
Le plus ancien propriétaire connu de la seigneurie fut Richard 1er, quatrième baron de Brécy, qui vivait de 1154 à 1184. En 1396, Guillaume de Vierville, chambellan du roi de France Charles VI, fut déchargé par lettres patentes d'une rente due à cause de la fief-ferme de Brécy, dépendant de ladite baronnie. "Cette fief-ferme, disaient les lettres patentes, se trouve considérablement amoindrie et de petite valeur à cause des guerres et des mortalités qui ont été au pays pendant l'espace de plus de trente ans". Après l'expulsion des Anglais, la prospérité revint peu à peu. Ce ne fut toutefois qu au XVIe siècle que l'argent devint moins rare. Alors les propriétaires résidèrent au moins une grande partie de l'année dans leurs terres et s'occupèrent d'agriculture, se mêlant aux paysans et menant, en un mot, la vie que peint le Journal du sire de Gouberville, publié dans le tome XXXI des Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie. La famille qui possédait Brécy de 1630 à 1650, était celle de Jacques Le Bas, seigneur de Gambe et doyen des aides du présidial de Caen. Ce présidial avait été ajouté au grand bailliage en 1552, pour juger en dernier ressort les causes dont l'intérêt n'excédait pas deux cent cinquante livres. C'est probablement par ce Jacques Le Bas de Cambe que fut bâti le château. Cet édifice passe pour avoir été élevé sur les plans de Nicolas-François Mansart, né le 23 janvier 1598 et mort le 23 septembre 1666, auteur du portail des Feuillants; de l'hôtel Conti; de l'hôtel Mazarin, rue Richelieu; du bâtiment qui occupe le fond de la cour du château de Blois; de l'église des Dames de Sainte-Marie, à Chaillot; du château de Maisons, de l'église des Filles de l'Annonciade, à Tours; du château de Fresne et de sa chapelle; de celui de la Ferté-Reuilly (Indre); du château de Bernis; de ceux de Choisy-sur-Seine, de la Ferté-Saint-Aubin, de Petit-Bourg, de Richelieu, de Gèvres-en-Brie, et des travaux à celui de Coulommiers, etc.
Sa participation à la construction du manoir de Brécy est d'autant plus vraisemblable que l'on comptait aussi parmi ses œuvres le château voisin de Balleray, élevé vers 1630. En outre, on a constaté le mariage, en 1698, de Henriette-Catherine Hardouin-Mansart avec un Claude Le Bas, ce qui permet de supposer des relations antérieures entre les deux familles Mansart et Le Bas. Henriette-Catherine était sans doute sœur de Jules Hardouin-Mansart, né en 1647, décédé en 1708, l'architecte de Versailles et le neveu du grand Mansart, à qui l'on doit le château de Brécy. Estelle Le Bas paraît avoir succédé à son père dans la possession de Brécy, et mourut en 1671. Puis vient le dernier propriétaire de cette famille, Pierre-Jacques Le Bas, prêtre chanoine de l'église cathédrale de Bayeux, qui donna à cette église, en 1754, les deux belles grilles qui séparaient du chœur les bas-côtés. Par son testament, du 26 août 1755, daté de sa maison de Brécy, après avoir fait des libéralités à la fabrique de la cathédrale pour sa décoration, pour aider aux manufactures de coton de cette ville, a l'Hôtel-Dieu et à l'Hopital-General de la même ville, aux pauvres de Saint-Gabriel et de Brécy et fondé des messes à la cathédrale, il donne en outre, "à l'église de Brécy, son petit ornement de toutes couleurs, avec son calice, patène, burettes, plat, le tout en vermeil, estimé de valeur 150 livres". Les armes des Le Bas sont: d'azur, au chevron d'argent, accompagné de trois coquilles d'or, deux en chef, une en pointe. Brécy passa ensuite à Pierre-François-Jean-Baptiste de Bernières, puis à Madame Lecreps, qui habitait le château de Mathieu l'été et Paris en hiver, et dont le mari a son buste au Jardin des Plantes de Caen.
