Telles qu'elles peuvent être observées aujourd'hui, les peintures murales consistent en de larges bandes verticales (largeur moyenne du lé: 45 cm) de tons assez atones, organisées selon une succession répétitive : gris, blanc, ocre, blanc. En partie haute, ces lés de couleur sont traités à la manière d'une fausse draperie accrochée à une tringle par des anneaux; aucun effet de dégradé dans le rendu des drapés, mais de simples traits noirs assez naïfs. Sur le manteau de la cheminée, les bandes de couleur sont disposées selon un schéma un peu différent: moindre largeur (30 cm de moyenne), absence des bandes blanches séparant les deux couleurs. Sous le plafond, une frise d'une trentaine de centimètres devait porter un motif différent (illisible). Il est probable qu'une plinthe existait en partie basse, qu'il n'a pas été possible de distinguer. A une certaine époque, un lambris assez haut recouvrait cette partie. L'intérêt de ces peintures, bien représentatives d'une mode décorative dans l'habitat noble du Moyen Âge, tient surtout au fait qu'elles sont conservées sur l'ensemble de la pièce, y compris dans les ébrasements des fenêtres et sur la hotte de la cheminée. Des peintures comparables récemment restaurées (lés de couleur reprenant les teintes des émaux de Philippe Pot, chambellan du duc de Bourgogne et sénéchal du roi Louis XI) ont été datées du XVe siècle dans la chapelle du château de Châteauneuf en Auxois (Côte d'Or). Un second ensemble très comparable aux peintures de La Murette, dans son organisation comme dans les tons employés, vient d'être étudié au château de Chevrières, toujours dans le département de l'Isère: le plafond de la salle a pu être daté par dendrochronologie de 1450, mais les peintures pourraient correspondre à des aménagements postérieurs.
La famille de Gumin, que les textes signalent déjà au XIVe siècle, n'est peut-être pas originaire de La Murette. Jacques de Gumin est présent à la bataille de Varey en 1326 et sa veuve, Philippe de Buenc, rend hommage au dauphin avec d'autres nobles des environs de Bourgoin en 1334. Un autre Jacques de Gumin, chevalier, représente les intérêts du dauphin dans une transaction avec la Savoie en 1357. Au commencement du XVe siècle, Jean de Gumin est châtelain de Dolomieu; il marie sa fille Françoise de Gumin de Sassenage, avec un gentilhomme du Bugey, Pierre de la Touvière, en 1405. C'est seulement en 1460 que la présence de la famille de Gumin à La Murette est attestée: noble Jean de Gumin est alors prieur de La Murette, tout comme Aymar de Gumin en 1475. La maison forte n'apparaît pas clairement dans les textes, même si Pierre de Gumin est dit "seigneur de La Murette" en 1579, peut-être par aliénation du domaine. Blason: d'argent, au lion d'azur armé et lampassé de gueules, couronné d'or. La maison, restée dans cette famille jusqu’en 1615, fut alors vendue à Pierre de Fillon, conseiller au Parlement de Grenoble. L’acheteur de la maison en 1661 était noble François de Vachon qui était déjà Seigneur de l’Hostel de La Murette et Conseiller au Parlement de Grenoble. La famille de Vachon restera propriétaire de la maison de 1661 jusqu’à la Révolution. Louis François ayant émigré, la maison sera vendue comme bien national en 1794. C’est durant cette période que la famille de Vachon embellit la maison, ouvrant des fenêtres plus larges, habillant les pièces de boiseries avec moulures style Louis XIV, installant des cheminées dans la chambre dite du Seigneur et le salon de compagnie.
L'édifice présente des caractères d'ancienneté dans son organisation: enceinte quadrangulaire peut-être cantonnée de tours, fossé, chemin de ronde. Cependant, aucune ouverture antérieure aux fenêtres à meneau et traverse n'a été repérée ; ces ouvertures à encadrement de calcaire blanc, présentes en plusieurs points du bâtiment, ne semblent pas avoir été insérées postérieurement à la construction. Le plan quadrangulaire cantonné de tours apparaît dans la région au tournant du XVe siècle (Château-Bayard à Pontcharra, Boutières à Môretel-de-Mailles, Bon Repos à Jarrie); c'est donc à cette période que nous proposons de fixer la construction du château de La Murette, doté d'éléments défensifs archaïques. Les peintures de la grande salle sont probablement à rapporter à cette même période (fin du XVe siècle). Pour les transformations du deuxième état, on serait assez tenté de les dater par le blason placé au-dessus de la porte d'entrée dans l'escalier, vers 1680
Éléments protégés MH: les façades et les toitures du château, la bibliothèque avec ses peintures murales et sa cheminée de pierre au premier étage, la salle avec sa cheminée et son plafond au rez-de-chaussée de l'aile ouest : inscription par arrêté du 25 mars 1982.
château des Champs 38140 La Murette

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