En entrant dans la cour on est frappé de cette imposante tour carrée surmontée de tourelles qui est, sans contredit, la plus ancienne de toutes ces constructions. Elle a été établie sur les débris d'une tour romaine par Bermond, seigneur d'Uzès, qui est un des ancêtres du duc d'Uzès actuel. Encore aujourd'hui elle s'appelle la tour Bermonde. L'ancienne tour romaine devait être la résidence de la princesse Doda ou Duodène, cette fille de Charlemagne si lettrée, si aimante, qui mourut en 843 à Uzès, où son cruel époux, le duc Bernard de Septimanie l'avait reléguée, et où elle composa pour son fils Guillaume, devenu plus tard duc d'Aquitaine, le "liber manualis", ce monument de sagesse chrétienne et de tendresse maternelle. La tour Bermonde était donc le donjon primitif des seigneurs d'Uzès, avec ses créneaux, ses meurtrières et ses oubliettes. Les pièces ou chambres qui s'y trouvent sont toutes voûtées, depuis le rez-de-chaussée jusqu'à l'étage le plus haut. Les escaliers sont en colimaçon et ont des marches étroites et fort élevées. Au fond de cette tour aboutissaient divers souterrains qui sillonnaient la ville en tous sens et mettaient autrefois toutes les portes de la ville en communication avec cette tour, à peu près imprenable avant l'invention de la poudre à canon. Au levant de cette tour se trouve le bâtiment de la vicomté, au nord, celui construit par les ducs d'Uzès, et tout à côté la jolie chapelle à la toiture armoriée qui recouvre le caveau de famille situé au rez-de-chaussée. Chaque objet mérite d'être examiné en détail.
Le Bâtiment de la Vicomte; ce bâtiment s'appelait ainsi parce qu'il servait de logement particulier aux vicomtes d'Uzès. Il fut construit par Robert, créé vicomte d'Uzès par Philippe de Valois, en 1328. Il est terminé au levant par une tour en pignon octogone dont l'escalier conduit au couchant à un couloir qui mène à la chambre d'honneur de la duchesse d'Uzès, au midi à la salle des archives, qui devait être autrefois la chapelle du château vicomtal, et au levant aux remparts. Le balcon, qui fait face à la porte d'entrée, a été assez récemment construit avec des colonnes de granit provenant de l'église des Capucins. Les armes du vicomte d'Uzès reproduites sur la cheminée de la pièce qui est au rez-de-chaussée étaient de gueules à trois bandes d'or. Le bâtiment construit par les ducs d'Uzès; c'est celui qui se trouve entre la grosse tour carrée au nord et la jolie chapelle à laquelle il est incorporé au midi et entre la cour principale du duché au levant et une autre cour au couchant, sur laquelle s'ouvre la grande salle à manger du duché. La belle façade de ce bâtiment, faisant face au levant et ornée de colonnes, de pilastres et de bas-reliefs fut construite au XVIe siècle par le duc Antoine et Louise de Clermont sa femme, sur les dessins dit-on, de Philibert Delorme, architecte du palais des Tuileries. On peut le considérer comme un modèle de l'architecture de la Renaissance. Le grand escalier en voûte qui mène aux divers appartements est d'une construction plus ancienne et rappelle celui du château de Pau. Charles de Crussol et Françoise de Genouilhac, sa femme, le firent construire. Au premier étage, on trouve à gauche le cabinet du duc qui était autrefois la salle des armes transformée aujourd'hui en chambre à coucher, à droite, l'anti-chambrequi mène d'un côté à la chambre d'honneur de la duchesse d'Uzès, et de l'autre à la salle de la bibliothèque.
Au fond du premier étage se trouve le grand salon de réception décoré des portraits de tous les ducs d'Uzès, savoir: Antoine de Crussol, comte de Crussol, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, duc d'Uzès (1565), pair de France (1572), marié à Louise de Clermont Tallard, le 10 avril 1556 reçut Charles IX et sa cour au château de Saint-Privat, dont il était seigneur suzerain; fut chargé par la cour de pacifier le Bas-Languedoc, la Provence et le Dauphiné durant les guerres de religion et mourut de ses fatigues au premier siège de la Rochelle; 2° Jacques de Crussol, son frère, né le 20 juin 1540, décédé en 1568, avait épousé Louise de Clermont. Il avait d'abord porté le titre de baron d'Acier, sous lequel il joua un grand rôle durant les guerres de religion, à la tête des protestants. Rallié à la cour à la mort de son frère, la reine Catherine de Médicis l'opposa avec succès au duc de Montmorency, qui s'était révolté contre l'autorité royale. Lors de la création de l'ordre du Saint-Esprit par Henri III, en 1578, Jacques de Crussol, duc et pair de France, fut le second sur la liste de promotion; 3° Emmanuel 1er de Crussol épousa en 1601 Claudine d'Ebrard de Saint-Sulpice, fut chevalier et commandeur des ordres du roi en 1619. Par la mort du duc de Montmorency, décapité à Toulouse le 30 octobre 1632, le due d'Uzès devint le doyen des pairs et prit le titre de premier duc et pair de France. Il porta les honneurs (la couronne royale) aux obsèques de Louis XIII; 4° François 1er de Crussol, né en 1604, mort le 4 juillet 1680, avait épousé Henriette de la Châtre, puis Marguerite
d'Apchier. Il assista au siège de Perpignan et contribua à l'annexion du Roussillon à la France en 1642. Il figura, avec la duchesse d'Uzès, au mariage du roi Louis XIV avec l'Infante Marie Thérèse sur les bords de la Bidassoa en 1660; 5° Emmanuel II de Crussol, né en 1642, chevalier des ordres du roi, épousa Julie Marie de Montausier, alla combattre contre les Turcs en Hongrie. Il porta les honneurs pour le roi d'Espagne au mariage de Louise d'Orléans avec Charles II d'Espagne, et fut en 1674, duc et pair de France par la démission de son père en sa faveur; 6° Louis de Crussol, né en 1673, fut tué à l'age de vingt ans à la bataille de Nerwinde. Ses titres et dignités passèrent à son frère qui suit; 7° Jean-Charles de Grussol, né en 1675, chevalier des ordres du roi, chevalier d'honneur de la reine régente Anne d'Autriche, épousa Anne de Grimaldi, fille de S. A. S. Louis, prince de Monaco en 1606, puis Marguerite de Bullion; porta les honneurs (la couronne royale) aux funérailles de Louis XIV. Il échangea, en 1721, avec le roi Louis XV, la terre de Lévis pour les droits du roi à Uzès, ce qui augmenta considérablement la puissance des ducs d'Uzès dans la ville; 8° Charles-Emmanuel de Crussol, né le 11 janvier 1707, décédé en 1762, avait épousé en 1725 Émilie de la Rochefoucauld. Il reçut a la bataille de Parme, en 1734, une terrible blessure qui le rendit bossu; fut député des États de la province du Languedoc pour la noblesse en 1729; 9° François Emmanuel de Crussol, né à Paris le 18 janvier 1728, mort à Paris le 22 mars 1802, prit part à la guerre de sept ans et devint maréchal de camp. Il porta les honneurs (la couronne royale) aux obsèques de Louis XV. Il émigra, alla se fixer en Angleterre et revint en France en 1801. Il avait épousé Julie Victorine de Pardaillan d'Antin, fille de Louis d'Antin, duc et pair de France; 10° Marie François Emmanuel de Crussol, né le 30 décembre 1750, épousa en 1777 Émilie de Chastillon. Il fut nommé le premier sur la liste des pairs de France à la Restauration, et était décoré des ordres du roi et lieutenant général de ses armées. Il exerça les fonctions de grand maître de la maison de France aux obsèques de Louis XVIII et au sacre de Charles X; 10 bis, on a mis le portrait d'Adrien Emmanuel de Crussol, duc de Crussol et député d'Uzès, qui avait épousé Victorienne de Mortemart-Rochechouart, parce que étant décédé avant son père, il n'avait pu porter le titre de duc d'Uzès, titre qui passa à son fils qui suit; 11° Géraud Emmanuel de Crussol, né à Paris le 28 janvier 1808, épousa Elisabeth de Talhouët, fut député de la Haute-Marne et du Gard; 12° Jacques Emmanuel de Crussol, né à Paris le 28 novembre 1838, avait épousé Anne de Mortemart-Rochechouart. Sorti de Saint-Cyr il servit dans la cavalerie, devint membre du Conseil général du Gard et député d'Uzès. Son fils aîné, Jacques de Crussol, a hérité du titre de duc d'Uzès.
En quittant le salon, on revient dans la salle de la bibliothèque où se trouve une porte donnant accès à un long corridor servant de dégagement à un grand nombre de chambres et au fond duquel on arrive à l'entrée de la jolie chapelle du style gothique flamboyant. Elle a été restaurée par le duc d'Uzès, bisaïeul du duc actuel et ornée de magnifiques vitraux où l'on remarque les armes du duc d'UzêS et de la duchesse née de Talhouët. La porte de la chapelle est richement sculptée. La Foi, l'Espérance, la Charité et la Religion y sont symbolisées sous forme de personnages dans quatre panneaux. La toiture est aiguë et couverte de briques en couleurs jetant au loin des reflets de lumière et dessinant dans de vastes proportions les armoiries des ducs d'Uzès. Le second étage du duché est à peu près abandonné. On y remarque une très vaste salle dont la voûte en ogive est très élevée. Les personnes qui visitent le duché ne manquent par d'aller à ce second étage prendre la porte de l'escalier en colimaçon qui conduit au haut de la grosse tour carrée appelée Bermonde et d'où l'on domine tout Uzès qui offre, il faut le reconnaître, pour une petite ville, de remarquables monuments dans son enceinte ou sur son territoire. C'est d'abord, au midi et en face du duché, la Tour de l'Horloge jadis donjon des évoques, appartenant aujourd'hui à la ville. Et immédiatement après, entièrement caché par ce monument, la Tour des Prisons autrefois château du roi, où descendit Louis XIII lors dé son entrée à Uzès durant les guerres de religion. Plus loin le château Bèrard près lequel on trouve à gauche les restes de l'aqueduc romain qui conduisait à Nîmes les eaux de la fontaine d'Eure d'Uzès en passant sur le Pont du Gard, et à droite au milieu d'un bois de pins un temple des druides monument celtique dans lequel on immolait des victimes humaines...
En descendant de la haute tour du duché et pour sortir de ce château il faut revenir à la cour d'entrée dans laquelle s'ouvre la porte du caveau qui sert de tombeau de famille. Dans la pièce qui précède le caveau on remarque à droite la pierre tombale en marbre de messire Emmanuel de Crussol, duc d'Uzès, pair de France, baron de Levis et de Florensac, seigneur d'Acier, prince de Soyons, chevalier des ordres du roi et chevalier d'honneur de la reine régente Anne d'Autriche. La pierre tombale est décorée des armes des ducs d'UzèS, entourée du collier des chevaliers du Saint-Esprit. En entrant dans le caveau on est frappé de la vue du magnifique Christ en bronze, plus grand que nature, qui domine les pierres tumulaires. La première pierre en entrant à gauche est celle qui recouvre les cendres de Marie-François-Emmanuel de Crussol, duc d'Uzès, premier Pair de France, né à Paris le 31 décembre 1756, et mort à Bonnelles le 6 août 1843. C'est le même qui a fait construire le caveau actuel et y a fait transporter, en 1825, les cendres de deux de ses ancêtres qui reposaient dans le Caveau de l'église du couvent des capucins, fondé parles dues d'Uzès, qui en avaient été constamment les bienfaiteurs. Ce sont très haut et très illustre seigneur Mgr Jean Charles de Crussol, duc d'Uzès, Pair de France, prince de Soyons, comte de Crussol et autres places, lieutenant général pour le roi des provinces de Saintonge et Angoumois, chevalier des ordres de Sa Majesté, décédé dans son château d'Uzès le 19 juillet 1739, âgé de 63 ans. Au-dessus, Emmanuel de Crussol, chevalier d'Uzès, marquis de Montsalez, décédé le 22 novembre 1743, à l'âge de 32 ans, puis toujours à gauche une grande plaque portant ces mots: A la mémoire de: Mme Anastasie de Crussol d'Uzès, duchesse de Toursel, née à Paris le 24 juin 1809, morte à Hyères le 18 février 1838, ensevelie à Saint-Symphorien (Saithe); Mme Amable-Emilie de Chastillon, duchesse d'Uzès, née â Paris le 4 juillet 1760, morte à Paris le 7 mai 1840, ensevelie au château de Wideville (Seine-et-Oise); Mme Célestine de Crussol d'Uzès, marquise de Rougé, née à Parts le 6 janvier 1785, morte à Paris le 5 avril 1866 ensevelie à Moreuil (Somme).
Enfin en face, de gauche à droite, Magdeleine-Julie-Victorine de Pardailhan de Gotidrin d'Antin, duchesse d'Uzès, née à Paris le 1er octobre 1728, morte à Londres le 13 septembre 1799; François-Emmanuel de Crussol, duc d'Uzès, premier pair de France, né à Paris le 1er janvier 1728, mort à Paris le 28 mars 1802; Catherine-Victorienne de Rochechouart de Mortemart, duchesse de Crussol, née à Paris le 4 juin 1776, morte à Paris le 15 juillet 1800; Adrien-François-Emmanuel de Crussol d'Uzès, duc de Crussol, pair de France, né à Paris le 16 novembre 1778, mort à Marseille le 1er avril 1937; Jacques-Frédéric de Crussol d'Uzès, élève de l'école navale, né le 1er septembre 1841 décédé à Paris le 17 novembre 1859; Antoinette-Elisabeth-Sophie de Talhouët, duchesse d'Uzès, née à Paris le 18 février 1818, morte à Paris le 16 février 1863; Armand-Géraud-Victorien-Emmanuel de Crussol d'Uzès, duc d'Uzès, né à Paris le 28 janvier 1828, mort à Paris le 21 mars 1872; Jacques-Emmanuel de Crussol d'Uzès, duc d'Uzès, né à Paris le 18 janvier 1840, et mort à Paris le 28 novembre 1878. Autrefois les seigneurs d'Uzès étaient ensevelis dans l'église du couvent des Cordeliers située presque en face du temple protestant. Postérieurement leur sépulture fut dans l'église des Capucins d'Uzès. Après la révolution, et lorsqu'ils rentrèrent en possession de leur Duché, qui avait été pris comme bien national et transformé en collège, les ducs ont établi le caveau actuel. On peut saluer avec respect leurs cendres. Les ducs d'Uzès ont toujours fait tourner au bien du pays leur pouvoir et leur haute influence.
Les anciens seigneurs d'Uzès: Sur la fin de la race de Charlemagne et au commencement de celle de Hugues Capet, les gouverneurs des provinces, des villes et des châteaux, firent ériger à leur profit, avec les pays et territoires qui en dépendaient, ces mêmes provinces, villes et châteaux sons les titres de duchés, marquisats, comtés, vicomtés, châtellenies, et s'en rendirent véritables propriétaires sous le simple hommage au roi. Dans cette révolution les comtes de Toulouse augmentèrent beaucoup leur puissance et leur grandeur. Ils avaient sous leur suzeraineté un grand nombre de seigneurs, et parmi eux les seigneurs d'Uzès qui, d'abord comtes, perdirent ce titre par suite d'une révolte du comte de Toulouse à laquelle ils prirent part contre le roi. Le plus ancien seigneur que l'on connaisse est Elzéard d'Uzès qui souscrivit à la charte de Raymond de Saint-Gilles en faveur de l'abbaye de Saint-André-d'Avignon. Il vivait encore en 1125. Il eut pour fils Decan. Decan appelé par certains auteurs Raymond Decan, deuxième seigneur d'Uzès, se maria avec la fille de Rostaing de Posquières qui lui apporta en dot la baronnie de Posquières, située dans le diocèse de Nîmes. Voilà pourquoi on trouve dans les actes de cette époque la baronnie d'Uzès, qui se rapporte à celle de Posquières, Raymond Decan ayant pris depuis son mariage le titre de seigneur et baron d'Uzès et de Posquières. Ce seigneur suivit Raymond IV de Saint-Gilles, comte de Toulouse, à la première croisade commandée par Godefroy de Bouillon et prêchée par le pape Urbain II, qui était venu dans nos contrées, mais avant de partir, suivant en cela l'exemple du comte de Toulouse, Raymond Decan donna une partie de ses biens au clergé. C'est ainsi que le chapitre d'Uzès reçut le moulin Bladîer, situé au bas du plateau de la ville. Il est appelé depuis cette époque Moulin du Tournai, à cause de la tour que les chanoines y firent construire pour le préserver des ennemis. Le moulin a changé de destination et renferme de puissantes machines qui élèvent sur le plateau d'Uzès les eaux d'une source abondante, et la tour avec le terrain qui l'environne, a été récemment achetée par le duc d'Uzès, qui est ainsi devenu propriétaire d'un terrain qui avait appartenu à un de ses ancêtres, il y a plus de 800 ans.
