Dans ce contexte de replis forcé au coeur de l'Angoumois, Guillaume V fit construire par un fidèle chevalier, Richard de Montbrun, une "turris", "ad Montem liardi, alias Ardena"; Cette tour contrôle ainsi la frontière, la vallée de la Charente jusqu'à Cognac et un mystérieux retranchement, "le fossé au comte", ligne défensive qui devait relier Montignac à Vibrac et qui est encore attesté au XIVe siècle pour sa traversée de la paroisse de Moulidars. "Turris" d'origine publique donc, puisque construite sur la volonté du comte qui y exerce ses droits de suzerain jusqu'en 1117, en effet, date à laquelle Richard de Montbrun fut rappelée à l'ordre par l'abbé de Saint-Cybard, abbaye bénédictine d'Angoulême; ces terres en Moulidars, avaient été frauduleusement accaparées par le comte au profit de son vassal, alors qu'elles appartenaient à la dite abbaye. La situation fut régularisée et Ardenne fut repris en fief par l'abbé de Saint-Cybard. Pour la première fois, les moines résistaient au comte d'Angoulême, lui dont les ancêtres avaient si souvent puisé dans le domaine de Saint-Cybard; pourquoi? Car dans ces dernières années du XIe siècle, l'abbaye était rentrée sous la tutelle de Cluny. Celle-ci engendre un renouveau monastique qui exclue tout rôle aux puissants laïcs dans la gestion des biens d'Église. Ce principe sape le pouvoir comtal en Angoumois, qui dispose de moins de revenus que le duc d'Aquitaine. La construction de la tour médiévale d'Ardenne illustre à merveille ce double renoncement forcé de l'autorité publique des pays charentais, à l'aube des XIIe et XIIIe siècles, période de normalisation, après cette nouvelle donne pour "une nouvelle politique". La tour et ses dépendances (fossés, pont-levis, basse-cour, poterne…) fut secouée par la Guerre de Cent Ans. Quelques décennies après, sans doute fin XVe siècle ou début XVIe siècle, le château proprement dit, c'est-à-dire le corps de logis, est construit par la famille Nourrigier (1482-1598). Les Nourrigier possédaient donc Ardenne lorsque, le 13 mars 1569, fut lancé des hauteurs des paroisses de Moulidars et Saint-Simeux, l'assaut des troupes catholiques et royales, menées par le futur roi Henri II, et connu sous le nom de bataille de Jarnac.
C'est sans trop de dommages néanmoins que le château traverse les guerres religieuses du XVIe siècle, à s'en référer à la gravure de Chastillon qui, selon Bruno Sepulchre (1992), nous représente Ardenne vers 1602. Le château, tel qu'on le voit sur la gravure, a été modifié par la suite au sud (côté église), avec une grande terrasse à balustre, deux pavillons encadrants le corps de logis, un second étage remplaçant les toits hauts et la suppression de tours, le tout aux XVIIe siècle et XVIIIe siècle. Ardenne eût quelques seigneurs d'Ancien Régime assez hauts en couleur; par le jeu des alliances, se furent successivement les Le Musnier, Méhée d'Anqueville et Terrasson, de 1633 à 1884. Citons Pierre Méhée, alias d'Ardenne (1677-1760) plus connu par son surnom "d'épée du roi". Mousquetaire de la garde du roi, puis de la Compagnie des gendarmes de Sa Majesté, il semble avoir eu à plusieurs reprises à défendre les intérêts de la couronne par des faits héroïques transmis dans des légendes locales. On lui doit, à Moulidars, le pigeonnier du château d'Ardenne ou la cloche de l'église. Citons aussi le fort riche abbé Cyprien-Gabriel Méhée (seigneur d'Ardenne de 1765 à 1783); abbé commendataire de Fontaine-Jean près de Sens, pour les revenus; avocat puis conseiller à la Grande Chambre du Parlement de Paris, pour l'activité professionnelle. Au total, il constitue un bel exemple d'un personnage d'influence dans les domaines qui comptent au XVIIIe siècle (membre du haut clergé et homme de loi au niveau de l'État). La Révolution, passée sans dommages apparents, la vie reprend son cours à Ardenne et l'on se soucie de rendre la vieille forteresse toujours plus plaisante; démolition des dépendances au nord du château, agrandissement du parc, ou la discutable suppression des poivrières des tours...
En 1896, Ardenne se trouvant alors dans des mains républicaines et protestantes (la famille Hine), on reçoit à déjeuner le Président de la République, Félix Faure, dans la région pour assister à des grandes manoeuvres militaires. C'est également en ces temps-là que l'on place, non sans une certaine émotion, dans le hall d'entrée, la table de marbre qui passe pour être celle où fut exposé mort Condé, après la bataille de Jarnac. Depuis 1977, elle se trouve à l'Hôtel-de-Ville de Jarnac. Les Hine, connus dans le monde entier pour avoir donné leur nom à leur maison de Cognac, sise à Jarnac, possédèrent Ardenne pendant quatre générations, de 1891 à 1978. Depuis quinze ans, les nouveaux propriétaires y ont mené une efficiente restauration. L'intérêt du château d'Ardenne est indissociable de son cadre ombragé et de sa situation dominante. De ses terrasses de style classique, on devine se dérouler la Charente entre Vibrac et Jarnac. Au premier plan, dans le coteau planté de vignes, est la fuie ronde. Cette tour, pigeonnier de huit mètres de diamètre, sept de hauteur, couverte d'une poivrière, avec ses 850 boulins, est toujours en bon état. Elle doit dater des années 1720. De son époque médiévale et militaire, Ardenne n'a gardé que sa tour de 1100, qui était alors la pièce principale. Il s'agit d'une tour ronde dont la base est plus large sur une hauteur d'un mètre, et qui possède, à l'intérieur, des pièces carrées. On remarquera un puits au rez-de-chaussée, l'épaisseur de ses murs et l'escalier à vis en hors-d'oeuvre qui relie ses trois niveaux. Le château du début XVIe siècle impose sa structure à l'ensemble. Il intègre en son angle nord-ouest la grosse tour 1100 restaurée alors (moulurations des fenêtres), et réalise une autre tour à angle nord-est. Sa principale réalisation consiste en un corps de logis Renaissance qui relie les deux tours sur vingt mètres. Il n'avait, dans un premier temps, qu'un seul étage. Les pavillons, au sud de chacune de ces deux tours, furent ajoutés au XVIIIe siècle, faisant la longueur de la maison à 36 mètres. Quelques temps après, l'adjonction d'un second étage, augmentait encore le logement du château et lui donnait une physionomie nouvelle et plus moderne. L'intérieur XVIe siècle, fut lui aussi, largement remanié au XVIIIe siècle; le hall central avec son escalier à belle rampe de fer forgé en est un bon exemple.
Éléments protégés MH: les façades et les toitures; la terrasse sud avec sa balustrade; le grand escalier et sa rampe en fer forgé; l'escalier à vis de la tour Nord-Ouest : inscription par arrêté du 29 décembre 1978.
château d'Ardenne 16290 Moulidars

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