occurrence par les troupes royales du marquis de Bellièvre, qui le bombardent. Le château figure en détail sur le plan de Saint-Seurin-d'Uzet établi par Claude Masse au début du XVIIIe siècle. On y voit déjà le promontoire fortifié, entouré de fossés à l'est et au nord. Le fossé nord est déjà enjambé par un pont tandis que le talus qui relie aujourd'hui le logis et le jardin à l'est n'existe pas. L'aile nord-est du logis apparaît selon le même plan qu'aujourd'hui. En revanche, l'aile sud se limite à un corps de bâtiment rectangulaire en bordure de falaise, simplement relié à l'aile nord-est par un mur. La cour est à cette époque occupée en son milieu par deux bâtiments, l'un rectangulaire, l'autre de plan en L, près du puits encore visible de nos jours. Le château connaît d'importants réaménagements au cours du XVIIIe siècle. Les anciennes structures fortifiées sont pour la plupart maintenues. L'aile sud du logis est sans doute reconstruite à cette époque (la souche d'une cheminée au-dessus de l'aile nord-est porte cette inscription: "1757 LEONARD ROY FAIT POR MOIS"). L'aile sud apparaît sur le plan cadastral de 1832 : elle comprend deux corps de bâtiments en enfilade, de niveaux différents et en décrochement de plan. Comme le montrent des photographies du début du XXe siècle, l'aile se termine côté falaise par un pavillon couvert en ardoise. 

 Les communs sont sans doute eux aussi construits au XVIIIe siècle (une date commençant par "17" est inscrite sur la clé de linteau d'une des portes), de même que le pigeonnier. Le pont qui enjambe le fossé nord est reconstruit en 1784 par l'architecte Etienne Massiou, de Saintes, selon un marché conclu le 1er décembre 1783 devant un notaire de Rochefort. Selon la tradition, la balustrade qui sépare la terrasse du logis de la cour des communs, est relevée à la même date à la suite d'une tempête. Le talus qui barre le fossé est peut-être aussi élevé au XVIIIe siècle (il figure sur le plan cadastral de 1832). A la Révolution, le château appartient aux héritiers de Henri de Brétinauld, officier de marine, décédé à Rochefort en 1782. La famille conserve le domaine par-delà la Révolution. Elle compte parmi les notables bienfaiteurs des communes et paroisses de Chenac et de Saint-Seurin-d'Uzet tout au long du XIXe siècle. Henri Brétinauld (1799-1885) fonde en 1842 le Syndicat des marais de Juliat, crée en 1851 la Société de secours mutuels du canton de Cozes, et supervise la reconstruction des deux églises de Chenac et de Saint-Seurin-d'Uzet (ses armoiries y figurent). Son fils, Amédée (1824-1900), dernier représentant de la famille, monarchiste, fervent catholique, est maire de Saint-Seurin-d'Uzet de 1855 à 1864 et de 1871 à 1884. 

 Fondateur avec son père de la Société de secours mutuels du canton de Cozes, il préside celle de Saint-Seurin-d'Uzet (qui regroupe aussi Mortagne, Chenac et Epargnes) de 1858 à 1892, et dirige jusqu'en 1890 le Syndicat des marais de Juliat. En 1859, il installe une école privée de filles dans une maison lui appartenant (11 rue du Châteai). En 1873, il crée une société de panification qu'il dirige jusqu'en 1890. Il est enfin membre fondateur de la Société des Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis. Le 12 juin 1900, ses funérailles rassemblent une grande partie de la population et des notables des environs. Son tombeau et celui de sa famille se trouvent dans le cimetière de Saint-Seurin. Quelques travaux sont menés au château au cours du XIXe siècle sous la houlette d'Henri et d'Amédée Brétinauld: la clé de voûte d'une des salles sous la terrasse porte la date (inversée) 1841; le chai et distillerie semble avoir été édifié dans la seconde moitié du XIXe siècle; le cadastre mentionne une augmentation de construction en 1896; il est probable enfin que la tour ronde faisant la jonction entre les deux ailes du logis, ait été édifiée au 19e siècle, dans le goût médiéval de l'époque. A la mort sans postérité d'Amédée Brétinauld en 1900, le château revient à son neveu, René de Peyrecave de Lamarque, lieutenant colonel d'état major en retraite. Demeurant à Toulouse, il confie la garde du château à M. et Mme Moquillon. Il vient à Saint-Seurin-d'Uzet en 1903 pour participer à une manifestation contre le départ des religieuses de l'école privée de filles, lesquelles trouvent un temps refuge au château. Après le décès du colonel de Peyrecave, survenu en 1906, sa veuve, née Théron de Monlangé, vend le domaine le 20 janvier 1908 à Pierre Vérat, négociant à la tête d'une des deux grandes minoteries du port de Mortagne (acte de vente passé devant Me Omer, notaire à Cozes). Le domaine reste dans les mains de ses descendants, la famille Dugoujon-Fleuri, jusqu'en 2011. Entre temps, en 1944-1945, le château subit les événements de la Libération. Mis à sac par les troupes allemandes puis par les FFI, le logis est restauré dans les années 1950. L'aile sud est entièrement reconstruite avec l'argent d'indemnisation des dommages de guerre, probablement sur des plans établis par le propriétaire lui-même, Robert Fleuri. 