Decan, qui avait pris pour armoiries de gueule à trois bandes d'argent, fut l'un des plus distingués des seigneurs qui accompagnèrent le comte de Toulouse aux croisades, et il dut séjourner en Syrie, puisqu'il fut l'un des témoins du testament fait par le comte Raymond, le 31 janvier 1105, dans son château dit le Mont-Pèlerin ou des Pèlerins, parce qu'il avait été construit par eux. C'est dans ce château qu'Elvire de Castille, femme de Raymond de Toulouse, accoucha d'un fils nommé Alphonse, du nom du roi de Castille son aïeul, et Jourdain, parce qu'il fut baptisé dans le fleuve de ce nom Cet Alphonse Jourdain, devint plus tard le gendre de Raymond Decan. Ce qui indique la haute situation sociale de la maison d'Uzès dès cette époque déjà lointaine. A son retour de la croisade, le pape Calixte II écrivît à Raymond Decan pour le féliciter et le remercier de son dévouement à la cause de l'Église, et Sa Sainteté le chargea de régler le différend survenu entre Raymond comte de Malgueil et Guillaume seigneur de Montpellier, et le 9 mai 1125 Raymond Decan signait comme témoin le traité de paix entre ces deux seigneurs. Le 5 mai 1126, il fit à Bernard-Aton V, vicomte de Nîmes, une reconnaissance des fiefs qu'il possédait dans cette vicomté et qui relevaient de ce vicomte, notamment des fiefs de Bezouce, Bouillargues, Marsillac, des boutiques bâties dans Nîmes sur l'emplacement du Pré Vicomtal, enfin de la Tour épiscopale et du château des Arènes. Il mourut le 30 août 1138 et fut enterré dans l'abbaye de Saint-Pierre de Psalmodi. Raymond Decan fut porté au tombeau par ses quatre fils, évêques, dont les noms vont suivre.
Ses enfants furent: Rostaing II qui reçut en partage la seigneurie de Posquières et épousa en 1121, Ermesinde de Béziers, fille de Bernard-Aton, vicomte de Béziers et autres lieux; 2° Faydide, qui épousa Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse; 3° Bermond qui suit. Il continua la tige de la maison d'Uzès. Il hérita dans la succession paternelle, de la terre de Peccaïs, voisine du lieu où depuis ont été établies, en 1284, les belles salines qui subsistent encore; 4° Adalbert, qui fut évêque de Nîmes de 1141 à 1182. Il fut sacré à Rome en 1141, le jour de Saint-Thomas, par le pape Innocent II, et jouit de beaucoup de considération dans l'Église et de faveur auprès du roi Louis le Jeune. Le pape Alexandre III le chargea de réconcilier le comte de Toulouse Raymond V avec sa femme, sœur du roi de France, que son époux avait répudiée. L'évêque de Nîmes fut un des pères du concile de Loubers en 1165, qui condamna les doctrines des Albigeois et les déclara hérétiques. Adalbert mourut en 1180, après un épiscopat de 39 ans; 5° Raymond, évêque d'Uzès de 1150 à1188, obtint de Louis le Jeune certains fiefs dont l'abbaye de Saint-Privat. Il concéda aux Templiers l'église Saint Paul de Montfrin en 1162. Il échangea avec Guillaume, prieur de Saint-Pierre de Pont-Saint-Esprit de l'ordre de Cluny, le prieuré de Chusclan pour celui de Saint-Florent en 1164. Il donna le lieu des Augustines à l'abbesse Ermesinde pour y fonder un monastère de Cisterciennes. Ses armes étaient celles de sa maison de gueule à trois bandes d'or; 6° Pierre, évêque de Lodève, qui fit entourer cette ville de murailles et acquit beaucoup de biens à son église en obtenant du roi Louis VII, en 1157, des droits régaliens et les mines d'or et d'argent de son diocèse; 7° Raymond, évêque de Viviers de 1158 à 1160; 8° Guillaume, abbé de Saint-Thibéry de 1147 à 1175. Qualifié de "très célèbre" par les moines de son abbaye, il dressa un règlement de discipline pour sa communauté. Il assista comme témoin au contrat de mariage de Roger vicomte de Béziers avec Adélaïde de Toulouse. Il apparaît aussi en 1174 dans un plaid tenu à Montpellier pour le monastère de Samt-Guilhem-du-Désert, et dans une donation faite par Raymond Rascas à l'abbaye de Franquevaux.111
Bermond I, troisième seigneur d'Uzès, apparaît de 1144 à 1181. Il se maria deux fois; la première avec Douce de Mezoargues dont il n'eut qu'un fils, Raymond dit Rascas, et la seconde avec Rose X... de laquelle il eut trois fils, Reinon, Elzias et Rostang. En 1145, Alphonse comte de Toulouse tint à Uzès un plaid auquel assistèrent comme médiateurs Pierre abbé de Saint-Gilles, Rostaing de Posquières, Pons de Montlaur, Raymond de Castries et Bermond de Marguerites. Dans cette assemblée le comte de Toulouse prononça une sentence définitive au sujet des difficultés qui divisaient Bermond seigneur d'Uzès et l'évêque de cette ville. Bermond est cité avec deux de ses fils Raymond et Elzias, comme témoins dans l'acte de donation faite par Raymond VI à l'abbé Bertrand de Franquevaux et à ses moines, en mai 1168, pendant la foire de Beaucaire. En même temps il donne au dit Bertrand et à ses moines une terre située sur le terroir d'Airoles avec les objets nécessaires pour faire aller le moulin de Figoret et lui confirme l'albergue de quatre chevaliers que Rostaing de Posquières leur avait donné dans sa terre de Dalmas. Cette donation fut faite à Sainte Marie de Franquevaux en présence de Pierre d'Uzès, abbé de Psalmodi, de Guilhaume, abbé de Saint-Tibéri, de Pons Pierre, prieur de Saint Bonnet et du prieur de Ste Marie de Franquevaux. Peu de temps après il accorde encore à ces moines le droit de pâturage pour tous leurs bestiaux dans la forest de Gotlesque, le franc alleu de tout ce qu'ils avaient acheté ou qu'on leur avait donné dans le territoire de Posquières, et les exempte de tous droits aux marchés. Cette donation fut approuvée par ses fils et faite dans la maison du prieur de Saint Saturnin d'Ainjargues en présence d'Aldebert évêque de Nîmes et de Bertrand abbé de Franquevaux. Dans ces donations, Bermond se qualifie seigneur d'Uzès et de Posquières par la grâce de Dieu.
Rien ne prouve mieux le degré de puissance et d'indépendance auquel la maison d'Uzès était parvenue déjà en 1174. Bermond, qui était alors seul seigneur d'Uzès, partagea cette seigneurie entre ses trois fils, Raymond dit Rascas qui suit; il était l'aîné et en eut la moitié, Reinon et Elzias chacun un quart. Rostang, le quatrième fils, qui était chanoine à l'église de Saint Nicolas de Campagnac ne fut pas mentionné dans ce partage, son père lui ayant déjà assuré une pension alimentaire. Bermond mourut en 1181. Cette moitié léguée à Raymond Rascas resta dans la tige d'Uzès et passa aux Crussol. C'est le château ducal actuel. Le quart légué à Reinon fut divisé par moitié par ses descendants et parvint aux évêques d'Uzès. Ainsi le 3 août 1242 Reinon II vendit son huitième de la seigneurie d'Uzès à Pons, évêque d'Uzès, et le 3 juillet 1280 Guillaume de Sabran descendant par les femmes de Reinon I vendit son huitième à Bertrand, autre évêque d'Uzès, de sorte que les évoques possédèrent un quart de la seigneurie d'Uzés, ainsi que la Tour de l'Horloge. Le quart légué à Elzias fut vendu par un de ses descendants, Guillaume de Laudun, baron de Montfaucon, au roi Charles VIII, le 8 août 1493, rétrocédé plus tard, en 1721, par le roi Louis XV au duc d'Uzès. C'est le château qui servait de prison au XIXe siècle, dont le département s'est emparé depuis la Révolution, et qu'il conserve toujours malgré les protestations sans cesse renouvelées du duc d'Uzès. Il serait à désirer que par des traités, soit avec la ville, soit avec le département, le duc d'Uzès put obtenir la tour de l'horloge et la tour des prisons pour les joindre au château ducal, afin de de rentrer dans l'ancien patrimoine que possédait un de ses ancêtres, Bermond, au XIIe siècle.
Raymond dit Rascas, quatrième seigneur d'Uzès, hérita de la moitié de la seigneurie d'Uzès à la mort de son père et continua la tige principale. Il apparaît de 1168 à 1209. Il fut présent à la donation que fit Raymond comte de Toulouse au mois d'août 1187 à l'abbaye de Franquevaux, de ce qu'il possédait dans le territoire de Fourques, de la succession d'Agnès, sa sœur. Il fut aussi présent à celle que fit son frère cadet Elzias, seigneur de Posquières à Saint-Gilles en 1181, de toutes les terres qu'il avait à Villeneuve, toujours en faveur de la même abbaye. Ce Raymond dit Rascas était non seulement un riche et puissant seigneur, mais encore un homme de tête et de courage. C'est pour l'avoir pour partisan que Raymond V comte de Toulouse, son parent, lui fit don en avril 1185, du château d'Aimargues, afin qu'il l'aidât à soutenir une guerre qu'il avait entreprise contre le roi d'Aragon, le comte de Provence, le seigneur de Montpellier et Bernard Aton V, vicomte de Nîmes et de Béziers. Après s'être vaillamment battu pour le comte de Toulouse, Raymond Rascas, revenu à Uzès, contribua par ses libéralités, sous l'épiscopat de l'évêque d'Uzès, Guillaume de Vénéjean, en 1204, à la fondation de la chartreuse de Valbonne, située près la ville de Pont Saint Esprit et placée au milieu d'une vaste forêt. Sur la prière des habitants d'Uzès, il fit le 3 mai 1206, de concert avec ses deux frères, Reinon et Elzias, un règlement concernant la police, la justice et le droit public de la seigneurie. Ils promirent tous les trois de faire observer ce règlement par leurs enfants et en firent jurer l'exécution par leurs officiers de justice sur les Saints Évangiles. Le 13 août 1207 Raymond Rascas fut arbitre avec Pierre de Château-Neuf, légat du Pape, et Guillaume, évêque de Nîmes, d'un différend survenu entre Ebrard, évêque d'Uzès, et Elzias, seigneur d'une portion d'Uzès, à l'occasion de certains fiefs et principalement du château de Blanzac qui était alors fort vaste et bien fortifié. Il parvint à les mettre d'accord.
Raymond Rascas fut un des barons qui assistèrent à la cérémonie à laquelle se soumit l'infortuné Raymond VI, comte de Toulouse, dans l'église de St-Crilles, dans le but d'obtenir la levée de l'excommunication lancée contre lui en 1207 et 1208 pour avoir favorisé les Albigeois. Après qu'il eut été fustigé à la porte, étant en chemise, par le légat du pape, Milon, il fut traîné au dedans par ce prélat qui lui avait passé une étole autour du cou. Ce dernier exigea en outre de lui le serment d'obéir en tout aux ordres du Pape et aux siens comme son représentant. Raymond, comte de Toulouse, donna pour caution de son serment, seize de ses barons au nombre desquels se trouvaient Raymond Rascas et son fils Decan. Malgré l'absolution du comte de Toulouse, les croisés, sous la conduite de Simon de Montfort, envahirent la province du Languedoc qui était en 1210 sous la domination du légat du Pape, Raymond, évêque d'Uzès. Ce prélat se fit surtout redouter dans son diocèse et n'eut pas beaucoup de peine d'obtenir foi et hommage des seigneurs d'Uzès, d'autant plus que le comte de Toulouse semblait ne devoir plus rentrer dans ses droits de seigneur suzerain, car en 1214 il fut tenu un concile national à Montpellier où les prélats attribuèrent au comte de Montfort la souveraineté de toutes les con quêtes de la croisade sur le comte de Toulouse. On sait qu'à quelque temps de là la conduite du comte de Montfort lui attira la haine de ses nouveaux sujets et lui fit perdre la ville de Toulouse au siège de laquelle il fut tué en 1222. Par cette mort Raymond VI rentra en possession de sa capitale et de sa province. Au milieu de toutes ces guerres Raymond Rascas fit réparer et augmenter les bâtiments et les fortifications de son château seigneurial. On lui attribue la construction de la tour ronde, dite de la Vigie, qui est au couchant du côté de la rue Condamine, ainsi que du bâtiment aujourd'hui démoli qui était adapté à cette tour et dont le rez-de-chaussée servait d'écurie et les pièces au-dessus de logement aux hommes d'armes.
Raymond dit Rascas testa en août 1209 et mourut le 27 février de l'année suivante, laissant trois fils, Bermond qui suit, Reymond, et Decan qui mourut sans postérité. Bermond II, cinquième seigneur d'Uzès, épousa Gèraude, de la famille d'Adhémar de Rochemaure. Il apparut de 1208 à 1254. Par un acte du 11 mars 1208, il reconnut que le père du comte de Toulouse, lors régnant, avait établi cette coutume dans tout le comté que, tous les biens de ceux qui seraient décédés ab intestat retourneraient aux héritiers de ceux d'où ils sont venus. Il reconnut aussi que son père et son aïeul avaient approuvé cette coutume qu'il déclare vouloir faire exécuter dans Uzès et dans Saint-Quentin, dont il était seigneur. Mais la guerre des Albigeois continuait toujours. Le pape Innocent III convoqua à Narbonne, en janvier 1211 le roi d'Aragon, le comte de Toulouse et Simon de Montfort. L'évêque d'Uzès et l'abbé de Citeaux, délégués de la cour de Borne, furent présents à cette réunion et demandèrent au nom du Saint-Siège, l'expulsion générale des ennemis de l'Église et la confiscation de leurs biens. Le 9 février de l'année suivante l'évêque d'Uzès obligea Raymond II à prêter serment devant lui, en présence des chanoines de la cathédrale et des principaux seigneurs du Pape, parmi lesquels figurait R. de Remoulins. Enfin après la bataille de Muret, où Simon de Montfort gagna une victoire complète sur les Albigeois, l'évêque d'Uzès reçut des mains du vainqueur, la viguerie d'Uzès que Raymond tenait du ci-devant comte de Toulouse. En conséquence Raymond dut la même année faire hommage à l'évêque du fief de la viguerie d'Uzès, pour lequel il était obligé de fournir une albergue de cent chevaliers. Pendant les années qui suivirent, Raymond jouit en paix de sa seigneurie d'Uzès. Il acquit en février 1225, de son parent Elzias, co-seigneur d'Uzès, le moulin de Nadal situé au milieu de la plaine des Fouses.
En 1226 le roi Louis VIII entra en Languedoc avec une armée de 100.000 hommes, pour combattre Raymond VII, comte de Toulouse. Uzès lui ouvrit ses portes le 2 juin et Nîmes le 5. Tous les pays environnants se soumirent à lui sans aucune résistance. C'est le premier roi de France qui est apparu dans les murs d'Uzès. Par une charte du mois de juillet 1226, il mit les consuls de la ville et Cité d'Uzès sous la sauvegarde spéciale du roi. Ce fut quelques années après que le roi Saint Louis établit le poids du roi, sorte d'impôt indirect sur certains objets de consommation. Ce qui donna lieu plus tard a bien des difficultés entre les évêques et les ducs d'Uzès. Bermond testa dans son château de Collias et mourut quelque temps après laissant de sa femme plusieurs enfants: Robert, mort évêque d'Avignon, Deean qui suit, et deux filles, Marie et Ermesinde. Bermond et sa femme furent ensevelis dans l'église des Templiers de Saint-Gilles. Deean II, sixième seigneur d'Usès, apparaît de 1254 à 1285. Il céda au roi Saint Louis, par acte passé à Paris le jeudi après la fête de Saint Pierre et Saint Paul de l'an 1264, au nom de son frère Robert, chapelain du Pape, et moyennant vingt mille livres de rente, le château de Calvisson. Ce Robert d'Uzès fut évêque d'Avignon en 1267. Vers le milieu du XIIIe siècle, les frères Mineurs ou Cordeliers vinrent s'établir dans Uzès. Decan fut un de ceux qui par ses libéralités contribua le plus à la fondation de leur église et de leur couvent, et par son testament fait à Uzès le 4 juillet 1283, il voulut être enterré chez les frères Mineurs ou Cordeliers. Leur couvent et l'église y attenant se trouvaient sur la partie de la promenade de l'Esplanade qui longe aujourd'hui le temple protestant, ainsi qu'on a pu le constater en 1850 en créant cette promenade. Ce couvent et cette église avaient été détruits par les routiers. En faisant des fouilles on trouva des ossements, une très belle pierre d'autel, la même qui a été transportée dans la nef de la crypte et qui sert au saint sacrifice de la messe.
