Vers le milieu du XIIIe siècle, une sœur de Clément V épousa Guillaume de Fargues, qui eut, entre autres enfants, Raymond-Guillaume de Fargues créé cardinal par le pape en 1310. Raymond-Guillaume succéda à son père, au moins pour une portion, dans la seigneurie de Fargues; et désirant avoir une habitation à lui, à l'exemple de son oncle et de ses cousins, il fit bâtir, en 1306, à côté du vieux manoir qu'avaient habité ses ancêtres, une nouvelle demeure qu'on appela, par comparaison, castet Neu. Le cardinal de Fargues dut avoir un frère portant le même nom que lui. C'est du moins ce que paraissent prouver les Actes de Rymer; car nous y voyons que, dès le 14 février 1312, Édouard II écrit une lettre semblable à ces deux personnages: le premier est qualifié cardinal de Sainte-Marie la Neuve, et l'autre est appelé seigneur Guillaume-Raymond de Fargues. En outre, dans ces mêmes Actes de Rymer, le cardinal ne porte que le prénom Raymond, et l'autre qui était aussi neveu de Clément V, porte deux prénoms, Guillaume-Raymond. Ceci donne à penser que le château vieux fut habité par ce dernier, qui était le vrai seigneur de Fargues. Le cardinal suivit presque toujours le pape, fut très souvent en voyage, et possédait des domaines considérables en Angleterre, ainsi que le prouvent encore ces mêmes Actes de Rymer, où nous voyons aussi que cette seigneurie était divisée, probablement entre les frères, puisque, le 17 juillet 1315, le roi Édouard II écrivit, non au seigneur, mais aux seigneurs de Fargues. Le cardinal de Fargues mourut le 5 octobre 1346. Le 1er juin 1342, Édouard III fit payer à Raymond de Fargues les gages qu'il lui devait pour lui et pour les hommes qu'il avait fournis. En 1340, un Amanieu de Fargues était doyen de Saint-André de Bordeaux. Un autre Amanieu de Fargues avait eu une fille dont Auger de La Mote, chevalier, était tuteur. A partir de 1352, le seigneur de Fargues ne prend plus que le prénom de Raymond; il est assez probable que Guillaume-Raymond n'avait pas tardé à rejoindre dans la tombe son frère le cardinal, et que son fils lui avait succédé.
Le 9 juillet 1363, il vint faire hommage au prince de Galles dans la cathédrale de Saint-André de Bordeaux; il se trouve aussi parmi les députés que la ville de La Réole envoya pour la même cérémonie. Nous trouvons, dans la même année, un Bertrand de Fargues, seigneur de Mauvesin, qui se rendit le 4 août à Sainte-Foy pour faire hommage au même prince. Il était déjà seigneur de Mauvesin en 1359. La famille des Fargues du Bazadais s'éteignit dans la personne de Raymond, ou bien le roi d'Angleterre lui confisqua son château, qu'il donna, le le, octobre 1380, à Pierre de La Mote. Cette seigneurie était, le 14 juin 1435, au pouvoir de Gaston de Faix, comte de Longueville et de Bénauges, captal de Buch, qui la donna en dot, avec les deux châteaux, le vieux et le neuf, à Jeannette, sa fille naturelle, qui épousait Jeannot de Montferrand, fils de François de Montferrand, seigneur d'Uza. Il paraît qu'alors cette seigneurie était encore divisée, car Charles d'Albret, dans l'hommage qu'il fit, en 1470, à Charles, duc de Guienne, de tout ce qu'il tenait dans la sénéchaussée de Bazadais, se qualifie seigneur, pour un tiers, de Fargues. Pierre de Lur ayant épousé, par contrat passé au château de Ribérac le 21 août 1472, Isabelle de Montferrand, vicomtesse d'Uza, dame de Fargues et autres lieux, devint seigneur de Fargues. Depuis cette époque, cette seigneurie n'est pas sortie des mains de la famille de Lur-Saluces, et Fargues appartenait encore à la fin du XIXe siècle à M. Romain Bertrand, marquis de Lur-Saluces, descendant en ligne directe de Pierre de