Jacques de Callières dut prendre un avocat et exposer que "ladite maison de clérac était le grand corps de logis tout couvert d'ardoise et fort ancien, qu'il y avait à plusieurs endroits des guérites attachées de tout temps et immémorial, qu'il était bien percé de canonnières et flanqué partout avec une grande basse-cour renfermée de fossés et de grandes murailles avec un pont-levis" dont son père et lui avaient toujours joui paisiblement . En conclusion, il demandait ce qu'il fallait répondre aux officiers de la terre de Montguyon, s'il avait "pouvoir de ne mettre guérite et pont-levis à bascule, comme autrefois et s'il pouvait mettre de l'eau dans ses fossés le tout pour la conservation de sa personne, était seigneur dudit Clérac'. Jacques de Callières dut obtenir gain de cause, car le pont-levis existait toujours en 1788. Son arrière-petit-fils, Charles-Raphaël, seigneur de Clérac, dont le père était mort presque centenaire, épousa, en 1721, Catherine de Bonnevin, dame de Coustolle, qui lui donna trois garçons. L'aîné, qui recueillit le château de Callières, né en 1722, décida de se marier tardivement, en 1783, avec une roturière, Élisabeth Verrier. Cette mésalliance choqua ses deux frères qui s'opposèrent aussitôt à la publication des bans de mariage, décrivant leur future belle-sœur comme "née de parents des plus vils, estant la fille d'un tailleur d'habits de paysan, d'un barbier, d'un sergent de basse justice, d'un fossoyeur de corps morts en qualité de sacristain, d'un boucher enfin accoutumé au sang et au carnage". Ils continuaient, affirmant "qu'elle commença par aller chercher son pain aux portes et passa ensuite à l'état de servante dans plusieurs maisons".
L'union eut cependant lieu ce qui permit à Élisabeth Verrier et Charles de Callières de légitimer Louis, le fils qu'ils avaient eus en 1775. Charles de Callières mourut à la veille de la Révolution en 1788. Au mois d'avril, le tuteur de Louis de Callières fit dresser l'inventaire du mobilier du château. Ce document révèle de nombreux meubles anciens, parfois en mauvais état, qui furent vendus aux enchères quelques jours plus tard. Parmi les objets décrits, on mentionne "un vieux coffre en menuzerie et sculté qui n'a pas esté estimé estant destiné pour y metre et serrer les papiers en enciens titres qui sont dans le Trésor attendu qu'ils sont mangés par les rats". Un procès-verbal établi le mois suivant, montre que les bâtiments du château n'étaient pas en meilleur état, la plupart des portes étant pourries et ne fermant pas, la majeure partie des carreaux cassés, les planchers pourris, la couverture "dérangée et couverte de mousses". La petite tour abritant l'escalier possédait en son sommet "une orloge avec sa cloche qui est dérangée et ne pouvait servir sans réparation. Quant au portail, il était si dégradé que l'on paraîssait exposé d'y passer, surtout avec des charettes et chevaux. Quant à la quille du pont- levis elle était tombée en ayant entraîné une partie du mur avec elle, et le lierre grimpait sur les murs". En 1793, Louis de Callières, héritier du château, épousa Marie-Louise de Mallet qui lui apporta le domaine voisin de La Magdeleine. Devenu soldat, il passa la Révolution sans encombre, ce qui permit à sa famille de conserver le château jusqu'en 1945, date à laquelle Charlotte de Callières le vendit à M. Fleurian.
Situé dans un cadre pittoresque, au bord d'un étang artificiel créé sous l'Ancien Régime pour alimenter les douves du château, aujourd'hui comblées, et servir de vivier, Callières est un charmant corps de bâtiment de la fin du XVe siècle. Le logis pour le maître se situe en fond de cour et se compose d'un pavillon flanqué d'une tour d'escalier ronde, le tout en forte saillie sur les deux petites ailes qui le prolongent à droite et à gauche. L'ensemble de ces bâtiments est couvert d'ardoise, au moins depuis le XVIIe siècle; le pavillon et le corps de logis possèdent de hautes lucarnes à pignon, dotées de pinacles. L'entrée d'origine se faisait par une petite porte à accolade ouvrant dans la tour d'escalier. Tel qu'il se présente et malgré plusieurs percements de baies tardives (XVIIe-XVIIIe siècles), le château de Callières est très représentatif des "hôtels nobles" élevés dans la campagne saintongeaise, dans la seconde moitié du XVe siècle, après le départ des Anglais.
Éléments protégés MH: la façade Nord et les toitures du château : inscription par arrêté du 22 août
1949.
château de Callières 17270 Clérac

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