 Le château de Saint-Seurin domine depuis son promontoire fortifié, d'une part le bourg et le port de Saint-Seurin-d'Uzet, d'autre part les marais qui le séparent de la rive de l'estuaire de la Gironde. Du haut des anciennes falaises, il offre un point de vue sur tout l'estuaire, là où il est le plus large (onze kilomètres), ce qui lui a valu son rôle stratégique et militaire au Moyen Age et jusqu'au XVIIe siècle. L'accès principal au château s'effectue par le nord, depuis le bourg de Saint-Seurin-d'Uzet. En avant de l'entrée du château, une maison enduite dans une tonalité ocre est constituée d'une ancienne tour carrée avec une ouverture en canonnière avec ébrasement et des traces d'embrasures murées. Des murs d'enceinte partent de cette "maison rouge", l'un vers l'est, avec des contreforts, l'autre vers le sud et l'entrée du château. Là, le portail couvert est flanqué à gauche d'une tour ronde percée de meurtrières. Au-delà de cet accès, vers le sud et surtout vers l'est, s'étend une première partie du domaine, consacrée notamment à l'exploitation. Elle comprend un ancien verger, des prairies, des bois et bosquets, des vignes, le tout se terminant en balcon au sommet des falaises. Une allée d'arbres conduit vers le nord-est où se trouvent la Vieille Cour et le Vieux Bourg, d'anciennes fermes qui dépendaient autrefois du château. La disposition et l'organisation de l'ensemble ont peu changé par rapport au plan cadastral de 1832. Au nord-est du château, près du verger, s'élève une fuie. Couverte d'un toit en poivrière en tuile plate, elle est ceinturée par un bandeau et une corniche. A l'intérieur, on observe encore quatre rangées de boulins à pigeons en terre cuite, l'échelle tournante autour d'un axe vertical qui permettait d'y monter, et la charpente en enrayure. Un peu plus loin, un vaste bâtiment de la seconde moitié du XIXe siècle abritait chais et distillerie. Il conserve les vestiges d'un alambic. 

 Le château lui-même s'élève sur l'ancien promontoire défensif, au sud-ouest du domaine. Ce promontoire, de plan grossièrement rectangulaire, est délimité au sud et à l'ouest, face à l'estuaire, par des falaises et par des murs en gros appareil de vingt mètres de haut environ. Au nord et à l'est, le promontoire est séparé du reste du domaine par un large fossé d'environ quinze mètres de profondeur et trente de large. Le mur du fossé alterne un bel appareil en pierre de taille avec des moellons plus présents à la base, et des chaînages harpés. Les murs de soutènement du fossé côté nord comprennent par endroit des remplois de frises romanes (la tradition y voit des vestiges de l'ancienne église de Saint-Seurin, située au Vieux Bourg). La partie inférieure du mur du fossé du côté est est talutée, avec des reprises de maçonneries, des pierres en remploi et des vestiges de bandeau torique. Le fossé nord est enjambé par un imposant pont en pierre de taille à quatre arches. Il conduit au portail percé d'un arc sous entablement, orné d'une clé de linteau et de sommiers saillants. Les bâtiments du château se répartissent sur le pourtour du promontoire. Les communs (grange, écurie, buanderie) délimitent au nord et à l'ouest une vaste cour dans laquelle se trouve un puits couvert. Mentionnés sur le plan cadastral de 1832, ces bâtiments datent probablement du XVIIIe siècle. Les communs s'appuient au nord sur les restes d'une ancienne construction, sans doute les vestiges de la "grosse tour" "presque ruinée" mentionnée par l'ingénieur Claude Masse au début du XVIIIe siècle. Cette construction pourrait remonter à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle. Elle présente des murs très épais et partiellement arasés. La grande cour est surplombée au sud-est par une terrasse sur laquelle s'élève le logis du château. Un escalier à deux volées, dont une double, avec garde-corps en ferronnerie, relie la cour à la terrasse. Cette dernière est délimitée par une balustrade en pierre. L'eau de la terrasse est évacuée par des gargouilles en forme de canons. Sous la terrasse se trouvent un soubassement constitué de quatre salles voûtées. 

