Si l’on suit le témoignage d’André Félibien dans ses Mémoires pour servir à l’histoire des maisons royales publiés en 1681, "un nommé Boyer de Blois en fut l’architecte", c’est-à-dire Jacques Bougier, maître maçon qui travailla par ailleurs au château de Blois sous la direction de Salomon de Brosse. Ainsi, quelques années avant que ne soit lancé le chantier de François Mansart pour Gaston d'Orléans, le château de Cheverny, avec ses hautes toitures couvertes d’ardoises et sa composition en pavillons; un corps central à trois étages magnifiant l’escalier rampe sur rampe, cantonné de deux ailes de réception à deux étages carrés et un grand comble, aboutissant à deux gros pavillons carrés couverts à l’impériale abritant les appartements privés, renouvelle le genre de la demeure aristocratique en Val de Loire en adoptant une formule qui marque la transition entre la Renaissance tardive et l’âge classique. Une description datée de 1724 nous indique que le château était situé sur un terre-plein fossoyé et que la façade antérieure du logis était à l’origine encadrée par deux ailes basses partant en retour d’équerre depuis le centre des pavillons carrés. Aujourd’hui disparues, celle située à l’ouest consistait en une galerie menant à la chapelle, et celle située à l’est était un simple mur-écran à décor de fausses baies à frontons, de vases et de bustes sur les trumeaux, qui faisaient échos à la façade du logis et que l’on peut rapprocher de celui qui sépare la cour d’honneur de la cour des communs au château de Selles-sur-Cher. Si la façade postérieure, côté jardins, présente une écriture habituelle pour l’époque de murs de moellons enduits rythmés par les chaînes harpées en pierre de taille aux angles des façades et autour des baies, les lignes de refends continus unifiant la façade antérieure surprennent par leur modernité.
Un dessin du recueil de Félibien montre que ces lignes existaient dès l’origine, mais qu’elles étaient interrompues au niveau des allèges des baies. Leur systématisation remonte au XVIIIe siècle. À l’étage noble, des niches à riche encadrement de cuirs découpés accueillent une collection de bustes d’après l’antique, qui ne vont pas sans évoquer le décor du château de Richelieu. À l’intérieur, la grande salle et la chambre du Roi au premier étage, à l’ouest de l’escalier, présentent l’un des ensembles décoratifs d'époque Louis XTII les plus complets et les plus authentiques conservés de nos jours, auquel on peut ajouter les panneaux de la salle à manger au rez-de-chaussée, très remaniés cependant aux XVIIIe et XIXe siècles. Sous la direction de Jean Mosnier (1600-1656), peintre blésois pensionné par Marie de Médicis, formé en Italie, et rompu au grand décor sur le chantier du Luxembourg à Paris en 1625-1628 aux côtés de Philippe de Champaigne et de Simon Vouet, les lambris, les cheminées et les plafonds, à solive ou à caissons, se parent d’emblèmes et d’allégories tirés des traités de Van Veen ou de Ripa, de fleurs prises chez Rabel ou Robert, et racontent, aux côtés des tapisseries historiées, les Métamorphoses d’Ovide, les Éthiopiques d’Héliodore ou les aventures des héros des romans à la mode, comme l’Asfrée d’Honoré d’Urfé ou le Don Quichotte de Cervantès. La seigneurie de Cheverny est achetée en 1764 par Jean-Nicolas Dufort (1731-1802), introducteur des ambassadeurs qui en prend le nom. Il entreprend d’importants travaux, dont "le déblaiement de la cour d’honneur" et l’aménagement d’une salle de spectacle dans la grande salle du rez-de-chaussée qui sert aujourd’hui de salle à manger. En 1825, Anne-Denis, marquis de Vibraye, descendant du quatrième fils de Raoul Hurault. rachète le domaine qui n’aura quitté la famille que 70 ans. Un très beau et vaste parc qui occupe 100 hectares entoure le château. Le jardin à la française a été reconstitué. L'allée principale qui fait face à la demeure est longue de six kilomètres. Le château de Cheverny est célèbre pour avoir servi de modèle à Hergé (Tintin), si vous effacez les ailes latérales de la demeure, vous serez transporté des bords de Loire jusqu'à Moulinsart, le château du Capitaine Haddock.
Éléments protégés MH : le château et ses communs (restes de l'ancien château), à l'exception des parties classées : inscription par arrêté du 13 février 1926. Le parc avec ses murs de clôture, le canal, les jardins, le pigeonnier, le chenil, les façades et les toitures de l'orangerie, de la régie, de tous les bâtiments autour de la cour des communs, le portail d'entrée du XIXe siècle, les sols des cours, des jardins et du parc : inscription par arrêté du 5 décembre 2008. Le château en totalité, ainsi que les façades et les toitures de l'orangerie et la perspective nord-sud du parc : classement par arrêté du 30 juin 2010.
château de Cheverny 41700 Cheverny
Téléphone : 02 54 79 96 29

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