Decan II testa le 4 juillet 1283 et fut enterré selon son désir à l'église des Cordeliers. Decan II laissa de sa femme Ermingarde, fille de Pelet seigneur d'Alais, cinq enfants dont Bmrmond seigneur d'Uzès qui suit; 2° Boniface, chanoine à Avignon; 3° Robert, dominicain, décédé â Metz en 1296; 4° Philippine, mariée au vicomte de Lautrec; 5° Degane, mariée à Isnard, seigneur d'Olières, devenu plus tard seigneur de Roquefeuille. Bermond III apparaît comme seigneur d'Uzès et d'Aimargues de 1290 à 1318. Par acte du 7 mars 1290, il échangea avec le roi Philippe le Bel les salines de Paccaïs pour la seigneurie de Remoulins et autres lieux. Bermond III fit plusieurs campagnes militaires, notamment en Flandre, dans l'armée de Philippe Auguste. De retour de la guerre; il porta des plaintes au roi contre le sénéchal Alphonse de Rouvrai qui lui disputait le droit dont il prétendait que ses ancêtres et lui avaient toujours joui de punir leurs officiers particuliers quand ils venaient à prévariquer dans leurs fonctions. Il parait qu'il fut débouté et que ses officiers, ainsi que ceux des autres seigneurs particuliers furent soumis à la juridiction des officiers royaux dans le ressort desquels ils se trouvaient. Parmi les seigneurs particuliers qui avaient adressé la même plainte au roi figurait Raymond Gaucelme, parent de Raymond III. Ce Raymond Gaucelme était riche et possédait un grand nombre de seigneuries et fiefs. C'est à lui qu'est attribué la construction du château de Saint-Ferréol,devenu dans la suite une citadelle et une des principales défenses de la ville. On prétend que n'ayant pas de château dans l'enceinte de la ville il fit élever celai-ci pour y résider quand il se trouvait à Uzès. En 1304, Clément V (Bertrand de Goth) passant dans ce pays alla visiter le Pont du Gard, le 21 octobre, et coucha à Uzès. Il continua de là sa route pour se rendre à Lyon où il fut couronné.
Bermond III fut un des seigneurs du Languedoc qui donnèrent leur procuration à Guillaume de Mogaret pour les représenter en mai 1308 aux États généraux de Tours, et délibérer sur l'arrestation et le sort des Templiers. Il fut enterré comme son père dans l'église des Frères Mineurs, conformément à son testament du 23 mai 1309. Ce testament contient l'explication et la date de la pose d'une pierre tumulaire placée autrefois dans l'église de Psalmodi, mentionnant divers personnages de la famille d'Uzès. De ses deux femmes, Alix et Hermessinde, Bermond eut plusieurs enfants dont Robert qui suit; 2° Degan, abbé du monastère de Saint Guilhem du Désert; 3° Bermond, religieux; 4° Pons, prieur du prieuré de N-D (Beate Marie) du bourg de Narbonne; 5° Raymond, épouse None Raymonde, fille de noble Raymond d'Avignon; 6° Estnengarde, épouse Guillaume de Randon, seigneur de Luc et de Portes, puis Aymeric de Besiac seigneur de Montbazet; 7° Annette; 8° Dalmasse se marie avec Guiraud d'Adhemar son parent au quatrième degré; 9° Degane, mariée avec Guiraudet, fils de Guiraud d'Adhemar. Elle se maria le même jour que sa sœur Dalmasse, l'une épousant le père, l'autre le fils. Le contrat de mariage fut dressé par Jean Bezon d'Avignon. Robert 1er d'Uzès prit part aux guerres de Gascogne et surtout à la guerre de Flandre. A la tête d'une bonne troupe de ses vassaux, il combattit valeureusement et contribua au succès de la bataille de Cassel, remportée sur les Flamands par le roi le 23 août 1328. Aussi en reconnaissance de ses services, comme de ceux que ses ancêtres avaient rendus à la couronne, le roi Philippe Auguste, après la bataille le 4 septembre 1328 érigea la seigneurie d'Uzès en vicomté. Les lettres direction de la vicomté d'Uzès portent que les prédécesseurs de Robert d'Uzès étaient appelés comtes à cause de leur naissance illustre et l'étendue de leurs terres, mais qu'ils avaient perdu ce titre, ayant pris part à une révolte du comte de Toulouse contre le roi. Ce qui prouve bien que les prédécesseurs de Robert étaient du nombre des plus grands seigneurs du pays.
Du reste l'ancien marquisat de Gothie qui était appelé auparavant duché de Septimanie, comprenait entr'autres lieux les comtés d'Agde, de Béziers, de Nîmes et d'Uzès. Avant l'érection d'Uzès en vicomté, en l'an 1316, Philippe, comte de Poitiers, frère cadet du roi dit le Hutin, et devenu régent du royaume après son décès, nomma pour son lieutenant dans la sénéchaussée de Nîmes et Beaucaire, Armand de Poitiers, comte de Valentinois et proche parent de Robert par sa mère. Ce lieutenant fit prêter serment de fidélité aux consuls et habitants d'Uzès au mois de juillet. La cérémonie eut lieu dans Uzès sur la grande place, en présence de l'évêque André, de Robert, principal seigneur d'Uzès, et d'autres personnes de distinction. Robert remit le 4 décembre 1320 trois grandes clefs du portail de la cité, aux trois consuls dont la nomination lui était réservée. Le 11 mars 1333 il fut passé une transaction entre le vicomte d'Uzès, l'évêque et Béranger, co-seigneur d'Uzès, d'une part, et les consuls de l'autre, sur la police des graines et denrées et la vente des étoffes et autres marchandises. Les émoluments sont partagés entre le Vicomte d'Uzès pour 1/3, Béranger et l'évêque chacun pour 1/4. On convient qu'on ne pourra vendre qu'à certains poids et mesures; et l'acte porte que les étoffes seront vendues à la canne, dont l'empreinte fut faite sur la muraille de l'église Saint-Théodorit, auprès de la porte d'entrée de l'église qui touchait à la maison où se tenait le chapitre. En 1344 l'évêque d'Uzès Hélias fit son entrée solennelle dans la ville. Le procès-verbal porte que les consuls de la ville d'Uzès allèrent prendre l'évêque au lieu de Saint Firmin et tenant la bride de son cheval le menèrent jusqu'à la porte Saint Étienne, où l'évêque s'arrêta; qu'il demanda où étaient les autres pairs ou co-seigneurs, afin qu'ils l'introduisissent dans la ville suivant la coutume, et qu'alors apparurent deux gentils hommes, l'un pour Bérenger d'Uzès, l'autre pour Robert (qui était le vicomte), que ce dernier dit à l'évêque qu'il venait pour le vicomte sans être informé de ce qu'il devait faire et qu'il protestait que tout ce qu'il ferait ne serait que pour rendre honneur à l'évêque et non de soumettre le vicomte ni ses successeurs à aucune servitude ou obligation, et aptes cette protestation les deux gentilshommes prirent la bride du cheval et accompagnèrent ainsi l'évêque jusqu'à sa cathédrale.
"Robert habita souvent son château de Belvezet, situé à 15 kilomètres d'Uzès. La proximité de la cité vicomtale où il pouvait se rendre facilement, et les agréments de chasse que lui procuraient les immenses et giboyeuses forêts qui entourent ce village déterminèrent son séjour dans ce pays. Peut-être un sentiment de fierté ne fût pas étranger à cette décision. Malgré le titre de vicomte qu'il avait obtenu du roi, Robert n'était que le second à Uzès: l'évêque marchait le premier. Qui sait si cette fière nature ne préféra pas rester dans la solitude des champs et des bois plutôt que de n'être que le second dans la cité d'Uzès". Robert 1er testa le 28 mars 1349 et conformément à son testament, il fut enterré à l'église des frères Mineurs d'Uzès. Il avait épousé en premières noces, par contrat passé à Saint Remi en Provence, le 11 avril 1306, Dulcine de Sabran, fille d'Elzéard de Sabran, seigneur d'Ansouis, qui apporta pour dot quarante mille gros tournois blancs et anciens, et comme elle était cousine de Robert au quatrième degré, ils avaient obtenu dispense du pape Clément V le 17 septembre 1305. Elle est nommée dame d'Uzès dans le testament d'Elzéard de Sabran son neveu, l'an 1317. En secondes noces Robert épousa Guiote de Posquières, veuve de Gui III de la Roche, seigneur de Posquières, qui lui apporta en dot les terres de Bellegarde et de Broussan près de Beaucaire. De ce mariage naquirent quatre garçons et deux fille: 1° Decan III qui suit; 2° Louis d'Uzès qui apparaît en 1369; 3° Raymond, qui hérita de Bellegarde et Broussan par donation de sa mère du 27 mars 1341; 4° Jehan d'Uzès, évêque de Nîmes en 1378; 5° Guiote d'Uzès, née à la fin de 1332 qui épousa en premières noces, en mars 1346 n'ayant que 13 ans, Louis d'Espagne, prince des Îles Fortunées, comte de Talmon et seigneur de l'île d'Oléron; et en dernières noces, le 5 avril 1351, Aymard de Poitiers, fils d'Aymard, comte de Valentinois; 6° Catherine, épousa le 11 juin 1353 Archambaud de Boulbon, seigneur de Boulbon et de Saladrenque.
Decan III, deuxième vicomte d'Uzès, seigneur d'Aimargues, fut émancipé par son père le 27 mars 1341 et reçut en même temps une dotation générale. Le 24 octobre 1352 il prêta serment de fidélité au roi, et le 18 octobre de l'année suivante il prêta le même serment à Hélias, évêque d'Uzès (Archives ducales). Ce fut sous lui qu'on établit, non sans peine, en 1341, l'impôt sur le sel dit gabelle, supprimé seulement par le fait de la révolution. En 1344, le roi Philippe de Valois passa à Uzès venant d'Avignon où il était allé visiter le pape. Il coucha dans le château du vicomte. On ne lui fit aucune entrée de crainte de réveiller la contagion de la peste qui sévissait alors à Uzès et dans les environs. Le 24 octobre 1352, Decan, vicomte d'Uzès, fait serment de fidélité au roi de France pour la vicomté d'Uzès et ses dépendances, entre les mains d'Aymeri de Rochechouart, sire de Mortemart, qui commandait dans le Languedoc avec l'autorité de capitaine souverain pour le roi. Plus tard, en 1355, le fameux prince de Galles, dit Prince noir, pénétra dans le Languedoc, mais il fut repoussé par les milices de la Province. Cette irruption engagea les villes à réparer et à augmenter leurs fortifications. Celles d'Uzès consistaient alors dans un rempart et un fossé qui entouraient son enceinte et dont on reconnaît encore aisément les vestiges en faisant le tour de la ville, sauf l'emplacement où sont situés actuellement l'église cathédrale et l'ancien Palais Épiscopal. Le rempart partait de ce côté de la porte Saint-Julien à travers ces deux édifices et allait aboutir à la tour Martine, dite le Pavillon Racine, et venait se joindre à la porte dite de l'Évêché, de manière que le cloître du chapitre était comme l'église cathédrale d'alors, enfermé dans l'enceinte. On comptait quatre principales portes, celle dont je viens de parler; celle de Saint-Etienne, défendue par une tour, celle de la Condamine, ayant également une forte tour, dite la Tour Banastière, ou étaient les mesures publiques qui servaient à mesurer les grains les jours où le marché se tenait au dedans de cette porte; celle dite de Saint-Julien.
Les approches de la ville étaient défendues au nord, par le château ou fort de Saint-Firmîn où sont aujourd'hui les enclos de la Perine et de la Bernarde; du même côté, le château-neuf appartenant au vicomte et sur remplacement duquel les ducs firent bâtir une église et un couvent qu'ils donnèrent aux pères capucins avec plusieurs jardins attenant du côte du couchant, par la forteresse dite la Tour du roi, située à la place appelée aujourd'hui marché aux cochons. Du côté du midi, par un boulevard dit la Barrière, élevé â l'endroit appelé la Croix des Pommiers, et enfin du même cote par le château de Saint Ferréol dont les huguenots dépossédèrent les évêques et firent une vraie citadelle. De ce côté du midi les remparts étaient au niveau du sol de l'abreuvoir public alimenté par les eaux d'une source dite Fontaine-Marie. Là et vis-à-vis la ruelle devenue cul-de-sac, et qui alors aboutissait à la rue de la Monnaie, se trouvait une autre porte ou plutôt un guichet appelé Lou Pourtalé, par lequel on se rendait comme à l'abri de la ville au château de Saint-Ferréol. En 1361, les routiers se rassemblèrent à côté de Lyon pour de là se rendre en Languedoc. Le roi de France ordonna à Jacques de Bourbon, comte de la Marche, de les combattre. Jacques mit sur pied un corps d'armée où il y avait divers seigneurs de la province du Languedoc, entr'autres le vicomte d'Uzès, et leur livra bataille près de Lyon, le 2 avril, mais il eut le malheur d'être défait. Le vicomte d'Uzès y demeura prisonnier avec plus de 200 chevaliers, en sorte que les compagnies (ou routiers) eurent la liberté de s'étendre partout où elles voulurent. Après avoir recouvré sa liberté moyennant rançon, Decan vint à Uzès et, quelques années après, il mourut. Conformément à son testament du 10 février 1360, il fut enterré à l'église des Frères Mineurs d'Uzès.
Il avait épousé Agathe de Baux, fille d'Agoult de Baux, sénéchal de Beaucaire et de Nîmes, de ce mariage il eut huit enfants dont Robert; 2° Bermond; 3° Decan; 4° Pons, religieux dans l'abbaye de Psalmodi; 5° Raymond, vicomte d'Uzès par le décès de son frère aîné; lui-même n'ayant point laissé d'enfants, ses seigneuries passèrent à: 6° Alzias qui continua la postérité; 7° Alix mariée le 12 février 1363 à Guillaume III, seigneur de Tournon; 8° Guioto d'Uzès religieuse à Sainte Praxède d'Avignon. Alzias, cinquième vicomte d'Uzès par la mort de ses deux frères sans postérité, aima la chasse et la guerre. Il reçut à son château en 1374, le duc d'Anjou, lieutenant général du roi Charles V qui était venu il Uzès au mois d'avril. Les consuls allèrent au-devant de lui à cheval, accompagnés de leurs conseillers aussi à cheval. Le duc fut harangué par le premier consul, Elzéard de Montaren. On lui offrit pour présent un veau et six salmées d'avoine. Ce prince alla visiter les châteaux de Collias, de Castille et de la Bastide d'Engras, accompagné du viguier et escorté par les Pavoisins de la ville, auxquels il voulut bien accorder cet honneur, et qui marchaient précédés de tambours et de fifres, le drapeau de la ville déployé. A quelques années de là, Alzias qui était d'un caractère aventureux fit partie de l'expédition de Tunis, entreprise en 1390. Elle fut faite à la prière des habitants de Gênes dont les Tunisiens et autres corsaires africains désolaient le commerce. Louis II de Bourbon surnommé la fleur des chevaliers, élève et compagnon de Du Guesclin, qui passait pour un des plus grands princes de son siècle, fut le chef de cette nouvelle croisade. Il fit équipée un grand nombre de bâtiments sur lesquels furent embarqués 500 hommes d'armes, tous chevaliers ou écuyers, et un grand nombre d'arbalétriers Génois, jouissant alors d'une grande réputation. Dans le nombre des principaux chevaliers on comptait Philippe d'Artois, comte d'Eu, comte d'Harcourt, l'amiral de France, Jean de Vienne, le sire d'Albret, le comte de Derby, fils du duc de Lancastre, et parmi ceux de nos contrées, outre le vicomte d'Uzès, Bermond de Sommières, Hugues de Laudun, Pierre d'Albaron, Guillaume de Sabran, Astorg du Cailar...
Cette armée forma effectivement le siège de Tunis, mais au bout de six semaines elle fut tellement harassée par la chaleur, les travaux, les escarmouches et les maladies, que bien qu'elle eut gagné un grand combat contre les Maures dans lequel le vicomte d'Uzès fut tué, les nouveaux croisés abandonnèrent la partie et se rembarquèrent. Les ossements d'Alzias, dont on avait fait bouillir et ensuite enterrer les chairs, furent rapportés dans une caisse à Uzès, par l'un de ses chevaliers Silvestre de Guison, et honorablement ensevelis dans l'église des frères Mineurs,alors réparée, suivant son testament du 12 mai 1390 fait à Saze. Alzias avait épousé Delphine de la Roche le 11 septembre 1378, qui lui apporta en dot la terre de Saint Privat. Veuve, elle se retira dans le monastère des Clarisses d'Alais. De cette alliance naquirent Robert II qui suit et Pierre qui prit le titre de seigneur de Vallaurie. Robert II, sixième vicomte d'Uzès seigneur d'Aimargues, Broussan, Bellegarde, Remoulins, Sernhac, Saint-Bonnet, Saze, etc, avait à peine douze ans lorsqu'il succéda à son père. Il fut élevé sous la direction et la tutelle de sa pieuse mère. Il épousa en premières noces, le 28 février 1400, Claire de Joyeuse dont il eut une fille, Delphine, mariée à Lancelot de Poitiers, et en deuxièmes noces Gilette de Pressigny fille de nobles de Parseval de Pressigny et d'Isabelle de Verneuil, à laquelle ses deux oncles, les frères Boucicaut, donnèrent quatre mille livres d'or dans son contrat de mariage du 19 mai 1405. Cette alliance fut très avantageuse à Robert II par la protection des Boucicaut, dont l'un, Geoffroy le Maingre était gouverneur du Dauphiné, et l'autre, Jean, était maréchal de France et gouverneur du Languedoc. Ils jouissaient l'un et l'autre d'une haute estime et avaient un grand crédit à la cour. Leur renommée était égale à celle des chevaliers les plus illustres de leur époque. La ville d'Uzès se livra, à cette occasion à des réjouissances publiques.