L'acquisition de cette propriété, dit M. Jules Roger, avait eu lieu par elle le 31 août 1827, devant Maître Durand, notaire à Caen, des héritiers d'Aurcher, qui en même temps vendaient une partie de la ferme de Varemberg à M. Delacour et un herbage à M. Roger. Ces héritiers d'Aurcher d'Angerville, parmi lesquels étaient le comte d'Angerville d'Aurcher, Madame de Touchet, Madame la comtesse de la Barthe, Madame de Nollent, veuve de Piédoue, M. le comte Le Forestier d'Osseville, héritaient de Madame Marie-Henriette d'Angerville d'Aurcher, leur cousine, épouse divorcée du marquis de Lamoignon, demeurant à Gavrus. Elle était propriétaire desdits biens comme unique héritière de Marie-Catherine de Bernières, sa mère, épouse de messire Louis-Robert-Guillaume d'Angerville, demeurant à Caen, décédée vers 1785. Marie-Catherine de Bernières les avait recueillis dans la succession de son frère Pierre-François-Jean-Baptiste de Bernières, dans la famille duquel ces biens étaient depuis longues années. Ces d'Angerville d'Aurcher possédaient à Caen, rue de l'Engannerie, l'ancien hôtel de Segrais, poète qui fleurit à Caen de 1624 à 1701. Nous retrouvons un de Bernières, maître des requêtes au Parlement de Normandie, vendant sa charge pour se consacrer tout entier au soulagement des malheureux. Les restes de Jean de Bernières et de sa sœur Jôurdaine de Bernières, fondateurs des Ursulines de Caen en 1624, reposent dans la chapelle du transept nord de Saint-Jean de Caen.
Cette construction est précédée d'une porte monumentale à fronton circulaire accostée de portes latérales à linteau droit. De chaque côté s'étend un mur décoré de pilastres ioniques et de vases élégants. Le ciseau du sculpteur s'est exercé sur cette entrée en la couvrant de rinceaux et d'ornements du meilleur goût. Au centre, au-dessus de la porte principale, figurait un écusson armorié, mais il a disparu à l'époque de la Révolution. Le château lui-même, sans répondre complètement à la magnificence de ces propylées, ne manque cependant pas d'intérêt. La cour est bordée de bâtiments symétriques couverts en chaume; à usage d'exploitation, et un passage pavé devenu cahoteux conduit à la maison d'habitation que précède un perron de dix degrés en forme de cintre. Voici en quels termes le journal La Construction moderne apprécie ce morceau d'architecture: "Sous sa grande toiture, bien assise, l'édifice a grande façon; c'est que, par l'ampleur des baies, par l'aisance largement prise, une simplicité noble suffit à faire valoir le motif central où se concentre le décor. Sur la vaste façade, cinq fenêtres, hautes et largement espacées, quelques bandeaux forment toute la décoration. Au milieu seulement, surmontant le perron de pierre, la porte est encadrée de pilastres, d'un entablement de triglyphes et d'un fronton où se voit encore une main tenant un panier de fleurs et de fruits, symbole ou armoirie". Il y a au rez-de-chaussée à gauche une assez belle cheminée, et une autre plus remarquable au premier étage, du même côté. A l'aaière s'étend un jardin à la française, divisé en trois étages maintenus par des murs de soutènement. Des pilastres, des lions portant écussons, des vases à draperie, des balustres carrés enveloppés d'acanthes se mêlent aux herbes folles, aux buis, aux lierres, aux floraisons éclatantes et juxtaposent partout l'art à la nature. Enfin, pour ne rien omettre, mentionnons encore une grille de fer forgé, couronnée d'une gracieuse retombée de clochettes et un puits couvert d'une calotte hémisphérique supportée par quatre colonnes rondes d'ordre toscan.
Éléments protégés MH : le portail formant l'entrée de la cour, les façades du corps de logis, les dispositions architectoniques et décoratives du jardin : classement par arrêté du 26 septembre 1903. L'iIntérieur du château : classement par arrêté du 21 février 1914. Le mur de clôture et les deux pavillons isolés du jardin : classement par arrêté du 13 mai 1925.
château de Brécy 14480 Saint-Gabriel-Brécy
Téléphone : 02 31 80 11 48
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Donner votre avis sur ce château