En 1594, Jean de Livron est délégué à l'Assemblée protestante à Jonzac pour l'élection d'un député du culte réformé. Au XVIIe siècle, les de Livron ferraillent et participent aux folles épopées de la Fronde. En 1684, à la veille de la révocation de l'Edit de Nantes, un "Jacques de Puyvidal" sert comme Capitaine dans le célèbre régiment de Prémont (créé par Henri II) alors que Pierre Foucaud cordonnier de Saint-Florentin s'y engage comme homme de troupe. Le 11 mai 1723, François de Livron, chevalier de Puyvidal, fut tué "au fusil" sur les bords du Bandiat, après avoir injurié et voulu chasser des pêcheurs de grenouilles. À la veille de la Révolution Jean Jaques Livron, garde du corps du roi Louis XVI est frère de la loge "Saint-Charles d'Irlande" à l'est de La Rochefoucauld. Présent comme électeur de l'Assemblée de la noblesse de l'Angoumois en mars 1789, il figurera sur les listes d'émigrés en juin et novembre 1792. De ce fait, les biens d'Angoulême (Saint Martial) et de Garat devenus nationaux appartenant à l'émigré "Livron Puividal" seront vendus l'an III. En 1805 Elisabeth de Livron épousa Etienne Rousseau de Magnac venant de la Mercerie (Magnac Lavalette). Les de Magnac seront en 1852 à l'impérial repas servi à Angoulême lors de la venue du Prince Président Louis Napoléon et vendront Puyvidal en 1908. Se succéderont au XXe siècle les famille de Piot, Charon, Matour, Huerta et Rondinaud. Il est intéressant de signaler que l'Ecole Saint-Paul s'est réfugiée à Puyvidal en 1944 et que des officiers du camp américain de la Braconne y furent plus tard locataires.
Sur ce lieu de mémoire, les siècles s'entremêlent, les restructurations se chevauchent; les datations peuvent être partielles, profitables, tantôt incertaines tantôt indiscutables. Les phases florissantes ont alterné avec les périodes de disette. De la maison forte XIIIe-XIVe initiale des David/Chafrais, reste la disposition quadrangulaire, typique, "exclusive des châteaux forts” selon A. Châtelain trois des quatre tours d'angles subsistent, un pavillon remplace la quatrième au nord-ouest. La haute tour ronde du nord-est, autrefois découronnée, a retrouvé sa coiffe et sa belle fierté d'antan; la petite tour du sud-est hier effondrée s'est relevée et a recouvré sa fonction de pigeonnier. À l'allure féodale, portant quelques pierres primitives érodées, la tour-donjon rectangulaire du sud-ouest est surmontée d'un parapet sur consoles formant mâchicoulis; une cave voûtée contemporaine est bâtie dans le roc qui la soutient. De ce quadrilatère moyenâgeux et fortifié, jugé sombre et triste les de Livron garderont les parties antérieures saines et les tours symboles de puissance. Les pierres seront réutilisées pour édifier un long corps d'habitation, ajouré de fenêtres à meneaux, dans la seconde moitié du XVe siècle. Dans le bâtiment occidental, des ouvertures gothiques trilobées trahissent la chapelle intérieure.
La richesse des de Livron transparaît dans la sculpture de la pierre provenant des carrières voisines de Libourne. Dans la cour, on admire l'art délicat et raffiné des ciseleurs, fait de légèreté et d'élégance. Le corps de logis du XVe siècle a de l'allure. La finesse se lit sur les décors de la porte ogivée de la façade au midi; ces nervures, enrichies de pinacles, encadrent l'ouverture, ornée également de crosses végétales. Ne peuvent être ignorées les cheminées du corps de bâtiment principal dont les hautes souches ont cinq mètres d'élévation au-dessus du tout; typiques dans la contrée, elles ressemblent à des guettes effilées s'élançant dans le ciel. Le pavillon carré s'est substitué en 1818 (pierre datée) à la tour d'angle nord-est; cette mutation Coïncide avec la suppression, comme aux Ombrais, réalisée sous la Restauration, du troisième étage. Mais la surprise nous est venue de la découverte effectuée lors de récents travaux dans la salle voûtée du pied de la grande tour. Sous une croûte protectrice, a été mise à nu une bande de fresque monochrome ceinturant la pièce. Cette frise murale de gens d'armes, prêts à repartir pour les croisades, avec écus et bannières, est étonnante de fraîcheur: cette description hâtive mériterait approfondissement. Sous Louis XVIII, les anciennes cheminées à hottes ont été remplacées par de plus fines de style Empire-Restauration, changement parmi d'autres dans une demeure saoule d'Histoire. Résultat d'un chantier perpétuel, il reste à reconnaître, in fine, l'embellissement intervenu dans la dernière période. La grisaille d'hier a fait place à une luminosité retrouvée.
Éléments protégés MH: le logis et les tours de défense en totalité: inscription par arrêté du 18 septembre 2006.
château de Puyvidal 16110 Saint-Projet-Saint-Constant

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