En 1412 le maréchal Boucicaut vint prendre le commandement des troupes levées contre les Armagnac qui ravageaient nos contrées. Il arriva à Uzès le 11 juin 1412. La ville lui fit présent de six perdrix et d'une salmée d'avoine, n'en pouvant faire plus, disent les registres, à cause de sa misère. Il y retourna au mois de mars 1413, et après avoir visité les forteresses il fit diviser les habitants en compagnies ou bandes. La première fut composée des nobles, des avocats, des docteurs bacheliers, licenciés ès lois et des bourgeois n'exerçant aucune profession manuelle. La seconde comptait des notaires, greffiers, clercs, chirurgiens, apothicaires, marchands, etc. La troisième des menuisiers, serruriers, tisserands, etc. La quatrième des tailleurs de pierre, des maçons,des travailleurs de terre, etc. Chacune se choisit une enseigne. La première mit sur la sienne Saint-Firmin, la deuxième Saint-Ferréol, la troisième Saint-Etienne et la quatrième Saint-Roman, sans doute à cause de la vénération particulière des Uzétiens pour ces quatre saints. L'enseigne générale portait d'un côté les armes du roi, et de l'autre côté les armoiries anciennes de la ville. Les consuls, comme gouverneurs, nommèrent les quatre capitaines, et ceux-ci choisirent les chefs d'escouade. Il fut ordonné qu'en cas d'attaque la première bande se porterait du côté de lest, la deuxième du côté de l'ouest, la troisième du côté du nord et la quatrième du côté du midi. Le château de Saint-Ferréol et la tour du roi restèrent sous le commandement du viguier royal, le château neuf, celui de Saint Firmin et les tours confiés à ceux des seigneurs à qui ils appartenaient. Les rondes devaient être faites au moins par quatre hommes armés d'un bouclier, d'un coutelas et d'un bâton ferré et aiguisé. Les guets devaient durer douze heures, être placés, l'un sur la tour de l'évêque, l'autre sur la tour du roi, et en cas de prochain danger les consuls devaient faire sonner le tocsin et chaque habitant se rendre à so poste, mais on n'eut pas à mettre en pratique ces dispositions, l'ennemi ne se présenta pas.
Le maréchal venait souvent visiter sa nièce. Aussi il finit par dispenser les consuls et les habitants de lui faire aucune entrée publique, de le haranguer et de lui faire des présents. Il leur dit un jour "Je ne viens pas comme gouverneur du Languedoc, mais comme un simple chevalier qui vient visiter ses parents". Robert, profita de l'autorité de ce parent pour augmenter ses droits dans la ville et dans la contrée sur les fiefs qu'il possédait. En 1422, Charles VII, après son sacre à Poitiers, étant venu passer quelque temps à Espali en Languedoc, y reçut l'hommage et le serment de fidélité des principaux vassaux de la province. Robert II vicomte d'Uzès le lui fit rendre en son nom par Jehan son fils aîné. Robert testa le 3 août 1426 et fut enterré à l'église des Frères Mineurs d'Uzès ainsi que sa femme née de Parseval de Pressigny. Il eut de sa seconde femme six enfants dont Jehan qui suit; 2° Eléasard qui apparaît en 1437; 3° Arnault, prieur de Prévenchères en 1470, au diocèse de Mende; 4° Guiote qui apparaît de 1459 à 1498 et épouse Michel de Valperga des comtes de Caumont; 5° Alix ou Hélix, épouse le 19 mars 1464 Tristan de Montlaur; 6° Alzias ou Eleazard. Jehan, septième vicomte d'Uzès, était le filleul du maréchal Boucicaut, son grand oncle, qui lui avait donné son prénom de Jehan. En1437 Bertrand de Cadoëne, évêque d'Uzès, désirant faire revivre d'anciens usages, chercha à obliger le vicomte d'Uzès et Eleasard, son frère, à lui rendre foi et hommage. A cet effet il leur fit des difficultés sous le prétexte qu'ils avaient maltraité des religieux. Il envoya l'excommunication au concile de Bale qui était alors assemblé et les fit excommunier par le concile à la requête de son procureur fiscal. En même temps il se fit envoyer la commission pour les absoudre dans le cas où ils consentiraient à lui rendre hommage.
A cette époque de foi vive, la crainte de l'excommunication l'emporta sur toutes autres considérations. L'évêque parvint à ses fins. A la date du 21 octobre 1437 il intervint une transaction d'après laquelle on fit d'abord déclarer par le vicomte et son frère qu'ils voulaient terminer le procès afin que, dans cette vallée de larmes et de misère, ils pussent attendre en sûreté le terrible jugement de Dieu, et peu après, acceptant tout ce qu'exigeait d'eux l'évêque, le vicomte d'Uzès et son frère lui rendirent foi et hommage et tous les deux furent relevés de l'excommunication. En 1439 le roi fit un voyage en Languedoc et tînt les états au Puy. Parmi les seigneurs qu'il y appela on cite le vicomte d'Uzès, les seigneurs de Montfaucon, de Crussol, de Tournon, de Montlaur, etc. Ces états du Languedoc ainsi assemblés au Puy, en avril 1439, accordèrent au roi un subside de cent mille livres tournois pour la guerre. Les états lui demandèrent, pour régler plusieurs affaires importantes, de laisser Louis le Dauphin pour commander en Languedoc. Le roi se rendit à leur prière et établit le Dauphin son lieutenant-général dans cette province. L'assemblée pria instamment le roi d'interposer son autorité pour faire cesser le schisme qui désolait l'Église; le pape Eugène IV fut si content de cette démarche qu'il remercia les États par une lettre qu'il leur adressa au commencement de juin. Jehan fut un homme doux et pacifique. Des lettres patentes du roi Louis, conservées au duché d'Uzès, constatent qu'il fut nommé conseiller du roi. Les traditions du pays rapportent qu'il fut aimé de ses vassaux, qu'il fit du bien et protégea constamment et surtout les habitants d'Uzès, au milieu desquels il se plaisait à vivre.
Il eut le regret de voir brûler les archives de son château à la suite d'un incendie. Il demanda à faire extraire des dépôts publics des copies authentiques des actes qui les concernaient. Le sénéchal de Beaucaire, Raymond de Vilar, accorda l'autorisation par une ordonnance du 26 octobre 1443. Jehan avait épousé en 1453, Françoise Anne de Brancas, dont le père, Barthélemy de Brancas seigneur de Vilhois et d'Oyse, était le fils aîné de Benfile de Brancas, seigneur napolitain du parti de la maison d'Anjou. Jehan testa le 9 mars 1472 et mourut le 14 février 1475. Il fut enterre, comme ses prédécesseurs, dans l'église des Cordeliers avec beaucoup de pompe. Les prêtres des diverses terres des environs dont il était le seigneur y assistèrent ainsi que ceux de la ville. Les habitants l'escortèrent en armes, enseignes couvertes de deuil. Le corps était porté par ses écuyers, Eustache de Laudun, chevalier, Pons de Ville, écuyer, viguier royal et les deux consuls Michel de Roche et Michel du Lac tinrent les coins du drap mortuaire. Jehan fut le dernier mâle de la famille des Decan, seigneur d'Uzès depuis le Xe siècle. Il ne laissa en effet qu'une fille, Symone vicomtesse d'Uzès, seule héritière de la vicomté, qui épousa le 24 juin 1486, Jacques, baron de Crussol, d'une très ancienne et très noble famille du Vivarais, grand chambellan et grand pannetier de France, gouverneur du Dauphiné, capitaine de 200 archers de la garde du roi. Il était fils de Loys de Crussol et de Jeanne de Levis. Symone lui apporta en dot la vicomté d'Uzès à la condition qu'il prendrait désormais le nom et les armes d'Uzès, écartelées avec celles de Crussol. Elle lui apporta aussi les baronnies de Lévis et de Florensac, dont le vicomte rendit hommage au roi le 17 mars 1514. Les futurs époux obtinrent de la cour de Rome des dispenses pour se marier, attendu qu'ils étaient cousins au second degré. Le contrat de mariage fut reçu par Maître André Salvaire, notaire à Uzès.
Les noces se firent au château vicomtal avec une grande pompe et au milieu des fêtes et des plaisirs. Plusieurs nobles seigneurs et chevaliers, parents, alliés ou amis y assistèrent. Les consuls de la ville furent haranguer les nouveaux mariés le lendemain des épousailles. Ces consuls étaient Albert de Montyron et Castor Licon. Ce dernier porta la parole. Le soir il y eut sur la place publique un feu de joie que les nouveaux mariés allumèrent tout en répandant beaucoup de dragées depuis leur départ du château jusqu'à leur rentrée. Le 1er septembre 1486, le vicomte d'Uzès rendit hommage de sa vicomté au roi Charles VIII. Ce fut ce même roi qui, le 30 juin 1493, acheta le 1/4 de la seigneurie d'Uzès à Guilhaume de Laudun, baron de Montfaucon, fils de Blanche d'Uzès, de la branche des Gancelin. En 1504. Jacques de Crussol, vicomte d'Uzès, fut pourvu de la change de sénéchal, par lettres patentes du roi Louis XII. En même temps le roi lui accorda la charge de capitaine ou châtelain des châteaux royaux de Nîmes et de Gallargues. Le sénéchal, vicomte d'Uzès, assisté de Jean de Montcalm, fit publier une sage ordonnance sur un grand nombre d'articles concernant les élections des consuls, conseillers politiques et sur leur administration. A quelque temps de là il se rendit à l'armée d'Italie et se trouva au siège de Ravenne, en 1511. L'armée française était dans une position critique. Un conseil de guerre fut tenu par les chefs de l'armée, sous la présidence du duc de Nemours, général en chef. D'accord avec le chevalier Bayard, Louis de Brézé et Jacques de Crussol, vicomte d'Uzès, fut d'avis de livrer bataille immédiatement. Cet avis fut adopté par le duc de Nemours. Une grande bataille fut livrée souples murs de Ravenne et gagnée par les Français, qui eurent la douleur d'y perdre leur chef le duc de Nemours. A son retour d'Italie, sur la supplication des habitants de Nîmes, Jacques de Crussol se rendit dans cette ville pour empêcher les désordres qu'un nombreux corps de troupe, revenu d'Italie, aurait pu commettre.
La ville de Nîmes lui fit présent à son retour de douze perdrix, de six chapons, d'un demi tonneau de vin, et lui témoigna, par l'organe de ses magistrats, combien tous les habitants étaient reconnaissants de ses bons et loyaux services. Peu après, par lettres patentes du 8 juillet 1512, données à Blois par le roi de France, seigneur de Gênes, Jacques de Crussol, vicomte d'Uzès, fut nommé lieutenant-général et gouverneur du pays de Gênes. Lorsqu'il eût termine sa mission en Italie il revint en Languedoc. En ce moment la France venait de perdre Louis XII, véritable père de ses sujets. Il était mort à Paris, le 1er janvier 1515. Comme il ne laissa que des filles, ce fut le comte d'Angoulême qui lui succéda sous le nom de François 1er, âgé de 21 ans. Aussitôt après son avènement au trône, les états particuliers de la sénéchaussée de Beaucaire s'assemblèrent à Uzès, Jean de Montcalm, juge mage de la sénéchaussée, fut député par cette assemblée pour présenter a François 1er les hommages de la sénéchaussée, et obtenir de sa bienveillance la confirmation des privilèges des villes de la Province. Ce qui fut accordé. En 1517, les états de Languedoc furent assemblés à Pont-Saint-Esprit. Jacques de Crussol, vicomte d'Uzès et sénéchal de Beaucaire, y assista. Une question de préséance s'éleva entrelui et le seigneur d'Apchier, baron de la Tour de Grévaudan, et il fut décidé que le seigneur de Crussol le précèderait en qualité de vicomte. A quelque temps de là, une autre assemblée des états du Languedoc eut lieu extraordinairement à Beaucaire, dans le réfectoire des Cordeliers, le 8 février 1520, au milieu de la peste qui affligeait le pays. Les envoyés des vicomtes de Polignac et d'Uzès se disputèrent la pré séance, qui fut adjugée à ces derniers.
Vers cette époque mourut Symone, vicomtesse d'Uzès, qui avait testé le 30 décembre 1514. Elle avait fait son mari Jacques de Crussol, son héritier universel. Elle fut enterrée à l'église des Cordeliers d'Uzès. Son man mourut en 1525, des suites des blessures qu'il avait reçues à la bataille de Fornoue. Son testament date du 30 mais 1509. Il avait obtenu du général des Cordeliers pour lui, son épouse et sa famille, de se faire enterrer dans l'église des Cordeliers, avec l'habit de Cordelier et c'est dans cette église qu'il fut inhumé. Il laissa de son mariage avec Symone sept enfants, deux garçons et cinq filles, savoir: Charles qui suit; 2° André, seigneur de Beaudiné, mort sans lignée de Péronnelle de Lévis-Vefitadour; 3° Marie, épousa Guillaume d'Ancezune, seigneur de Codolet le 4 novembre 1509, puisJean de Pontevès; 4° Jeanne épousa le 6 juin 1518 Mayfred de Voisins, vicomte de Lautrec; 5° Anne épousa le 19 novembre 1526 le baron de Cassillac, vicomte de Quemoyen; 6° Jeanne épousa de Marze, seigneur de Belleroche. Charles de Crussol, neuvième vicomte d'Uzès. Du vivant de son père il épousa Jeanne de Genouilhac, fille de Jacques de Genouilhac dit Galiot, seigneurd'Acier, grand écuyer et grand maître de l'artillerie de France. Le contrat de mariage fut passe a l'entrée de la chapelle du château de Charmes, par Antoine de Couches, notaire à Valence, le 29 juillet 1523. Sur la démission de son père, Charles fut nommé sénéchal de Nîmes et Beaucaire. En cette qualité il passa la revue à Nîmes, en février 1523, des bans et arrière bans des nobles du pays. Ceux-ci reçurent l'ordre de se trouver a Béziers, le 25 juillet de la même année pour s'opposer au passage d'un grand nombre de gens de guerre qui s'efforçaient de traverser la province pour aller en Espagne au service de Charles Quint et qui commettaient beaucoup de désordres et de dégâts.
Le roi François 1er étant prisonnier, la reine régente sa mère, Louise de Savoie fit expédier le 11 mars 1535, des lettres adressées au sénéchal de Beaucaire, pour lui ordonner de faire réduire à un certain nombre les ports établis le long du Rhône, de forcer les bateliers ou pêcheurs de renfermer dans les ports tous leurs bateaux dès que la nuit serait venue, et d'être attentifs à la sûreté des places fortes et des villes de la sénéchaussée. Chartes de Crussol se trouvant absent, pour le service du roi, ce fut son père, Jacques, auquel il avait confié l'exercice de sa charge, qui fit exécuter les ordres de la reine. Quelques contrées s'étant livrées l'anarchie, surtout dans la partie nord du diocèse d'Uzès, à Saint-Ambroix et ailleurs, Chartes de Crussol envoya sur les lieux noble Louis d'André, seigneur de la Calmette, qui ne tarda pas ç éteindre les troubles. Au mois de novembre 1528, Jeanne de Genouilhac, femme de Charles de Crussol, se Tendit à Nîmes. Avertis de son arrivée, les consuls et les conseillers de cette ville, avec une compagnie des habitants en armes à l'enseigne de la ville, furent au devant d'elle jusqu'à la descente des vignes sur la route d'Uzès, et firent tirer l'artillerie à son arrivée à Nîmes. Par le nom qu'elle portait et par celui de son père dont elle était la seule héritière, cette noble dame jouissait d'une très grande considération. Aussi, par une déclaration royale du 11 novembre 1554, elle obtint le droit qui avait été cédé à son père de faire ouvrir des mines d'or, d'argent, de cuivre, etc, dans la seigneurie de Capdenac. En 1533 la reine Eléonore d'Autriche, deuxième femme de François 1er, traversa le pays avec le fils du roi pour se rendre à Toulouse, où se trouvait ce prince. Au retour le roi s'arrêta à Nîmes avec toute sa cour. Le premier et le deuxième consuls d'Uzès furent admis à lui offrir les hommages et les assurances de fidélité des habitants de cette ville. Ces consuls étaient Barthélémy de Roche, docteur es droits et Jean Abauzit, licencié ès lettres. Ils furent présentés au roi par Charles de Crussol.
