Le 13 février 1229, Henri III, roi d'Angleterre, prit sous sa protection Arnaud(Arnulphus) de La Lande et plusieurs autres citoyens de Bordeaux, qui, lors des troubles survenus dans la ville, avaient aidé de tout leur pouvoir Henri de Trubleville, sénéchal de Gascogne. Un Gaillard de La Lande, seigneur d'Artas et Cassac, fonda, en 1264, le couvent des Carmes de la ville de Bordeaux et demanda à y être enseveli. Ce Gaillard de La Lande, qui était aussi seigneur de La Brède, "ayant en 1283, commis un meurtre dans Bordeaux, Guillaume Émari, habitant de cette ville, lieutenant du sénéchal, fit saisir son château. Dans le temps qu'il était sous la main du roi, le prévôt de l'Isle y vint à main armée, mit tout à feu et à sang, et fit pour plus de deux mille livres de dommages. Le roi écrivit à l'abbé de Saint-Maurin et à maître Bonnet de Saint-Quentin de prendre connaissance de cette affaire, et de rendre bonne et briève justice, avec ordre au sénéchal de Gascogne et à tous ceux qu'il requerrait de leur prêter main-forte". Gaillard ne tarda pas à rentrer dans les bonnes grâces du roi d'Angleterre, qui lui écrivit, le 12 juillet 1294, pour le remercier des bons services qu'il lui avait rendus dans la guerre contre le roi de France, et pour l'engager à continuer à lui être fidèle. Il est assez probable que le château avait été ruiné par le prévôt de l'Isle, et que Gaillard fut obligé de reconstruire en entier sa forteresse; on trouve, en effet, dans la Chronique bordelaise, que le château de La Brède fut bâti en 1306, sous le pontificat de Clément V, pendant lequel on vit s'élever en Bordelais tant de belles constructions.
Gaillard de La Lande fit son testament le 5 avril 1313. Arnaud, son fils, qui était seigneur de La Brède en 1324, reçut, le 23 septembre de cette année, une lettre du roi d'Angleterre semblable à celle qui était écrite le même jour par le même monarque au seigneur de Langoiran. Il reçut également trois autres lettres, qui avaient pour but de le louer de sa fidélité et de lui demander la continuation de ses bons services: une d'Édouard II, le 18 mars 1325, et les deux autres d'Édouard III, le 10 mars 1328 et le 22 avril 1330. Arnaud, qui, comme ses ancêtres, était également seigneur des villages d'Artras et Cassac dans la paroisse de Grayan en Médoc, s'était pourvu auprès du roi d'Angleterre à cause de certains démêlés qu'il avait avec ses tenanciers, à propos du droit de justice de ces deux localités. Ce droit était assez onéreux pour ceux de ses serfs ou tenanciers qui avaient l'humeur batailleuse; ils devaient payer, pour une blessure qu'ils faisaient, la somme de 65 sols bordelais. On m'a communiqué un acte du 21 février 1308, dans lequel on voit que les habitants de ces deux villages "qui du despuis les sables de la grand mer on couvert et perdeus", étaient obligés, en outre des redevances pour le droit de pacage dues au seigneur, de donner, une fois par an, le pain aux chiens du seigneur de Lesparre. Cet acte eut pour témoins: Raimond Bion; Gaillard de Grézillac, damoiseau; Ayquem de La Caze; Arnaud Ayquem Carpantier; Bernard de Segrat, damoiseau; Gombaud, damoiseau; Arnaud de Donyssan et Pierre de Bideran, clerc. On voit, dans un contrat de l'an 1330, que depuis quelque temps déjà Arnaud de La Lande portait la bannière d'une compagnie commandée par le maire de Bordeaux. Il était encore seigneur de La Brède en 1336.