 Le logis du château est constitué de deux ailes. L'aile nord-est semble remonter pour l'essentiel à la fin du XVIe ou au début du XVIIe siècle. La façade nord-est est marquée par un bandeau sur lequel s'alignent les ouvertures, sauf une fenêtre transformée en porte-fenêtre, avec garde-corps en ferronnerie. L'extrémité droite de cette façade, tout près du portail, présente un chaînage d'angle à bossage en partie amputé. L'angle est de cette aile du logis est occupé par une tour carrée avec mâchicoulis, couverte d'un toit en pavillon et en ardoise. Les consoles des mâchicoulis sont ornées de triglyphes et de gouttes dans un style très antiquisant. Au-dessous, sous le bandeau, le mur est percé de bouches à feu. A l'intérieur, la tour est desservie par un escalier en vis tournant à gauche. Au rez-de-chaussée se trouvent un petit cabinet voûté d'arêtes et d'anciennes latrines condamnées. Au premier étage, au niveau des mâchicoulis, se trouve une salle pour la manœuvre sous une charpente en enrayure. L'intérieur de l'aile nord-est du logis comprend plusieurs pièces avec boiseries et cheminées des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. La jonction entre l'aile nord-est et l'aile sud du château est assurée par une tour ronde sommée d'un chemin de ronde sur consoles moulurées, formant un mâchicoulis factice, sous un toit en poivrière. Devant cette tour, le fossé a été en partie comblé de manière à ménager un accès au jardin. L'aile sud du château, reconstruite dans les années 1950, est en béton armé. Sa partie occidentale, où se trouvent salons, belvédère et terrasse donnant sur l'estuaire, repose sur de puissantes poutrelles également en béton armé, selon un système par ailleurs développé lors de la reconstruction de Royan. La façade nord-ouest de cette aile reprendrait, selon la tradition orale, le dessin d'une résidence du 18e siècle de la région de Montpellier. Elle s'organise autour d'un avant-corps large de trois travées, sous un fronton triangulaire dont le tympan est orné d'une tête de lion encadré de palmes. Cet avant-corps abrite l'escalier d'honneur, constitué d'une première volée droite puis d'une deuxième volée double à montée divergente. 

 Éléments protégés MH: l'ensemble des parties bâties: inscription par arrêté du 17 août 2012. 

 château de Saint Seurin d'Uzet 17120 Chenac-Saint-Seurin-d'Uzet

 

Château de Saint Jean d'Angle

Le château de Saint-Jean-d'Angle est sans doute l'une des ruines les plus émouvantes du département que tout amoureux de vieilles pierres a un jour rêvé de remettre en état. La seigneurie était divisée en deux parties. Les terres hautes et le château relevaient de La Tour de Broue, alors que les terres basses appelées aussi terres salées relevaient du château de Saintes. Depuis 1406, date du mariage de Charles de Saint-Gelais avec Yolande Bouchard, dame de Saint-Jean-d'Angle et de Cornefou, fille de Guy Bouchard d'Aubeterre, seigneur de Poléon, et de Jeanne Chenin, et jusqu'au XVIIe siècle, le château ne cessa d'être la propriété de la famille Saint-Gelais. En 1453, Jean de Saint-Gelais rendit aveu et dénombrement du fief de la motte et ville de Saint-Jean-d'Angle au seigneur de Chessous, Broue et Montelin. En 1469, il rendit hommage au duc de Guyenne pour sa "terre et seigneurie de Saint-Jean-d'Angle et appartenances de la terre salée tenue et mouvante dudit duc à cause de son château de Saintes". En 1608, l'un de ses descendants, José de Saint-Gelais-Lusignan rendit à son tour hommage au Roi "pour raison de la terre, seigneurie et terre salée de Saint-Jean-d'Angle…". Peu de temps après, le château devint la propriété de sa sœur, Charlotte, dame de Bellefaye, en Poitou, épouse de Guy-Philippe de La Fin, marquis de La Nocle, baron de Ternant en Nivernais, seigneur de La Ferté, laquelle fit restaurer l'enceinte comme le prouve encore une inscription encadrant ses armoiries, placée sur une bretèche située sur le front sud. Leur fille, Marie-Louise-Madeleine de La Fin de Salins de La Nocle l'apporta en dot à son mari, Alexandre Dupuy, chevalier, marquis de Saint-André, seigneur de La Nocle, Saint-Maurice, Châtillon-en-Bazois, baron de Ternant, généralissime des troupes de la République de Venise. 