Vers la fin de l'année 1544, le maréchal de Montpezat, gouverneur du Languedoc, vint à mourir. Son poste était réservé au comte d'Enghien, mais comme ce prince était fort jeune et avait besoin d'avoir auprès de lui un homme intelligent et expérimenté, le roi, par lettres patentes du 19 décembre 1544, nomma pour son lieutenant en Languedoc, Charles de Crussol, grand pannetier de France et capitaine de 50 hommes d'armes de la garde du roi. Charles de Crussol fit son entrée à Nîmes dans les premiers jours de janvier 1545. On le reçut au bruit de l'artillerie à cause de sa nouvelle qualité, à laquelle les registres du temps donnent le titre de Vice-Roi. Le 26 novembre 1545 il présida en qualité de lieutenant de François de Bourbon, comte d'Enghien, les états ordinaires du Languedoc tenus à Montpellier. Il leur permit de traiter des affaires de la province en attendant l'arrivée du comte d'Enghien, nouveau gouverneur du Languedoc, qui devait y présider. François de Bourbon, comte d'Enghien, après avoir assisté aux états de Montpellier se rendit à Toulouse, comme gouverneur de la province, le 15 décembre 1545, mais il ne jouit pas longtemps de ce gouvernement, étant mort le 23 février à l'âge de vingt-six ans et quelques mois. Le vicomte de Crussol, son lieutenant, mourut le 11 mars 1546. Il laissa une nombreuse famille, savoir: Antoine, devenu duc et pair de France,qui suit: 2° Jean, mort au siège du Havre en 156, sans avoir été marié; 3° Jacques, baron d'Acier, qui succéda à son frère; 4° Galiot, qui périt aux massacres de la Saint-Barthélémy; 5° Louis, tué à Metz d'un coup de pistolet, par accident; 6° Charles, qui fut tué dans les guerres de religion, le 19 janvier 1563 et inhumé à Orange; 7° Marie, qui épousa en 1564 François de Cardaillac, seigneur de Peyre, tué à la Saint Barthélémy, puis Guy de Combret en 1574; 8° et cinq autres filles. Sa veuve, Jeanne de Genouilhac, épousa Jean Philippe Rhingrave palatin. On conserve au château ducal le portrait de Jeanne de Genuuilhac, peint en 1523.
Les ducs d'Uzès: Ici commence l'histoire proprement dite des ducs d'Usés. Le premier fut Antoine de Crussol né à Uzès le 21 juin 1528 et baptisé le 15 juillet suivant dans l'église cathédrale de cette ville. Il était fils, de Charles de Crussol et de Jeanne de Genuuilhac dame d'Acier. On ne sait rien de sa jeunesse sinon qu'il fut élevé sous les yeux de sa mère par un ami de la famille, Raymond de Viel Castel, seigneur d'Aigaliers. Il épousa le 10 avril 1556 Louise de Clermont-Tallart, fille de Bernardin de Clermont, vicomte de Tallart, et d'Anne de Husson de Tonnere. Elle était veuve de François de Bellai, prince d'Yvetot, et à cause d'elle comte de Tonnere. Ce mariage fut célébré au château d'Amboise en présence du roi Henri II, du connétable de Montmorency, des cardinaux de Lorraine, de Vendôme et de Chastillon, du prince de Ferrare, des ducs de Guise et de Nemours, du maréchal de Saint-André, du garde des sceaux de France de L'hôpital, de Marie Stuart, reine d'Ecosse, de Madame, sœur du roi, duchesse de Berry, de la duchesse de Valentinois, de la duchesse de Guise et de la maréchale de Saint-André. A l'occasion de ce mariage, le roi, par lettres patentes du mois d'avril 1556, érigea la baronnie de Crussol en comté. Louise de Ciermont-Tallart, la nouvelle mariée, acquit par son esprit, son savoir et sa naissance, une haute considération à la cour de France et à l'étranger. Elle devint une des favorites de Catherine de Médicis et fut très liée avec la reine d'Angleterre, Elisabeth, avec qui elle échangeait une correspondance assidue. Aussi elle contribua par son crédit à faire obtenir pour son mari, qui n'était pas du reste sans valeur, des emplois et des commandements qui lui firent jouer un grand rôle dans les événements de son époque. Elle même obtint un évêché, fait assez bizarre.
Un an après leur mariage, les nouveaux époux firent leur première entrée à Uzès, où ils forent reçus avec beaucoup d'allégresse et aux salves d'artillerie. Mais le jeune comte ne put pas jouir longtemps des douceurs de la vie de famille. Il fut appelé à combattre sous les ordres du duc de Guise et il ne cessa de guerroyer depuis la prise de Calais sur les Anglais jusqu'à la paix de Cateau-Cambrésis, en 1559. Aussi cette même année, et le 17 septembre, en récompense de ses faits d'armes, le roi lui donna une compagnie de 50 lances de ses ordonnances. L'année suivante il présida les états du Languedoc tenus à Montpellier, et il fit part à la reine-mère, par une lettre du 13 mars 1560, de la première requête des réformés. Après la paix de Cateau-Cambrésis les gouvernements de France et d'Espagne qui cessèrent de se craindre, songèrent à se rendre plus redoutables à leurs sujets que surexcitaient les idée religieuses de Calvin et de Luther. A Henri II, tué accidentellement dans un tournoi, avait succédé François II qui se laissa gouverner par les Guise. La sévérité que ceux-ci montrèrent contre les protestants produisit le seul fait saillant du règne de François II et qui est connu dans l'histoire sous le nom de conjuration d'Amboise. On sait que cette conjuration fut dévoilée et qu'elle amena la mort de beaucoup de conjurés. On soupçonna le roi de Navarre et le prince de Condé d'en avoir fait partie mais on ne fit d'abord rien contre eux. A quelque temps de là, le roi pour sortir des difficultés que lui causaient les querelles religieuses, ordonna la convocation des états à Orléans, mais comme on était informé à la cour des dispositions du roi de Navarre et de celles du prince de Condé et qu'on pensait qu'ils profiteraient des moindres occasions pour se dispenser d'y venir, le roi envoya le comte de Crussol à Nérac, auprès du roi de Navarre pour lui ordonner de sa part de se rendre au plus tôt à la cour et d'y amener son frère.
La lettre du roi se terminait ainsi "Vous pouvez assurer que là où votre frère refusera de m'obéir, je sauray fort bien faire cognaistre que je suis Roy, ainsi que j'ai donné charge à Monsieur de Crussol vous faire entendre de ma part. Donné à Fontainebleau le 30 août 1560. Après bien des hésitations, le roi de Navarre et le prince de Condé arrivèrent aux états. Ils furent faits prisonniers et le prince de Condé ne tarda pas à être condamné à mort, pour avoir été le chef de La conjuration d'Amboise. Les Guise qui étaient maîtres de la situation pour arriver plus facilement au trône, rêvaient la perte non seulement du prince du Condé, mais du roi de Navarre. Heureusement la reine mère se réconcilia avec le roi de Navarre et la mort du roi François II qui survint peu après, le 15 décembre 1560, abattant de beaucoup l'autorité des Guise, sauva les Bourbons. Pendant ce temps là les religionnaires faisaient tous les jours de nouveaux progrès dans la province. Un ministre de Genève se rendit à Uzès et y prêcha publiquement le 10 septembre 1560. Les gens de l'évêque et du comte de Crussol en étant avertis se présentèrent pour se saisir de sa personne, mais ils ne purent y par venir à cause du grand nombre de ceux qui l'accompagnaient et le prédicant s'enfuit. Il fut rendu compte de tout cela au cardinal de Lorraine et au duc de Guise. Le roi Charles IX qui avait succédé à François II songea, pour pacifier les troubles qui s'étaient élevés dans la province, au comte de Crussol. Et tout d'abord en souvenir des services qu'il avait déjà rendus, il le nomma chevalier de l'ordre de Saint-Michel et membre du conseil privé. A cette occasion de grandes réjouissances eurent lieu à Uzès et les consuls chargèrent Jean de Rosser, seigneur de Sainte-Anastasie, députe aux états généraux, de remercier le roi, la reine mère et le roi de Navarre, de cette double nomination.
Mais la joie des habitants d'Uzès fut bien plus grande lorsqu'ils apprirent que par lettres patentes du 10 décembre 1561, datées de Saint-Germain-des-Prés, le comte de Crussol était nommé commandant pour le roi des provinces du Languedoc, de la Provence et du Dauphiné. C'était une bonne fortune pour la petite ville d'Uzès de voir son seigneur revêtu d'une si grande autorité et sur un territoire aussi étendu. Le roi, dans les instructions qu'il fit délivrer au comte de Crussol, pour la pacification du pays, lui ordonna de se rendre d'abord à Lyon et en Dauphiné et d'y veiller a la dernière ordonnance qui défendait le port d'armes. Le comte de Crussol devait aller ensuite en Languedoc pour y rétablir la paix et veiller sur la frontière du Roussillon à la place du vicomte de Joyeuse, qui avait pour mission de se rendre à Toulouse, pour y maintenir le bon ordre. Ils devaient agir de concert pour punir ceux qui se trouveraient coupables des séditions précédentes, de quelque religion qu'ils fussent. Le roi nomma Fumée, grand rapporteur, et du Drac, conseiller au parlement de Paris, pour informer sur tous ces excès, en qualité de commissaires, à la suite du comte de Crussol. Le roi déclara qu'il ne souhaitait que le maintien de son autorité et qu'on laissât vivre chacun dans sa religion. Il donna au comte, en cas qu'il eut besoin de troupes pour se faire obéir, le commandement des cinq compagnies de gendarmes qui étaient alors dans la province, et la permission de lever 2 à 300 arquebusiers, avec ordre de se concerter avec le sieur de Montluc qui était en Guienne,et d'aller pacifier la Provence. Le comte partit de la cour pour exécuter sa commission et s'arrêta quelques jours à Lyon, puis il se dirigea vers le Languedoc. Dès qu'ils en furent informés, les habitants d'Uzès et de Nîmes lui envoyèrent des députés qui allèrent le trouver sur sa route à Donzère, pour lui rendre les hommages des habitants.
Ce seigneur les assura qu'ils n'avaient pas d'ami qui désirât plus que lui le repos de leurs villes, mais il les pria d'engager les habitants à se rendre de leur côté fidèles observateurs des ordres et des intentions du roi. Continuant sa route, le comte de Crussol arriva à Villeneuve les Avignon le 10 janvier 1562, ou il séjourna quelque temps. Il y fut visité par le neveu du pape et vice légat. Il manda auprès de lui les principaux religionnaires de Nîmes, d'Uzès, de Montpellier et des villes voisines, notamment le président de Calvières et le ministre Viret, qu'il reçut avec distinction. Il leur signifia que suivant la volonté du roi ils eussent a vivre en paix, sans exciter aucun trouble, ni de part ni d'autre. C'est de Villeneuve qu'il rendit une ordonnance par laquelle il enjoignait aux réformés de rendre toutes les églises aux catholiques et aux consuls des villes, d'avoir à faire remettre toutes les armes de leurs habitants à l'hôtel de ville. Il voulut de plus qu'on rendit aux ecclésiastiques les biens qui leur avaient été confisqués. Cette ordonnance fut publiée à Nîmes le 14 janvier 1562 dans toutes les rues à son de trompe. L'ordre était précis: le comte de Crussol à des manières douces et agréables joignait un caractère ferme et résolu; il fallut obéir. Les religionnaires rendirent le jour même toutes les églises qu'ils avaient prises. Les clefs de la cathédrale furent portées au président de Calvières pour les rendre aux chanoines et partout les religieux revinrent dans leur couvent. Les mesures pacifiques du comte de Crussol furent heureusement secondées et confirmées par l'édit du 17 janvier 1562. Modifiant l'édit du 31 juillet, l'assemblée de Saint-Germain autorisait les protestants à exercer leur culte dans les faubourgs mais non dans l'enceinte des villes, en attendant la décision du concile général. Ce fut le premier édit de tolérance.
Mais le comte de Crussol eut à réprimer des troubles suscités en Provence par les catholiques que l'on appelait les Flassannistes, du nom de leur chef Durand de Pontevès seigneur de Flassan, lesquels combattaient les protestants et commettaient de grands excès. Le comte se rendit en Provence en février 1562 et il ne tarda pas à apaiser ces troubles. Puis il se dirigea vers Uzès, où il n'avait pas encore paru en sa nouvelle qualité, et il y arriva le 13 mars. Il y fut accueilli avec une grande joie et triomphalement. Les quatre consuls, les quatorze conseillers, tous à cheval et escortés par vingt jeunes gens bien montés et équipés, furent au devant de lui jusqu'à Jonquerolles, près du chemin de Montpellier, d'où il venait. Les habitants en armes formaient la haie depuis la tour du roi jusqu'à la porte Saint Etienne et ensuite depuis cette porte jusqu'à celle de son château. Il fut harangué sous le portail de Saint Etienne par Jean de Janas, docteur ès-droits. Les dames et les demoiselles en grande toilette lui jetèrent de leurs fenêtres des lauriers et des fleurs, tandis que les cris mille fois répétés de Vive Crussol se mêlaient aux salves d'artillerie. L'évêque d'Uzès, le premier consul et le sieur Roche, président du conseil presbytéral, dînèrent au château et eurent avec le comte une longue conférence qui fut tenue secrète. Peu après le comte de Crussol se rendit à Nîmes. Ensuite il partit pour Montpellier où il trouva le comte de Joyeuse, afin de faire vivre en bonne intelligence les catholiques avec les religionnaires. La messe fut dite et achevée à Saint-Firmin malgré une sédition. Le comte de Crussol, pour empêcher un plus grand désordre, resta à la porter. Cette messe fut appelée la messe des comtes. Le comte de Crussol fut obligé de retourner en Provence ou il battit complètement les derniers partisans de Pontevès.
Cette mission terminée il se rendit à la cour où, mécontent de toutes les intrigues auxquelles se livrait le duc de Guise, il ne fit qu'un court séjour et alla se reposer de ses fatigues à son château de Charmes en Vivarais. Mais voilà que les religionnaires de Nîmes et des environs, surexcites par le massacre de Vassy, ayant appris que le comte de Crussol venait de quitter la cour mécontent l'élirent pour chef et lui envoyèrent au château de Charmes une députation pour le prier d'accepter. Il refusa tout d'abord et partit pour son château d'Uzès. Les religionnaires insistèrent et le 2 novembre de la même année, dans une seconde assemblée tenue à Nîmes, Antoine de Crussol fut élu une seconde fois pour chef et ce jusqu'à la majorité du roi Charles IX. Les membres de cette assemblée allèrent en corps à Uzès le 11 novembre 1563, jour de la clôture des états, pour prier le comte de Crussol d'accepter le commandement qui lui avait été déféré à l'unanimité. Les députés, arrivés à Uzès, se rendirent à l'Hôtel de Ville où, étant tous réunis, ils s'acheminèrent suivis d'une foule au château vicomtal. Ils furent introduits dans la grande salle du dit château où le seigneur les reçut très courtoisement. Charles de Barges, président de l'assemblée harangua le dit seigneur et le pria d'accepter les fonctions auxquelles il avait été nommé. Étaient présents le seigneur prince de Salernes, Odet de Chastillon qui se faisait appeler le comte de Beauvais, Mgr Jean de Saint-Gelais et plusieurs gentils hommes du pays. Le comte de Crussol accepta la proposition qui lui était faite à la condition que son frère, Beaudiné, serait son lieutenant-général et que l'on ne s'écarterait pas de l'obéissance due au roi. Le serment fut prêté de part et d'autre et consigné dans un procès-verbal reçu par Maître Ursy, notaire royal à Nimes, et Jacques Rossel, notaire royal à Uzès. Puis l'assemblée se retira aux cris de Vive le roi vive Crussol, cris qui furent répétés par la foule réunie dans la grande cour du château.
Le premier acte d'Antoine de Crussol, en sa qualité de commandant en chef, fut d'expédier des ordres pour réparer les fortifications de la ville et des environs, sur tout les forts de Saint-Ferréol et de Saint-Firmin. Il envoya le capitaine Louis Merle, frère aîné du fameux Mathieu Merle, commander le fort de Sainte-Anastasie, poste regardé comme important. Il nomma d'autres commandants pour les forts de Saint-Siffret, Montaren, Arpaillargues, Blausac, Serviers, Garrigues, etc. D'un autre côté il réduisit de quatorze à huit le conseil politique d'Uzès, et ce conseil, chargé de toutes les affaires ordinaires et extraordinaires, eut une grande importance. Uzès et ses environs ne furent pas seulement l'objet des préoccupations du comte. Il disposa des principaux gouvernements du pays et des villes dont les religionnaires étaient les maîtres. C'est ainsi que le gouvernement de Nîmes fut donné à son frère Jacques de Crussol, baron d'Acier. Le comte de Crussol étant encore a Uzès, reçut une lettre du prince de Condé en novembre 1563, pour se recommander aux prières des églises réformées à la veille de marcher contre les ennemis. Il en fit part à toutes les villes de son commandement, et un jeûne suivi de prières publiques eut lieu les lundi, mardi et mercredi, 23, 24 et 25 novembre. On sait que peu après fut livrée la bataille de Dreux, dans laquelle le prince de Condé fut fait prisonnier. Enfin le mois suivant et le 23 décembre, Antoine de Crussol partit d'Uzès pour se rendre à Nîmes. Il emmena avec lui 27 jeunes gens formant une compagnie d'arquebusiers à cheval pour lui servir de gardes et dont il donna le commandement à Jean de Barjac, chevalier. On lui fit une entrée solennelle et on le logea à l'évêché, où les consuls de la ville avaient eu soin de faire apporter tous les meubles nécessaires, ce palais étant dégarni depuis l'expulsion de l'éveque. Pendant son séjour à Nîmes il reçut une lettre de la reine mère Catherine qui lui annonçait que le prince de Condé était prisonnier et l'engageait à se joindre au comte de Joyeuse pour pacifier le pays, l'avertissant du déplaisir qu'il causerait à la cour en restant à la tête des religionnaires mais fidèle aux engagements qu'il avait pris il passa outre, sans vouloir abandonner ses nombreux adhérents.