Son fils Jean fit hommage au prince de Galles, dans la cathédrale de Bordeaux, le 9 juillet 1363. Lorsque ce même prince partit pour l'Angleterre en 1373, il lui jura fidélité en compagnie d'autres grands barons de la Guienne. Jean de La Lande, voulant se mettre en voyage, fit son testament le 28 octobre 1375, dans lequel, après avoir fait quelques legs, il nomma héritier universel son fils aîné Jean, qui, le 9 août 1416, reçut une lettre d'Henri V, roi d'Angleterre, qui lui recommandait de lui être toujours fidèle, et lui annonçait en, ces termes une victoire navale: "Et en droit des novelles de mesme nostre voiage (loez en soit Dieux) fumes bien et sauvement arrivez en les parties de France. Et un poy avant que nos prismes notre dit viage, nous enformez que grande force de vesselx arraiez en manere, de guerre, furent en la mer, pur nous faire le grief q'ils pooient; si envoiasmes certains noz gens par devers, des queux feurent prinses quatre grandz carrakes, et mistrent les autres à la fuyte. Et ce vous signifions à votre consolation. Très chier et bien ame foial, Nostre Seigneur vous ait en garde". Jean de La Lande avait épousé, le 26 janvier 1426, Jeanne de Foix, fille de Gaston de Foix, captal de Buch. Sa fille unique, nommée Catherine, qui, vers 1450, avait épousé Gaston de l'Isle, seigneur de l'Isle et de La Rivière, hérita de la seigneurie de La Brède, qui passa de cette façon dans la maison de l'Isle. Le samedi 12 juin 1451 , Pierre Berland, archevêque de Bordeaux; Bertrand de Montferrand; Gaillard de Durfort, seigneur de Duras; Gadifer Schartoise, maire de Bordeaux; Bernard Angevin, seigneur de Rauzan et de Pujols; Guillaume Andron, seigneur de Lansac; Pierre du Boscat, signèrent le traité passé avec Dunois pour la reddition de Bordeaux au roi de France. Jean de La Lande, comme presque tous les seigneurs gascons, se rangea sous la bannière de Talbot lorsqu'il débarqua en Médoc en 1452, et fut, comme presque tous ses pairs, obligé de s'exiler après la bataille de Castillon; mais Louis XI, par lettres patentes datées de Saint-Jean-de-Luz, le 30 avril 1463, lui accorda sa grâce, et lui rendit ses seigneuries, qui avaient été données à Louis de Beaumont, chevalier, seigneur du Plessis, de La Mothe et la Fourest, conseiller et chambellan du roi, sénéchal de Saintonge.
Jean de La Lande était mort en 1491, puisque, dans un titre du 15 avril de cette année, sa fille Catherine se qualifiait dame de La Lande et de La Brède. Cette seigneurie resta dans la famille de l'Isle jusqu'à la fin du XVIe siècle. Le 9 novembre 1577, Françoise de l'Isle, troisième fille d'un Gaston de l'Isle et de Bonaventure de Lur, fille de messire Pierre de Lur et de Nicole de l'Isle, vicomte et vicomtesse d'Uza, épousa Jean de Penel, écuyer, seigneur de Bano et de Coutures, et lui apporta en dot la terre de La Brède. Les Penel durent prendre, pendant les troubles de la Fronde, le parti du Parlement, puisque, si l'on en croit l'abbé O'Reilly dans son Histoire complète de Bordeaux, le duc d'Épernon vint attaquer La Brède en 1649. Pierre de Penel, petit-fils de Françoise de l'Isle, n'eut de son mariage avec Marie de Lasserre, qu'une fille, Marié-Françoise de Penel, qui épousa le 25 septembre 1686, messire Jacques de Secondat de Montesquieu. Leur fils, Charles-Louis de Secondât de Montesquieu, né au château de La Brède le 18 janvier 1689, et mort à Paris le 10 février 1755, fut un des plus grands génies dont s'honore la France. Ses écrits immortels et les éloges mérités que des plumes plus autorisées que la mienne ne cessent de lui prodiguer depuis plus d'un siècle, me dispensent de parler de lui et de ses œuvres. Montesquieu avait épousé Jeanne de Lartigue, dont il eut trois enfants, un fils et deux filles. La seconde, Marie-Josèphe-Denise, épousa le 11 mars 1745, son cousin messire Godefroy de Secondat, baron de Montignac et de Montesquieu, seigneur de Camon. Leur arrière-petit-fils, M. Charles de Secondat Montesquieu, était propriétaire du château de La Brède au milieu du XIXe siècle.
Éléments protégés MH: les façades et les toitures, la chambre de Montesquieu, le salon, la bibliothèque, le châtelet, les douves, la partie du parc comprenant les trois prairies qui entourent le château ainsi qu'une zone boisée : classement par arrêté du 7 mai 2008.
château de La Brède 33650 La Brède
Téléphone : 05 57 95 96 25 / 06 43 24 55 43

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