 Il mourut en 1673, laissant deux filles: Marguerite, marquise de Saint-André, épouse de Cornélius d'Aersen, seigneur de Sommeldijck, gouverneur de Surinam, qui eut en partage la terre de Châtillon-en-Bazois, et Charlotte, mariée en 1668 à son cousin germain Jacques Dupuy de Tournon, lieutenant général en survivance des provinces de Nivernais et de Donziois, grand chambellan du duc d'Orléans, à qui elle transmit le château de Saint-Jean-d'Angle. En 1696, ils acceptèrent de vendre la seigneurie, moyennant 66 000 livres, à Angélique de La Rochefoucauld agissant pour son mari, Charles de Courbon, chevalier, comte de Blénac, baron de L'Ileau, de Bresneau, de Champdolent, seigneur de Romegoux, L'Houmée, Baconnay, Contré et autres lieux. L'affaire ne se conclut pas, sans doute en raison du décès du comte de Blénac. En 1715, le château revint à Louise-Alexandrine-Cornélie Dupuy, marquise de Montbrun, fille de Jacques et de Charlotte Dupuy, mariée en 1699 à Jean-François Elezéar de Pontevès, marquis de Buoux, en Provence, gouverneur des ville et comté d'Apt. En 1729, son procureur vendit la seigneurie à Pierre de Verthamon, seigneur de Saint-Fort, ancien jurat de Bordeaux et à son fils Jean-Baptiste, époux de Jeanne de Gascq. En 1763, leur fils, Louis, chevalier, seigneur de Luc, Saint-Fort, Saint-Jean-d'Angle, Fontbernet et autres lieux, marié en 1748 à Marie-Anne Lecomte de La Tresne, fit rétablir les foires et marchés à Saint-Jean-d'Angle. Leurs fils, Jean de Verthamon-Saint-Fort, ancien officier des gardes françaises, demeurant à Bordeaux, Joseph de Verthamon, lieutenant au régiment des carabiniers et Maurice de Verthamon, capitaine de cavalerie au régiment de la Reine, vendirent en 1785la châtellenie, terre et seigneurie de Saint-Jean-d'Angle et Saint-Symphorien, à Jean-Jacques Isle, chevalier, seigneur de Tasserand, lieutenant des vaisseaux du Roi, chevalier de saint Louis qui en fut le dernier seigneur. Par la suite, le domaine devint la propriété de la famille Lestrange.

 Au début du XVIIIe siècle, l'ingénieur géographe Claude Masse décrivait l'édifice ainsi: "le château du seigneur qui est au sud du bourg est d'une figure hétéroclite tirant sur l'ovale de 25 à 30 toises de diamètre revestu de pierre de taille avec de petits empâtements enceint d'un fossé de 8 toises de large plein d'eau partie de l'année, quoique ce château soit sur une hauteur. Son rez-de-chaussée est de 7 ou 8 pieds plus élevé que celui de la campagne. C'est apparemment ce qui donna lieu à la dame de soutenir le siège contre le comte du Dognon, gouverneur de Brouage du temps des guerres civiles de la minorité de Louis XIV. Elle fut pourtant obligée de se rendre, ce château étant très mal flanqué, sa basse cour l'étant assez mal. On tient qu'il a été bâti par les Anglais. Il était couvert, du côté du sud d'un grand bois de haute futaye qui a été coupé depuis quelques années. Ce château a été pris et repris plusieurs fois aux guerres de La Religion. Il se ruine aussi bien que le bourg". Comme l'avait écrit Masse, c'est un petit édifice irrégulier de plan centré entouré de douves, dont la porte d'entrée est flanquée d'une tour semi-cylindrique tronquée, portant encore les traces d'un chemin de ronde. Le corps de logis, situé au nord, est flanqué d'une tour carrée empâtée à la base. Pour des raisons de sécurité, il est aujourd'hui impossible de pénétrer dans la cour pour y admirer la remarquable porte de style gothique flamboyant qui ouvre dans la tour d'escalier desservant un petit corps de logis actuellement ruiné. Ce petit château très représentatif de l'architecture militaire de la guerre de Cent Ans en Saintonge (malgré une reconstruction partielle à la fin du XVe et au milieu du XVIe siècles) cet édifice n'a reçu, depuis, aucun entretien et achève de se dégrader lentement et, hélas, sûrement. Pourtant, grâce à la bienveillance de son propriétaire actuel, les services des Monuments Historiques étudient aujourd'hui la possibilité d'une intervention visant à préserver et à mettre en valeur ces ruines. 

 Éléments protégés MH: le château en totalité : classement par arrêté du 21 mars 1994. 

 château de Saint Jean d'Angle 17620 Saint-Jean-d'Angle 

Téléphone : 05 46 82 76 03 

 

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(IMH) = château inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, (MH) = château classé Monument Historique


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