Sur ces entrefaites le comte de Crussol se préoccupant des menées du baron des Adrets qui, naguère la terreur des catholiques, trahissait maintenant la cause protestante comme il l'avait embrassée par un caprice d'amour propre, parvint à le faire arrêter à Romans, le 9 janvier 1563, au moment où il se disposait à livrer toutes ses places au duc de Nemours. Le capitaine de Bouillargues conduisit le prisonnier à Nîmes, puis à Montpellier, où il fut enfermé an fort Saint-Pierre, d'où il fut ensuite transféré de nouveau au château du roi, à Nîmes. Durant le temps de la captivité du baron des Adrets qui dura jusqu'à la paix, le comte de Crussol fut reconnu par les Dauphinois pour leur général en chef. Vers cette époque se produisit un événement important qui changea les destinées de la France. Le duc de Guise tombait assassiné par Poltrot, le 23 février 1563, sous les murs d'Orléans, au moment où la victoire semblait prête à remettre entre ses mains la puissance des anciens Maires du Palais. Cette mort relevait le parti protestant et livrait à Catherine le pouvoir qu'elle ambitionnait depuis longtemps. Son premier soin, d'après les conseils du chancelier de l'Hôpital, fut d'établir la paix entre catholiques et protestants. Cette paix "l'édit d'Amboise" fut publié le 19 mars 1563. Le comte de Crussol était à Montpellier lorsqu'il fut informé de cet édit. Il le fit publier à l'audience du présidial et de là dans les carrefours de la ville, au bruit des canons des remparts. Il était de retour dans son château d'Uzès fin 1564, lorsque le roi Charles IX passa dans ces contrées. Sa Majesté parcourait les provinces.
C'est de Toulouse que le roi ayant égard aux supplications que les reformés de Nîmes lui avaient faites, permit à ces derniers de bâtir deux temples, l'un près de la Maison Carrée, l'autre à la Calade et d'y faire l'exercice public de leur religion. Enfin le roi Charles IX quitta le Languedoc en avril et s'en fut à Bordeaux, puis à Mont de Marsan, d'où il créa le duché d'Uzès en mai 1565 en faveur d'Antoine comte de Crussol pour le récompenser de son dévouement à la royauté et en considération de sa grande situation et du rôle important qu'il avait joué dans les affaires publiques. Les lettres patentes d'érection enregistrées au Parlement de Toulouse le 26 mars 1566 et à la Chambre des comptes de Montpellier le 8 mai suivant, portent qu'à défaut de descendants mâles d'Antoine de Crussol et de ses frères, les terres qui composent le duché d'Uzès feront reversion à la Couronne. C'est le seul duché de France qui soit sujet à cette condition, car dans l'érection de tous les autres, on a dérogé à l'Edith de 1566 et à l'ordonnance de Blois, qui veulent que ces grandes seigneuries soient réunies à la Couronne, au défaut de descendants mâles. Les dépendances du duché d'Uzès étaient outre Uzès: Aimargues, Broussan, Remoulins, Saint-Bonnet, Collias, Vers, Congéniès et Florensac. Un peu plus tard ce duché fut érigé en pairie en faveur du même Antoine de Crussol, duc dUzès, par lettres patentes données à Amboise au mois de janvier 1572, enregistrées au Parlement le 3 mars 1572 et à la chambre des comptes le 2 janvier 1573. Dans l'intervalle de ces deux époques, le duc Antoine séjourna presque constamment à la cour, où il exerçait les fonctions de chevalier d'honneur de la reine. Il assista à la procession de Sainte-Geneviève faite le 8 septembre 1570, dans laquelle la noblesse précéda le Parlement. Le duc d'Uzès y figura immédiatement après le duc de Montpensier et le prince Dauphin. La même année le duc acheta à l'évêque de Valence, Jean de Montluc, la principauté de Soyons située dans le baillage du Vivarais, dans le ressort du Parlement de Grenoble. Le duc vint très peu dans le Midi. Il eut toutefois la satisfaction de rétablir l'exercice de la religion catholique dans Nîmes. Chargé de veiller à l'exécution de l'édit de pacification, il écrivit au roi de Marignan en Provence, le 9 janvier 1566, qu'il avait rétabli l'évêque de Nîmes dans son évêché et le clergé dans les églises de la ville et du diocèse pour y faire le service divin à l'ordinaire.
Le duc ne résida pas longtemps dans son château ducal, mais il l'embellit en faisant construire cette belle façade que l'on admire au levant d'après les plans de Philibert Delorme, architecte du Palais des Tuileries. Le duc d'Uzès revint malade du siège de La Rochelle et mourut le 11 août 1573 des fatigues qu'il y avait endurées. Il fut enterré suivant son désir exprimé dans son testament, à l'église des Cordeliers d'Uzès. N'ayant point de postérité son nom et ses titres passèrent à son frère Jacques de Crussol, baron d'Acier, qui sui: Jacques de Crussol était le troisième fils de Charles de Crussol et de Jeanne de Genouilhac. Comme ses deux frères aînés Antoine et Jean, il naquit à Uzèset fut baptisé à l'église cathédrale de cette ville le 14 juillet 1540, 24 joursaprès sa naissance. Avant de devenir duc d'Uzès par la mort de ses deux frères, if fut connu sous le nom de baron d'Acier, seigneurie qu'il possédait du chef de sa mère. Il avait embrassé la religion calviniste en même temps que son second frère Jean de Beaudiné qui lui céda toujours la première place à cause de sa fougue et de son impétuosité. La paix générale entre catholiques et protestants fut conclue le 14 mai 1576. Elle accordait abolition générale pour tout ce qui s'était passé pendant les troubles, rétablissait l'exercice de la religion catholique et permettait celui de la religion protestante dans tout le royaume, excepté à Paris et dans tous les lieux où résiderait la cour. Le duc d'Uzès profita de la paix pour se faire soigner à Avignon, d'une forte fièvre dont il avait été atteint pendant la guerre, puis il se rendit à Paris, après avoir assisté, le 12 janvier 1576, à la procession générale du grand jubilé. Cest au mois de septembre 1586 que mourut Jacques de Crussol, duc d'Uzès et pair de France.
Jacques de Crussol avait épousé le 29 août 1568, Françoise de Clermont, nièce de sa belle-sœur la duchesse d'Uzès, et fille d'Antoine de Clermont, comte de Clermont, premier baron du Dauphin, seigneur d'Ancy le Franc, chevalier de l'ordre du roi, et de la dame Françoise de Poitiers, dont il eut Emmanuel qui suit; 2° Louise, épousa le 2 avril 1590 Anne de la Jugie, baron de Rieux, chevalier des ordres du roi, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances; 3° Marie, épousa le 29 septembre 1590, au château de Clermont en Auvergne, Christophe de Chabanne, marquis de Cartou, comte de Rochefort, fils du marquis et de la marquise née du Prat; 4° Diane, mariée le 23 novembre 1594 à Jean Vincent d'Ancezune, baron du Tor; 5° Elisabeth, religieuse à qui le roi fit don le 1er décembre 1589, de l'abbaye de Montmartre; 6° Diane, épousa le 23 novembre 1594 au château ducal d'Uzès, Jean Vincent Cadus, seigneur de Caderousse, fils de Rostan Cadus, seigneur de Caderousse, baron du Thor, et de la baronne née Magdelaine de Tournon. La veuve du duc d'Uzès mourut en 1608 à Pézenas. Emmanuel 1er succéda à son père le duc d'Uzès, au moment où de graves événements se passaient à la cour de France et amenaient la fin de la dynastie des Valois dans la personne du roi Henri III. Celui-ci, malgré les sages avis de la reine sa mère, de la duchesse douai rière d'Uzès, de Chiverni, chancelier de France, et de Villequier, faisait assassiner par ses gardes dans son palais, à Blois, le due de Guise qui aspirait au trône, et à quelque temps de là, le roi à son tour tombait à Saint Cloud, en 1589, sous les coups d'un fanatique assassin Jacques Clément. Le duc d'Uzès fut des premiers à se rallier à Henri IV et à l'aider à conquérir son royaume. Après avoir bien combattu il songea à se marier, et le 2 septembre1601, il épousait Claudine d'Ebrard, dame de Saint-Sulpice. Elle était fille de Bertrand d'Ebrard, marquis de Saint-Sulpice, et de Marguerite, dame de Montsalés.
Les jeu-les époux ne tardèrent pas à venir à Uzès, où eut lieu a cette occasion une très belle fête. Pendant son séjour à Uzès le duc eut à intenter un procès à l'évêque de cette ville, qui prenait depuis 1600, pour lui et ses successeurs, le titre de comte d'Uzès. L'évoque prétendait posséder ce titre depuis l'excommunication du comte de Toulouse et avoir aussi un droit de suzeraineté sur les vicomtes, et par suite, sur les ducs d'Uzès. Ce procès fut porté au parlement de Paris. Le duc et sa femme retournèrent bientôt dans la capitale, soit pour en suivre les phases, soit pour occuper leurs charges à la cour. Ce procès fut fort long, mais le parlement finit par donner gain de cause au duc d'Uzès et défendre à l'évêque de prendre le titre de comte. Dans le courant de l'année1610 le duc revint à Uzès, et c'est là qu'il apprit l'assassinat par Ravaillac du roi Henri IV, le 14 mai de cette même année. Le 21 juillet 1610 le duc d'Uzès prêtait serment de fidélité à la reine régente Marie de Médieis et au roi, devant le parlement de Paris. Devenu majeur, le roi Louis XIII annonce au duc d'Uzès qu'il a pris le gouvernement du royaume dans une lettre datée du 8 octobre 1615. La reine mère écrit en même temps au duc d'Uzès une lettre pour lui rendre compte de la cérémonie de déclaration de majorité de Louis XIII. Par une autre lettre, en date du 10 octobre 1615, elle engage le duc Emmanuel d'Uzès à venir pour accompagner en Espagne sa fille, Elisabeth, qu'elle se propose de marier au roi d'Espagne Philippe IV, en même temps que le roi son fils épouserait l'infante Anne d'Autriche. A la mort de Henri de Montmorency, décapité le 30 octobre 1632, le duc d'Uzès devint le doyen des pairs et prit le titre de premier duc et pair de France. Le duc d'Uzès mourut le 19 juillet 1657 à Florensac, au couvent de cette ville, où il s'était retiré, après s'être démis en faveur de son fils aîné, François de Crussol, de la charge de chevalier d'honneur de la reine mère.
Il laissa plusieurs enfants dont François qui suit; 2° Jacques Christophe, qui a fait la branche des marquis de Saint Sulpice; 3° Louis, abbé de Figeac, surnommé marquis de Crussol; 4° Alexandre Galiot, marquis de Montsalez, décédé en 1680, qui a fait la branche des marquis de Montsalez; 5° Anne Gaston, seigneur de Florensac, tué au siège de Turin, on 1640; 6° Louise de Crussol, mariée à Hercule de Budos, marquis de Portes, chevalier des ordres du roi, vice amiral, morte en avril 1695. François de Crussol, né à Uzès le 24 avril 1604 et baptisé le même jour dans le château ducal, succéda à son père en 1657, au moment où Louis XIV se préparait à prendre les rênes du gouvernement et à donner à sa cour une splendeur inusitée. C'est au milieu de cette cour brillante que François de Crussol, à la mort de son père vint occuper le rang que lui donnait sa naissance, au milieu de la noblesse de France. Il s'y trouvait d'autant plus à l'aise qu'il y avait presque toujours vécu. Dès qu'il fut en âge de porter les armes on le mit à la tête d'un régiment de cavalerie qui portait son nom de Crussol, et on ne tarda pas à le marier avec Marie Henriette de la Châtre, fille de Louis de la Châtre, chevalier des ordres du roi et de darne de Chabot d'Etampes. Se rendant à Paris pour contracter cette alliance, il passa par Saint-Péray tout près de son château de Crussol qui avait été en grande partie détruit par les protestants en 1623. Aussi il logea chez son bailli, noble Claude Teste de La Mothe, pour attendre son frère cadet le marquis de Saint-Sulpice, qui arriva trois jours après et qui l'accompagna ensuite à Paris il ses noces. Ce mariage fut célébré en 1625 à Paris. La jeune mariée mourut quelque temps après et le comte de Crussol se consola de son veuvage dans le métier des armes.111
Le comte de Crussol, pas plus que son père le duc d'Uzès, ne prit part aux troubles qui suivirent la mort de Richelieu et de Louis XIII. Ils restèrent tous les deux fidèles à ta royauté. Le 1er juin 1656, le duc d'Uzès, affaibli par son grand âge, se démit en faveur de son fils de la charge de chevalier d'honneur de la reine-mère. Il mourut l'année suivante, et son fils aîné, le comte de Crussol prêta serment de fidélité au roi devant le Parlement de Paris en qualité de duc et pair de France, le 12 avril 1656. L'année suivante le nouveau duc d'Uzès, accompagné de sa femme, se dirigea vers la ville, berceau de sa famille. A peine arrivés à Remoulins, ils reçurent une députation des habitants d'Uzès qui leur offrit de respectueux hommages et les accompagna jusque cette ville, où on leur fit une réception digne d'eux. Après un assez long séjour à Uzès, le duc et la duchesse s'en retournèrent à Paris, où ils se trouvèrent mêlés à toutes les fêtes de la cour. On s'occupait depuis quelque temps du mariage du roi avec l'infante Marie Thérèse d'Autriche. Le 7 mars 1674, le duc d'Uzès se démit du duché-pairie d'Uzès et de ses dépendances, en faveur de son fils aîné Emmanuel de Crussol. Néanmoins, le roi, par un brevet en date du 20 mars 1674, permit au duc et à la duchesse d'Uzès d'entrer au Louvre dans leurs carrosses, et à la duchesse de s'asseoir sur un tabouret devant la reine. C'est ce qu'on appelait les honneurs du Louvre. Par un autre brevet en date du 29 mars 1674, il fut permis au duc d'Uzès de porter un justaucorps de couleur bleue, garni de galons avec dentelles et broderie d'or et d'argent. C'était le justaucorps à brevet, inventé par Louis XIV et fort recherché par les courtisans comme signe distinctif. Ceux qui le portaient avaient le droit de suivre le roi à la chasse et à ses promenades.
A quelque temps de là, le duc François et sa femme étant à Uzès, furent obligés de faire un voyage à Paris, dans le but de traiter d'un mariage pour l'un de leurs enfants. Le duc était alors âgé et infirme. Le séjour de Paris, si contraire à ses goûts et à sa manière de vivre, le conduisit promptement au tombeau. Il mourut à Paris, le 4 juillet 1680, et fut déposé dans l'église du couvent des Carmélites, où l'une de ses tilles, Marguerite, était religieuse. Il fut très regretté des Uzétiens. Sa veuve mourut bien longtemps après lui, le 17 avril 1708 âgée de 91 ans. Elle lui avait donné huit enfants dont Emmanuel II, qui suit; 2° Armand, marié le 7 janvier I658 à Isabeau de Paulian, fille du baron de Paulian et d'Isabeau de Saint-Gilles; 3° Louis, marié à Marie-Thérèse de Lestrange, et mort en 1716, le roi Louis XIV le nomma pour être assidu auprès des Dauphins. Louis de Crussol fut l'auteur de la branche des marquis de Florensac, éteinte en 1814; 4° Galliot dit l'abbé d'Uzès; 5° Marguerite, carmélite à Paris, au Couvent du faubourg Saint-Jacques; 6° Anne-Louise, religieuse à La Ville-l'Evêque; 7° Marie-Rose, mariée en premier le 10 janvier 1668 avec François-Joseph de Porcellet, comte de Laudun, marquis de Serviers, fils d'Henri de Porcellet et de Louise d'Albenas et ensuite avec Charles, marquis de Murviel, baron des états et lieutenant du roi dans la province du Languedoc. Elle devint veuve en 1713 et mourut à Béziers en août 1723; 8° Suzanne, ancienne abbesse d'Hyères (Var). Le 7 mars 1674, Emmanuel II de Crussol, âgé de 32 ans, devint premier duc et pair de France, par suite de la démission de son père en sa faveur. Jusque là il avait porté le titre de comte de Crussol et c'est sous ce titre qu'il épousa, le 16 Mars 1664, Julie-Marie de Montausier, fille unique et héritière de Charles, duc de Montausier, chevalier des ordres du roi, gouverneur du Dauphin sous Louis XIV, et de Julie-Lucie d'Angennes, marquise de Rambouillet, gouvernante des enfants de France.