Lur et d'Isabelle de Montferrand. Comme on le voit, l'histoire de Fargues se réduit à la succession de ses seigneurs. Aucun fait intéressant ne paraît s'y rattacher. On raconte cependant que, pendant les guerres de religion et pendant celles de la Fronde, la ville de Langon ayant été assiégée, les habitants apeurés se retirèrent dans le château de Fargues et dans l'abbaye du Rivet. On raconte aussi que le château de Fargues devint la proie des flammes par l'imprudence d'un domestique, pendant la nuit du 24 au 25 mai 1687. Il était depuis cette époque inhabitable, et n'eut par conséquent rien à souffrir des vandales de 1793. Cependant, vers 1750, deux prêtres, l'un nommé Minvielle et l'autre Dutasta, qui desservaient l'église paroissiale, logeaient dans le château de Fargues et occupaient des chambres dont le feu avait sans doute respecté la couverture. A cette époque, la juridiction de la baronnie de Fargues ne s'étendait que sur cette paroisse.
Nous avons vu que les anciens titres signalent, dans la paroisse de Fargues, deux châteaux de ce nom, le vieux et le nouveau; nous avons vu également que, après la construction du nouveau, le vieux ne fut pas abandonné puisqu'il subsistait encore au milieu du XVe siècle. Le "nouveau château" est une masse à peu près carrée, dont trois angles sont flanqués de tourelles octogones, et le quatrième d'une grosse tour carrée, qui devait servir de donjon. Des fossés, dont il ne reste plus qu'une portion au sud-ouest, protégeaient trois côtés de ce carré. Une terrasse, au niveau du fond de ces fossés, existe encore devant le quatrième côté, celui du nord-est; elle sépare le château d'une vaste basse-cour, entourée elle-même de courtines crénelées, contre lesquelles s'appuient les bâtiments d'exploitation. Une tour ronde à l'angle oriental, à l'angle nord une petite chapelle carrée, et au milieu de la courtine qui les relie une porte surmontée d'une tour carrée à un étage, sont les seuls ornements de cette basse-cour. De hautes terrasses, qui cachent la base des murs sud-est et sud-ouest du château jusqu'à la hauteur du premier étage, relient entre eux des bastions carrés placés en face des tourelles. Un de ces bastions, celui du sud, servait de chapelle. Les murs de la basse-cour, les bastions et les hautes terrasses, sont d'une époque bien plus récente que le corps du château, bâti par le cardinal Raymond de Fargues au commencement du XIVe siècle. La porte de la basse-cour est en plein-cintre, accostée de deux pilastres à bossages, et surmontée d'une fenêtre cruciforme ouverte sous un fronton brisé et éclairant le premier étage où se rendait la justice, et que, pour cela, on appelle l'Audience. La tour ronde est percée de meurtrières pour armes à feu. L'ouverture de la petite chapelle carrée de l'angle nord fait face à une belle allée d'ormes qui, de l'église de Fargues, se dirige en ligne droite vers le château. Elle est maintenant abandonnée. On y voit cependant encore un autel privé, depuis longtemps, de sa pierre sacrée. Le bastion de l'est servait de prison. Dans le donjon, un escalier à vis dessert les étages qui sont dotés de latrines et de cheminées. Un puits est creusé à gauche de l’entrée. À l’intérieur de l’édifice sont disposées des salles qui servent probablement de magasins. Ces ruines témoignent de l'un des plus beaux exemples d'architecture militaire de la fin du Moyen-Age.
Éléments protégés MH : les vestiges du logis, les communs, l'allée de pins et le nymphée du château : inscription par arrêté du 11 décembre 2007.
château de Fargues 33210 Fargues
Téléphone : 05 57 98 04 20 / 05 57 98 04 21

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