
Il semble qu'un premier château ait été élevé au XVIe siècle par Jean d'Abillon lorsque celui-ci acquit de Charlotte de La Trémouille une partie des droits de l'ancienne seigneurie du Cluzeau. La tradition assure qu'à cette époque, la vieille forteresse aurait été abandonnée et que ses pierres servirent à construire Beaufief. La famille d'Abillon, qui a donné plusieurs maires à la ville de Saint-Jean-d'Angély, notamment en 1547 et 1582, conserva tant bien que mal le château, devenu souvent l'enjeu de bandes armées lors des guerres de Religion. Ruiné, Josué d'Abillon ne put empêcher la mise sous séquestre du château. Sa veuve, Madeleine d'Abillon, fit constater, en 1652, "les dégâts commis en la maison de Beaufef par les gens de guerre qui ont journellement passé et séjourné en ladite maison". À la suite de longs procès, la seigneurie fut affermée judiciairement en 1668 et 1677, puis saisie et adjugée pour 21 000 livres, en 1680, à Charles-Louis Charrier, procureur du Roi au siège de Saint-Jean-d'Angély, au préjudice de Jacques Gaillard, écuyer, second mari de Madeleine d'Abillon. Aussitôt, François de Riveron, écuyer, seigneur de Mizac, époux de Madeleine d'Abillon, fille de Josué et de sa première épouse, Marie Philippier, présenta une surenchère de 100 livres. Il parvint à se faire adjuger Beaufief dont il prit possession dès le 12 septembre. La fille de François de Riveron, Charlotte, épousa, en 1694, Henri de Collincourt, écuyer, seigneur de Presle, auquel elle apporta le château. Il semble que la misère ait poursuivi les Collincourt car ils habitent une maison à Mazeray et un petit logis à Saint-Jean-d'Angély. En 1724, Henry de Collincourt fit constater l'état du logis et des dépendances de Beaufief. Sa fille Charlotte épousa, en 1722, Charles Mollein de La Vernède, et, devenue veuve, dut vendre la maison de Mazeray avant de se remarier à Pierre Mesnard, seigneur de Bessé en 1756. Le 2 septembre 1760, elle laissa le logis et les terres à son gendre François Gaudin contre une rente de 2 000 livres, mais celui-ci oublia de verser son dû; venant d'acquérir la terre de Ternant, il la vit saisir au nom de sa propre belle-mère ! Cette dernière fut remise en possession de Beaufief par sentence du siège royal de Saint-Jean-d'Angély, du 19 février 1768. Quelques mois plus tard, elle vendit la seigneurie pour 66 000 livres, à René-Joseph-Benoît Perraudeau, avocat au siège de Saint-Jean-d'Angély.
Aussitôt, le nouveau propriétaire fit raser le logis et construire le château que l'on voit actuellement. Né en 1733, il devint secrétaire de l'ordre de la noblesse aux États Généraux de 1789. En 1793, il fut arrêté avec ses deux fils, Élysée et Pierre, conduit à Saintes puis à la prison de Pons où ils croupirent dix-huit mois. Pendant leur transfert, ils faillirent être massacrés et furent sauvés par l'énergique commandant de leur escorte, un ancien boulanger nommé Mège. L'épouse d'un des fils put rester dans la maison de Saint-Jean dont elle avait été expulsée et qu'elle retrouva entièrement pillée par des réfugiés venus de Vendée. Par la suite, les Perraudeau résidèrent au château jusqu'à la fin du XIXe siècle. A l'orée d'un bois, plusieurs avenues mènent à la grille ; deux piliers du XVIIIe siècle qui étaient ornés de très beaux lions de pierre (hélas vendus) marquent l'entrée d'une grande avant-cour. Après avoir passé un saut-de-loup, on entre dans une vaste cour, avec au fond, le logis entouré de servitudes. D'architecture très sobre, le château se compose d'un pavillon central avec un fronton triangulaire où les armoiries ont été massacrées sous la Révolution, et de deux ailes un peu moins élevées et légèrement arrondies. La façade nord, très simple, possède un beau balcon Louis XV en fer forgé. A l'intérieur, le hall d'entrée présente un élégant escalier avec rampe en fer forgé. À l'extrémité ouest, une petite chapelle Louis XV possède de jolies gypseries récemment restaurées. Un très grand parc arboré, dont une partie appartient à la ville de Saint-Jean-d'Angély, offre l'ombre de vieux arbres et une charmille. A l'ouest, un pigeonnier monumental a de belles lucarnes XVIIe siècle; sa porte était surmontée des armoiries des Collincourt; cet écusson, très abimé sous la Révolution, permet de voir un lion rampant, sommé d'un casque d'où partent des lambrequins. Arraché pour agrandir la porte, il se trouve au musée Arthur Bonnet à Saint-Jean-d'Angély.
Éléments protégés MH: les façades et les toitures, la cheminée de la salle à manger du rez-de-chaussée, la rampe en fer forgé de l'escalier intérieur, les boiseries du salon du premier étage, les stucs de la chapelle : inscription par arrêté du 4 octobre 1973.
château de Beaufief 17400 Mazeray
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