Peu après, les jeunes époux quittent la capitale pour aller dans le Midi visiter leurs divers châteaux et notamment Uzès. A peine arrivés à Florensac ils voient venir près d'eux une députation d'Uzès, pour leur rendre les devoirs de la ville qui se dispose à leur faire une entrée aussi solennelle que possible. Le soir un superbe feu d'artifice est tiré, et des danses ont lieu durant plusieurs jours. Peu après, quoique jeune marie, le comte de Crussol, avide de gloire, se déroba aux charmes du plaisir pour aller faire essai de sa valeur en Hongrie, contre les turcs, ennemis du nom chrétien. Le jeune comte de Crussol revint couvert de gloire de cette expédition. Il aimait passionnément le métier des armes, et il faut reconnaître qu'il arriva à une époque ou il lui fut facile de satisfaire ses goûts avec le roi Louis XIV. Le comte de Crussol, guerrier accompli, assista à maintes batailles, et, en récompense de ses services et de son brillant courage, il fut chargé d'apporter au roi, à Fontainebleau, la nouvelle de la prise des forts de Gallas, en Allemagne. Le duc d'Uzès (François 1er de Crussol)se démit en 1674, en faveur de son fils aîné, Emmanuel II, de son titre de duc et pair de France. Le duc d'Uzès mourut en 1680. Son fils qui venait d'assister aux fêtes du mariage de Mlle d'Orléans avec le roi d'Espagne, prit le titre dont il héritait, de duc d'Uzès, premier duc et pair de France. En 1692 deux mariages eurent lieu à Versailles et furent l'occasion de grandes réjouissances. Ils concernaient deux enfants que la marquise de Montespan avait eus du roi, Mlle de Blois, sa fille, épousa le duc de Chartres, et le duc du Maine, son fils, la princesse Bénédicte de Bourbon, petite-fille du Grand Condé, princesse célèbre par son esprit et son goût pour les arts. Le duc d'Uzès assista à ces deux mariages.
Le 1er juillet 1692, le duc d'Uzès mourut. Il avait été fait chevalier des ordres du roi, gouverneur de Saintonge et Angoulême, et s'était signalé dans les armes. De son mariage avec la fille du duc de Montausier il eut Louis de Crussol, duc d'Uzès qui suit, tué à la bataille de Nerwinde; 2° Jean-Charles qui suit; 3° Julie-Françoise de Crussol, mariée le 11 août 1686 à Louis-Antoine de Gondrin de Pardaillan, duc d'Antin, morte à Paris le 6 juillet 1742, âgée de soixante-treize ans 4° Louis, abbé, mort le 9 juin 1684; 5° François comte d'Uzès, lieutenant-général des armées du roi et mestre de camp de cavalerie. Dans sa jeunesse,ayant pour second le comte d'Albert, il eut un duel avec les comtes de Rantzau et de Schwartzembert, autrichien, Madame de Luxembourg fut la cause de ce duel dont on parla beaucoup; 6° Félix-Louis, chanoine de Strasbourg; 7° Catherine-Louise, mariée le 1er novembre 1691 au marquis de Barbezieux, et que Louis XIV voulait marier au duc du Maine. La duchesse d'Uzès, peu après son veuvage, se retira à l'abbaye de Sept-Fonds, où elle mourut a l'âge de 83 ans. La vie de Louis de Crussol fut courte, mais elle fut couronnée d'une mort glorieuse, car il fut tué, à peine âgé de vingt ans, à la bataille de Nerwinde en 1693. Les biens, titres et dignités de Louis de Crussol duc d'Uzès passèrent à son frère, Jean-Charles de Crussol, né en 1675, il fut baptisé le 9 février à Parts. Il était à peine âgé de dix-huit ans, lorsque, par la mort de son frère aîné Louis, il devint premier duc et pair de France, colonel du régiment de Crussol Infanterie et gouverneur des provinces de Saintonge et Angoumois. Il prêta serment de fidélité au roi devant le parlement de Paris, en qualité de duc et pair de France le 18 avril 1694. Il s'empressa de suivre les traditions de sa famille et marcha sur les traces de son glorieux frère en allant combattre les ennemis de Louis XIV.
Le duc profita de la cessation des hostilités pour se marier avec Anne Hyppolite de Grimaldi, fille de S. A. S. Louis, prince de Monaco, duc de Valentinois, pair de France, chevalier des ordres du roi. Sa mère était la sœur du duc de Gramont. La noce se fit chez la duchesse de Lude, veuve en premières noces de ce galant comte de Guiche, frère aîné du duc de Gramont. Le duc et la duchesse ne tardèrent pas à venir â Uzès, où tout se passa comme de coutume avec beaucoup de solennité et d'enthousiasme. On profita du séjour du duc et de la duchesse d'Uzès pour régler les honneurs qui leur étaient dus dans la cathédrale. Le duc et la duchesse ne firent qu'un assez court séjour à Uzès. Ils s'en retournèrent à Paris où la duchesse avait des devoirs à remplir auprès de la duchesse de Bourgogne, princesse si piquante, si étincelante d'esprit, qui savait si bien amuser le roi et Mme de Maintenon. Mais hélas la pauvre duchesse d'Uzès ne jouit pas longtemps du bonheur que pouvait lui donner sa haute situation sociale. Elle mourut un an après son voyage d'Uzès des suites de couches de deux jumelles qui ne tardèrent pas à mourir aussi. C'était, dit Saint-Simon dans ses Mémoires, une femme de mérite et fort vertueuse. Cette même année une ère de combats s'ouvrait au duc d'Uzès pour dissiper son chagrin et suivre les nobles et chevaleresques traditions de sa famille. Quelques années après, en 1706, il épousa en secondes noces Anne-Marie-Marguerite de Bullion, fille de Charles Denys, marquis de Gaillardon et de Bonnelles, prévôt de Paris, gouverneur du Maine, Perche et Laval, et dont le père Claude de Bullion était garde des sceaux et surintendant des finances sous Louis XIII. Elle apporta dans la maison d'Uzès la belle terre de Bonnelles, ayant hérité de deux de ses frères, Jean-Claude marquis de Bonnelles, maître de camp du régiment de Royal-Roussillon, mort, sans alliance des blessures qu'il avait reçues à la bataille le 7 septembre 1706, et d'Auguste Léon marquis de Bonnelles, chevalier de Malte, colonel de dragons, égale ment mort sans alliance.
Par lettres patentes du là juin 1724, le duc d'Uzès fut nommé chevalier de l'ordre du Saint-Esprit et reçut le collier des mains du roi Louis XV dans la chapelle du château de Versailles, puis il maria son fils aîné avec Mlle de la Rochefoucauld et se démît en sa faveur de son titre de duc et pair de France; mais le roi, par un brevet en date du 18 décembre 1734, lui conserva les mêmes honneurs dont il jouissait avant cette cession. Il ne profita pas longtemps de cette faveur royale. Après avoir vécu au milieu des plaisirs, il n'aspirait qu'à la retraite, et son esprit et son cœur le poussaient vers les idées religieuses. Il vint donc à Uzès avec la duchesse pour y passer, dans le recueillement et la prière, les dernières années de sa vie. Lorsque les consuls apprirent la mort du duc d'Uzès en 1739, ils convoquèrent le conseil qui décida d'aller en corps au duché témoigner à Mme la duchesse, ainsi qu'à M. le duc de Crussol, son fils, la part que prenait la ville à cette mort. Le duc fut enterré le 25 juillet, avec grande pompe, dans l'église des Capucins. Le procès-verbal de cette cérémonie fut rédigé par le curé Briquel, en présence de MM. Gabriel Froment, d'Argeliers, Alexandre de La Tour du Pin Gouvernet, L. de Verfeuitet noble Joseph Drôme. Le due Jean-Charles, mort à Uzès le 20 juillet 1739, laissa plusieurs enfants dont Charles Emmanuel qui suit; 2° Louis Emmanuel, d'abord comte d'Acier, puis marquis de Florensac, né à Uzès le 14 mars 1711, et mort célibataire en 1743; 3° Anne-Julie-Françoise, née à Paris 1713, mariée en 1732 à Louis César de la Baume-Le-Blanc de la Vallière, duc de Vaujours, célèbre bibliomane; 4° Quatre autres enfants étaient morts en bas âge.111
Charles-Emmanuel de Crussol était un fort joli homme, bien fait, d'une physionomie agréable et spirituelle; malheureusement une terrible blessure qu'il reçut à la guerre le rendit bossu et les traditions locales lui ont laissé ce nom. Il naquit à Paris le 11 janvier 1707 et fut baptisé dans la chapelle de l'hôtel à Uzès. Sou parrain fut messire de Bullion, chevalier, marquis de Gallardon, seigneur d'Esclimont, Bonnelles et autres lieux, gouverneur, lieutenant-général pour le roi des provinces du Maine, Perche et comté de Cassai, conseiller du roi en tous ses conseils, prévôt de la ville et vicomté de Paris. Sa marraine, Mlle Eléonore Le Tellier de Barbezieux, fille du marquis de Barbezieux, secrétaire d'Etat, chancelier des ordres de Sa Majesté. Charles-Emmanuel, très intelligent, reçut uns brillante éducation. Poète, il chanta sa bosse et devint plus tard philosophe et ami de Voltaire. Tout jeune encore il fut nommé par la duchesse de Berry, capitaine de ses gardes, en remplacement du marquis de La Rochefoucauld, et ayant été pourvu en survivance des gouvernements de son père, il prêta serment de fidélité au roi le 29 septembre 1720. On eut hâte de le marier, et le 4 janvier 1725, il épousa Émilie de La Rochefoucauld, fille de François duc de La Rochefoucauld, pair de France, chevalier des ordres du roi, grand-maitre de sa garde-robe, et de la duchesse née Charlotte Le Tellier de Louvois. A l'occasion de ce mariage le duc d'Uzès se démit de son titre de pair de France en faveur de son fils qui prit dés lors le titre de duc de Crussol, après avoir prêté serment de fidélité au roi devant le parlement en sa qualité de pair de France. La nouvelle de ce mariage ne tarda pas d'arriver à Uzès. Elle fut annoncée à la population par le sieur Malarte, consul de la ville, accompagné de tambours et de trompettes et suivi d'un grand nombre de personnes, aux cris mille fois répétés de vive M. le duc d'Uzès, vive M. le duc de Crussol.
Le duc de Crussol aurait bien voulu présenter la nouvelle duchesse à Uzès, mais il fut retenu à la cour par le mariage du roi Louis XV qui eut lieu la même année. Le duc de Crussol vint à Uzès en 1728, avec sa femme, la duchesse de Crussol et le duc et la duchesse d'Uzès. La ville envoya à leur rencontre, à Pont-Saint-Esprit, une députation de huit membres, y compris les consuls et le greffier pour les accompagner à Uzès, qui par suite se trouva en fêtes durant plusieurs jours. En 1734, à la bataille de Parme le duc de Crussol étant à la tête de son régiment et au premier rang, genou terre, selon l'usage de l'époque, reçut une affreuse blessure. Une balle lui fracassa la mâchoire et sortit par l'épaule droite. Un de ses domestiques, nommé Bobert dit Valliguière, l'emporta sur son dos hors du champ de bataille. Cette blessure le rendit bossu et en outre lui cloua les mâchoires au point qu'on fut obligé d'enlever deux ou trois dents afin de laisser une ouverture pour pouvoir introduire des aliments dans la bouche. Dès qu'il put supporter le voyage, le duc de Crussol fut transporté à Paris. Le duc de Crussol à son grand regret se retirera du service militaire, il s'occupa des intérêts généraux du pays. Il fut député des états de la province du Languedoc pour la noblesse, et eut en cette qualité audience du roi, le 16 août 1729. Devenu veuf en 1739, il eut aussi la même année la douleur de perdre son père. Par cette mort, le duc de Crussol devint duc d'Uzès et prêta serment de fidélité au roi, devant le parlement de Paris, le 18 janvier 1740. Immédiatement après il se rendit à Uzès, et comme il entrait dans cette ville pour la première fois, en qualité de seigneur duc d'Uzès, on envoya à Pont-Saint-Esprit, au bord du Rhône, une députation pour l'attendre. Les corps des métiers s'assemblèrent, choisirent leurs capitaines, prirent les armes et escortèrent dans la ville le duc, à qui on fit une réception aussi magnifique que possible. Le maire, M. d'Argilters, lui offrit cent pistoles au nom de la ville, mais le duc d'Uzès ne voulut pas les accepter, se contentant de la réception qui lut avait été faite.
On profita du séjour du duc à Uzès pour s'occuper de l'affaire des casernes. Les troupes étaient alors logées à la Grande Bourgade dans les maisons Le Merle et Saint Eloi. On décida d'établir les casernes où elles sont aujourd'hui, sur l'emplacement de l'ancien cimetière de l'église Saint-Julien. Elle ne furent terminées qu'en 1762. Le duc d'Uzès s'en retourna à Paris, où il eût quelque temps après une affaire d'honneur dont on parla beaucoup et se termina par un duel ou le duc tua raide son adversaire. Cette affaire fit grand bruit. On trouva qu'elle était fort glorieuse pour le duc d'Uzès, pour sa famille et son titre de premier duc et pair de France. Néanmoins une lettre de cachet fut lancée à cette occasion contre le due qui fut exilé à Uzès, et son exil dura plusieurs années. Ce fut une bonne fortune pour la ville que le séjour prolongé du duc avec toute sa maison. Il y vécut en grand seigneur. Il ne se contenta pas de donner des fêtes dans son château ducal. Pour éviter les chaleurs de l'été il fit bâtir un château dans la plaine des Fouzes, tout pi es d'Uzès, non loin de la vieille tour et du moulin. Ce domaine des Fouzes était dans la maison d'Uzès depuis le XIIIe siècle. Bermon Decan, seigneur d'Uzès, un des ancêtres du duc, l'avait acheté en 1225 à son parent, Alzéar, co-seigneur d'Uzès et de Saint Quentin. Le château a été démoli, mais au-dessus de la porte du moulin on reconnaît encore les traces des armoiries ducales. De très belles fêtes avaient eu lieu dans ce château. En 1753 le duc d'Uzès maria son fils aîné avec la fille du duc d'Antin et deux ans après il se démit en sa faveur de sa qualité de pair de France. Le roi Louis XV révoqua à cette occasion l'exil qu'il subissait à Uzès par suite de son duel avec le comte de Rantzau, et lui permit de se rendre à Paris et de reparaître à la cour. Mais il ne profita pas beaucoup de son pardon. Uzès fut jusqu'à sa mort sa principale résidence. C'est là qu'il apprit la naissance de son petit fils en 1757.
Le duc était surtout retenu à Uzès par l'amour que lui avait inspiré une jeune fille extrêmement jolie, Mlle de Gueydan. Elle demeurait avec sa famille dans la rue Massargue. Cette rue n'était qu'un cul-de-sac aboutissant aux anciens remparts. Le duc, pour arriver plus facilement chez cette famille en voiture fit ouvrir le rempart et construire une porte. Mais dans la crainte d'une opposition de l'évêque en sa qualité de co-seigneur, il fit tailler les pierres à l'avance et achever tout le travail dans une seule nuit. Cette porte, qui fut maintenue, s'appela la porte ducale. Cependant le duc, de plus en plus épris de la jeune personne, finit par l'épouser et se rendit à Paris. Quelques mois après, ayant appris la grossesse de Mme la duchesse, la municipalité écrivit à M. le duc qu'elle désirait présenter sur les fonts baptismaux le jeune enfant qui devait naître. La proposition fut agréée. L'enfant qui naquit bientôt après fut une fille. Elle fut baptisée le 2 mai 1760. L'enfant ne vécut pas longtemps; aucun autre enfant ne survint et ce mariage n'eut pas d'autre suite. Du reste le duc mourut deux ans après, en 1762. De son mariage avec Mlle de La Rochefoucauld, il laissa François Emmanuel quisuit; 2° Charles-Emmanuel de Crussol, né le 29 décembre 1730, admis chanoine à la cathédrale de Strasbourg au mois de septembre 1742 et mort à Paris le 16 mai 1743; et 3° Emilie de Crussol, née le 16 octobre 1732, mariée le 23 mai 1758 au prince Dominique de Rohan Chabot, duc de Rohan, pair de France, prince de Léon, président né de la noblesse de Bretagne, fils du prince Alain de Rohan, duc deRohan, prince de Léon et de la princesse née de Roquelaure.
Ce neuvième duc d'Uzès dont la postérité existe encore fut le dernier duc de l'ancien régime. Voici les divers titres qu'il prenait au moment de la révolution et dont il avait hérité de ses ancêtres: Duc d'Uzès, premier duc et pair de France, comte de Crussol, prince de Soyons, marquis de Montausier, de Saint Sulpice, de Montespanet, de Gondrins et de Montsalès, baron de Florensac, Vias, Aimargues, Bellegarde, Remoulins, Saint-Geniès, Puycornet, seigneur d'Acier, Brenouille, Capdennas, Pont Saint Maxence, LeMunil, seigneur incommutable du domaine que le roi avait dans la ville d'Uzès, haute et basse viguerie d'Uzès, Saint Jean de Marvéjol et pays d'Uzège. Ce duc naquit à Paris le 1er janvier 1728. Il était fils du duc Charles Emmanuel et d'Emilie de La Rochefoucauld. Dès son jeune âge il se prépara au métier des armes comme tous les mâles de sa famille, et la gloire qu'acquit bientôt l'un d'eux le marquis de Crussol enflamma son courage. En effet, à la bataille de Donawert, qui eut lieu en 1745, le marquis de Crussol, remplaça le commandant en chef, le marquis de Rupelmonde blessé mortellement, et il se conduisit avec une sagesse si intrépide qu'il mérita les éloges de ses rivaux et les félicitations du roi. La paix d'Aix-la-chapelle qui eut lieu en 1748, lui donna quelque repos. Mais cette paix ne répara point les maux que la guerre avait causés à la France. Le roi, depuis ses campagnes de Flandre, avait abandonné le gouvernement à des courtisans et à des femmes de petites intrigues de cour. Le trésor public était livré aux plus honteuses déprédations. On laissait dépérir la marine.
