Le dernier seigneur ayant émigré, le château fut vendu comme bien national. Victime de plusieurs générations de vandales, il devient enfin la propriété du docteur Texier qui le restaure et en fait une magnifique demeure. Hélas, occupé par les Allemands, il est saccagé en 1944. Heureusement, la famille du docteur Texier le remet patiemment en état et lui redonne son lustre d'antan. Le château primitif se serait élevé sur le tertre où se trouve l'église romane; il fut suivi d'un château féodal qui a très probablement été ruiné pendant la guerre de Cent Ans. C'est donc à la fin du XVe siècle que le château actuel a été construit dans une île de la Boutonne. Une galerie lui a été adjointe vers 1540. Après avoir franchi la grille, on accède à une petite île entourée d'un côté par un mur et de l'autre par des servitudes et les communs ; de nombreux vestiges et fragments de sculptures ont été réunis et réemployés dans cette avant-cour. Passant sur un pont, on arrive dans la grande cour ombragée du château; on voit encore les restes de l'ancienne muraille dont la base se baigne dans l'eau vive des douves. Au fond, la façade Renaissance avec ses deux galeries superposées accuse la première moitié du XVIe siècle: ses arcades surbaissées retombant sur de gros piliers donnent une impression de solidité plus que d'élégance. Dampierre se construit au cours d'une période troublée et reste un château fortifié, mais l'architecte cherche à en égayer la cour intérieure et à la rendre moins austère. Entre les galeries une grande frise montre de fins rinceaux et des palmettes qui semblent plutôt ciselés que sculptés; ces ciselures se continuent sur les chapiteaux des grosses colonnes du rez-de-chaussée, en larges feuillages et cornes d'abondance. Aux angles de la toiture, on trouve, à droite, une statue de femme et, à gauche, une statue d'homme en costume du XVIe siècle ; en bas du grand comble, des lucarnes à fenêtres ovales, et, sur les pignons des murs, deux chimères accroupies complètent la décoration de cette façade.
En passant à gauche devant une porte décorée de rinceaux surmontée d'une fenêtre à meneaux, on arrive à une grosse tour à créneaux et mâchicoulis percée de meurtrières et d'embrasures de couleuvrines ; la façade qui suit a quelques fenêtres simples et repose sur une terrasse, baignée par la rivière, qui mène à la tour nord, vraisemblablement reconstruite au XIXe siècle. Passant sous la galerie, on trouve la porte d'entrée; le plafond en arc surbaissé est divisé par des nervures qui délimitent des caissons aux angles desquels on voit de jolies clés pendantes. A l'intérieur, des cheminées monumentales et des décors sculptés ont été placés là par le docteur Texier; ils proviennent des démolitions d'anciens logis et ont pu être ainsi sauvés de la disparition. Un grand escalier de pierre à balustres, du milieu du XIXe siècle, monte vers les salles de l'étage dont l'une, heureusement intacte, garde un beau plafond à poutrelles et grosses poutres peintes et une grande cheminée. Par une porte décorée d'élégantes colonnes, on pénètre dans la belle galerie de l'étage dans laquelle s'ouvrent trois fenêtres à meneaux et deux portes basses. Aux extrémités, des fenêtres à meneaux, et, sur le jardin, cinq baies surbaissées éclairent le superbe plafond. Celui-ci, aux nervures richement moulurées et ornées à leur intersection de 128 clefs pendantes aussi variées que celles du rez-de-chaussée, est formé de 93 caissons. La richesse et la variété de leurs motifs sculptés en font la partie la plus intéressante du château; là se sont donné libre cours le talent des sculpteurs et l'esprit de ceux qui les ont inspirés. C'est une suite ininterrompue de devises, proverbes, citations diverses en latin, français et espagnol, typiques de ces jeux intellectuels si familiers aux beaux esprits de la Renaissance. Ces caissons groupés par séries de neuf sont séparés par des rangées de-trois portant les monogrammes H et D entrelacés d'Henri II et de Diane ou bien les triples C de Catherine de Médicis. Suivant Fulcanelli, certains ont voulu y voir un grimoire alchimique décrivant de façon hermétique la progression de l'adepte vers la pierre philosophale. Les interprétations de cet auteur ne sont guère convaincantes et il faut se souvenir qu'à cette époque, l'alchimie était considérée comme activité diabolique et que ceux qui s'y adonnaient, pourchassés et risquant le bûcher, ne devaient pas exhiber leurs grimoires, même codés !
Éléments protégés MH: le château : classement par arrêté du 18 mai 1926. Les communs, les ponts et les murs d'enceinte entourant les îles et les douves, les deux îles dont le sol peut renfermer des vestiges archéologiques : inscription par arrêté du 21 septembre 1990.
château de Dampierre 17470 Dampierre-sur-Boutonne
Téléphone : 05 46 33 24 74

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Donner votre avis sur ce château