
Comme celui de Tournon, ce château fut le fief de très hauts et très puissants seigneurs. Autour de lui s’étaient groupées les habitations de nombreux vassaux: nobles, bourgeois et artisans. Ils trouvaient près de leurs suzerains une sécurité bien précieuse, surtout aux XVIe et XVIIe siècles où notre pauvre pays fut si souvent mis à feu et à sang. Ce château, comme ceux de Peyraud et de Tournon, domine le Rhône, et de sa terrasse, la vue est aussi belle, aussi étendue. Dans un article fort documenté M. Anatole de Gallier donnait, Revue du Dauphiné et de Vivarais, d’intéressantes notes sur les seigneurs de La Voulte. Nous les analyserons ici. Au XIIIe siècle le territoire de La Voulte était partagé entre plusieurs grands feudataires, au nombre desquels nous trouvons les Pagan, les Roussilon, les Tournon, la maison de La Mastre, les Poitiers, les Agrain des Ubas, les archevêques de Vienne, les évêques de Valence, ceux de Viviers et les Bermond d’Anduze. En 1151, la seigneurie de la Voulte appartenait à Silvion de Clérieu, auquel l’Empereur Conrad confirma des droits de péage sur le Rhône, audit lieu. Vers le commencement du XIIIe siècle, la Voulte fut apportée en dot par la fille de Roger de Clérieu dans la maison de Fay. Cette seigneurie passa ensuite dans la maison de Poitiers par le mariage de Philippa de Fay avec Aimar 1er de Poitiers, comte de Valentinois, qui légua cette seigneurie, en 1246, à Roger de Bermond d’Anduze, second fils de sa fille. L’abbé Expilly, dans son Dictionnaire des Gaules et de France, nous donne les premiers degrés de la maison d’Anduze qui remonte, suivant cet auteur, à Pierre 1er d’Anduze qui, en 943, donna à l’église de Nîmes le château de Saint-Martial et fut père de Bernard 1er , qualifié marquis et prince d’Anduze. En 1294, lettre de Philippe le Bel au sénéchal de Beaucaire et de Nîmes. Il rappelle qu’à la suite d’une guerre qui s’était déclarée entre Roger d’Anduze, seigneur de La Voulte, et l’évêque de Valence et de Die en raison de divers contentieux, une trêve avait pu être établie entre eux. Pour renforcer cette trève, l'évêque avait remis entre les mains des arbitres un "castrum seu fortalicium" construit sur les rives du Rhône. Cependant, durant la trêve, Bermond, fils de Roger et des hommes de La Voulte brûlèrent et détruisirent le château. Ils firent prisonniers les deux hommes du prieur de Saint-Esprit commis à la garde du château et les emmenèrent à La Voulte. Le roi condamne Roger d’Anduze à reconstruire le château détruit.
Roger-Bermond d’Anduze, fils de Pierre-Bermond VII d’Anduze et de Josserande de Poitiers-Valentinois, tenait de son aïeul les terres de La Voulte, Chomérac, Boffre, Pierregourde et Montregard. Il avait épousé Andys de Crussol, fille de Géraud Bastet, premier du nom, seigneur de Crussol, qui reçut en dot 1500 livres viennoises et quelques terres à Loriol et Livron. Antoinette d’Anduze, dame de La Voulte et de plus de trente paroisses en Vivarais, reçut, le 31 mai 1416, l’hommage de Pierregourde, seigneur dudit lieu. Elle avait épousé, le 19 juin 1395, Philippe IV de Lévis, vicomte de Lautrec, baron de Roche-en-Regnier, Annonay, Montagut-en-Boutières, Pradelles et comte de Villars, en Bresse. Geneviève de Lévis-Ventadour apporta la Voulte dans la maison de Rohan-Soubise par son mariage, du 19 février 1694, que nous relevons aux archives départementalesde l’Ardèche: Registres d’Insinuations: "Mariage de très haut et très puissant prince Monseigneur Hercule-Mériadec de Rohan, gouverneur et lieutenant général pour le roi aux provinces de Champagne et de Brie, assisté de Monseigneur François de Rohan et de dame Anne Chabert de Rohan, ses père et mère, avec très haute et très puissante princesse, Madame Anne-Geneviève de Lévy-Ventadour, veuve de Monseigneur Louis de La Tour-d’Auvergne, prince de Turenne, assisté de Monseigneur Louis-Charles de Lévy, duc de Ventadour, pair de France, prince de Montbuisson, et de dame Charlotte-Eléonore-Madeleine de Lamotte de Houdancourt, père et mère de ladite princesse de Turenne, en présence et de l’agrément de très puissant et magnanime monarque Louis XIV, roi de France, en présence aussi de Monseigneur le Dauphin de France, des Princes de Bourgogne, d’Anjou et autres princes, princesses et notabilités de la cour qui ont signé ledit contrat à Versailles, et les autres parties et assistants à l’hôtel de Ventadour, rue de Tournon à Paris, le 14 février 1694". En 1789, les biens que la maison de Lévis-Ventadour possédait en Vivarais étaient indivis entre le prince de Guéménée et le duc de Bourbon-Condé. Après la Révolution, la terre de La Voulte, dépouillée de ses droits féodaux, était encore dans l’indivision entre la maison de Bourbon-Condé et la maison de Rohan, transportée en Bohême. Le château et le castrum de La Voulte appartiennent à la longue série de sites jalonnant le coteau rhodanien en surplomb du lit majeur du Rhône. Le château de La Voulte est établi sur une plateforme rocheuse dominant le bourg. Ce château existe sans doute depuis le XIe siècle, mais du premier château des XIe-XIIIe siècles, qui s’élevait vraisemblablement à l’extrémité orientale du relief portant le site, il ne reste apparemment rien. Le château actuel est composé aujourd'hui de trois corps de bâtiment de différentes époques. Dans l'enceinte du château, la cour intérieure, délimitée par des arcades, porte une multitude de motifs sculptés sur ses voussoirs et des écussons sur les clés de voûte. Les étages sont éclairés par des fenêtres à meneaux, surmontées alternativement d'un fronton et d'un arc en anse de panier. A gauche dans la cour le grand escalier d'honneur mène à la terrasse.
Éléments protégés MH: la chapelle dite des Princes (y compris la décoration intérieure) : classement par arrêté du 16 août 1923. Le château : inscription par arrêté du 31 mai 1927.
château de La Voulte sur Rhône 07800 La Voulte-sur-Rhône
tel. 04 75 62 44 36
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