Depuis 1938, l’ensemble appartient à la famille Bonis-Charancle qui y a entrepris les premières restaurations et qui continue à maintenir en état les 237 mètres de l’enceinte. Vaste parallélogramme de 68 mètres par 50 mètres de côtés, l’enceinte du Hallier était originellement entourée de douves alimentées par l’étang voisin et cantonnée de dix tours disposées avec régularité (quatre demi-tours et six tours d’angle). Le pont-levis initial a laissé la place à un pont dormant à deux arches protégé par deux tours semi-circulaires réparties de part et d’autre d’une double entrée cochère et piétonne. Deux groupes de bâtiments se répartissent autour de deux cours distinctes séparées par un mur: la cour haute abrite deux logis qui étaient sensiblement identiques (est et ouest) et reliés par une galerie alors que la cour basse est bordée de trois bâtiments consécutifs s’appuyant sur l’autre moitié de l’enceinte. L’existence d’une telle séparation, la différence d’épaisseur de la maçonnerie ainsi que la différence de niveau entre les deux cours permettent d'imaginer deux campagnes de construction: l’une des années 1540 avec les appartements des propriétaires et des invités répartis à chaque extrémité d’une galerie, le dernier étage moins éclairé abritant peut-être les domestiques, et l’autre de l’extrême fin du XVIe siècle avec grange, étable et certainement écurie, comme il en est fait mention en 1601. Si les bâtiments secondaires ne dépassaient pas deux niveaux, cela n’était certainement pas le cas des deux logis placés en vis à vis et dotés d’un minimum de trois niveaux comme nous pouvons encore le constater aujourd’hui; l’absence de toiture ou d’une quelconque représentation du château faisant défaut pour envisager une reconstitution plus précise.
Majoritairement construit en brique, le château utilise la pierre pour les parements des soubassements, les ouvertures et les cheminées. Ses toitures disparues étaient initialement couvertes d’ardoise comme en témoignent un acte de dénombrement du XVIIe siècle ainsi que la présence d’une multitude de fragments sur le site à quelques centimètres de profondeur. D’une facture plutôt sobre, Le Hallier étonne surtout, outre sa démesure, par ses innombrables meurtrières (153 répertoriées au XIXe siècle contre 104 aujourd’hui). Elles sont tellement nombreuses et régulièrement espacées qu’elles en deviennent un élément du décor à part entière. Tous ces percements, archères-canonnières ou simples canonnières, sont d’autant plus étonnants qu’ils allient des fentes, totalement caduques à une époque où les armes à feu se généralisent, à des canonnières à trémie dont le procédé permet une défense réellement efficace en faisant rebondir les projectiles des adversaires sur les redans. En dépit d’une insistance toute particulière sur son appareil défensif (tours, douves, pont-levis, meurtrières), Le Hallier ne semble pas avoir été si bien protégé que cela, la répétition des meurtrières n’étant pas sans fragiliser la muraille de brique. D’ailleurs y aurait-il eu assez de place pour loger la garnison nécessaire à la défense d’un tel périmètre ? Une telle survivance de ces formes militaires montre à quel point on hésite encore, pour des châteaux isolés, entre la sécurité de la citadelle et l’image qu’elle offre, et le confort de la villa; ce que l’on observe si bien au château de Talcy son contemporain. Mais cette allure défensive est également arborée, à la même époque, par la petite ville voisine de Boiscommun où une enceinte, exclusivement formée de briques et percées de nombreuses meurtrières, entoure les habitations. Peut-être devrions-nous y reconnaître des motivations communes qui n’ont plus rien à voir avec la transition d’un style.
Éléments protégés MH : le château du Hallier (vestiges) : inscription par arrêté du 13 décembre 1967.
château du Hallier 45340 Nibelle

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