François-Emmanuel de Crussol se maria avec la fille de Louis d'Antin, duc et pair de France, Mlle Magdelaine Julie Victorine de Pardailhan de Gondrin d'Antin. Sur ces entrefaites, le duc de Crussol perdit son père en 1762, et dès l'année suivante il se rendit avec sa femme à Uzès, où on leur fit une brillante entrée solennelle. A quelques jours de là, le duc et la duchesse d'Uzès assistent à l'Hôtel de Ville à la délibération dans la quelle M. d'André de Saint-Victor est nommé conseiller politique pour la première échelle. Immédiatement M. d'André de Saint-Victor, la main sur les Évangiles, prête devant M. le Duc, le serment de bien et fidèlement s'acquitter de ses fonctions. Le duc et la duchesse d'Uzès s'en retournèrent à Paris fort satisfaits de l'accueil qu'il avaientreçu. La duchesse ne vint que cette seule fois à Uzès, son époux s'y rendit assez souvent mais sans raison, vivant très simplement. Toujours disposé à être utile à son pays, il obtint des états du Languedoc, de concert avec l'évêque, que la route de Paris à Montpellier à travers l'Auvergne passât par Uzès. Une députation des conseillers politiques et des notables vint au château ducal l'en remercier. Mais le duc, à cause de sa haute situation à la cour de France, ne pouvait rester longtemps à Uzès. Son devoir, comme premier duc et pair de France, était d'assister à toutes les cérémonies, à toutes les fêtes im portantes de Versailles. Il était à son poste lorsque Louis XV maria ses trois petits-fils, le Dauphin avec Marie-Antoinette, fille de l'impératrice Marie-Thérèse, les comtes de Provence et d'Artois avec deux sœurs princesses de Savoie. Plus tard, en 1774, le duc assista aux obsèques de Louis XV. Il y porta la couronne royale comme autrefois son ancêtre le duc Emmanuel 1er, à la mort de Louis XIII, en 1643. Durant son règne de 59 ans, Louis XV avait détruit peu à peu le prestige que les deux grands rois Henri IV et Louis XIV avaient donné à la royauté.
Appelé au trône a l'âge de vingt ans, Louis XVI y porta une timidité et une défiance de lui-même qui le rendait peu propre, malgré sa bonne volonté et sa grande honnêteté, à tenir les rênes de l'Etat en face d'une révolution qui grondait sourdement. Dans la nuit du 14 au 18 juillet 1789, le duc de la Rochefoucauld Liancourt fit réveiller Louis XVl pour lui annoncer la prise de la Bastille: "C'est donc une révolte, dit le roi". Sire, répondit le duc, c'est plus qu'une révolte, c'est une révolution. Au milieu de tous ces événements la famille d'Uzès se trouva dans une grande gêne. Heureusement elle obtint un établissement en Russie, par la haute intervention de la princesse de Tarente, qui résidait à Naples, auprès de la reine, devenue son amie, et qui consentit, à cause de la famille d'Uzès, à aller habiter la Russie. Le duc et la duchesse d'Uzès ne purent se rendre en Russie, mais d'autres membres de leur famille s'y établirent, notamment le comte de Crussol qui devînt aide de camp de Paul 1er. Le duc d'Uzès se retira en Angleterre. Il resta plusieurs années à Londres, où il perdit sa femme, qui supportait courageusement la perte de la vue et les tristesses de l'exil. En 1801, il profita d'un jour favorable pour rentrer en France. Banni d'un hôtel somptueux, il loua une modeste chambre garnie de la rue du Bac, se montrant un modèle de résignation. Souffrant cruellement d'une hydropisie de poitrine, ayant perdu toutes ses richesses, il vit venir la mort d'un air calme et résigné. Il mourut le 22 mars 1802, laissant Marie François Emmanuel qui suit; 2° Théodorît de Crussol, aide de camp d'Alexandre 1er, empereur de Russie, décédé en émigration à Okouniel, près Varsovie, le 3 février 1813, à 31 ans, sans postérité; 3° Timarette d'Uzès, épouse d'Alexis, marquis dé Rougé, pair de France, dont cinq enfants: Le marquis Théodorit de Rouge, marié à Mlle de Sainte-Maure, avec postérité. Le marquis du Plessis Bellière, marié à Mlle de Pastoret, sans postérité. Le comte Louis de Rouge, marié à Mlle de Franqueville, avec postérité. La comtesse de Lostanges, dont une fille. Une enfant morte jeune, Marie-Thérèse, filleule de la duchesse d'Angoulême.
Marie François-Emmanuel de Crussol, né le30 décembre 1750, épousa en 1777 sa cousine, Aimable Émilie de Chatillon, unique héritière et dernier rejeton de sa famille. Elle était très belle. Ses traits nobles et réguliers firent dire un jour à une paysanne en la voyant passer Que plan poulido (Qu'elle est jolie). Le duc, son mari, était maréchal des camps et armées du roi, lorsque la révolution éclata. Il émigra en même temps que son père et alla rejoindre le corps d'armée commandé par le duc de Bourbon. Lorsque ces troupes furent licenciées, il parcourut l'Allemagne, la Hollande, l'Angleterre et surtout la Russie, auprès de sa belle-soeur, la princesse de Tarente, et devint aide de camp de Paul 1er et rentra en France en 1801. Il ne retrouva plus ses anciens foyers. Durant plusieurs années, il supporta la perte d'un haut rang et d'une immense fortune, avec une résignation à la fois modeste et noble, qui honorèrent son caractère et lui méritèrent la considération publique. Un an après son arrivée à Paris, il vint voir le berceau de ses ancêtres, et reçut des habitants d'Uzès un touchant et aimable accueil. Aussi après la chute de l'Empire, c'est lui qu'ils prièrent de remettre à Monsieur, frère du roi, une adresse de félicitations à l'occasion de l'avènement de Louis XVIII au trône. Lorsque le roi Louis XVIII rétablit la pairie, le duc d'Uzès en souvenir de son duché, premier duché pairie de France, fut nommé le premier sur la liste des pairs. A quelque temps de là son fils le duc de Crussol, devint député d'Uzès et tous les deux l'un à la chambre des pairs, l'autre à la chambre des députés apportèrent à la royauté un concours indépendant mais dévoué. Le roi chargea le duc d'Uzès des fonctions de grand maître de la maison royale.
Le 1er avril 1837 le duc d'Uzès eut la douleur de perdre son fils; le duc de Crussol, décédé à Marseille, à son retour d'Hyères, ou il avait accompagné la duchesse de Tourzel, sa fille. Retenu à Bonnelles par son grand âge, le duc d'Uzès fut remplacé à cette cérémonie par son petit-fils, le duc de Crussol et le duc de Tourzel, beau-frère de ce dernier. Un service solennel fut célébré à la cathédrale et immédiatement après on se rendit dans la chapelle du château où se trouvaient réunies les dépouilles mortelles de six personnages, et on les transporta dans le caveau, après que le clergé eut fait une dernière absoute. Enfin, après s'être occupé de la sépulture de ses chers défunts, le duc d'Uzès mourut à son tour au château de Bonnelles (Seine-et-Oise), le 8 août 1842, laissant un testament olographe en date du 29 septembre 1837, dans lequel il exprimait le désir d'être inhumé dans le caveau qu'il avait fait élever pour sa famille sous la chapelle du château ducal d'Uzès. Son petit-fils, le duc de Crussol, son petit gendre, le duc de Toursel et le vicomte de Rougé, son autre petit fils, ainsi que M. Bataille, curé de Bonnelles, accompagnèrent jusqu'à Uzès ses restes mortels, qui furent déposés dans la chapelle du château en attendant la cérémonie du lendemain, 24 août 1843. De son mariage avec Aimable Emilie de Châtillon il n'eut qu'un fils, Adrien Emmanuel qui naquit le l5 novembre 1778 et mourut le 1er avril 1837 du vivant de son père. Par suite, il ne porta jamais le titre de duc d'Uzès. La révolution le surprit alors qu'il n'avait pas encore terminé ses études. Il fut obligé d'émigrer avec tous les membres de sa famille et servit dans le régiment de Mortemart qui, sous les auspices de l'Angleterre, fut envoyé en Portugal.
Après avoir séjourné plusieurs années à l'étranger il rentra dans en France en 1803. Les avances de Bonaparte ne purent le séduire pour accepter, à l'exemple de ses amis des places et des emplois. Il resta fidèle à la royauté exilée. Aussi à la restauration le roi le nomma officier supérieur dans les chevau-légers de la garde. Durant les cent jours il ne quitta point le roi et se retira avec lui dans la Flandre. Le roi, de retour en France, le nomma aide de camp de Monsieur (depuis Charles X), et lui accorda les honneurs du Louvre, réservés aux ducs seuls. Aussi il prit, dès ce moment, le titre de duc de Crussol. Quelques années après, en 1824, il fut nommé député d'Uzès. Le duc de Crussol était fort bien de sa personne, très aimable et d'une exquise galanterie pour le beau sexe. Il allait beaucoup dans le monde et aimait fort les plaisirs. Mais sa santé s'affaiblit. IL se rendit aux Îles d'Hières, mais en revenant il tomba malade à Marseille et y mourut le 1er avril 1837. Son corps fut transporté à Uzès et inhumé en grande pompe dans le caveau du duché. Le duc de Crussol avait épousé en 1807, Mlle Victorine Victurnienne de Rochechouart-Mortemart, fille du duc et de la duchesse née d'Harcourt, laquelle mourut à Paris à l'hôtel de Mortemart, le 15 juillet 1807. Il eut de ce mariage un fils, Géraud de Crussol et une fille, Anastasie, mariée au duc de Tourselet, morte en couches, à l'âge de 27 ans. Son fils et son mari la suivirent peu d'années après au tombeau. Géraud-Armand-Victurnien-Jacques-Emmanuel de Crussol naquit à Paris le 28 janvier 1808. Ayant perdu sa mère de bonne heure il fut élevé par sa grand'mère née deChastillon. C'était une dame de beaucoup d'esprit et qui avait brillé par son intelligence comme par sa beauté dans l'ancienne cour durant les dernières années qui précédèrent la révolution.
A l'époque de la restauration le superbe hôtel que l'Etat lui avait rendu devint le centre où se réunit la société un peu exclusive désignée sous le nom de faubourg Saint Germain. Là se retrouvaient tous les débris de cette cour élégante qui avait servi de modèle à l'Europe et qui fut la majestueuse héritière des traditions du grand siècle. C'est dans ce milieu tout parfumé d'aristocratie que fut élevé le jeune Géraud de Crussol qui conserva toute sa vie cette fierté du gentilhomme mêlée toutefois à une grande bonté. Son éducation fut dirigée vers la carrière des armes, et à l'âge de dix huit ans il entra à l'école de Saint-Cyr où il se distingua par son application et ses succès. Géraud de Crussol s'engagea comme volontaire dans l'état major de Russie. Son nom, ses alliances, les souvenirs de la princesse de Tarente, pendant l'émigration, le firent bien accueillir. De plus son parent le duc de Mortemart, était ambassadeur de France auprès de l'empereur de Russie. La révolution de 1830 ramena le duc de Crussol dans son pays, et quelques années après, en 1836, il épousa Mlle Françoise-Eiisabeth-Antoinette-Sophie de Talhouet, petite-fille du comte Roy, un des plus riches propriétaires de France. Le duc eut, peu après, la douleur de perdre son père, et en 1842 son grand père. Il prit dès ce moment le titre de duc d'Uzès. Le voilà dans le monde avec toutes les satisfactions que pouvaient lui donner un beau nom, une grande fortune et un intérieur plein de charmes, mais il voulut se rendre utile à ses concitoyens. Possesseur de très vastes propriétés dans le département de la Haute-Marne, il sollicita les suffrages des électeurs et devint leur député, de 1844 à 1848. Il se montra dévoué partisan de la politique conservatrice et critiqué un jour à ce sujet par son ami le marquis de Calviére, il l'attaqua en duel et le blessa. Eloigné de la politique par la révolution de 1848, il occupa ses loisirs à écrire. En même temps il songea à embellir son château de Bonnelles (Seine-et-0ise). Le château était vieux, délabre, les ouvriers sans travail. Il fit démolir le vieux château et en fit bâtir un autre sur le même emplacement, dans le pur style Louis XIII.
Le duc d'Uzès qui avait fait construire ce château y passait la plus grande partie de l'année. Il ne venait à Paris qu'au milieu de l'hiver, et là le duc et la duchesse donnaient de très belles fêtes dans leur hôtel de la rue de la Chaise au faubourg Saint-Germain. Mais une vie oisive quoique brillante ne suffisait pas au duc d'Uzès. Après le coup d'Etat, il sollicita les suffrages des habitants et il fut nommé député en 1853. L'empire qui venait d'être établi était contraire à ses aspirations. Son père, son grand-père, ses proches parents n'avaient jamais voulu accepter ni places, ni dignités de la part de l'Empereur dont la gloire avait ébloui tant de bons esprits, ils étaient restés toujours fidèles à la royauté. Aussi le duc et député d'Uzès ne cessa de combattre le gouvernement du nouvel empire. Au milieu de toutes ces luttes il eut la douleur de perdre son fils cadet Frédéric élève à l'école navale et peu après sa femme qu'il chérissait de toute son âme. Elle mourut presque subitement le 16 février 1863. Le duc d'Uzès ne trouva quelque consolation que dans la religion, et ses sentiments chrétiens n'en devinrent que plus vifs. La guerre de 1870 vint aussi attrister sa vieillesse. Il eut toutefois la satisfaction de voir son fils aîné devenir député du Gard. Le duc d'Uzès mourut a Paris le 21 mars 1872. Ses restes mortels furent transportés à Uzès le 9 avril suivant pour être inhumés dans le caveau de famille sous la chapelle du château ducal.
De son mariage avec Françoise de Talhouet, le duc d'Uzès laissa quatre enfants dont Jacques Emmanuel qui suit; 2° Laure d'Uzès, née le 28 avril 1838, qui épousa en 1857, le vicomte Léopold d'Hunolstein, issu d'une ancienne famille de chevalerie, originaire du pays de Trêves, et qui tire son nom d'une des seigneuries les plus importantes de cet électorat. Cette seigneurie relevait immédiatement de l'Empire, et conférait à ses possesseurs le titre de chevalier-banneret et le rang de dynaste. Du mariage de Laure d'Uzès avec le vicomte d'Hunolstein, sont nés trois enfants: Paul et Fanny, morts jeunes; Hélène, mariée au vicomte de Mortemart; 3° Elisabeth de Crussol, qui épousa le 19 janvier 1865, Louis Marie Hector, marquis de Galard et de l'Isle Bouson, baron de Magnas, dont la maison, connue par titres authentiques depuis le Xe siècle, est issue de Gombaud, frère de Guillaume-Sanche, duc de Gascogne. De ce mariage une seule fille, Raymonde de Galard, mariée le 15 janvier 1885, avec le vicomte de Galard Saldebru, fils du comte de Galard-Saldebru, baron de Caila et de Laure de Ségur; 4° Mathilde de Crussol, non mariée, consacrant sa vie aux bonnes œuvres; 5° Frédéric de Crussol, décédé, élève à l'école de marine à Brest, le 17 novembre 1859. Jaeques-Emmanuet de Crussol, duc et député d'Uzès, né en 1840, épousa le7 mai 1867, Mlle Anne-Victurnienne de Mortemart-Rochechouart, fille du comte et de la comtesse née de Chevigné, et mourut en 1878. Ce fut le samedi 7 décembre 1878 qu'eut lieu à Uzès la cérémonie funèbre dont fut l'objet la dépouille mortelle du duc Jacques-Emmanuel. La mort du duc arrête cette histoire des ducs d'Uzès. Le duc Jacques Emmanuel a laissé quatre enfants sous la tutelle de leur mère, la duchesse d'Uzès née Anne de Mortemart Rochechouart, si connue par ses goûts pour la chasse et las beaux-arts et par son dévouement a toutes les bonnes oeuvres: 1° Jacques, né à Paris le 19 novembre 1868; 2° Symone d'Uzès, née le 7 janvier 1870; 3° Louis de Crussol, né le 15 septembre 1871; 4° Mathilde de Crussol, née le 4 mars 1875. Lejeune Jacques, treizième duc d'Uzès, appelé à recueillir l'héritage de tant de grandeurs a déjà fait de brillantes études et se prépare à entrer à l'école de Saint-Cyr. Dirigé par sa pieuse et noble mère dans les voies du bien et de l'honneur, nous sommes persuadé qu'il saura toujours, en face des grands devoirs que l'avenir peut lui réserver, se montrer digne de son nom et de ses illustres aïeux.
Éléments protégés MH: le château : classement par liste de 1889. La porte d'entrée du parc du Duché, située route de Bagnols: inscription par arrêté du 26 octobre 1934.
château d'Uzès dit Le Duché 30700 Uzès
Téléphone : 04 66 22 18 96

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